Merci à @Fouapa (alias PJ Choquelle, connu pour son célèbre Fouablog et ses FF en illustration) d’avoir attiré mon attention sur cette toute nouvelle campagne d’une collective de cultivateurs US (”A bunch of carrots farmer”), pour inciter les américains à manger des carottes. L’idée ? Les présenter comme de la Junk Food au travers des packagings décalés, et d’un dispositif de communication intégrant un jeu iPhone (voir démo ci-dessous) et un feuilleton dont vous pourrez découvrir ci-dessous l’épisode de lancement, (le tout signé Crispin), en attendant la campagne de publicité prévue à partir du 10 septembre prochain. Un dispositif au centre duquel se trouve le site Babycarrots.com, qui mérite le détour, même si toutes ses fonctionnalités ne sont pas encore libérées.
Transition un peu téléphonée je l’admet, les carottes sont cuites pour @borislaffargue dont le post au titre provocateur ” Et si on instituait un Permis de Voter ?” a réuni 1 450 visiteurs uniques, ce qui ne lui a pas permis de grimper plus haut que @maximegarrigues dont le post “Et si René La Taupe partait à la conquête du monde ? “, qui avait réuni 1 841 visiteurs sur mon blog, connait une fulgurante deuxième carrière, depuis qu’il a été repris cette semaine par Rue89, puis par le portail Yahoo. Comme quoi le cocotier mène à tout, à condition de ne pas en descendre ! En attendant le prochain épisode de #EnHautDuCocotier mercredi prochain (avec un blogueur réputé très influent), je vous recommande de lire la réponse d’Edwy Plenel, directeur de Mediapart, à l’interpellation de Boris Laffargue (post juste en dessous).
ShareInterpellé par @borislaffargue dans le cadre de son ascension #EnHautDuCocotier, et cité dans le post ” Et si on instituait un permis de voter ?”, Edwy Plenel, Directeur de Mediapart, a trouvé le temps d’ajouter son commentaire à ceux déjà reçus (trop nombreux pour le serveur qui m’a lâché plusieurs fois et malheureusement obligé à en enlever pour alléger). Je ne résiste pas au plaisir de vous le livrer ici in extenso, ce qui me permet d’ouvrir une nouvelle page de commentaires pour prolonger le débat.
“Cher Boris Laffargue (et cher Nicolas Bordas qui vous accueille),
Etant mentionné au détour de votre démonstration, je ne résiste pas à l’envie d’y mettre mon grain de sel. Votre billet, aussi bien construit qu’écrit avec maîtrise, m’a laissé désemparé, car si j’en partage le constat (cette inquiétude devant une sorte de langueur, d’abaissement et de lassitude démocratiques), je suis en radical désaccord avec la proposition: cette piste du permis de voter, comme l’on dirait un permis de chasse.
La démocratie est un risque et un inachèvement permanents. Un système complexe, à la façon morinienne (je veux dire selon l’idée de la complexité défendue par Edgar Morin), autrement dit un écosystème qui allie vitalité et équilibre naturels. Vouloir la garantir préventivement, par exclusion, sélection ou tri des participants, n’en est pas seulement la négation: c’est ne pas en accepter le défi originel. Car la démocratie, comme le rappelait dans un essai fort pertinent le philosophe Jacques Rancière (”La haine de la démocratie”, La Fabrique, 2005), c’est le régime de “n’importe qui”: sans privilège de diplôme, de fortune ou de naissance, je peux participer, débattre, voter, être élu, voire gouverner. Evidemment, cette espérance sera toujours un scandale en puissance pour toutes les oligarchies, anciennes ou nouvelles, sans cesse reconstituées: ainsi donc, alors que j’ai la compétence, le savoir, l’expérience, les moyens, etc., il faudrait que je laisse la place à tous ceux qui, venus d’en bas, prétendent s’en mêler alors qu’ils n’ont aucun de mes talents, diplômes, réseaux, légitimités, etc.?
Que cette promesse démocratique soit pleine d’écueils, de risques et de dangers, c’est l’évidence. Mais qu’il faille renoncer à les affronter pour, au bout du compte, rester entre soi, entre “sachants”, “compétents” et “expérimentés”, c’est organiser malheureusement, la défaite de l’idéal démocratique, voire de la démocratie concrète et tangible. Dans cet idéal, il y a, par exemple, la question toujours aussi actuelle (cf. ce qui nous arrive cet été avec l’offensive présidentielle contre les Roms et contre les “personnes d’origine étrangère”) des “droits naturels”: cette affirmation que l’homme naît avec des droits, parce qu’il est homme; avec le droit d’avoir des droits, ainsi qu’insistait Hannah Arendt; et que faire le tri entre les hommes, et donc en priver certains de ces droits naturels, revient à détruire l’idée même d’une cité humaine à laquelle tous les hommes appartiennent.
La question de l’information est, de ce point de vue, un bon exemple pratique. Il est évident qu’aujourd’hui, le peuple souverain est mal informé, souvent privé de ces informations précises, honnêtes, concrètes qui permettent de faire son choix, d’analyser et de soupeser, etc. Faudrait-il en conclure que seuls ceux qui savent peuvent voter, choisir, décider? Non, mille fois non. En revanche, occupons nous d’imposer dans ce pays ci une véritable refondation démocratique autour du droit à l’information, avec un FOIA à l’américaine ou à l’islandaise (Freedom of Information Act depuis 1967 aux Etats-Unis et nouvelle législation extrêmement avancée sur le droit à l’information depuis 2010 en Islande). Donnons-nous les moyens d’une démocratie élevée, vivante, exigeante. Annulons la régression organisée par le pouvoir actuel dans l’audiovisuel public.
Peut-être suis-je idéaliste (version aimable) ou naïf (version moqueuse). Mais je préfère ce chemin-là à celui que vous suggérez qui me semble un renoncement. Ce qui nous arrive, en France, depuis 2007, réactive paradoxalement la radicalité de l’espérance démocratique, la force des idéaux originels qui ont remplacé le Grand Un du pouvoir (Dieu, l’Etat, la Nation, le Parti, la Classe, etc.) par la multiplicité inventive et le bouillonnement créateur du peuple souverain.
Ce n’est qu’une ébauche de discussion tant votre réflexion, par son tranchant, appellerait d’autres parades, précisions et réfutations. Merci en tout cas de nous obliger à affronter ce défi: refonder une République authentiquement démocratique.”
Edwy Plenel
Directeur de Mediapart
Après @eowenn (”Et si vous offriez le compte Twitter idéal à vos meilleurs amis?“), @naro (”Et si l’agence de com du futur restait à inventer ?“), David @AdTimes (”Et si Paul Le Poulpe prédisait aussi l’avenir de la pub ?“), @cyceron (”Et si le marketing n’était pas l’ennemi du journalisme ?“), et @maximegarrigues (”Et si René la taupe partait à la conquête du monde ?”), notre sixième candidat (sur 20), à tenter l’ascension #EnHautDuCocotier est Boris Laffargue, Toulousain, en charge des medias du Toulouse Football Club. Une fois n’est pas coutume, nous quittons la sphère du digital et de la communication, pour aborder un sujet d’ordre politique qui renvoie au débat démocratie directe / démocratie représentative, et à l’importance de revaloriser la politique pour garantir le bon fonctionnement de la démocratie. Une incitation à relire Benjamin Constant et Alexis de Tocqueville. Ou plus récemment, le livre d’ Olivier Drochon “La faillite de la démocratie. De la nécessité d’un permis de voter” que Boris a découvert après avoir écrit son post, et à qui il rend hommage dans sa conclusion. Cette idée iconoclaste est-elle une solution pertinente pour redonner l’envie et le gout de la politique et du vote responsable ? Permettra t-elle à Boris de dépasser @Maximegarrigues qui a pris la place de @naro #EnHautDuCocotier la semaine dernière avec 1 841 visiteurs uniques entre 9h et Minuit ? A vous d’en décider. Les résultats seront publiés juste après minuit via Twitter, et demain matin sur ce blog. Bonne lecture !
J’aime Coluche. Beaucoup plus que n’importe quel sportif, acteur, politique ou humoriste. J’aime cet homme qui n’a cessé tout au long de sa courte carrière d’émouvoir, surprendre, amuser et déranger. Un trublion, provocateur jusqu’au bout de ses gants de boxe. Coluche c’est mon Général de Gaulle… mon personnage politique des 30 miséreuses et c’est peut-être de lui, que l’idée m’est venue…
Traçabilité de l’idée.
En 1958, la France est entrée dans la Ve république. Ses fondements sont rédigés dans la constitution (58) dont on retient surtout : le pouvoir exécutif pour le Président et le suffrage universel direct. Désormais, le peuple va décider seul, de l’identité de son Président. Que vive la démocratie !
S’en suit une période faste de notre société, où la politique tient une place centrale dans le quotidien d’une majorité de Français (par peur de revivre l’horreur de la guerre peut-être ou plus certainement par envie de rebâtir et développer notre pays en plein chaos). Entre 1950 et 1980, la conscience politique se traduit notamment par la montée en puissance des maisons de presse “politisés”, par mai 68, par le fort taux de syndicalisme, par également la création de rendez-vous médiatiques réguliers où le Président s’adresse aux Français.
Et puis, les années 80 sont arrivées : le chômage, la pleine société de consommation, le SIDA, … la crise modifie le rapport de force entre les politiques (les M.N.S) et la population (les noyés). Les habitudes politiques françaises commencent à s’estomper : petit à petit on s’informe moins, s’encarte moins, milite moins. Une distance se crée entre la population et la chose politique. Ce phénomène semble s’être confirmé voire accentué jusqu’à aujourd’hui.
Quand on sait que les syndicats français ont par exemple : obtenu la loi sur les conventions collectives (1950), obtenu la 3e, 4e et 5e semaine de congés (depuis 1956), obtenu la retraite à 60 ans (1970) ou encore la semaine de 39h (1981) alors, à la vue de ce graphique, on peut légitimement penser que les salariés ont depuis longtemps freiné leurs ardeurs politiques…
(J’ouvre une parenthèse…
Depuis 2007, 4 propositions de lois ont été “jugées” anticonstitutionnelles par le conseil constitutionnel : Hadopi (Liberté), Burqua (Liberté), Taxe Carbonne (Egalité), Identité nationale (Egalité). D’après vous quelle part de la population a eu cette info ? Combien savent quel est le rôle du conseil ? Combien voient le lien avec les fondements républicains de notre société ? Assez peu finalement, non ? Me tromperai-je ?
Edwy Plenel et quelques autres plumes dénoncent ce qu’ils appellent “le viol de la Constitution” dans la matinale du 17/08 sur France Inter… (C’est la première intervention de Plenel).
http://www.dailymotion.com/videoxegzhtEn 1995 certains reprochent aux Guignols d’avoir fait élire Jacques Chirac. D’autres à TF1 d’avoir emmené Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002, ou plus légèrement à RMC d’avoir contribué pleinement à la réduction de tête de Domenech. N’en déplaise à Lazarsfeld, je crois que dans une société “inculte” (disons qui n’est pas assez experte), individualiste et sédentarisée, les médias de masse quasi-fusionnent avec les relais d’opinion. Et le lobby médiatique peut avoir un effet bien plus fort finalement celui que lui attribue Lazarsfeld. Dans le sens positif, comme négatif! Et je ne souhaite même pas parler de la légitimité desdits relais d’opinion… (comme dans l’affaire Domenech, qui est devenu une affaire politique, c’était surréaliste!).
Faisons un test rapide
Demandez dans votre entourage à quel personnage politique l’on attribue : “Je veux lutter contre la fracture sociale” puis demandez ensuite aux mêmes personnes le nom du politique qui a proposé de “manger des pommes”. Là encore je ne brillerai pas par mon empirisme mais peut-être qu’une majorité de réponse ira dans le sens de ce que je tente de démontrer.
… je referme la parenthèse).
En 2007, de façon tout à fait surprenante, selon moi, les français n’avaient jamais autant voté pour une élection présidentielle (en volume). Plus de 36.000.000 de votants au second tour (source wikipedia ci-dessous).
Sur les 36 millions de votants en 2007, on peut se demander quelle est la part de ceux qui sont légitimes pour voter. Je n’entends pas par légitimes : l’origine, la nationalité, le niveau de diplôme, la CSP, … Non j’entends par légitimes, les personnes armées pour réaliser le choix qui va réellement défendre leurs convictions – enjeu central de la démocratie.
Ces armes, quelles sont-elles ? Une instruction politique (comment la politique est-elle organisée dans notre pays?), Une culture politique (quels sont les courants historiques, les nouveaux courants, quels modèles de pensée)? Une implication dans des causes politiques (syndicalisme, élus, gréviste) ou en minima une activité politique (participation à débats, vie associative) pour ne citer que celles-ci. Raisonnablement j’estime le taux des “légitimes” à 15-20% des votants. Je ne m’intègre d’ailleurs pas vraiment dedans : je ne milite pas, je ne suis plus trop actif dans le monde associatif, j’ai une instruction-culture politique toute relative. Assez! Vive la démocratie
Drôle d’Idée : “Voter tue”.
Comment alors une population qui au quotidien “s’intéresse” de moins en moins à la politique, peut-elle être de plus en plus nombreuse à voter (du moins aussi constante sur les élections majeures) ? N’est-ce pas là un danger ? Ne risque-t-on pas d’être particulièrement influençable, manipulable dans ces conditions ? En somme n’est-ce pas là le meilleur moyen d’entrer dans une « dictature » qu’elle soit politique, financière ou médiatique ?
Pour conduire, chasser, construire, … l’on a systématiquement besoin d’obtenir un permis. Une sorte de sécurité que prend l’état avant de laisser entre nos mains une pratique à risque. Pourquoi alors voter n’appartiendrait-il pas aux conduites à risques :“Voter tue” ! On aurait pu l’inscrire en 1933 sur les bulletins allemands… (Il y a pleins de slogans anti-tabac que l’on pourrait d’ailleurs adapter sur des bulletins, avec un gros brin de cynisme).
Si l’on considère qu’en allant voter sans y être réellement préparé, on prend le risque de défendre des hommes et des femmes dont “finalement” les convictions vont à l’encontre des intérêts du peuple; alors l’acte le plus symbolique de toute démocratie devient l’arme qui se retourne contre elle. On croit sur parole … et adieu la démocratie !
On a souvent demandé aux politiques le prix d’un ticket de métro ou de la baguette de pain. C’est dommage qu’aucun d’entre eux n’ait encore répondu :”et vous, pouvez-vous me donner les principes fondamentaux de notre république?”… j’aurais pu m’y attacher.
L’idée qui tue.
Parce que le vote est essentiel à la démocratie, il vaut peut-être mieux confier cette grande responsabilité à des personnes qui auront fait la démarche de développer leur culture politique, qui se seront impliquées, qui auront démontré leur engagement citoyen. Je ne parle pas là des élus (coincés trop souvent dans les murs de leur parti). Je parle du peuple, de toute personne qui aura fait la démarche de s’inscrire au permis de voter.
Le permis de voter, ce n’est pas un examen que l’on doit obtenir, c’est un ensemble de droits que nous offrirait l’état et qui nous imposerait certains devoirs : L’idée est de donner un accès à une « in/formation » politique gratuite, globale et surtout interactive. Le tout, à la simple demande du citoyen.
Avoir son permis de voter c’est :
> Devenir électeur pour toutes les élections durant un quinquennat présidentiel et représenter la part de la population non “permise”.
> Obtenir un accès gratuit et illimité au portail web des électeurs : et si l’on inventait un portail web social destiné uniquement aux votants ? Un www.france.fr en mode utile :
> Le réseau donnerait un accès gratuit à l’actualité politique au quotidien : presse écrite, tv…
> Un accès gratuit et illimité à une in/formation politique : la république, ses fondements, les courants de pensée, l’histoire, le journal officiel, …
> Un accès aux experts : donner son avis, poser une question, échanger, débattre…
> Profiter de certains avantages : d’un traitement accéléré pour tous les documents administratifs à la défiscalisation d’une partie des revenus…
> être obligé de participer à chaque vote. La non participation entraîne sanction (perte des avantages du votant notamment, perte du permis, sanction financière?).
> être “encouragé” à participer (même ponctuellement) à la vie politique locale : conseil municipaux, départementaux, régionaux…
> être invité à des colloques thématiques tenus par des experts en région.
> Etc.
Vote for me !
Depuis 30 ans on tente de faire culpabiliser les personnes qui ne votent pas, leur collant l’étiquette de mauvais citoyens (”quand on pense que nos aînés sont morts pour ça!”). C’est vrai, ce n’est pas très consciencieux, pour certains. Pourtant, doit-on forcément penser que les français dont la seule activité politique consiste à placer un bulletin dans l’urne sont de meilleurs citoyens ? Combien de français soulagent-ils leur conscience politico-morale les jours d’élection ? Pour moi, c’est uniquement en élevant la culture politique des français que l’on peut espérer élever le niveau de nos hommes et nos femmes politiques. Et donc jouer parfaitement notre rôle dans cette sacrosainte démocratie.
Vous allez me demander : “que vient faire Coluche dans tout cela?”. Peut-être avec un poil d’ironie vient-il ici gratter la situation de notre société…
Et sur la vidéo ci-dessous nous prouver qu’avec un positionnement de marque très simple (je suis le candidat de ceux qui n’ont pas envie de voter pour les autres candidats), on peut quasiment transformer un humoriste en présidentiable. Ça c’est joué à un Mi-tterrand… c’est dire!
http://www.dailymotion.com/videox5kxzo
Enfin cher lecteur, si l’organisation d’un tel dispositif national vous paraît irréalisable (”c’est quoi cette usine à gaz?!”), alors je vous répondrais que cela ne peut pas être plus complexe et coûteux que d’organiser le service militaire depuis 1798
Nom d’une démocratie !
Boris Laffargue.
NDLR : Boris Laffargue pensait à l’âge de 6 ans faire du football son métier. Après y avoir renoncé à l’âge de 13 ans, il a retrouvé à 20 ans le filon pour espérer un jour, intégrer un club de foot pro ! A bientôt 30 ans, il est le responsable médias du Toulouse Football Club, qu’il a intégré en 2003 pour créer le concept “Jeunes Citoyens Supporters” et déployer une politique de mécénat qui lu a valu un Oscar du Mécénat en 2006. En dehors du Club et de Twitter, vous pouvez le retrouver sur son blognote (cliquer ici) où, en dehors de sa vision décalée sur la démocratie, il incarne le précepte de Brassens : “Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente” ! .-)
J’ai écrit ce post (qui explicite la démarche Media Arts développée par TBWA pour ses grands clients mondiaux) pour la toute nouvelle rubrique “L’invité du mardi” du blog de @MryEmery (A ne pas confondre avec l’invitée du Jeudi sur le même blog
). Je le reproduis ici pour pouvoir répondre directement aux (éventuels) commentaires dans la durée. Bonne lecture !
Beaucoup a été écrit, et beaucoup sera écrit sur le buzz. Mais il est frappant de constater à quel point l’idée qui domine encore en France aujourd’hui pour les marques quand elles communiquent, est celle d’un buzz comme conséquence du plan de communication, et non du buzz comme composante du mix média. Pour beaucoup d’annonceurs (et parfois d’agences), le buzz est «un truc en plus», une «cerise sur le gâteau». Un peu comme autrefois les Relations Presse ou les Relations Publiques, qui venaient comme « une opportunité supplémentaire » de « retombées presse », les « retombées » se faisant, par définition, après l’événement.
Même si L’EFFET du buzz se mesure à postériori, et si le SUR-EFFET du buzz (qui progresse par paliers successifs), peut se produire longtemps après le lancement, il me semble impératif de rappeler une vérité simple et de bon sens : il convient pour les marques de semer au bon moment pour récolter. Et la récolte sera d’autant plus productive que les ingrédients du buzz auront été intégrés dès le départ comme composantes du mix media. Le fait que vous connaissiez tout de l’iPad avant même que sa publicité ne commence, ne tient pas du miracle : c’est une composante à part entière du scenario media d’Apple, au cœur duquel se trouvent les fameuses interventions de Steve Jobs. L’Internet en démultipliant la puissance du bouche à oreille et en disséminant les idées beaucoup plus vite (sans barrière autre que celle de la langue), a durablement et profondément transformé la capacité qu’ont aujourd’hui les émetteurs en général, et les marques en particulier, non seulement de communiquer, mais d’ENGAGER, au sens d’enrôlement, leur audience. Et l’engagement, par définition, ça se produit au départ !
C’est au nom de ce constat que nous avons développé pour nos grands clients mondiaux (comme Apple, Absolut, Nissan, Mars, Michelin ou McDonald’s pour n’en citer que quelques uns), une approche appelée Media Arts, qui vise à démultiplier la valeur d’une idée par l’usage pertinent de tous les média, incluant de manière centrale le «earned media» : les media que l’on gagne, autrement dit, le buzz. C’est ainsi qu’est née par exemple, l’idée du Pepsi Refresh Project, une dotation mensuelle de 1,2 millions de dollars pour les projets d’intérêt général votés par les internautes. Une idée dont le buzz est partie intégrante, puisqu’il faut commencer par voter pour les projets !
Les medias que l’on gagne (earned media)
Il est temps de mettre fin à une vision trop binaire des média. En effet, la tendance, naturellement simplificatrice des « marketers », a toujours consisté à vouloir séparer les medias en deux : « Above the line-Below the line » au siècle dernier, « Off Line et On line » aujourd’hui. Ces segmentations ne sont pas fausses, mais beaucoup trop grossières pour être applicables opérationnellement à des marques devenues elles-mêmes média, qui doivent optimiser les messages qu’elles produisent à 360 degrés (sur tous les canaux),365 jours par an (tout au long de l’année), et considérer désormais leurs clients comme leur premier média.
La nouvelle approche « Media Arts », est fondée sur une segmentation qui comprend 4 types de média (dont le quatrième est le buzz) . Cette segmentation comprend 1) les medias que l’on possède («owned media »), 2)les medias que l’on achète (« bought media »), 3)les media que l’on se créée (« created media ») et 4)les media que l’on « gagne » (« earned media »). La grande innovation de ce modèle de pensée, au delà de l’idée qu’un media peut-être désormais créé par les marques, est l’intégration du « earned media », donc du buzz, comme une composante du mix, et non simplement comme sa résultante.
Cette démarche présente aussi l’intérêt, par son exhaustivité, de mieux prendre en compte une dimension souvent sous estimée dans les plans-medias (qui concernent en général les media que l’on achète) : je veux parler des médias que l’on possède. Tout émetteur, et donc toute marque possède des média en propre qu’il peut mieux utiliser pour véhiculer son message : à minima, son packaging, son merchandising, éventuellement son point de ventes, toujours son site internet, et parfois un porte-parole. Il est temps de redonner sens à une évidence : les médias qu’une marque possède sont de loin les plus importants car ils ne se contentent pas de communiquer un message, mais une expérience de marque. C’est ce que démontre brillamment Apple au travers des Apple Stores par exemple.
Les medias que l’on possède (owned media)
Les médias que l’on achète (TV, Radio, Cinéma, Presse, Affichage, Internet lorsqu’il fait l’objet d’un achat), sont indispensable mais couteux. Ils doivent donc être analysés et recommandés dans une logique de complémentarité aux autres types de média, qui sont par définition plus économiques. La logique de « Media Arts » s’applique aussi aux medias traditionnels que l’on achète, l’enjeu devenant un usage du média aussi créatif que le message lui-même.
Les medias que l’on achète (bought media)
Le troisième type de média est aujourd’hui le plus mal compris et le plus mal utilisé, à l’exception de quelques « megabrands » de soft drink, d’articles de sport ou de mobilier Suédois qui alimentent largement la blogosphère de leurs initiatives. Il s’agit des medias que l’on se crée soit même, de manière unique et spécifique. A l’exemple de l’opération « Replay » de Gatorade (un match événementiel rejoué 15 ans après) qui a été largement couronné à Cannes cette année, ou de la création d’un media qui n’existait pas par Nissan Qashqai dans les tunnels du métro pour le lancement de sa dernière campagne. Il peut s’agir de media créés ponctuellement, ou durablement : avec Goom Radio, par exemple, un certain nombre de marques, comme la SNCF, se créent aujourd’hui leur propre radio, de manière permanente. Les médias que l’on se créent peuvent d’ailleurs devenir ultérieurement des médias que l’on possède.
Les medias que l’on se crée (created media)
Mais l’enjeu d’aujourd’hui, ce sont les media que l’on gagne (« earned media »), non seulement pour leur force de démultiplication à faible coût, mais aussi et surtout, parce qu’ils « passent par l’humain ». Ce ne sont pas des médias comme les autres, ce ne sont pas des « supports » matériels : ce sont des personnes, qu’il s’agisse de journalistes, de leaders d’opinion, de prescripteurs ou de consommateurs ambassadeurs. Pour une marque, investir ce relais, c’est d’abord s’occuper de ses clients ! Cette dimension inclusive du client comme partie intégrante du système de communication de la marque est probablement la plus grande révolution culturelle amenée au marketing par Internet. C’est un changement de paradigme ! Le client n’est plus à l’extérieur de l’entreprise, mais à l’intérieur, de son côté (s’il le veut bien). Avec le risque (mais n’est-ce pas plutôt une opportunité ?) qu’il devienne plus exigeant, mieux informé et plus critique sur l’entreprise et ses marques. Raison de plus pour bien le traiter ! Considérer ses clients comme une audience, est une manière de mieux les respecter.
Dans un monde où les marques doivent apprendre, comme le dit Danah Boyd, social media researcher de Microsoft dans la vidéo #JourDuPenseur postée sur mon blog dimanche dernier, « à s’intégrer au flux, et non à l’interrompre », il devient urgent de considérer que le buzz n’est pas le dernier des médias, mais le tout premier, comme il l’a toujours été.
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Encore une idée repérée par Anne Sophie Robert (@AnneSo_R), qui mérite bien d’être à l’honneur deux jours de suite sur ce blog, car j’avais omis hier de signaler qu’elle est en recherche d’emploi (planning stratégique. Pour voir son CV, cliquer ici). Si vous avez vu au cinéma la pub Haribo précédant Avatar (ci-dessus), vous avez aussi noté à quel point les petits (et certains grands) avaient envie de toucher les bonbons qui fusaient vers eux. Ce sera peut-être bientôt possible…
L’Institut National des Sciences et Technologies industrielles avancées (AIST) du Japon a développé un système 3D tactile, qui permet de reconstituer la sensation du toucher et de manipuler des objets 3D sur un écran. Le “i3Space” nécessite pour le spectateur d’équiper ses doigts d’un appareil, et utilise le mouvement des doigts pour calculer la force virtuelle à appliquer à l’image 3D pour la modifier en conséquence. Cette innovation pourrait non seulement avoir des applications pour les jeux vidéo, mais aussi dans le domaine médical.
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