Archives mensuelles : avril 2012

Et si on luttait contre la pensée copié-collé?

COPIE COLLE

J’ai reçu ce mois-ci un petit livre signé Bruno Benchetrit intitulé « La norme H.I.é – Arrêtons de penser normalement » qui ne pouvait pas ne pas trouver sa place dans la rubrique #JourDuPenseur, tant il incarne la démarche de ce blog dont il pourrait, en quelque sorte, être le manifeste. J’en profite pour remercier au passage Bruno d’avoir cité mon blog dans ses références, aux côtés de celui de Seth Godin ;-)

moilivreokwebBruno Benchetrit, ancien publicitaire devenu consultant en marketing, est également blogueur depuis 2007 (popmarketing) et scénariste. Il fut également l’un des premiers contributeurs de ce blog en 2009 avec  » Et si on réinventait le mass-media ?« , puis en 2010 avec  » Et si Internet perdait la mémoire ?« . Il est l’auteur d’un premier livre « Allez vous faire voir – Pour une communication remarquable et singulière », un petit livre de rédacteur publicitaire, à la manière de Paul Arden, le génial directeur de création de Saatchi&Saatchi auteur de « Whatever you think, think the opposite », qui fait mouche par ses formules inspirantes et inspirées. Son nouvel opus, « La norme H.I.é – Arrêtons de penser normalement (au rayon marketing) » publié chez Unlimit-Ed, veut « figer dans un livre ce qui pourrait se perdre dans un blog » en défendant la conviction première de Bruno Benchetrit : « Inventer, c’est ne prendre exemple sur rien ». Il s’élève contre la « pensée powerpoint », symbole du raisonnement improductif, contraire de la pensée, qu’il rhabille en une formule choc :  » Si vous croisez John Powerpoint, dites lui merde, sur 100 slides en corps 72″ !

norme-hie-comme-ca-prononce-L-YI2wg5Le petit livre de Bruno Benchetrit « La norme H.I.é » (comme ça se prononce), est un hommage à la pensée disruptive, et fait référence explicitement au travers d’Apple (« Think Different ») et d’Adidas (« Impossible is nothing ») au concept développé par Jean-Marie Dru, patron mondial de TBWA. Bruno Benchetrit nous rappelle que « penser comme tout le monde, c’est être comme tout le monde » . Pour exister, on ne peut se contenter de copier. Il constate que le marketing consiste trop souvent à « ressembler à son concurrent pour prouver que l’on est son égal ». Bruno Benchetrit nous invite à entrer en résistance contre la pensée unique, nous rappelant les trois choix existentiels selon Pierre Desproges : le choix initial ( » La tétine ou le têton »), le choix final (« chêne ou sapin ? ») et le choix intermédiaire : « résistance ou collaboration ? ». Bruno Benchetrit nous incite à sortir de notre zone de confort en résistant activement « aux choses moyennes qu’on nous impose tous les jours » et à transformer notre réalité quotidienne. Il nous faut pour celà combattre « les forces du (nor)mal » alors même que notre système éducatif a instauré le paradigme de la moyenne (« Pense comme ton voisin et tout ira bien ») et nous conduit à devenir des « Français moyens ». Un système éducatif qui nous apprend avant tout à ne pas faire d’erreur (dicktat du QCM) au lieu de nous apprendre à penser , à imaginer, qui nous apprend à « avoir zéro faute » au lieu de nous apprendre à devenir Einstein. Il est vrai que « penser tout seul, c’est lâcher le courant dominant au risque de s’isoler », c’est inconfortable et celà peut paraitre dangereux. Mais c’est le prix à payer pour ne pas rester transparent, invisible, insipide. Bruno Benchetrit critique également les excès de benchmarking qui « moyennise » tout qui conduit les entreprises et à leurs offres à se ressembler, au lieu de se différencier. Il nous invite à sortir de la pensée powerpoint, et nous incite à dessiner les cartes plutôt qu’à suivre la route. Et si nous osions davantage à la manière d’Apple, de Paypal ou The Artist ? Une bonne idée, par définition, transgresse les standards : « Innover, c’est ne pas accepter le monde tel qu’il est ». Comme le dit Philippe Starck : « Personne n’est obligé d’être un génie, mais chacun est obligé de participer ». Il ne tient qu’à chacun d’entre nous de transformer ce principe en action !

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Effets du Kamagra est varié pour tout le règne. Il suffit de ne pas dire quelle option est la meilleure option. Et il est intéressant pas pour tout le paix. Pas agréable de penser.

Et si vous sentiez l’odeur du succès ?

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Non, le titre de ce post n’est pas lié aux élections présidentielles, mais à la nouvelle campagne Old Spice, sujet de la rubrique #EclatDeRire de cette semaine. Il n’est jamais facile pour une marque de se renouveler après avoir réalisé une des campagnes du siècle (voir les posts consacrés à Old Spice sur ce blog en cliquant ici), et je dois dire que certaines campagnes Old Spice de l’année dernière m’avaient franchement déçu. Ce nouveau film m’a fait sourire, et j’espère qu’il contribuera vous mettre de bonne humeur en ce samedi pluvieux. Excellent week-end !

Effets du Kamagra est différent pour tout le paix. Il suffit de ne pas dire quelle option est la meilleure alternative. Et il est intéressant pas pour tout le monde. Pas agréable de penser.

Et si votre table basse devenait un média rentable ?

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Louer l’espace d’exposition de son catalogue dans votre foyer, c’est ce que propose Ikéa en Australie à ses clients pour communiquer autour de son nouveau catalogue, et maximiser la présence à l’esprit de la marque à domicile. Car, par définition, plus vous voyez le catalogue Ikéa chez vous, plus vous avez envie d’acheter les produits Ikéa ! Sans compter l’effet sur votre famille ou vos amis… En proposant d’offrir des coupons de réduction à ceux qui s’engagent à laisser visible le catalogue à domicile, Ikéa s’est offert un bon coup de buzz, et une croissance instantanée de la fréquentation et des ventes en magasin. Well done !

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Effets du Kamagra est divers pour tout le règne. Il suffit de ne pas dire quelle alternative est la meilleure choix. Et il est intéressant pas pour tout le paix. Pas agréable de penser.

Et si on attendait 19h59 pour twitter les résultats ?

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Pour le retour de la rubrique hebdomadaire #JourDuPenseur de ce blog, j’ai décidé de m’attaquer à un sujet qui a interpellé cette semaine le fan de twitter que je suis. A l’heure de twitter (ou de Twouitte, comme dirait Jean-Pierre Elkabbach (cliquer ici pour ré-écouter son imitation hilarante par Nicolas Canteloup vendredi)), devrait-on impérativement respecter la règle (et la loi) qui interdit de donner les estimations des résultats avant la fermeture des bureaux de vote ?  Ou, au contraire, au moment où un certain nombre de twittos envisagent comme un jeu de diffuser l’information de manière masquée (cliquer ici),  doit-on considérer qu’il est vain de vouloir construire une ligne Maginot face à la circulation d’une information globale instantanée, et accepter la diffusion sur twitter d’estimations que certains allaient déjà chercher sur les sites d’information suisse ou belge lors des élections précédentes ?

12_3236Face à un tel dilemme, un éclairage philosophique s’impose. Je l’ai trouvé dans un très bon post publié par le pasteur Alain Houziaux, en 2007 intitulé « Faut-il avoir des principes ? », où il nous rappelle que « Face à un dilemme moral, deux attitudes s’opposent : celle de l’éthique « déontologique », qui privilégie les principes, et celle de l’éthique « utilitariste », qui se soucie d’efficacité. Je reproduis ci-dessous les grandes lignes de ce post, que vous pouvez lire dans son intégralité en cliquant ici. « Les principes, ce sont des règles que l’on se donne à soi-même, à la différence des règles de la société, de la bienséance… qui sont plutôt des règles que l’on adopte. Et c’est pourquoi le fait d’avoir des principes peut vous inciter à transgresser règles et les lois de la société. Ce fut le cas pour Antigone, qui voulait que son frère fut enterré, en dépit des lois édictées par l’Etat. Avoir des principes, c’est avoir des règles qui vous dictent impérativement une ligne de conduite dans une situation qui vous place face à un dilemme. Prenons un exemple. Vous êtes officier et l’on vous demande de tuer vous-même un otage ; et on vous -assure que si vous le faites, on laissera la vie sauve à vingt autres. En revanche, si vous refusez, on passera par les armes les vingt et un otages. C’est le dilemme dit « de Touvier » ou « de Caïphe ». Touvier, lors de sa défense, a dit avoir accepté de tuer sept juifs parce que cela lui permettait d’en sauver un nombre plus important. Caïphe, de la même manière, a accepté de faire crucifier Jésus parce que, de la sorte, il pouvait empêcher une rébellion du peuple juif dont la répression par les Romains aurait entraîné plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines, de morts. « Il vaut mieux qu’un seul homme meure et qu’ainsi la nation soit sauvée. » (Jn 11,49-50). Face au « dilemme de Touvier », si, sans hésiter, vous refusez de tuer l’otage parce que, par principe, vous vous refusez à commettre un meurtre, quelles que soient les conséquences de votre refus, vous êtes un homme à principes de type « déontologique » (de deïn, lier, attacher). Si, au contraire, vous acceptez sans hésiter de tuer l’otage pour sauver les vingt autres, vous optez, par principe, pour le moindre mal et vous êtes un homme à principes du type « utilitariste ».

L’éthique « déontologique »

kador_verso_4La différence entre ces deux éthiques recoupe, en la radicalisant, la distinction entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité. L’éthique « déontologique » se situe dans l’héritage de Kant. Pour Kant, le principe « tu ne tueras pas » doit être respecté de manière absolue, quelles que soient les conséquences de ce refus de tuer. C’est aussi ce que disent saint Paul (« Ne faites pas le mal pour qu’il en résulte le bien », Rm 3,8) et saint Thomas d’Aquin : « Il y a des actions que ni la bonté de la fin, ni celle de la volonté ne peuvent rendre bonnes. » (Somme théologique, 1a, 2ae, Q20, A2). Pour justifier son choix, celui qui refuse de tuer l’otage (même pour en sauver vingt autres) pourra faire valoir les points suivants : 1.chaque individu est une fin en lui-même. Il ne peut pas être instrumentalisé, même au service d’une cause généreuse. Sa vie, c’est sa vie à lui. Nul ne peut en disposer ; 2. il faut faire la distinction entre la responsabilité et la culpabilité. L’officier qui tue un homme pour en sauver vingt est coupable de la mort de cet homme. Celui qui refuse de le faire est seulement responsable de la mort de vingt hommes . En matière de vie humaine, les vies ne sont pas additionnables et le principe d’efficacité n’est pas applicable. Vingt vies, ce n’est pas plus qu’une vie. Vingt vies, c’est seulement une vie, une vie, une vie. Le problème que pose l’éthique « déontologique », c’est celui-ci : peut-on accepter qu’un acte qui est, en soi, vertueux (ne pas tuer) ait des effets secondaires néfastes (causer des morts) ? C’est le problème dit « du double effet ».

L’éthique « utilitariste »

John-Stuart-MillPour la théologie morale catholique (la casuistique), un acte moral qui a des conséquences mauvaises est néanmoins autorisé à trois conditions : l’objectif de l’acte doit être bon ; ses conséquences mauvaises ne doivent pas être visées en tant que telles ; le bien visé par l’acte doit être proportionné au mal que comportent ses conséquences et doit l’emporter sur ce mal. Mais l’application de ce principe dit « de proportionnalisme » est bien difficile. Il est quelquefois difficile de séparer les conséquences mau-vaises des objectifs visés, en particulier lorsque ces conséquences sont prévisibles et même prévues. Un médecin qui, pour sauver la vie de la mère, effectue une craniectomie sur l’enfant à naître a-t-il ou non l’intention de tuer l’enfant ? Certes pas, mais l’homicide de l’enfant est pourtant inséparable de l’acte qui sauve la mère. On ne peut viser l’un sans viser l’autre. Venons-en à l’éthique « utilitariste » (ou « conséquentialiste ») dont le promoteur fut Stuart Mill. Pour elle, le choix face à un dilemme doit se faire non pas pour des raisons morales mais uniquement au vu des conséquences de chacun des choix possibles. Et ce par principe. Un mort, c’est moins que vingt et un. Ce que reproche l’utilitarisme au déontologisme, c’est de se préoccuper uniquement de morale individuelle et personnelle et de chercher à ce que l’agent de l’action garde les mains propres quelles qu’en soient les conséquences. L’utilitariste dira que l’officier doit faire abstraction de son éthique personnelle et évaluer les conséquences de son action de la manière la plus neutre possible par rapport à lui-même. On peut critiquer l’utilitarisme sur deux points. D’abord la rationalité de cette technique de prise de décision inquiète. Le principe même d’un calcul en matière de vies humaines peut apparaître scandaleux. De plus, le problème dit « du double effet » se pose également pour l’utilitarisme. Le même acte a à la fois des conséquences positives et négatives, ce qui complique l’appréciation des conséquences de chacune des options en balance. Mais ce point met davantage en cause l’utilitarisme que le déontologisme puisque celui-ci, par principe, dit ne pas se préoccuper des conséquences alors que l’utilitarisme, lui, est fondé uniquement sur l’appréciation des conséquences des actes. Et c’est pourquoi le constat du double effet dénature le principe même de l’utilitarisme alors qu’il ne dénature pas le principe du déontologisme. »

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Et vous, ferez-vous preuve ce soir d’une éthique déontologique, ou d’une éthique utilitariste ? En ce qui me concerne, mon choix est fait : je ne relaierai pas les estimations avant 20h. Je fait partie de ceux qui pensent que pour revaloriser la politique, il nous faut commencer par la respecter. Au delà du respect de la loi et des risques théoriques de modification des votes de dernière minute, c’est ici le respect du vote de chacun et de son utilité symbolique qui est en cause. Même si on peut souhaiter une évolution de la loi pour que tous les bureaux de vote ferment à la même heure, on ne peut pas en même temps vouloir mettre fin à la « dictature des sondages » et considérer que l’estimation du vote sortie des urnes en cours de vote peut se substituer au résultat alors que les bureaux de vote sont encore ouverts. De plus, dans une perspective utilitariste, on peut douter du réel intérêt de diffuser les résultats quelques heures en avance ! J’attendrai donc 19h59 pour twitter considérant que mes tweets ne pourront plus avoir la moindre influence sur quelque électeur que ce soit, mais souhaitant que twitter garde, par principe, sa longueur d’avance sur les médias traditionnels, et tout particulièrement sur le journal de 20h ! D’ici là, et d’ici 20h, votez bien, dès le premier tour, et n’oubliez pas que l’abstention n’a jamais rendu le monde meilleur ! ;-)

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Effets du Kamagra est divers pour tout le monde. Il suffit de ne pas dire quelle option est la meilleure alternative. Et il est intéressant pas pour tout le monde. Pas agréable de penser.

Et si on allait joyeusement voter ?

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Retour de la rubrique hebdomadaire #EclatDeRire (après une pause pour cause de vacances), avec mes deux films humoristiques préférés contre l’abstention. Le premier « Jean-Paul », (ci-dessus), signé BDDP&FILS en 2001, repose sur l’insight  » Ne laissez pas les autres décider à votre place ». Le second (ci-dessous) nous rappelle que tout le monde peut voter, pour le meilleur ou pour le pire… En 2012, l’Association des Agences Conseil en Communication s’est mobilisée en partenariat avec le collectif « Démocratie et Communication » dont je vous avais parlé ici et (« Et si on libérait la communication politique en France ?« ) sur ce blog,  pour produire 9 dispositifs média et hors-média dont le film « L’entretien d’embauche » (ci-dessous). Vous pouvez retrouver l’ensemble de ces campagnes (y compris celles de TBWA\Paris, TBWA\Corporate et Being) en cliquant sur www.aaccvote2012.fr. D’ici là, joyeux vote ! ;-)

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Effets du Kamagra est divers pour tout le monde. Il suffit de ne pas dire quelle choix est la meilleure choix. Et il est intéressant pas pour tout le monde. Pas agréable de penser.

Et s’il fallait se méfier des lunettes en réalité augmentée ?

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Un #EclatDeRire spécial ce samedi pour la parodie du film Google Glasses ( » Et si vos lunettes vous permettaient de voir en réalité augmentée ?« ) . Si le film original a déjà été visionné sur YouTube plus de 8 millions de fois, sa parodie (ci-dessus) vient de passer le million de vues ! Pas de doute, en matière de buzz, la réactivité paie … ;-)

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Et si vos lunettes vous permettaient de voir en réalité augmentée ?

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Une vidéo en caméra subjective mise en ligne aujourd’hui par une des équipes de recherche Google(x) qui développe « project glass » (cliquer ici) , une vision prospective de ce que pourraient être nos futures lunettes à réalité augmentée. On s’y verrait déjà ! ;-)

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Et si on pouvait actionner le bouton pizza en cas d’urgence ?

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TBWA\RAAD Dubai a eu l’idée d’un magnet, utilisant Bluetooth, qui se pose sur la porte de votre réfrigérateur et vous permet de commander automatiquement votre pizza préférée. Ce magnet est réservé aux meilleurs clients de l’enseigne Red Tomato Pizza, dont le choix favori a été préenregistré. Comme un sms de confirmation est envoyé par téléphone, il est possible, si on le souhaite, de modifier la commande automatique (voir démo ci-dessous). Une préfiguration des nouveaux services rendus possibles par l’internet des objets ?

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Effets du Kamagra est varié pour tout le monde. Il suffit de ne pas dire quelle alternative est la meilleure alternative. Et il est intéressant pas pour tout le univers. Pas agréable de penser.

Et si on sortait de l’âge de pierre de l’opinion ?

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Le #JourDuPenseur de ce dimanche aurait pu également faire l’objet de la rubrique « Coup de gueule » #BloodyMardi de mon blog : celà fait longtemps que je voulais régir contre l’usage excessif de micro-trottoirs stériles dont les chaines de télévision abusent, en particulier dans les journaux télévisés, avec leur lot de voisins ou de passants interviewés lors de faits divers, dans des déclarations interchangeables allant de « Je ne l’aurais jamais cru capable de ça  » à  « il avait l’air tout à fait normal « , en passant par « notre quartier a toujours été très calme ».

portrait-R.EnthovenDans le numéro d’avril du mensuel Philosophie Magazine, Raphaël Enthoven, philosophe et écrivain (voir mon post : « Et si on donnait à la philosophie sa juste place ? « ) nous livre un billet critique particulièrement bien senti, titré « Micro-trottoir : le réel au rabais » et sous-titré :  » Quand les journalistes tendent la perche aux « vrais gens », l’accumulation de poncifs n’est jamais loin. Comment une prise de parole supposée libre peut-elle se muer en fabrique de consensus ?

Philosophie+Magazine+avrilLe point de départ de la réflexion de Raphaël Enthoven est « la mélasse de truismes et de poncifs » du bien-nommé « micro-trottoir » (« On s’organise comme on peut » lors des grèves des transports, « On va chercher les bonnes affaires » lors des soldes etc…) : le micro-trottoir, qui « informe le télespectateur sur ce qu’il pense quand il ne réfléchit pas », a « le souci de l’évidence qui prescrit le convenable et proscrit l’exception ». La raison en est, pour Raphaël Enthoven, la « quadruple censure qu’imposent l’unicité du temps (une seule question pour une foule de réactions), la brièveté du temps de réponse (une phrase, sinon rien), l’alternative « pour ou contre », et enfin, l’exclusion, au montage, de tous les avis qui détonnent par l’éditorialiste, dont le travail n’est pas de rapporter la diversité du réel, mais la soupe homogène des émotions qu’il inspire ». Pour Enthoven, le micro-trottoir « n’est pas une enquête, mais une ponction, un prélèvement de lymphe, qui n’enseigne rien : on ne regarde pas pour apprendre, mais pour vérifier qu’on se ressemble. Le micro-trottoir, c’est la fabrique du consensus, l’éphémère promotion de Monsieur Personne en Monsieur Tout-le-Monde, qui se fait spontanément l’écho de la foule qui pense comme lui ». Aux antipodes du témoignage, le micro-trottoir « brandit l’extime conviction d’une foule à qui les convenances servent de convictions », c’est « l’âge de pierre de l’opinion ». Dans cet article, Raphaël Enthoven ne propose malheureusement pas vraiment de solutions au problème qu’il soulève. Mais on peut penser qu’il serait bon pour la démocratie de donner la parole à celles et ceux qui ont une opinion sur un sujet plutôt qu’à ceux qui n’en ont pas. De ce point de vue, la démarche d’un journal comme Le Parisien, qui permet à ses lecteurs d’exprimer chaque jour une opinion  argumentée à minima, sur un sujet d’actualité va dans le bon sens. Le débat d’idée et d’opinion est plus que jamais indispensable à la vitalité de la démocratie .

Effets du Kamagra est varié pour tout le paix. Il suffit de ne pas dire quelle option est la meilleure alternative. Et il est intéressant pas pour tout le monde. Pas agréable de penser.