Archives mensuelles : avril 2015

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ET SI LA DISPERSION ETAIT NOTRE DESTINEE ?

J’ai décidé de consacrer notre #JourDuPenseur dominical à « La condition de l’homme dispersé », thématique qui fait la Une du numéro d’avril de Philosophies Magazine, que j’ai lu avec grand intérêt dans l’avion qui m’emmenait de Paris à Singapour la nuit dernière. Internet a renforcé notre sentiment de dispersion. Mais au delà de la seule dispersion de l’attention, ce sont nos vies qui s’éparpillent, entre familles recomposées, défis professionnels ou pratiques culturelles. Ne savons nous plus faire attention ? Le regard philosophique est de nature à nous rassurer : loin d’être un vilain défaut, la dispersion est notre conditions naturelle. Elle pousse à la curiosité et intensifie notre quotidien. Bref, elle est plus qu’utile dans un monde de plus en plus incertain.

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Faire plusieurs choses en même temps, être attiré par le foisonnement du monde, n’est-ce pas l’état normal de notre condition ? « Nous avons avec nous un principe constant de distraction et de vertige qui est notre corps » écrivait Merleau-Ponty. L’état normal, c’est la pluralité des états de conscience. Ce qui est moins normal, c’est que cette dispersion ne trouve plus de répit. Nous sommes en train de vivre une mutation sans précédent de notre régime attentionnel qui fait de nous des êtres de plus en plus dispersés. L’économie de l’attention, promue par l’architecte allemand Georg Franck s’est mise en place pour faire de cette denrée rare le nouveau capital qu’il s’agit de capter et de faire circuler. L’attention est à la fois ce projecteur qui balaie le dehors en quête de ce qui peut s’y produire, mais aussi la capacité de se focaliser sur quelque chose de précis. Parfois, ces deux polarités entrent en conflit (comme dans l’expérience du gorille (vidéo ci-dessous)). Mais la plupart du temps, l’attention flottante et l’attention concentrée font bon ménage. Le nouveau régime attentionnel constitue plutôt une nouvelle manière de distribuer notre attention dans une forme de « vigilance polyphonique ». Mais il est essentiel de nous préserver des bulles attentionnelles (lecture, musique, contemplation, méditation) si nous voulons expérimenter la présence pure des choses.

Pour Yves Citton, auteur de « Pour une écologie de l’attention », la crise de l’attention ne date pas de l’essor des technologies de l’information, mais de l’essor du capitalisme en général qu’il définit comme « l’histoire d’une crise permanente de l’attention ». Face à l’accélération des stimulis de l’attention, il préconise de passer d’une économie à une écologie de l’attention, tout en reconnaissant les vertus de la dispersion : « la dispersion est un mode d’attention fondamental, car intuitif ». Les expériences montrent que nous sommes toujours attentifs à beaucoup d’autres choses que ce sur quoi nous portons notre attention. Porter une attention diffuse, intuitive, dispersée, à 360° sur les différents flux d’information, nous permet d’appréhender les signaux périphériques, inattendus, et d’anticiper sur les changements de situations. L’étymologie du mot latin « attendere » nous rappelle que l’attention consiste à « tendre son esprit vers » une chose extérieure. L’attention est donc une sortie de soi, une désappropriation, donc par définition, une aliénation. C’est ce qui fait la beauté des expériences esthétiques : « je me constitue comme sujet en m’aliénant dans un objet ». C’est pourquoi Yves Citton préconise au niveau de l’attention individuelle, d’aménager des « vacuoles » (espaces délimités dédiés) de concentration, mais aussi d’adopter des stratégies de dispersion permettant, par le jeu du hasard et de l’intuition, de trouver ce que l’on ne cherche pas. Et ainsi de se connecter à d’autres points de vue, qui nous amènent à enrichir, élargir, nuancer notre compréhension du monde.


Yves Citton – L'économie de l'attention nouvel… by Librairie_Mollat

Dans un troisième article passionnant, Michel Eltchaninoff nous montre comment la dispersion qui fut considérée par la Bible ou Platon comme une malédiction, est devenue depuis Derrida une forme de bienfait salvateur de l’humanité. Avec le recul, on peut penser que l’épisode biblique de la tour de Babel, loin d’être une malédiction, est une bénédiction sans fin, une forme de libération. Si le péché fut dispersion avec le christianisme, Blaise Pascal a eu l’occasion de souligner à quel point le divertissement (pour ne pas penser à l’inanité de l’existence et à notre propre misère) est fondamentalement humain. Diderot, quant à lui, affirmera les vertus de la dispersion heureuse dans « Le Neveu de Rameau ». Même si Heidegger ne se reconnaitra pas dans ce matérialisme joyeux, convaincu que « nous nous dissolvons dans la dispersion », la dispersion heureuse reviendra après la seconde guerre mondiale, notamment avec la philosophie de Derrida, auteur de « La Dissémination ». Avec Derrida, la dispersion emporte toutes les structures figées. C’est sur cet héritage que nous vivons : la dissémination se réinvente en attention flottante, en fébrilité digitale et en multiplication d’écrans. L’histoire a changé de polarité et la dispersion n’est plus désormais synonyme de punition. Il ne nous reste plus qu’à assumer pleinement notre condition d’homme (ou de femme) dispersé(e) !

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Effets du Kamagra est différent pour tout le univers. Il suffit de ne pas dire quelle option est la meilleure option. Et il est intéressant pas pour tout le monde. Pas agréable de penser.

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ET SI VOUS PASSIEZ UN WEEK-END « DIRTY » MAIS PAS TROP?

Comme chaque samedi, la rubrique #EclatDeRire de ce blog vous proposer les meilleurs films publicitaires humoristiques venus du monde entier . Après notre #EclatDeRire de la semaine dernière consacré aux comédiens amateurs (cliquez ici), voici un petit film vantant efficacement les mérites de l’assurance santé UNITED HEALTHCARE, mettant en scène un couple de danseur amateur sur la bande son de « Dirty Dancing » (« The time of my life »), qui vous rappellera que nous avons tous des limites qu’il est préférable de ne franchir que si l’on se sent bien assuré … Pour vous permettre de vous entrainer en toute sécurité, et vous éviter d’avoir recours à un médecin urgentiste, même virtuel, je vous offre (ci-dessous) la version originale du film « Dirty Dancing » mettant en scène Patrick Swayze et Jennifer Grey. En vous souhaitant à toutes et à tous un très agréable « Dirty » week-end !

Effets du Kamagra est varié pour tout le univers. Il suffit de ne pas dire quelle alternative est la meilleure choix. Et il est intéressant pas pour tout le univers. Pas agréable de penser.