ET SI « IMPOSSIBLE » ETAIT DE MOINS EN MOINS FEMININ ?

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J’ai décidé de consacrer la rubrique #JourDuPenseur de mon blog à la question de « l’imPOSSIBLE », thème du prochain TEDxChampsElyséesWOMEN qui aura lieu à Paris au théâtre Mogador, le 03 décembre 2018 (pour réserver vos places, cliquez ici). En tant que membre du Comité d’Inspiration, je peux vous annoncer que, pour fêter son cinquième anniversaire, TEDxWomenChampsElysées, piloté chaque année par Béatrice Duboisset et une équipe de bénévoles (que vous pouvez encore rejoindre si vous souhaitez donner un coup de main pour la soirée), est en mesure de vous proposer un plateau exceptionnel de speakers (femmes et hommes), dont les « talks » pourraient se révéler aussi marquant que celui de Diane Ducret « Reprendre le dessus sur son destin » qui avait déjà démontrée lors de son intervention (vidéo ci-dessous), que l’on peut rendre « l’impossible possible ». L’occasion de nous demander si la capacité de rendre l’impossible possible au XXIème siècle ne serait pas plus féminine que jamais ?

Depuis Aristote, on a coutume de distinguer possible, réel et nécessaire : le nécessaire, c’est ce qui ne peut pas ne pas être ; le réel, c’est ce qui est ; le possible, c’est ce qui peut être. Ce qui permet de définir l’impossible comme « ce qui ne peut pas être, ce qui n’est pas à présent réel, qui ne l’a jamais été et ne le sera jamais » : l’impossible, ce n’est pas simplement l’irréel voire l’improbable, ce n’est pas seulement ce qui n’est pas, c’est ce qui n’a aucune possibilité d’être. Or comme l’affirmait Leibniz, ce qui ne peut pas être, c’est le contradictoire : un cercle carré est une contradiction dans les termes, et donc une impossibilité absolue. Du point de vue de la logique, l’impossible est nécessairement absurde. Pourtant, lorsque nous quittons la seule sphère de la pensée rationnelle, tout se passe comme si l’impossibilité reprenait tous ses droits : qui n’a pas fait l’épreuve de la déchirure entre deux désirs mutuellement exclusifs ? Je veux réussir mes examens, mais je ne veux pas fournir d’effort ou je veux qu’il ou elle n’aime que moi, mais demeurer libre d’en aimer d’autres ? Et si désirer l’impossible était la seule façon de progresser ? N’est-ce pas aussi ce qui nous pousse, contrairement aux animaux qui n’ont que des besoins, à transformer le réel par notre travail, à l’aménager pour le plier à nos volontés, bref, à rendre possible ce qui ne l’était pas ? Comme l’a démontré Hegel dans « Phénoménologie de l’esprit », ce qui caractérise les animaux, c’est qu’ils n’ont jamais que des besoins, là ou l’être humain, parce qu’il a conscience de son existence, a la capacité de ressentir, d’exprimer et de concrétiser des désirs, générateurs d’évolution et potentiellement de progrès. Nous sommes des êtres spirituels pour qui le donné ne suffit pas : c’est parce qu’il nous est naturellement impossible de voler que nous désirons le faire, et par notre travail, par notre technique, nous avons rendu possible ce qui par nature ne l’était pas. Désirer l’impossible alors, ce n’est rien d’autre que désirer tout court. Et cela est la marque de la dignité humaine. Le désir, en nous empêchant de nous contenter du donné, nous ouvre à la possibilité de l’humanité même.

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« Il est dans la nature des femmes de prouver l’impossible par le possible et de détruire les faits par des pressentiments », écrivait Balzac. Serait-ce parce que les femmes ont une empathie et une force émotionnelle supérieure aux hommes ? Ou bien serait-ce parce qu’elles partent de plus loin, guidées par l’impérieuse nécessité de faire évoluer la société dominée par le masculin ? Comme nous le rappelle Marie-Joseph Bertini, philosophe et docteur en sciences de l’information et de la communication dans « Femmes, le pouvoir impossible » (paru en 2002) : « Dans les tableaux occidentaux, les femmes, lorsqu’elles sont représentées, n’apparaissent presque jamais au centre de la composition, mais sur les côtés », et, de fait, les femmes restent aujourd’hui encore trop souvent « au coin de l’espace public ». Et ce n’est pas le discours des médias qui leur donnera davantage de place dans la société : ceux-ci maintiennent les femmes en marge du pouvoir et elles sont insidieusement mais systématiquement discréditées par le recours à cinq figures auxquelles le discours médiatique les ramène volontiers : la muse, la madone, la mère, l’égérie, et surtout la pasionaria. Cette prise de conscience a incontestablement fait évoluer la société au cours des vingt dernières années. Et Marie Curie se sent soudainement moins seule pour incarner médiatiquement l’impossible rendu possible par les femmes. De Simone Veil à Malala Yousafzai, la plus jeune prix Nobel de la paix, nous sommes entrés dans une époque où progresse la conviction que Demain sera plus Féminin. Comme le dit Béatrice Duboisset dans son éditorial du prochain TEDxChampsElyséeesWomen : « L’impossible n’existe t-il pas que pour être remis en question ? Les idées et les projets impossibles nous poussent au-delà de nos limites habituelles. L’impossible est une invitation au voyage ; il nous sort de notre zone de confort pour nous plonger dans des zones inconnues où tout reste à découvrir et à inventer ». Comme nous le rappelle la vidéo ci-dessous, conçue par TBWA pour Adidas dans le cadre de la campagne « Impossible is Nothing », et mettant en scène un combat « impossible » entre Mohamed Ali et sa fille Laila : « Impossible is not a fact. It is an opinion ». Il ne tient qu’à chacun d’entre nous, femmes ou hommes, d’écouter nos désirs d’humanité, et de partir à la conquête de nos impossibles.

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