ET SI LE CONSOMMATEUR N’ÉTAIT PAS UNE ETIQUETTE ?

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A l’issue de la remise des prix RH ManpowerGroup – HEC Paris 2019 (cliquer ici), qui a couronné le livre d’Olivier Sibony intitulé “Vous allez commettre une terrible erreur“, et le livre de Luc Julia “L’intelligence artificielle n’existe pas“, j’ai eu le privilège de présenter les ” 7 Pépites 2019″ du Prix ManpowerGroup – Hec Paris, sept livres (voir photo en bas ce ce post) qui méritent d’être mis en lumière pour leur qualité remarquable, que je chronique chaque semaines dans le cadre de la rubrique #JourDuPenseur de ce blog. Après “La vie solide – La charpente comme éthique du Faire” du philosophe-charpentier, Arthur Lochmann, “Le travail qui guérit – l’individu, l’entreprise, la société” du Professeur Jean-Michel Oughourlian, et “KINTSUGI – L’art de la résilience” de Céline Santini, j’ai le plaisir de vous présenter ma quatrième pépite 2019, écrite par le sociologue Louis Pinto, intitulée : ” L’invention du consommateur”. Louis Pinto est sociologue, directeur de recherche au CNRS et enseigne à l’EHESS. Il a beaucoup publié sur le thème de la consommation et des consommateurs, mais aussi sur le thème de la culture, des intellectuels et des philosophes. Spécialiste de Bourdieu, il croit comme lui au pouvoir social des mots, et à l’intérêt de les déconstruire pour mieux les comprendre, mais aussi les maitriser. Louis Pinto nous fait la démonstration imparable que le consommateur est une « invention » politique, plus qu’économique et culturelle. En attendant que la prise de conscience environnementale et sociétale change la donne, et que le citoyen-consommateur prenne le pas sur le consommateur-citoyen ?

Loin d’être une simple étiquette neutre, la notion de consommateur est le résultat d’une histoire dont les dimensions sont intellectuelles et politiques. Louis Pinto en propose une analyse historique multidimensionnelle à travers plusieurs angles : l’action gouvernementale, celle des intellectuels, celle des militants consommateurs et de la presse consumériste, le droit de la consommation et la formation des vendeurs. Au consommateur « aliéné » mis en avant par les critiques radicales de la « société de consommation », les libéraux ont opposé la vision optimiste d’un agent économique libre et informé, trouvant dans une offre abondante, diversifiée et renouvelée, les moyens de son épanouissement. C’est cette vision libérale qui l’emporte aujourd’hui : celle d’un consommateur souverain, pierre de voûte d’un ordre social fondé sur les valeurs marchandes. Un consommateur « vigilant », qui soit le moins incompatible possible avec la vision économique d’un marché fondé sur « la concurrence libre et non faussée », dans le cadre d’une « civilité marchande » rendue nécessaire par les transformations des relations commerciales : « S’il faut bien pousser le client à l’achat, il faut aussi le faire dans des formes socialement licites, parfois couteuses, qui permettent de garantir la souveraineté du client promu à la dignité de consommateur ». Comme le souligne Louis Pinto, le mot « consommateur » jouit désormais d’une dignité à peu près équivalente à celle du mot « citoyen ». Tout en se demandant si la prise en compte (avec ou sans « scandales »), des questions d’environnement, de santé publique, de transparence dans l’information, de circulation internationale des normes, et de développement durable pourra – ou non-, déplacer la ligne de partage entre la simple vigilance individuelle du consommateur et une critique citoyenne plus radicale du champ économique, et de la société de consommation dans laquelle nous vivons.

Les7pépitesManpowerHEC

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