ET SI LE PIB DEVENAIT, LUI AUSSI, ÉCOLOGIQUE ?

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J’ai décidé de consacrer notre #JourDuPenseur dominical au livre d’Hubert Védrine “Et après ?”, publié au début de l’été. On ne présente plus Hubert Védrine, diplomate, Conseiller diplomatique et Secrétaire Général de l’Elysée auprès de François Mitterrand, puis Minisre des Affaires Étrangères dans le gouvernement Jospin de 1997 à 2002, l’un des plus fins observateurs des relations internationales, connu pour son sens pragmatique et son absence de dogmatisme. Dans ce petit livre reflet de sa pensée toujours synthétique, il nous propose sa lecture de la crise et ses propositions pour le monde d’après dans le cadre d’une “politique d’écologisaton” qu’il appelle de ses voeux, et qui pourrait s’incarner dans la formulation d’un PIB écologique qui intègrerait les coûts écologiques, jusque là externalisés. Pour Hubert Védrine, seule l’écologisation peut organiser la nécessaire mutation de l’économie mondiale vers un mode de production “vert”, c’est à dire un processus comparable à celui de l’industrialisation, qui impose progressivement à l’humanité de préserver son cadre de vie et celui des générations futures.

“Il n’est pire ignorant que celui qui ne veut pas savoir”. Nous avions été prévenus du risque de pandémie, en particulier via un rapport et un livre blanc prémonitoire publiés en 2008, mais nous n’avions pas voulu entendre et agir : ” La mondialisation a poursuivi sa course insouciante, heureuse, festive, mais aussi arrogante, avide et perturbante”. Mais comme l’avait écrit Michel Foucault : “Les épidémies pulvérisent nos rêves de maîtrise absolue”. L’épidémie à fait connaitre au monde son premier trauma universel du XX1ème siècle. Pour Hubert Védrine, il ne saurait y avoir un retour à la normale, puisque la situation dans laquelle nous étions avant la pandémie n’était pas “normale”. Notre degré de dépendance économique et technologique, notre insouciance écologique, l’explosion des différences de revenus n’étaient pas “normales”. C’est pourquoi, Hubert Védrine pense que “si tout ne vas pas changer, rien ne sera EXACTEMENT comme avant”. Il faut selon lui, pour changer les choses dans le bon sens, commencer par évaluer : évaluer les origines de la pandémie, évaluer l’attitude initiale de la Chine, évaluer le rôle de l’OMS, et l’efficacité des politiques nationales de prévention. Mais il faut aussi agir dans le sens d’une relocalisation, mais aussi dans le sens d’une plus grande souveraineté européenne tout en allant plus loin dans la décentralisation et la régionalisation, et en réintroduisant dans les décisions publiques une meilleure prise en compte du long terme En tenant compte d’une difficulté inhérente à la culture Française : “Les Français sont le peuple le plus pessimiste au monde. Nous ne le sommes pas à cause de nos handicaps, mais handicapés par notre pessimisme”.

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Pour Hubert Védrine, tout doit se faire à l’aune de ce qu’il appelle l'”écologisation” (terme employé pour la première fois par Bruno Latour en 1995), pour désigner un processus qui va se poursuivre pendant des décennies, comme ce fut le cas pour l’industrialisation. Ecologisation de l’agriculture, qui représente 24% du CO2 mondial en stoppant la déforestation et reboisant, en stimulant le développement de l’agriculture biologique et en freinant la surconsommation de viande. Ecologisation énergétique en réduisant les émissions de CO2 via des grands programmes d’isolation thermique et la réduction drastique du charbon. Ecologisation de l’industrie (21% du CO2 mondial), pour dépolluer, recycler et développer une “chimie verte”. Ecologisation du transport, du bâtiment, mais aussi des systèmes financiers en “fléchant des flux financiers vers des activités d’écologisation”. En faveur de la taxe carbone, Hubert Védrine en appelle à un nouveau mode de calcul du PIB, qu’il appelle le PIB/E “incorporant les couts écologiques jusque-là externalisés, qui serait de nature à mieux programmer la main invisible du marché”. Pour Hubert Védrine, cette écologisation généralisée ne peut se faire qu’en créant des synergies entre gouvernements, régions, chefs d’entreprises, scientifiques, associations et individus : “L’écologisation avancera par synergie”. Afin d’avancer enfin vers un monde à la fois plus technologique et plus humain, compétitif mais plus coopératif, interdépendant mais plus solidaire au sein d’une économie écologiséé et plus équitable.

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