ET SI LE TRAVAIL ÉTAIT LA MEILLEURE DES THÉRAPIES ?

Capture d’écran 2019-10-18 à 22.13.27

A l’issue de la remise des prix RH ManpowerGroup – HEC Paris 2019 (cliquer ici), qui a couronné le livre d’Olivier Sibony intitulé “Vous allez commettre une terrible erreur“, et le livre de Luc Julia “L’intelligence artificielle n’existe pas“, j’ai eu le privilège de présenter les ” 7 Pépites 2019″ du Prix ManpowerGroup – Hec Paris, sept livres (voir photo en bas ce ce post) qui méritent d’être mis en lumière pour leur qualité remarquable, que je chronique chaque semaines dans le cadre de la rubrique #JourDuPenseur de ce blog. Après “La vie solide – La charpente comme éthique du Faire” du philosophe-charpentier, Arthur Lochmann, j’ai le plaisir de vous présenter ma deuxième pépite 2019, écrite par le Professeur Jean-Michel Oughourlian, intitulé « Le travail qui guérit – l’individu, l’entreprise, la société ». Jean-Michel Oughourlian, neuropsychiatre, ancien professeur de psychologie à la Sorbonne, est spécialisé dans la psychologie mimétique, concept qu’il a développé en étroite collaboration avec son regretté ami, le génial anthropologue, historien et philosophe Académicien René Girard. Ce livre enquête se lit comme un (bon) documentaire Netflix : Jean-Michel Oughourlian nous livre un témoignage de nature à transformer radicalement vos idées reçues sur le handicap mental, et sur le rapport entre le travail et la vie.

« Je ne suis pas moi sans l’autre ». Même s’il vit dans la solitude, « chacun de nous se construit dans sa relation avec l’autre, avec les autres, dans le mouvement incessant de l’imitation », et de ce que René Girard, avec qui Jean-Michel Oughourlian a beaucoup travaillé, a appelé « l’interdividualité ». Car « nous ne sommes pas libre de ne pas imiter ». C’est sur ces bases que Jean-Michel Oughourlian a construit les fondements de sa psychologie mimétique, thèse confirmée par la découverte des « neurones miroirs », notre « troisième cerveau ». A l’invitation de Jean-Marc Richard (qui fut mon camarade de promotion à l’ESSEC, et qui préside aujourd’hui avec une implication qui force le respect la Fondation AMIPI (Aide matérielle et immatérielle aux personnes inadaptées), l’auteur s’est immergé dans six usines « apprenantes » réparties entre Nantes, Le Mans, Tours et Cholet. Six usines où sont fabriquées les systèmes de câblages électriques équipant des voitures haut de gamme travaillant pour les plus grandes marques européennes. Leur particularité ? Tous les opérateurs (700 sur un effectif de 830 personnes) sont porteurs de handicaps mentaux, trisomie 21, autisme, de schizophrénie ou de retards cognitifs importants. Pourtant, ils travaillent tous. Ils ont un salaire, des contraintes ; en somme une vie professionnelle « normale » et un objectif : la réinsertion en milieu « classique » (usine, entrepôt, commerce …).

20181120_100727-773x435

Le constat est sans appel : « L’usine réussit là où la psychiatrie a échoué. A l’hôpital, beaucoup parmi ces opérateurs seraient des « légumes ». Emprisonné à l’hôpital psychiatrique, la personne inadaptée perd le sens de la vie, et donc il perd la vie. A l’opposé, « l’usine apprenante » permet l’insertion par l’imitation et le cercle vertueux de l’inter-individualité. Dans ces usines, ils progressent chaque jour. Ils deviennent autonomes grâce à des programmes d’apprentissage mimétique inspirés des méthodes Montessori. L’intelligence de l’usine apprenante est selon l’auteur, « d’assumer pleinement le modèle médiéval du compagnonnage. Celui de la transmission de maître à élève, au prix de la patience dans la confiance, du cheminement à deux, chacun à son rythme, de la progression grâce à l’accompagnement ». Le travail manuel agit sur les neurones et les synapses, démontrant ainsi la plasticité du cerveau. Une manière de rappeler à chacun d’entre nous que le travail permet de se réaliser, de se sentir utile et de retrouver l’estime de soi. Une entreprise fabrique des objets certes, mais elle fabrique surtout de l’humain : « S’il ne fabrique plus, l’être humain cessera de se fabriquer. S’il cesse de tailler ses pierres, sa propre pierre intérieure restera en jachère ». Puisse le modèle incroyablement inspirant des usines « apprenantes » se voir conforté, soutenu par les pouvoirs publics et étendu le plus largement possible. De même que son enseignement le plus profond : « Quand l’être humain ne crée rien, il n’est plus rien ».

Les7pépitesManpowerHEC

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>