ET SI LE TRAVAIL GRATUIT ETAIT BEAUCOUP PLUS QUE DU TRAVAIL NON PAYÉ ?

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A l’issue de la remise des prix RH ManpowerGroup – HEC Paris 2019 (cliquer ici), qui a couronné le livre d’Olivier Sibony intitulé “Vous allez commettre une terrible erreur“, et le livre de Luc Julia “L’intelligence artificielle n’existe pas“, j’ai eu le privilège de présenter les ” 7 Pépites 2019″ du Prix ManpowerGroup – Hec Paris, sept livres (voir photo en bas ce ce post) qui méritent d’être mis en lumière pour leur qualité remarquable, que je chronique chaque semaines dans le cadre de la rubrique #JourDuPenseur de ce blog. Après “La vie solide – La charpente comme éthique du Faire” du philosophe-charpentier, Arthur Lochmann, “Le travail qui guérit – l’individu, l’entreprise, la société” du Professeur Jean-Michel Oughourlian,”KINTSUGI – L’art de la résilience” de Céline Santini, « L’invention du consommateur » de Louis Pinto, et “Le Pouvoir des imaginaires” de Patrice Duchemin, j’ai le plaisir de vous présenter ma sixième pépite 2019, écrite par Maud Simonet, et intitulée : ” Travail gratuit : la nouvelle exploitation”. Maud Simonet est directrice de recherches en sociologie au CNRS et directrice de l’IDHES-Nanterre. Elle avait déjà publié sur son thème de prédilection, la sociologie du travail associatif, deux ouvrages (“Le travail bénévole : engagement citoyen ou travail gratuit ? ” et “Who cleans the park ? Public work and Urban Governance in New York”), qui nourrissent largement son dernier livre.

“Il faut regarder tous les travailleurs comme des travailleuses pour saisir pleinement la guerre des valeurs qui se joue dans ce travail qui n’a pas de prix”. La particularité du dernier livre de Maud Simonet réside dans l’analyse des nouvelles formes de travail gratuit à l’heure du digital, à partir des grandes leçons de l’analyse féministe du travail domestique : l’implication des femmes, la valorisation du travail gratuit, son appropriation par le capitalisme et/ou le patriarcat, et son image. Qu’y a t-il de commun entre une bénévole chargée des activités périscolaires dans une école, une allocataire de l’aide sociale qui nettoie les parcs de New York, ou le rédacteur d’un blog en ligne ? Tout simplement des milliers d’heures de travail exercées gratuitement pour faire fonctionner associations, services publics et entreprises. A l’heure ou se multiplient les formes “citoyennes” et “numériques” de travail gratuit, Maud Simonet propose une approche critique du travail par sa face gratuite. Elle analyse ces formes d’exploitation qui se développent au nom de l’amour, de la passion ou de la citoyenneté, et qui participent à la néolibéralisation du travail dans les mondes publics et privés. Maud Simonet met en évidence le fait que l’on navigue avec ces sujets dans une zone grise du travail. Le travail gratuit est conçu comme un investissement pour l’accès à un emploi futur, en particulier dans des secteurs prestigieux comme la mode, et surtout pour les femmes, mais souvent, ce sont des emplois vulnérables et intermittents. Autre exemple, l’explosion des stages à la limite de la légalité mais qui peuvent aussi mettre le pied à l’étrier pour obtenir un véritable emploi. Maud Simonet conclut en proposant deux scénarios : l’un consistant à dissoudre le travail gratuit dans le salariat (avec la création de syndicats de travailleurs bénévoles), et l’autre consistant à dissoudre le salariat dans le travail gratuit (avec l’instauration d’une forme de revenu universel). Dans tous les cas, il faut avoir en tête que “le travail gratuit n’est jamais réductible à du travail non payé”. Comme le souligne la sociologue féministe Christine Delphy : ” On ne peut souhaiter répartir équitablement une exploitation. La seule chose que l’on puisse souhaiter, c’est faire en sorte que personne ne travaille gratuitement pour quelqu’un d’autre”. Le bénévolat ne devrait idéalement pas relever d’une obligation d’activité, mais d’un choix de générosité, complément d’un travail justement rémunéré par ailleurs.

Les7pépitesManpowerHEC

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