ET SI L’ERE NUMERIQUE ETAIT BEL ET BIEN UN NOUVEL AGE DE L’HUMANITE ?

J’ai décidé de consacrer le #JourDuPenseur dominical au livre de mon ami Gilles Babinet “L’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité – Cinq mutations qui vont bouleverser notre vie”. Gilles, qui entreprend depuis 20 ans dans le domaine du numérique (Absolut Design, Musiwave, Eyeka , MXP4, Digibonus …) est le cofondateur, avec Bruno Walther, de Captain Dash, une start up spécialisée dans l’analyse des données marketing et l’élaboration de tableaux de bord opérationnels. De 2011 à 2012, Gilles fut le premier président du Conseil national du numérique, dont il nous raconte l’histoire au début de son livre, avant d’être nommé en juin 2012 par Fleur Pellerin, ” Digital Champion” représentant la France auprès de la commission européenne pour les enjeux du numériques. Gilles a écrit “L’Ere numérique, un nouvel âge de l’humanité”, pour convaincre l’ensemble des dirigeants politiques ou économiques que la révolution digitale est un changement de paradigme majeur pour l’humanité, comme l’ont été en leur temps l’invention de l’électricité, du moteur à explosion, du téléphone, de la pénicilline ou des antibiotiques, et que nous sommes entrés dans une ère nouvelle “dont le numérique est la pierre angulaire”, dont il nous faut aujourd’hui prendre la mesure en réhabilitant la notion de progrès.

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Pour Gilles Babinet, la révolution numérique devrait non seulement compter parmi les trois grandes inflexions de l’humanité au même titre que l’invention de l’écriture par la civilisation sumérienne – qui entraina le développement des villes, routes et remises à grains – et l’invention de l’imprimerie par Gutenberg – qui rendit possible l’émergence des Lumières, mais constitue également un moment d’accélération unique, comme il n’en a jamais existé auparavant : “lorsque l’homme a découvert le feu, il a probablement fallu des milliers d’années pour que cette découverte soit transmise à l’ensemble de l’humanité”. Selon Gilles, lorsque nos descendants lointains regarderont l’histoire en 2500 ou 3000 après J.C, “l’histoire retiendra que c’est le développement des technologies de l’information qui aura été à l’origine de la révolution la plus radicale qu’ai connue l’humanité”. Déjà aujourd’hui, chacun observe depuis son ordinateur ou son smartphone que “le logiciel dévore le monde”, comme le dit Marc Andreessen, avec une informatique déjà présente partout : “dans nos réfrigérateurs, dans nos voitures, nos trains, nos magasins et même dans nos brosses à dents ou nos fourchettes”. Si la révolution digitale transforme fondamentalement tous les facteurs de productivité (écrasement des pyramides hiérarchiques de décision, cycles d’innovation plus courts, massification de la distribution de l’information …), Gilles Babinet insiste sur la révolution qu’il constitue dans la productivité des services (qui représentent au moins 70% de la production de richesse dans le monde ) : “le fait d’accroitre les gains d’opportunités en permettant à tous les agents économiques d’être mieux synchronisés (faire en sorte qu’un taxi puisse servir plus de clients grâce à des applications sur smartphone par exemple) a permis d’augmenter considérablement la productivité des services, et ce n’est qu’un début”.

Dans une approche qu’il veut à la fois pragmatique et pédagogique en s”intéressant prioritairement aux “enjeux visibles et quantifiables”, Gilles Babinet met l’accent sur cinq enjeux fondamentaux, “les cinqu mutations qui vont bouleverser notre vie” : mutation de la connaissance (connaissance collective, crowd sourcing, co-création, Big Data), mutation de l’éducation (Accès au meilleur de l’éducation à faible cout à l’exemple de la Khan Academy ou du développement des MOOCs) , mutation de la santé (généralisation du “Quantified self” et de la médecine cocréée), mutation de la production (révolution des robots et des fablabs) et mutation de l’Etat (Open Data, nouvelles logiques participatives, coopérations). “Lorsque, grâce à Internet, 23000 étudiants, situés en tous points du globe, peuvent accéder gratuitement à la connaissance la plus élitiste, la plus pointue ne matière d’intelligence artificielle, alors que moins de 200 d’entre eux recevaient ce cours magistral à Stanford une année auparavant, on comprend qu’une digue vient de céder : si la connaissance devient désormais disponible à tous, la suprématie séculaire des lieux traditionnels de savoir devrait disparaître en l’espace de quelques décennies, si l’éducation peut-être distribuée de façon massive et individualisée, si la médecine peut devenir accessible au plus grand nombre, si les outils de production peuvent réaliser des tâches plus élaborées, si l’Etat peut gagner en efficacité au point qu’il agisse surtout en régulateur , en coordinateur , et qu’il puisse faciliter l’émergence de l’innovation, alors nous aurons changé d’ère et nous serons entrés dans la société de la connaissance”. A condition de n’avoir pas disparu auparavant … Gilles Babinet est lucide sur la situation qui est la nôtre aujourd’hui dans un monde au bord du précipice qui a tant d’épreuves à surmonter, et n’a pas les ressources suffisantes pour assurer le bien être de la population, et les nombreux risques ou dérives rendues possible par cette révolution numérique , de l’espionnage massif de Prism, au risque d’usage terroriste des drones personnels :”Comme pour le feu lorsqu’il a été découvert, la singularité numérique, en donnant des moyens sans précédent à l’humanité, accroit aussi sa capacité de nuisance”, mais pour Gilles Babinet “il ne faut pas se tromper de débat : ce n’est pas tant la technologie qu’il faut réglementer, que le mode de fonctionnement du régulateur lui-même”. Il ne faut pas chercher à réglementer le feu, mais ses usages. Ce qui est sur, c’est que les nations doivent évoluer rapidement face à cette incroyable accélération. La France et l’Europe en tant que “vieux continent” n’ont pas d’autre choix que d’embrasser cette nouvelle ère tout en défendant leurs valeurs : “richesse mieux partagée, liberté d’expression, accès à une culture diversifiée, et un certain degré de mobilité sociale”. Sans oublier que “la raréfaction du travail, conséquence des gains de productivité, va nous imposer de repenser avec une grande radicalité notre modèle social, si ce n’est notre modèle de société”, et à “revisiter les idées de Tocqueville à la mesure d’une société digitale”. Mais pour réussir dans ce nouvel environnement, il importe que “nous retrouvions foi dans l’innovation, et que nous nous souvenions que c’est dans la raison, et non dans les affirmations superstitieuses que se trouvent nos meilleures chances de rebond”. Et espérons le – mais celà tient d’abord à chacun d’entre nous – de salut pour l’humanité !

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