ET SI NOUS ADOPTIONS LES LUNETTES ROUGES DU FEMINISME EPANOUI ?

IMG_1001

Retour de notre rubrique #JourDuPenseur consacrée ce dimanche au livre « Et tu oseras sortir du cadre ! Manuel d’ascension des femmes en entreprise », de Myriam Cohen-Welgryn, aujourd’hui Présidente de Mars Petcare Europe, qui fit également une brillante carrière chez Pepsico puis Danone, où elle fut une des pionnières du programme EVE (programme interentreprises initié par Danone pour lutter contre le plafond de verre) aux côtés de Muriel Pénicaud, Anne-Thévenet-Abitbol, Sylvie Bernard-Curie et Christine Descamps. Je connais bien Myriam et je la considère non seulement comme l’une des meilleures « business-women » européenne, dotée d’un sens aigue de la stratégie, de l’innovation et du marketing, mais aussi comme le modèle d’une réussite d’un équilibre personnel-professionnel hors norme, cultivant l’empathie avec une modestie sans faille. Reconnaissable à ses lunettes rouge devenue le symbole de son optimiste combat féministe quotidien (elle refusa un jour de les échanger contre une promotion pour laquelle « il fallait avoir l’air sérieux »), Myriam s’est aussi fait connaitre sur les réseaux sociaux par ses talents d’illustratrice, commentant l’actualité avec impertinence, humour et finesse. « Et tu oseras sortir du cadre » est son troisième livre, après l’émouvante histoire autobiographique d’une famille face à la perte d’une enfant, « La petite dernière » publié en 1998, et « Mères » publié en 2001. Convaincue que l’entreprise doit s’adapter aux cycles de vie des individus, Myriam travaille chaque jour à la construction d’un environnement où les femmes peuvent s’exprimer et où il fait bon travailler. Dans ce livre, mélange entre récit et roman graphique, Myriam raconte sa propre histoire et explique aux femmes avec autant d’humour que de verve comment briser le plafond de verre. Une approche résolument optimiste pour un féminisme pragmatique, efficace et épanoui.

Myriam Cohen-Welgryn propose à toutes les femmes de devenir des comme elle des « Olympe Castor », référence croisée à Olympe de Gouges et à Simone de Beauvoir, que Sartre appelait le castor (en anglais « Beaver »). En puisant dans les difficultés rencontrées tout au long de sa carrière, Myriam a décidé de rendre visible « les biais enfouis qui nous inhibent, nous les femme », convaincue qu’ »il n’y a pas de fatalité : lorsqu’on apprend à décrypter les règles non écrites qui sont à l’origine du plafond de verre, on peut le déjouer ». Le livre décline les 5 lois de gravité qu’il est fondamental de connaitre pour mieux en déjouer les pièges, en commençant par la loi du masculin intempestif (qui conditionne les hommes et les femmes à l’idée que les hommes valent plus que les femmes) contre laquelle il faut lutter en « refusant d’appliquer les règles contaminées ». La deuxième loi est celle de « l’inertie radicale », cette « force horizontale qui tend à maintenir à tout prix le status quo, à l’origine de la reproduction en genre et en classe des élites. Pour lutter contre cette inertie, et réduire ce qu’elle appelle  » la théorie du crocodile  » qui crée l’inégalité des salaires et fonctions en entreprise, Myriam Cohen-Welgryn défend la méthode des quotas, qui ne signifie pas la promotion des femmes parce qu’elles sont des femmes, mais la recherche systématique des compétences féminines pour tous les postes de responsabilité.

Capture d’écran 2018-05-19 à 18.18.58

La troisième loi de gravité que Myriam propose de remettre en cause est celle du « costume à taille unique », qui tend à nier toute différence perceptible entre individus, et à ne pas reconnaitre la spécificité du timing féminin avec son temps incompressible de maternité. Il faut en finir avec la logique  » des dates limite de nomination » qui oblige à sacrifier sa vie personnelle pour réussir sa vie professionnelle, et penser les carrières en adoptant une logique sur mesure, adaptée et épanouissante pour chacun et chacune, dans le meilleur intérêt de l’entreprise. La quatrième loi de gravité mise en évidence par Myriam Cohen-Welgryn est celle qu’elle intitule « la loi de la mémoire clandestine » qui agit « comme un poids sur la conscience » et freine l’émancipation. Ce chapitre est de mon point de vue le plus intéressant du livre. Myriam y met en évidence ce qu’elle appelle « les erreurs de bécasse », ces distorsions de perception dont nous sommes tous et toutes victimes : le dogme du perfectionnisme, le syndrome du « je ne suis pas prête », la croyance que le travail bien finit nécessairement par être reconnu, l’injonction au fait qu’ »il faut assurer dans toutes les situations », et la sous-évaluation de l’importance du « réseautage ». Face à ces « erreurs de débutantes », Myriam propose d’apprendre à se concentrer sur ses priorités, à adopter une posture de confiance pour devenir ce que nous voulons à l’exemple de la posture prônée par Amy Cudy (vidéo TEDx ci-dessous), à prendre le porte-voix et entretenir son réseau, à arrêter de jouer aux « superwomen » et à partager les responsabilités au foyer et à nourrir inlassablement sa curiosité.

Capture d’écran 2018-05-19 à 18.23.15

La dernière loi de gravité mise en évidence par Myriam Cohen-Welgryn est la loi de « l’équarrissage qui élimine les différences », qui promeut la tendance à « découper tout ce qui dépasse ». Myriam nous encourage à suivre le chemin exigeant qui mène à soi et à savoir dire non :  » Il n’y a pas de oui sans non. Apprendre à dire non, même lorsque ce que cela parait difficile a été pour moi une partie essentielle du chemin. Dire non à un univers trop formatant et trouver un milieu plus ouvert à la différence. Dire non aux exigences de petits chefs, aux réunions qui empêchent de déposer ses enfants à l’école le matin où qui se terminent trop tard. Si ce n’est pas toujours facile, il n’y a aucune de raison de renoncer ! Dire non aux exigences de petits chefs, aux réunions qui empêchent de déposer ses enfants à l’école le matin où qui se terminent trop tard. Si ce n’est pas toujours facile, il n’y a aucune de raison de renoncer ! L’entreprise doit pouvoir créer des conditions de travail qui permettent une vie épanouie. C’est un enjeu d’engagement et donc de performance. Un enjeu tellement facilité aujourd’hui par les nouvelles technologies de communication. » En conclusion, Myriam Cohen-Welgryn nous livre les 10 commandements de son manuel de survie en entreprise. 10 manières de sortir du cadre pour déjouer le plafond de verre. En adoptant une manière iconoclaste de voir la vie, et en assumant pleinement ses lunettes rouges. Celles d’un féminisme assumé, épanoui et épanouissant. Qui permette à chacune et à chacun d’être pleinement soi-même.

Capture d’écran 2018-05-19 à 18.16.56

Ajouter un commentaire