ET SI NOUS ETIONS DEFINITIVEMENT ENTRES DANS L’ECONOMIE DU PARTAGE?

J’ai décidé de consacrer ce #JourDuPenseur dominical au sujet qui fit la Une de THE ECONOMIST en mars dernier, et fut cette semaine le thème de LEWEB London (cliquer ici pour voir toutes les vidéos de l’événement) organisé par notre ami Loïc Le Meur (vidéo ci-dessus) : « L’économie du partage », à l’occasion de la sortie du nouveau livre de Anne-Sophie Novel  » La vie share – mode d’emploi ». Anne-Sophie Novel est docteur en économie et journaliste spécialisée dans le développement durable, l’innovation sociale et l’économie collaborative. Son nouveau livre prolonge et complète sous un angle pratique la corévolution décrite et analysée avec Stéphane Riot dans « Vive la CoRévolution ! » publié en mai 2012. Pour elle, l’économie collaborative est une nouvelle force économique émergente « qui ne réinvente pas seulement ce que l’on consomme, mais la manière dont on consomme » forgeant une « culture du nous », dans une société plus centrée sur l’humain, plus altruiste, où la coopération prend le pas sur la compétition. Transport, habitat, équipement, habillement, travail, loisirs, engagement citoyen, la révolution du « co » est en marche, nous faisant passer de la vie chère à la vie share !

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Que ce soit en partageant de la musique sur le web, en effectuant des achats d’occasion sur Internet, en pratiquant le covoiturage ou en fréquentant une association de maintien de l’agriculture paysanne, nous avons tous eu l’occasion de gouter à la consommation collaborative, terme utilisé pour la première fois par Ray Algar en 2007, avant d’être rendu célèbre par Rache Bostman dans son best seller « What is mine is yours » en 2009. Cette économie repose sur la croissance exponentielle des formes de revente, de location, de partage, de troc, d’échange permise par les nouvelles technologies, et notamment les technologie peer-to-peer, au point d’optimiser l’utilisation des objets, mais aussi les services et les compétences de chacun : « il nous est possible maintenant de maximiser l’usage des biens que l’on possède en partageant leur usage avec d’autres ». Cette « co-révolution » bouscule aussi bien les modes de consommation que les modes de production (les entreprises adoptent des stratégies d’innovation partagées et de production contributive), de collaboration (coopétition), ou de management. Non seulement l’économie du partage permet l’optimisation de l’usage (une voiture reste en moyenne à l’arrêt 92% de son temps), mais surtout, contribue au développement du lien social. Les acteurs comme eBay, Craiglist ou Le Bon Coin préparent le terrain de la consommation collaborative depuis les années 2000 : les sites qui émergent aujourd’hui ajoutent à leur dimension de « consommer malin » une dimension sociale et communautaire qui en explique le succès. Nous passons de l’économie de marché à l’économie de réseau. Il n’est pas nécessaire de posséder pour participer : dans l’économie du partage, vous pouvez aussi donner de votre temps pour rendre un service, ou encore partager vos compétences et vos connaissances. Partager signifie à la fois « diviser » et « mettre en commun ». Enfants, on nous apprend à partager (notre gouter, nos jouets, nos pensées), mais en grandissant, on acquiert une notion de propriété plus ou moins exclusive. L’enjeu principal est de partager sans se déposséder. Mais se dépossède t-on réellement quand on partage ? L’expérience de partage est plus souvent vécue comme un enrichissement qu’un appauvrissement !.

L’habitat et la vie quotidienne sont les premiers impactés : la colocation permet de partager un espace de vie commun, mais surtout de renouveler le « vivre ensemble ». La cohabitation intergénérationelle retisse du lien social, prévient l’isolement des personnes âgées tout en participant à leur maintien à domicile le plus longtemps possible. De nombreuses expériences d’habitat groupé (écovillage, écohameau, écoquartier ou coopératives d’habitants) se mettent en place créant une nouvelle mixité sociale, en permettant à chacun de disposer d’un logement personnel, tout en partageant un espace et de services communs. En matière d’équipement, trois types de sites se développent autour du don et de la récup, du troc et de la location ou du prêt. L’expérience Scoovie, née à Bordeaux, propose par exemple d’élargir les échanges et les logiques de troc à toute une communauté en les mesurant par une unité de temps: le scoovie (un scoovie = une minute). Ainsi, si Caroline, expert comptable, aide Stéphane à remplir sa déclaration d’impôts en 30 minutes, son compte sera crédité de 30 scoovies… Ce type de service est aussi particulièrement adapté au bricolage. En matière d’alimentation, les associations de maintien de l’agriculture paysanne (AMAP) existent en France depuis 2001 et permettent aux consommateurs abonnés d’aller chercher chaque semaine leurs aliments auprès d’un agriculteur local engagé dans un mode de production biologique. L’économie du partage passe aussi par la lute contre le gaspillage alimentaire, avec par exemple, l’initiative zero-gachis.com (récompensée au dernier forum NetExplo). Internet a redonné une nouvelle dynamique à la logique des jardins partagés et des récoltes solidaires, une pratique qui date du Moyen-Age. Côté vêtements et produits pour enfants, c’est la logique du troc et de la location qui se développe à vitesse grand V. Le Transport et le tourisme est le deuxième grand secteur impacté : du covoiturage au partage de véhicule ou des places de stationnement, du partage de bons plans au tourisme participatif (type couchsurfing.org qui regroupe plus de 5 millions de membres dans 97000 villes ou AirBnB pour la location de logement qui propose 300 000 annonces actives), jusqu’à l’échange de domiciles ou le partage de repas. Education (échange de savoir), travail (espaces de coworking), finance (crowdfunding), loisirs (échanges de livres) et engagement sociétal (change.org, avaaz.org) sont également en plein essor. Comme le dit Thanh Nghiem :  » si nous acceptons l’idée que nous vivons dans la société de l’information, c’est à nous qu’il revient d’ériger le partage du savoir, qui en est la base, en principe démocratique ». Dans cette économie en devenir, chaque consommateur est aussi un producteur qu point de marquer la fin du consumérisme tel que nous le connaissions. Le consommateur devient contributeur. Dans cette économie horizontale, « l’univers du Do It Yourself, des makers et des Fabs Labs transforme le modèle industriel classique, dans une conception plus agile et une distribution plus décentralisée et collaborative » (voir mon post « Et si nous devenions tous des makers ?« ). Les grandes entreprises commence à l’intégrer, à l’exemple du Crédit Agricole qui a mis en place une coopérative de développeurs (digiculteurs) rémunérés en fonction de l’usage des applications qu’il créent (CAstor). L’économie du partage, la consommation collaborative, l’entrepreneuriat social, l’open-source, la production pair-à-pair et la cocréation sont autant de moyens de passer à une « économie du mieux », où la qualité prime sur la quantité. Et si finalement, « Etre » c’était partager ? Il ne tient qu’à vous de le démontrant en partageant ce post sur facebook ou twitter !

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  1. échange de services

    estons lucides tout de même, la grande consommation ne va pas perdre sa place dominante, mais les industriels devront bien admettre que de nombreuses formes de consommation différentes naissent ou reviennent au goût du jour avec les difficultés liées au contexte économique actuel. Ils vont devoir s’adapter à cette nouvelle forme d’économie qui, selon nous, va gagner de plus en plus de monde et s’implanter durablement dans le marché français comme elle l’a déjà fait dans d’autre pays… et c’est tant mieux ! Bien-sûr, à notre niveau, il va falloir aussi changer, apprendre à faire confiance à l’autre, et là, nous pouvons encore nous améliorer… mais quel bonheur d’y parvenir, retrouver le goût de la rencontre, aller au devant de ses voisins qu’on ne connaissait finalement pas, tisser du lien social !

  2. gaoussou kaba

    c’est très intéréssant vot

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