Et si un blogueur réputé très influent était un blogueur très influent?

Après @eowenn (“Et si vous offriez le compte Twitter idéal à vos meilleurs amis?“), @naro (“Et si l’agence de com du futur restait à inventer ?“), David @AdTimes (“Et si Paul Le Poulpe prédisait aussi l’avenir de la pub ?“), @cyceron (“Et si le marketing n’était pas l’ennemi du journalisme ?“), @maximegarrigues (“Et si René la taupe partait à la conquête du monde ?”), et @borislaffargue (“Et si on instituait le permis de voter ?“), notre septième candidat (sur 20), à tenter l’ascension #EnHautDuCocotier est Emery Doligé, bien connu sur twitter sous le nom @MryEmery, dont le blog “Choses vues”, l’émission Buzzomètre, et les réparties provocatrices, ont construit la réputation dans la blogosphère. Après avoir envisagé un post participatif dont le sujet avait été défini par ses followers sur twitter, Emery a choisi de réagir à un tweet teasing que j’avais posté la semaine dernière, où je parlais de la participation à venir “d’un blogueur réputé très influent”. Le résultat est ci-dessous, titré : “Et si un blogueur réputé très influent était un blogueur très influent ?”. Une analyse qui dépasse largement le plaidoyer pro domo pour nous interpeller sur la nature même de l’influence, au delà du digital. La démonstration sera t-elle convaincante au point de mener Mry au sommet du cocotier, devant Maxime Garrigues et ses 1841 visiteurs uniques réunis entre 9h et minuit ? A vous d’en décider en lisant et en relayant ce post. Les résultats seront publiés juste après minuit via Twitter, et demain matin sur ce blog. Bonne lecture !

Préambule : Si je gagne ce concours, je demanderai à Nicolas Bordas d’offrir l’iPad en jeu à une association humanitaire de son choix. Si je perds, j’espère que le gagnant en fera autant.

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Ah l’influence ma bonne dame !… En voilà un sujet récurrent dans la blogosphère française. Et voici une nouvelle tranche de bravoure sur le sujet, avec, en guise de paradoxe, une hypothèse neuve qui va démontrer ce qu’il fallait démontrer.

Le 26 juin dernier, L’Express titrait, « Blogs, zone d’influence ». Il se dégageait de ce papier que, depuis que le monde est monde, chaque détenteur d’un média, fusse-t-il journaliste ou blogueur, était a minima en connivence, a maxima acheté par les marques ou les politiques.

Le 26 août dernier, Libération titrait, « Les journalistes rien que des brandeurs ». Cet article montrait que les journalistes avaient eux aussi succombé aux charmes du numérique et à la quête d’une existence et d’un ton indépendants de leur média.

Ces deux articles démontrent que la prise de parole libre sur la toile est un leurre. Jusqu’à quel point ? Le blogueur est un individu qui ne vit pas de ce qu’il écrit dans 99,9% des cas. Le journaliste est un individu qui vit de ce qu’il écrit. Rien que par l’effet « cordon de la bourse », il est simple de comprendre déjà qu’il y a un degré de liberté différent.

Si le journaliste est faussement libre, le blogueur est-il vraiment libre ? Ce n’est pas certain car, et j’écarte le non-respect de la loi, le blogueur est enfermé dans une posture sociale de laquelle il ne se dédouane pas par un jeu de plume, tel un journaliste qui sous couvert de ce qu’il dit être une enquête ou de l’investigation, dit ce qu’il pense. Comme le laisse comprendre La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire de 1576, pour accéder à la liberté, il faut n’être ni maître ni esclave. Je renvois dos-à-dos le journaliste et le blogueurs.

Toutefois, du fait de son indépendance financière, la question se pose de savoir si dégagé de contingence sociale, le blogueur provocateur révèle sa liberté ? De nombreux blogueurs soufflent dans le sens du vent. Il est de bon ton de penser que le nucléaire, c’est mal, que la tauromachie, c’est mal, que le Gouvernement, c’est mal, que Woerth, c’est mal, qu’être macho, c’est mal, que #lesmauxdumoment, c’est mal. Et les blogs, les messages sur twitter vont tous dans le même sens. Des compilateurs de notes d’autrui tels que Hellocoton, Owni (mais non-profit pour eux) ou Paperblog recensent toutes les phrases des blogs. La lecture rapide de ces compilateurs montre une certaine universalité de la pensée. Une monotonie du point de vue.

Pourtant tous les internautes assurent avoir un propos différent sinon à quoi bon prendre la plume ?  Mais la limite est rapidement atteinte. Personne tel Icare n’ose aller défier le Soleil. Comme l’écrit Abigail van Buren « Si vous voulez une place au soleil, il faudra vous résigner à supporter quelques coups de soleil ».  Une démonstration ?… Prenez n’importe quel blog de fille et lisez les commentaires…

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Reste la provocation. Gratuite. Tel un André Gide qui fait jeter un homme hors du train par un de ses personnages de roman, juste comme ça. La provocation sur le net doit s’exercer gratuitement comme une évidence comportementale, comme une certitude intellectuelle, comme une vérité factuelle.

Oui, la provocation est un art majeur qu’il ne suffit pas de manier dans un titre bien senti pour se démarquer dans les requêtes Google, mais qui doit exprimer une indépendance d’esprit, un parti pris.

Pourtant, ne pas aller dans le même sens que la majorité, est devenu pour ceux qui cherchent le soleil, un sport national pour se démarquer. Zemmour, Guillon, Porte l’ont démontré avec le succès que l’on sait et les remerciements que l’on sait aussi. Le risque est réel. Pour un blogueur, la mise à l’index est du même niveau.

Maintenant que vous avez compris que Pierre Dac a toujours raisons lorsqu’il affirme que « tout est dans tout et réciproquement », comment la question du titre de cette note prend-t-elle tout son sens ?

L’influence se mesure à la capacité qu’a une personne (morale ou physique) de fédérer autour d’elle ou de son propos d’autres personnes lit-on souvent.

Il n’en est rien.

L’influence est le mot qui exprime le mouvement d’un propos que des vecteurs (personnalité physique ou morale) arrivent à faire passer à d’autres vecteurs. Oui, c’est l’information qui fait l’opinion et non l’opinion qui fait l’opinion.

En revanche, la reprise par l’opinion d’une information éclaire sur sa portabilité.

Maintenant que le cadre est connu, la réponse à la question initiale peut être donnée : un blogueur réputé très influent est-il un blogueur très influent ?

La réponse est oui.

Et cela par deux phénomènes : la réalité de certains faits, le storytelling (ou la rumeur ou le buzz) qui en est fait.

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Depuis que le monde est monde (j’adore ce genre de phrase), l’Homme parle, raconte des histoires. Des grottes de Lascau à la naissance du dernier gadget d’Apple, il faut capter l’attention et laisser une trace dans l’Histoire ou dans la mémoire du consommateur lors de sa prise de décision d’achat : « Plus de nourriture pour ma famille ou un iPad ? Les chinois se nourrissent d’un bol de riz, cela doit donc suffire. Bon, j’achète un iPad». Et de tout temps (j’avais dit que j’aimais ce genre de phrase), l’Homme raconte une montagne à partir d’une colline.

Partant de ces deux évidences, la méthode est simple : un battement d’aile de papillon transforme n’importe qui en influenceur. Le talent reste à faire savoir qu’on a donné ce battement d’aile. Ce talent réside non pas à être en connexion avec des milliers de personnes, mais de parler à l’oreille des décideurs.

De la même manière qu’il l’a été démontré dans Wired, l’influenceur n’a pas besoin d’avoir des milliers de followers sur twitter, il faut qu’il ait ceux qui vont être les vecteurs vers les masses : gens de médias, leader de communautés, personnel politique ou économique.

L’autre critère de l’influence est la constance. Est-ce un « one shot » ou le candidat au statut d’influenceur est repris souvent ? Si vous ne comprenez pas la portée d’une information délivrée, la petite musique récurrente qui est fait à l’égard d’un blogueur sur son influence n’est-elle pas déjà la démonstration de son influence ?

Evidemment.

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La vraie influence s’exerce au-delà du temps et du support. Elle est trans-média, trans-clan, trans-organisation. Et elle se retrouve même dans les opposants à celui ou celle considéré(e) influent(e). L’ennemi est la démonstration d’un pouvoir.

Ainsi l’influence se mesure par la capacité de délivrer un message qui va être repris positivement ou négativement par les deuxièmes et x-ièmes cercle. (Le premier cercle reprenant par affinité ou mécaniquement l’information.).

En somme, si vous retrouvez un blogueur sur différents médias, parlant aussi bien à des gens de la base qu’aux gouvernants en passant par tous les connecteurs définit par Jean-Claude Saade, vous avez une forte probabilité d’être en face d’un blogueur influent.

Un vrai.

Faites le test.

Emery Doligé

PS : Je vous laisse avec une question contenue dans cette vidéo: http://www.dailymotion.com/videox3c510

NDLR : Emery Doligé est pataphysicien. A ses heures voulues, il est digital strategist, chroniqueur radio, évangeliste et d’autres trucs encore qu’il ne dit pas. Il a un blog Choses Vues et un compte Twitter. Il m’a demandé de vous embrasser.

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