ET S’IL ETAIT TEMPS DE REPENSER L’ENTREPRISE EN PLATEFORME ?

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J’ai décidé de consacrer notre rubrique dominicale #JourDuPenseur au dernier livre de notre ami Gilles Babinet intitulé « Transformation digitale : l’avènement des plateformes » . Un livre qui constitue la suite naturelle des précédents ouvrages de Gilles « Big Data, penser l’homme et le monde autrement » et « L’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité », dont je vous avais parlé ici et ici. Gilles Babinet, qui entreprend depuis plus de 20 ans dans le domaine du numérique (Absolut Design, Musiwave, Eyeka , MXP4, Digibonus, Captain Dash…) fut de 2011 à 2012, le premier président du Conseil National du Numérique, avant d’être nommé en juin 2012 par Fleur Pellerin, « Digital Champion » représentant la France auprès de la commission européenne pour les enjeux du numériques. Dans « Transformation digitale : l’avènement des plateformes », et à l’heure où toutes les entreprises (du dentiste à la grande entreprise industrielle) doivent repenser leur métier sous l’influence de la digitalistion, Gilles Babinet se penche sur la question de l’organisation des entreprises de demain, et défend la conviction qu’il faut désormais concevoir l’entreprise comme une plateforme : « Les entreprises qui deviendront des acteurs centraux au 21ème siècle seront des plateformes technologiques, sociales et interactionnelles ».

Alors que la révolution digitale ne fait que commencer, les entreprises traditionnelles et les institutions publiques paraissent n’avoir qu’une vague compréhension des bouleversements qu’elles vont devoir opérer. Beaucoup envisagent à tort cette métamorphose comme une adaptation progressive et douce, alors qu’elles se doivent d’opérer une véritable Disruption. Pour Gilles Babinet, c’est l’essence même de l’entreprise qui est touchée : « ses processus de production, son modèle d’affaires, son organisation et, au-delà, sa culture même ». Il faut penser le fonctionnement des entreprises, ainsi que les relations avec leurs clients et leurs partenaires, d’une manière radicalement différente, sur le modèle des entreprises digitales, en considérant que la donnée est le premier capital de l’entreprise. La première révolution industrielle a été marquée par une organisation de type militaire dans laquelle hiérarchie et règlement visaient à limiter l’initiative et la subsidiarité. La seconde révolution industrielle introduisit de nouveaux processus et de nouvelles méthodes de management : bureaucratie (Max Weber), division scientifique du travail (Frederick Taylor), administration (Henri Fayol) : des principes qui augmentent la productivité mais qui ne délèguent que très peu de pouvoirs aux échelons inférieurs. Il fallut attendre les années 80 pour voir apparaitre le concept de qualité totale (Toyota) redonnant une marge limitée d’autonomie.

Le 21ème siècle, avec l’avènement des entreprises digitales, fait apparaitre des principes d’organisation véritablement nouveaux, prônant le schéma cellulaire. Qu’il s’agisse d’ « entreprise libérée », d’ »holacratie », de « modèle agile » ou de « scrum », les nouvelles organisations performantes s’appuient sur des équipes pluridisciplinaires innovantes, une très forte délégation de pouvoirs, une mesure permanente des progrès intégrant le droit à l’échec, et des arbitrages dynamiques du management en fonction de la vision et du projet de l’entreprise. Avec, comme le souligne à juste titre Gilles Babinet: « la culture de la disruption comme modèle d’innovation ». Je ne peux pas ne pas souligner à quel point son analyse de l’innovation rejoint celle de Jean-Marie Dru, exposée dans son dernier livre « NEW- 15 approches disruptives de l’innovation » (vidéo ci-dessous). Introduire cette culture de l’innovation disruptive, c’est aussi « penser le lieu » (pour trouver « une concomitance de lieu, de temps et d’intention »), casser les silos culturels, limiter la recherche dans le temps (pour créer une forme d’excitation positive) et introduire la culture de l’acceptation de l’échec. Bref s’inspirer du management des organisations digitales, qui « développent la culture du pitch », accélèrent le passage au prototype (Minimum Viable Product, A/B testing …), pratiquent le « Design Thinking » avec l’obsession de l’expérience utilisateur, et managent par les « analytics » en temps réel dans une culture de la transparence et du partage.

Gilles Babinet est convaincu que « toutes les entreprises ont vocation à devenir des plateformes », au sens technique du terme. Qu’il s’agisse de produire des réacteurs d’avions ou de vendre des services de restauration à domicile, il est de plus en plus nécessaire pour chaque entreprise d’optimiser les interactions avec ses fournisseurs, ses clients, ses salariés et ses autres parties prenantes, en les automatisant pour accroître leur productivité. C’est vrai de Tesla dont Elon Musk dit lui-même que sa société est une plateforme, mais c’est aussi vrai de votre dentiste nouvelle génération : dans son cabinet, il n’y a plus de prothésiste, car il effectue lui-même des relevés 3D des dentitions, qu’il envoie à un opérateur qui lui imprime des prothèses sur mesure, rapidement et moins cher. Bientôt, il achètera sa propre imprimante 3D. Les gains de productivité sont considérables et très largement insoupçonnés.

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Pour Gilles Babinet, avec la généralisation des APIs (Application Protocol Interface, véritables « prises de courant pour les données »), les produits et services de chaque entreprise, qu’il s’agisse du luxe, de la santé, du tourisme ou du transport – devront tôt ou tard être partie prenante d’une logique de plateforme : « ne pas le faire reviendra à courir le risque de devenir le sous-traitant d’une société qui aura pu développer la sienne ». Sur la base de l’analyse des données issues du classement de la transformation digitale des entreprises effectuée avec Les Echos, Gilles Babinet distingue quatre facteurs décisifs de la transformation digitale : 1. Le Volontarisme managérial 2. La formation 3. La gestion du temps (temps long ET temps court), 4. La maximisation des « touchpoints » (nombre d’occasions de points de contacts entre une marque et ses clients). Certes, ce processus de transformation de l’entreprise en plate-forme ouverte et connectée ne se fera pas en un jour, mais Gilles Babinet est convaincu que l’architecture des plateformes deviendra peu à peu l’élément déterminant de compétitivité qui différenciera progressivement les bons des mauvais acteurs. Le véritable enjeu est culturel. Il passe par la capacité d’intégrer de façon intelligente la génération montante. Une nouvelle génération qui juge généralement les organisations traditionnelles issues du 20ème siècle « inefficaces, arbitraires et peu propices à l’épanouissement ». Cette génération ouverte et connectée veut travailler en mode projet et intègre intuitivement la notion de plateforme, créatrice de valeur. Joël de Rosnay a bien raison de penser que « L’entreprise de demain est une plate-forme d’intelligence collective ».

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  1. DUTERTRE

    Merci Nicolas !
    Toujours juste et passionnant.
    Amitiés,
    Eric

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