ET S’IL ETAIT URGENT DE PROMOUVOIR L’ECONOMIE POSITIVE ?

Retour de notre rubrique dominicale #JourDuPenseur en 2014 avec le livre « Pour une économie positive », publié par le groupe de réflexion présidé par Jacques Attali, un groupe comprenant une soixantaine de personnalités du monde de l’entreprise et de l’économie qui ont eux-mêmes consultés plus de 80 experts. On a bien tort de ne pas lire intégralement ce type de rapports dont on ne retient en général que quelques mesures phares largement médiatisées, car les idées les plus novatrices qu’ils contiennent ne sont pas toujours celles les plus relayées par les médias. Mais au delà des 45 propositions du rapport qui avait été remis au Président de la République en septembre dernier, c’est la notion même d’économie positive qui est, selon moi, porteuse d’un nouveau modèle fondé sur « une économie respectueuse de l’environnement, qui soit avant tout, au service de la société ». Une économie qui restaure la priorité du long terme et qui part du principe que « l’altruisme envers les générations futures est un moteur plus puissant que l’individualisme animant aujourd’hui l’économie de marché ».

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Etre motivé par son intérêt personnel ne suffit pas pour fonder une économie soutenable à long terme. Se dire que l’on n’a qu’à agir sans se soucier des conséquences parce que les générations futures n’ont rien fait pour nous est une profonde erreur. Sans les générations futures, sans natalité, sans ressources, notre vieillissement deviendrait un cauchemar, puisque plus personne ne serait en mesure, au sein d’une population de vieillards, d’assurer les récoltes, la production de biens, le fonctionnement étatique et administratif… Sans les générations futures, on serait donc condamnés à sombrer dans la misère et l’anarchie. Or, la problématique actuelle est que si le système économique mondial continue à fonctionner avec les mêmes fondements, le bien-être des générations futures (et le nôtre), sera sévèrement menacé : en 2030, d’un point de vue global, les besoins hydriques excéderont de 40% les ressources en eau; dans les pays les moins développés, le chômage des jeunes sera de plus de 50%, 20 à 30 millions de personnes seront obligées de quitter leur foyer du fait de la montée des eaux, etc. Le modèle actuel n’est définitivement pas viable. Dès lors, comment assurer les bien être des générations futures, par répercussion notre bien être ? La commission présidée par Jacques Attali ne propose pas de rompre avec le modèle actuel. Elle lui reconnaît, au contraire, une efficacité partielle. Cependant, elle propose de conjuguer son efficacité sur le plan individuel et court-termiste à une efficacité collective et long-termiste. En mettant en place au niveau mondial une économie fondée sur l’altruisme, le long terme, et la responsabilité des acteurs : l’économie positive. Cette mise en place doit passer par deux leviers majeurs : la redéfinition complète de la nature, et surtout de la mission de l’entreprise (compléter, par exemple, sa définition dans le Code Civil : l’actuel « toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l’intérêt commun des associés » deviendrait ainsi  » [...] l’intérêt pluriel des parties prenantes et concourir à l’intérêt général, notamment économique, environnemental et social. ». On voit ainsi qu’il ne s’agit pas de défaire le système actuel, mais de le parfaire. Le second levier de cette « (r)évolution » est le rôle significatif joué par les institutions, notamment nationales et supranationales. Elles seules ont entre les mains suffisamment de pouvoir pour entamer un mouvement marquant, mondial.


Attali : "Il y a un risque que l'économie… par Challenges

Avant d’aborder quelques unes des solutions les plus concrètes proposées par le rapport Attali, il faut toutefois rappeler une chose : la « (r)évolution » est déjà en marche, et elle s’avance à grands pas. Trois aspects le prouvent : le premier est l’essor mondial de l’entrepreneuriat social, fort d’exemples emblématiques (tel l’éternel et incontournable M. Yunus), le second le rôle tenu par l’économie sociale et solidaire en France : 8% du P.I.B. et 10% des emplois y sont directement liés, aujourd’hui. Enfin, le troisième aspect est celui du développement durable est des énergies renouvelables : en 2012, en France, les offres d’emplois liées au développement durable représentaient 13% des offres. Les composantes de l’économie positives jouent donc déjà un rôle croissant dans l’économie « traditionnelle ». Mais comment accélérer cette mutation vers une économie altruiste ? Certaines des 45 propositions de l’ouvrage qui vont de la lutte contre les paradis fiscaux à la mise en place d’une taxe sur les transactions financières, en passant par l’incitation aux énergies renouvelables sont déjà largement connues, mais il en est d’autres , plus pointues, qui méritent d’être soulignées, et sont de mon point de vue, particulièrement innovantes, à l’échelle des entreprises, de l’Etat et de la planète.
A l’échelle des entreprises :
- « indexer la rémunération des dirigeants sur la positivité de l’entreprise » : il s’agirait d’abord d’interdire purement et simplement la rémunération des dirigeants via des stock options, qui conduisent à un trop fort court termisme. Quant à relier leur salaire à la performance « positive » de leur entreprise, le choix en reviendrait aux dirigeants. Ce système est déjà appliqué par certaines entreprises.
- « renforcer les actionnaires de long terme ». On pourrait corréler les droits de vote à « la durée de détention des titres par l’actionnaire » (en accordant, par exemple, un fort pouvoir au-delà de dix ans), plutôt qu’à la quantité de titres détenus.
- « rendre obligatoire l’affichage de l’impact social et environnemental des produits » : à l’image de l’étiquetage signalant actuellement, très lisiblement, la consommation d’électricité des appareils électroniques, il s’agirait de mettre en place une grille claire mesurant l’impact, actualisée en permanence via des R.F.I.D.
A l’échelle de l’Etat : « engager les développement d’une e-administration et d’un « open government » » : Il s’agit de se reposer sur le cloud computing et la numérisation des données nationales. Ce système augmenterait singulièrement la productivité des administrations, à l’image de celle de Corée du Sud, où la numérisation a permis d’économiser 6 milliards d’euros sur « un volume de marchés publics annuels de 50 milliards ».
Enfin, à l’échelle mondiale : « Créer un tribunal mondial pour juger les crimes commis contre l’environnement » : l’idée date du sommet de Rio, mais est pour l’instant bloquée, et « renforcer la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux dans les procédures d’arbitrage » : dans les cas de litiges entre Etats et investisseurs, une modification du droit international de l’investissement permettrait une prise en compte des impacts humains des investissements sur les populations locales.
Je suis également particulièrement sensible aux propositions concernant l’éducation telle la proposition N°29  » sensibiliser les élèves des écoles à l’altruisme et à l’économie positive », mais j’aurais l’occasion d’y revenir ultérieurement sur ce blog. La Commission Attali insiste sur l’importance que revêtent les indicateurs : le rôle central joué actuellement par le P.I.B. devrait être remplacé par celui du « Ease of Doing Positive Economy Index » : le P.I.B. ne deviendrait qu’une partie de cet indicateur, beaucoup plus global, complexe et représentatif puisque basé sur 29 indicateurs (dont le P.I.B.), donc. En se servant donc de ces différents moyens, de ces différentes échelles, et surtout en prenant conscience que le bien être individuel n’est que limité tant qu’il n’est pas collectif, l’économie positive doit accélérer son essor, pour le plus grand bien des générations futures. Si le sujet de l’économie positive vous intéresse, je vous recommande de suivre l’actualité du Mouvement pour une économie positive en cliquant ici, et surtout de lire et de faire lire le premier « MOOK » de l’économie positive édité par PlaNet Finance, intitulé P+sitive Book, tout à fait remarquable. Si vous n’avez pas le courage de lire le rapport dans son intégralité, vous adorerez sa version magazine (ci-dessous).

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Effets du Kamagra est divers pour tout le monde. Il suffit de ne pas dire quelle alternative est la meilleure option. Et il est intéressant pas pour tout le paix. Pas agréable de penser.

  1. Hei Bai

    Comme les croissants avec le café, votre rubrique est devenue indispensable à un dimanche réussi. D’autant que vous évoquez presque toujours des livres que nous ne lirions pas spontanément.
    Mais pourquoi donc a-t-on cette impression tenace que vous faites du lobbying pour le parti socialiste ? Cher Nicolas Bordas, ferez-vous un jour un coming-out officiel en publiant votre carte d’adhérent au Parti Socialiste. Vous ne travaillez pas dans la pub, vous êtes pianiste au PS, n’est-ce pas ?
    Et puis, en tant que communicant, ne pensez-vous pas que le qualificatif « positif » ajoute un jugement de valeur (moral) éventuellement préjudiciable en cas de retournement de posture ? ça arrive parfois.

  2. Eliott

    L’économie positive est un principe qui s’affranchit des positions partisanes. Si l’économie sociale et solidaire à la française est encore associée à la gauche, le social business à l’anglo-saxonne n’est pas étiqueté idéologiquement. Savez-vous que la première femme trader chez Goldman Sachs, Connie Duckworth, fervente capitaliste, dirige aujourd’hui une entreprise sociale de design et confection de tapis en Afghanistan dont la mission est l’insertion et l’ « empowerment » des femmes par l’activité économique ?

    Peut-être que l’un des premiers combats pour faire progresser l’économie positive est de lutter contre les préjugés et clivages politiques qui entravent son adoption par tous.

  3. Hei Bai

    oui, en effet : essayons de lutter contre les clivages politiques afin de définir ensemble le mot « positif », en demandant à Pierre Laurent, à Olivier Besancenot, à François Hollande, à François Bayrou, à Nicolas Sarkozy, à Alain Madelin et à Marine Le Pen (je n’ai oublié personne sur l’échiquier politique ?) de se concerter afin de trouver un consensus et d’être TOUS d’accord sur ce qui est « positif » !
    Ainsi affranchis des opinions discordantes, des positions partisanes, on pourra marcher dans la lumière de cette vision alternative enfin tournée vers l’humain et l’avenir.

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