ET S’IL FALLAIT EVITER QUE L’IMMORTALITE NE TUE L’HUMANITE ?

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J’ai décidé de consacrer notre #JourDuPenseur dominical à une réflexion sur le TRANSHUMANISME, ce mouvement qui prône l’usage des sciences et des techniques pour améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains, à l’occasion de la sortie, dans le numéro d’octobre de Philosophie Magazine, d’un dossier remarquable intitulé “Liberté, Inégalité, Immortalité : le monde que nous prépare la silicon Valley”. En plus d’une enquête passionnante d’Alexandre Lacroix dans la Silicon Valley visant à mieux comprendre la notion de “Singularité technologique” chère à Vernon Vinge, vous y trouverez une analyse critique du philosophe Francis Wolff pour qui “le transhumanisme est une tentative un peu folle de surmonter la mort de Dieu”, et un entretien étonnant entre Peter Thiel (le fondateur de Paypal qui soutient très activement les projets de recherche transhumaniste), pour qui “Il est possible qu’il y ait des limites à notre durée de vie, mais il est impossible de les fixer à priori” , et Pierre Manent (Agrégé de Philosophie) , convaincu qu’ “en repoussant sans cesse les limites, on arrive à un point où l’on cesse d’améliorer la vie”. Vous comprendrez aussi, grâce à une cartographie du “Who’s who de la “singularité”, comment se conjuguent dans la Silicon Valley l’esprit transhumaniste (Aubrey de Grey, Nick Bostrom), l’esprit libertarien (Rand, Friedman), et l’esprit entrepreneur du net (Larry Page, Elon Musk, Sergueï Brin et Marck Zuckerberg). Au coeur de l’analyse livrée par Philosophie Magazine, le risque d’une humanité démultipliée dont l’inégalité serait renforcée par la possibilité d’une surhumanité qui ne serait pas accessible à tous. Pour Kevin Kelly (fondateur du magazine Wired) : ” Dans cinq mille ans, il y aura des humains comme nous, mais aussi des humains modifiés génétiquement et des humains augmentés technologiquement : l’humanité ne sera plus “une”.” Si tel est le cas, comment éviter que la fin de la mort ne marque aussi celle de l’humanité ?

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Les géants de l’internet, non contents d’avoir acquis en quelques années des capitaux colossaux, sont en train de les réinvestir dans des projets de recherche en nanotechnologie, biotechnologies ou intelligence artificielle, dont le point de convergence est ce qu’on a coutume d’appeler le “transhumanisme”, ce projet de transformer l’homme, en allongeant sa durée de vie ou en augmentant ses compétences. Comme nous le rappelle l’article très complet de wikipédia consacré au transhumanisme, il ne s’agit pas seulement d’un mouvement scientifique, mais bien d’un mouvement intellectuel, idéologique et culturel : ” Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et des techniques, ainsi que les croyances spirituelles afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Le transhumanisme considère certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. Dans cette optique, les penseurs transhumanistes comptent sur les biotechnologies et sur d’autres techniques émergentes. Les dangers comme les avantages que présentent de telles évolutions préoccupent aussi le mouvement transhumaniste.Le terme « transhumanisme » est symbolisé par « H+ » et est souvent employé comme synonyme d’« amélioration humaine ». Bien que le premier usage connu du mot « transhumanisme » remonte à 1957, son sens actuel trouve son origine dans les années 1980, lorsque certains futurologues américains ont commencé à structurer ce qui est devenu le mouvement transhumaniste. Les penseurs transhumanistes prédisent que les êtres humains pourraient être capables de se transformer en êtres dotés de capacités telles qu’ils mériteraient l’étiquette de « posthumains ». Ainsi, le transhumanisme est parfois considéré comme un posthumanisme ou encore comme une forme d’activisme caractérisé par une grande volonté de changement et influencé par les idéaux posthumanistes. La perspective transhumaniste d’une humanité transformée a suscité de nombreuses réactions, tant positives que négatives, émanant d’horizons de pensée très divers. Francis Fukuyama a ainsi déclaré, à propos du transhumanisme, qu’il s’agit de l’idée la plus dangereuse du monde, ce à quoi un de ses promoteurs, Ronald Bailey, répond que c’est, au contraire, le « mouvement qui incarne les aspirations les plus audacieuses, courageuses, imaginatives et idéalistes de l’humanité ».

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Dans son article de Philosophie Magazine, Martin Legros nous rappelle que des liens de plus en plus étroits se sont tissés entre les tenants de la mouvance hétéroclite transhumaniste et les géants de la nouvelle technologie, le recrutement par Google en 2012 du pape du transhumanisme, Ray Kurzweil, en est le symbole : “le transhumanisme et la vision d’un homme augmenté se diffusent aujourd’hui dans toutes les entreprises de la Silicon Valley, qui ont bien compris que ce projet un peu délirant de fusionner le cerveau et l’ordinateur recèle une irrésistible force d’attraction pour le secteur des produits technologiques. Faisant naitre chez les transhumanistes un grand mythe fédérateur : le rêve de la “prothèse totale”, permettant le transfert complet de l’esprit humain sur la machine. Vient se greffer également l’influence du libertarisme, cette mouvance radicale du libéralisme qui vise à la dissolution du politique et qui voit dans la liberté individuelle le seul et unique fondement de la société. En considérant que le seul droit fondamental est celui de l’homme à sa propre vie, l’idéologie libertarienne autorise la transformation sans limite sans “être tenu de préserver cette “dignité” qui fondait pour les humanistes classiques, la liberté, et au nom de laquelle il était possible de limiter les usages de la liberté individuelle”. Laissant ainsi sans réponse la question de la capacité inégale, selon l’origine géographique ou sociale, d’accès à ces améliorations biotechnologiques. D’où la question centrale : ” Celà ne va t-il pas porter atteinte à l’idée même d’une condition commune, fondement d’un droit commun de l’humanité ?”. En France, le comité consultatif national d’éthique a souligné le risque d’émergence d’une “classe sociale améliorée”. Faire de la mort un problème technique, transplanter le cerveau dans des machines, remplacer l’Etat par le réseau, sont des utopies puissantes qui ne doivent pas nous faire oublier qu’il est au moins aussi important de préserver la condition humaine que de l’augmenter ! Si l’on veut que la fin de la mort ne scelle pas également la mort de l’humanité.

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Crédit photos : J’ai choisi pour illustrer ce post d’utiliser le logo libre de droits proposé par Ivan Raszl (http://raszl.com/blog/transhumanism-logo) que je trouve beaucoup plus réussi que le logo h+ usuellement employé. La photo finale vient de CSGlobe (http://csglobe.com/transhumanism-how-elite-plan-to-live-forever/).

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