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Et si on apprenait à payer plus cher ?

Et si nous prenions conscience que nos achats sont aussi nos emplois ? Payer des produits moins chers, c’est aussi souvent payer des gens moins bien. La qualité de nos achats est bien souvent la qualité de nos emplois (et ceux de nos enfants). Face aux enjeux démographiques, énergétiques, et environnementaux de notre planète, la consommation de demain ne peut plus être celle d’hier. Chaque secteur d’activité doit se réinventer et créer des offres nouvelles adaptées au consommateur devenu consommateur-citoyen. Le moment n’est-il pas venu de passer d’une consommation basée sur la quantité,  à une consommation davantage fondée sur la qualité ?  Le moment n’est-il pas venu de passer d’une consommation principalement individualiste, à une consommation qui intègre une dimension sociétale (environnement, santé, citoyenneté) ?

Mais cette mutation a forcément un coût : une voiture plus écologique coute dans un premier temps plus cher, une énergie moins polluante coute plus chère que l’exploitation des énergies fossiles existantes, une alimentation qualitative et sécurisée coute plus cher à produire, une société de service qui donne des garanties sociales à son personnel doit nécessairement vendre son service plus cher… Il nous faut apprendre à consommer moins en quantité, mieux en qualité, en acceptant de payer un prix qui intègre une composante sociétale. Un prix qui tient compte du coût environnemental complet par exemple, et en particulier du coût du recyclage. Un prix qui intégrera aussi demain une contribution “caritative” aux besoins vitaux de la planète. A l’exemple de l’initiative “MassiveGood” qui pour seulement 2$ supplémentaires sur chaque billet d’avion, permettra d’éradiquer la malaria, la tuberculose et de lutter contre le sida en Afrique…

9782354170547Il est temps de tordre le coup au dogme du Low Cost qui ne saurait être la fin ultime de la consommation. Un dogme que  Bruno Fay et Stéphane Reynaud vont jusqu’à qualifier “d’imposture” dans leur livre  intitulé “No low cost”. Pour eux, le low cost “se traduit le plus souvent par une logique folle de réduction des coûts au détriment de la qualité des produits, des conditions de travail des salariés, des emplois, de la santé et de la sécurité des consommateurs”. L’arbre d’Ikéa, entreprise exemplaire à bien des égards, masque la forêt des entreprises low cost détructrices de valeur économique et sociétale.

On peut bien sûr argumenter qu’il est sain que chaque marché soit stimulé par un “category killer” qui oblige les entreprises de son secteur à être encore plus innovantes et performantes. Certes, mais ça n’est pas une raison pour ériger la démarche low cost en modèle lorsqu’elle tire la planète vers le bas : bas prix, basse qualité, bas salaire, basse contribution environnementale et sociétale.  La conclusion de ce post ne vas pas être très populaire, en pleine crise économique et alors que tant de gens n’ont pas les moyens de vivre décemment, mais y a t-il vraiment une autre solution pour la planète que d’envisager de passer du “consommer plus pour moins cher” au “consommer moins (mais mieux) pour … plus cher ?

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Et si on devenait aussi dépendant de l’or gris que de l’or noir ?

Lithium

Le Nouvel Obs (dont le rédacteur en chef cette semaine est Daniel Cohn-Bendit à l’occasion du sommet de Copenhague), compare la Bolivie à l’Arabie Saoudite : la Bolivie concentrerait à elle seule plus de la moitié des réserves mondiales de lithium (un métal qui a vu son cours augmenter de près de 1 000% en 5 ans passant de 350 dollars à 3000 dollars la tonne), en particulier sous le salar d’Uyuni,  le plus grand désert de sel au monde. Parce que les batteries au Lithium semblent aujourd’hui indispensables pour garantir l’autonomie  des voitures électriques, le lithium pourrait faire la fortune de quelques pays producteurs, et tout particulièrement celle de la Bolivie et son voisin Chilien, dont l’exploitation produit déjà 40% du marché mondial. Le lithium Bolivien fait donc forcément des envieux. De grands groupes industriels ont déjà déposé des dossiers pour pouvoir l’exploiter, au premier rang desquels le constructeur automobile japonais Mitsubishi ou le groupe français Bolloré. Des zones d’ombre subsistent néanmoins. A commencer, bien sûr, par l’exploitation en elle-même, qui tarde à se mettre en place. Dans ce domaine, Evo Morales tente de négocier au mieux pour faire profiter son pays du marché, même s’il ne peut se couper complètement des investissements étrangers, indispensables à la mise en œuvre de la production. Mais à quel prix écologique ? Pour Daniel-Cohn Bendit “le lithium est une ressource rapidement épuisable … sans compter les problèmes écologiques posés par l’exploitation du lithium et par les appétits internationaux qu’elle suscite, mençant la Bolivie d’un destin à l’africaine…On est là devant une technologie transitoire, pas une solution miracle”.  Et si le nouvel Eldorado comportait toujours sa part de mirage ?

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Et si votre ordinateur portable ne prenait pas plus de place que votre parapluie ?

RollTop_1Depuis 1984 et le lancement du MacIntosh (voir vidéo ci-dessous où le jeune Steve Jobs rend hommage à Lee Clow et à l’équipe de TBWA\Chiat Day après la présentation du film “1984″ qui sera élu “film du siècle” par les américains), les ordinateurs ont tout changé à l’intérieur, mais sont restés relativement similaires en ce qui concerne le look extérieur basé sur une coque rigide et un clavier. Le projet ci-dessous, signé de l’agence de design allemande Orkin Design, et présenté sur le blog d’Influencia, a le mérite de proposer une transformation radicale de l’outil en s’appuyant sur les nouveaux écrans souples. Un écran de 17 pouces en version TV ou Tablet, qui fait office de portable 13 pouces lorsqu’on utilise son clavier numérique. La colonne autour de laquelle l’écran s’enroule réunit la connectique, les enceintes et la webcam. Il s’agit là d’un prototype qui n’existe qu’en version 3D, mais qui donne une indication sur la révolution design et ergonomie qui nous attend !

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Et si vous mesuriez, vous aussi, vos connaissances économiques ?

9e580_passez_votre_test_logo_copie-5fdeaA l’occasion des Journées de l’économie à Lyon, le Conseil pour la diffusion de la culture économique (CODICE) a lancé aujourd’hui le “Test Codice”, un test disponible gratuitement sur Internet à l’adresse www.kezeco.fr, pour permettre à tous les Français de mesurer leur niveau de connaissance des mécanismes économiques, et donner à chacun  la possibilité de se comparer à l’ensemble des français ou  à ses amis. Un sondage relayé par Le Parisien lundi dernier a montré que 70% des Français affirment “avoir de plus en plus besoin de connaissances économiques pour réussir dans la vie”. Le test Codice le confirme, puisque la note moyenne des Français (obtenue sur la base d’un échantillon représentatif de la population qui a été testé par TNS Sofres en octobre) est de seulement 9,5 sur 20. Si les français comprennent relativement bien les grands mécanismes économiques, ils sont beaucoup moins à l’aise sur les questions de compréhension de l’entreprise, et surtout de l’économie pratique utile dans leur vie quotidienne, comme le calcul de l’intérêt de leur emprunt par exemple. Le test Codice a été conçu par un think tank d’experts en économie et correspond à une démarche régulièrement pratiquée aux Etats-Unis notamment, pour évaluer les connaissances des étudiants. Il comprend 27 questions formulées de manière ludique et concrète. Saurez-vous faire mieux que les personnalités (Michel Pébereau, Maurice Levy, Aurélie Filipetti, Nicolas de Tavernost, Michel Sapin, Bruno Lafont…) testées par le magazine L’Express paru aujourd’hui ? Ou à minima me battre (j’ai obtenu la note de 17 sur 20 ;-) ! A ma connaissance, personne n’a encore obtenu 20/20. Serez vous le premier ? A vous de jouer ! Pour passer votre test Codice, cliquez ici.

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Et si on donnait sa chance à la chance ?

Ce post est une contribution spontanée de Christian Walter, camarade de promotion de l’Essec, actuaire agrégé, chercheur  au centre de recherche sur les risques financiers, spécialiste de la modélisation financière. Christian l’a écrit après avoir lu “l’Idée qui tue” et avoir observé que la Disruption chère à Jean-Marie Dru, le patron de TBWA, – c’est à dire l’idée en rupture s’opposant à une convention de pensée – pouvait aussi s’appliquer à la finance. Ce que démontre magistralement son dernier ouvrage “Le virus B, crise financière et mathématique” écrit en collaboration avec le journaliste Michel de Pracontal. Et s’il fallait penser la finance dans une logique discontinue en remplaçant le “hasard sage” brownien par un “hasard sauvage” plus proche des aléas réels des marchés ?

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Quelque chose ne marche plus au royaume de la prévision économique… La machine à prévoir n’est pas tombée en panne, mais elle a donné des prévisions fausses : la finance a échappé aux modèles économétriques usuels et la crise a pris tous les acteurs (politiques et économiques) au dépourvu. S’il y a eu une crise, c’est une crise de la prévisibilité : les outils utilisés n’étaient pas les bons. Pourquoi ? Partons de la notion de disruption pour y voir plus clair. Le mot disruption vient du latin disruptio, qui signifie fracture, brisement. Il est passé en anglais sous ce terme, to disrupt signifiant par extension ce qui dérange, ce qui perturbe, en un mot : ce qui n’était pas prévu au programme. Les mots ont toujours un sens : « prévu » au « programme » : qu’est-ce qui était prévu, et de quel programme s’agit-il donc ? Ce qui était prévu, c’est ce qu’on peut extrapoler linéairement, à partir des idées ou des situations passées, dont les caractéristiques sont résumées par leurs valeurs typiques : moyenne, écart moyen à la moyenne, le programme formé par les idées reçues. S’il y a rupture par rapport à ces idées reçues (la moyenne du savoir à un moment donné, le common knowledge en anglais), il apparaît alors un saut dans l’espace intellectuel des idées, une discontinuité par rapport aux idées précédentes, une rupture, une disruption. L’autre mot latin que disruptio qui désigne la rupture est le nom fractus, dont est issu l’adjectif inventé par Benoît Mandelbrot, fractal. Il y aurait donc un rapport entre les idées disruptives et les objets fractals ? Poursuivons notre enquête et considérons la succession des idées et leur émergence dans la sphère (par exemple) publicitaire. Le processus temporel de survenance d’une idée est un processus aléatoire : une idée apparaît à un moment imprévisible, aussi bien à son bureau qu’en vacances, aussi bien quand on y réfléchit que lorsqu’on pense à autre chose. Considérons à présent la valeur de l’idée, à partir de son pouvoir démultiplicateur : une idée moyenne aura un pouvoir faible voir nul, et une très bonne idée aura un pouvoir extrêmement élevé. Un très grand nombre d’idées ne font quasiment rien, un très petit nombre d’idées font exploser les systèmes. L’idée disruptive pourra donc avoir un pouvoir démultiplicateur de plusieurs puissances de dix. Le processus aléatoire de la valeur cumulée des idées (la succession des valeurs des idées successives additionnées, par exemple sur un exercice annuel) va donc se présenter comme un processus dans lequel, à des dates données, il apparaîtra un saut de valeur important, une rupture, une discontinuité de valeur. En termes probabilistes, on dit que c’est un processus aléatoire fractal ou, plus précisément, partout discontinu. La modélisation des idées disruptives du point de vue de leur valeur et de leur chronologie s’effectuera donc naturellement avec des processus aléatoires partout discontinus.

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Revenons à la finance : les variations de valeur des cours ou des actifs financiers suivent toutes des processus aléatoires partout discontinus, mais la science économique et la théorie financière standard, pour des raisons diverses, fonctionnent avec des processus aléatoires continus. Or ces processus aléatoires continus sont trop réguliers pour permettre aux ruptures d’apparaître. Ils reposent sur des moyennes, et sur une notion d’agitation moyenne des moyennes (les idées reçues ou l’optimisation des plans média ou des portefeuilles de gestion – puisque mathématiquement une optimisation repose sur une moyenne). En finance, l’envers négatif de l’idée disruptive est le risque de rupture (par exemple une crise de liquidité). Gérer un risque financier avec un processus aléatoire continu revient donc à s’exposer davantage au risque car on se croit protégé alors qu’on ne l’est pas du tout : la continuité donne l’illusion d’une fausse sécurité. La finance discontinue a non seulement échappé à la machine à prévoir des économistes, mais a aussi échappé au contrôle des financiers qui avaient l’esprit fermé à la notion de rupture (la formule de Li qui a tué Wall Street avec les subprimes). Le nom donné au principal processus aléatoire continu utilisé par les économistes et les financiers provient du botaniste qui le premier, en 1827, a examiné les agitations moyennes des particules de pollen dans des liquides, Robert Brown : le mouvement de Brown ou mouvement brownien. La crise financière de 2007 – 2008 est fondamentalement issue de l’application généralisée des mouvements browniens, totalement inaptes à prendre en compte les disruptions du monde. Le virus brownien – ou virus B – est le nom donné à cette maladie de la pensée qui, sous le prétexte de chercher à maîtriser les caractéristiques probabilistes du hasard, a en fait limité les chances de survenance du nouveau (faire des prévisions à partir des régularités passées empêche de concevoir l’émergence des ruptures – pas de disruption dans un monde brownien). La conséquence en a été une immunodéficience des professionnels devant les risques financiers, conduisant à un véritable sida pour la finance et à la pandémie que l’on a observée. Les optimisations des portefeuilles ont conduit aux pertes de (– 50) % en 2008 sur l’épargne gérée (rappel : une optimisation revient à gérer les moyennes). Le virus B est ainsi la cause profonde, en amont des causes économiques ou éthiques, de la crise financière de 2007. Insistons : la crise de 2007 n’est pas d’abord une crise des marchés financiers, ni une crise du capitalisme, ni une crise de l’éthique (même si ces trois aspects sont réels), mais fondamentalement une crise de la pensée de l’incertitude, de la nature du hasard, de l’imprévu, de la surprise. Ce diagnostic nouveau a une conséquence pratique de première importance : il est indispensable de remplacer les outils professionnels adaptés à la seule continuité partout où ils se trouvent (dans les organisations, les normes, les procédures, les techniques, les modèles), par des outils conçus pour la discontinuité, et de construire des normes professionnelles en fonction d’une pensée différente de l’incertitude. Par exemple, pour quantifier la valeur potentielle d’une idée disruptive, les techniques financières standard de type « valeur actuelle de flux futurs » (qui présupposent la continuité de valeur) sont totalement inadaptées. En conclusion, si l’on comprend que le virus B (la pensée brownienne) a interdit l’utilisation d’outils statistiques et probabilistes qui permettaient l’émergence du nouveau parce qu’ils limitaient les chances d’apparition des ruptures, il s’agit aujourd’hui de ne plus limiter ces possibilités, en un mot : de donner sa chance à la chance.

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