Voilà. C’est fini pour 2011. Je pars à 3 300 kilomètres de Paris. Et je déconnecte en emmenant quelques bons livres à lire sur la plage (histoire de ne pas mettre trop de sable dans mon iPad). Je continuerai d’être connecté par Twitter . Je vous donne rendez-vous en 2012 pour la reprise de ce blog, qui se veut plus que jamais un “incubateur d’idées qui tuent”. Je remercie très sincèrement tous les contributeurs, commentateurs et visiteurs de ce blog en 2011, qui en ont fait l’intérêt et le succès, et vous souhaite, à toutes et à tous, de très bonnes fêtes, et une passionnante année 2012 !
Bien à vous
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Nicolas
ShareComme tous les mardis, c’est #BloodyMardi avec aujourd’hui une contribution de Daniel Bô, fondateur de l’institut d’études QualiQuanti, et co-auteur du livre “Brand Content – Comment les marques se transforment en médias”. Non content d’avoir produit sur son blog sous le titre ” Et si on débattait avec Nicolas Bordas de la définition du Brand Content ? “, une réponse très fondée à mon #BloodyMardi de la semaine dernière (”Et si on démystifiait le Brand Content ?“), Daniel Bô m’a proposé de publier cette semaine une tribune, assez technique car fondée sur les études menées par son institut, mais tout à fait intéressante de mon point de vue, analysant le phénomène de l’intrusion dans la publicité online.
L’intrusion publicitaire sur le web
La présence de messages publicitaires sur les sites web pose des problèmes d’intrusion sans commune mesure avec ce qu’on connait sur d’autres médias. Je me souviendrai toujours de cet interviewé dans une de nos études, qui racontait être obligé de poser la main sur son écran d’ordinateur pour occulter la publicité qui l’empêchait de regarder le contenu éditorial placé à côté ! La brève histoire de la publicité online montre la diversité des formats déjà utilisés pour communiquer sur les marques : bannières, carrés, rectangles, pop ups, overlay, flash transparents, bandeaux interactifs, etc. Tous ces formats, qui correspondent à une première étape de la publicité online, obéissent à un même présupposé : la publicité revêt un caractère secondaire et marginal par rapport au contenu désiré, et doit se « contenter » de formats qui se logent dans la périphérie et les interstices des pages. La publicité occupe des cases, des marges, des zones laissées vacantes par rapport au contenu central de la page qui occupe la place de choix. Comme la publicité est reléguée dans les marges, la problématique de l’annonceur est d’attirer l’attention de l’internaute concentré sur le lieu de la page qui l’intéresse, et ce pour quoi il est venu. Pour capter l’attention, les publicités avaient plusieurs stratégies essentielles : La couleur ( la publicité est très colorée, vive, fluorescente, et se démarque du contenu par des effets chromatiques), le mouvement, avec des effets de clignotement et de personnages animés pour exciter l’œil et attirer l’attention comme lorsqu’on appelle quelqu’un en remuant le bras ou la main, et enfin l’envahissement de l’espace : un pop up apparaît devant le contenu pour obliger l’internaute à prêter attention à la publicité. Un pas supplémentaire est franchi lorsque les publicités vont au-delà de la simple sollicitation perturbante et s’imposent de façon contraignante à la lecture de l’internaute. C’est le cas des pop-ups intrusifs qui viennent occuper de force le centre de l’écran, en se superposant au contenu qu’on était en train de lire. Ici la publicité refuse de se laisser cantonner à des zones bien délimitées et périphériques, elle envahit le centre de la page. La perturbation et le sentiment d’intrusion viennent de plusieurs facteurs : 1• l’apparition soudaine d’une publicité au centre de la page, 2• la superposition / recouvrement de la page par le pop up, qui empêche de lire, 3• le caractère aléatoire et totalement imprévisible de cette apparition : on passe d’une page statique, d’un ordre à l’intérieur duquel internaute est en terrain connu, à un ordre où la mise en page des zones devient imprévisible. On ne sait jamais au moment où l’on se consacre à une zone, s’il ne va pas y avoir un intrus qui va s’imposer à mon corps défendant. Dans ce cas, la page perd son rôle cognitif d’organisation du contenu. 4• le caractère invasif et expansif de certains formats, qui adoptent des stratégies d’expansion dynamique, se mettent à grandir, à grossir ou à se déplacer sur la page, 5• la dissonance cognitive, lorsque les tentatives pour fermer la publicité ont l’effet inverse (lien vers le site, agrandissement de la pub, etc) 6• la pauvreté de la publicité : le message est souvent très pauvre, et n’a pas d’intérêt en lui-même qui mériterait qu’on s’y attarde.Dans ce cas, l’irruption envahit le champ d’intérêt de l’internaute, et la publicité ne se contente pas seulement de détourner l’attention de l’internaute, elle saisit l’occasion de sa présence pour lui imposer un contenu qui lui fait violence. La fonction de signalement est tellement montée en puissance qu’elle est passée d’une logique de l’APPEL à une stratégie de CONTRAINTE et de VIOLENCE où internaute est impuissant.
De la sollicitation (perturbante) à l’intrusion
Une concurrence s’engage pour la conquête de l’attention de l’internaute, concurrence d’où peuvent résulter des rejets dus à l’intrusivité ou l’agressivité de la pub. L’attention de l’internaute normalement centrée sur le contenu qu’il est venu chercher est à la fois perturbée et détournée vers des parties qui sollicitent une attention qui ne leur étaient pas originairement destinées. Le bénéfice de l’annonceur, qui parvient à attirer l’internaute, peut se faire au prix d’une perturbation, en l’attirant de façon négative, en perturbant ou gênant l’internaute qui peut nourrir de la rancune et de la colère.La publicité se comporte alors de façon perturbatrice et parasitaire. Exactement comme les animaux parasites, qui se nourrissent des aliments accumulés par d’autres, la publicité s’attache à un contenu pour profiter de l’attention qui lui était destiné. En théorie, l’internaute reste souverain et peut suivre cette concurrence des contenus et accepter que son attention soit captée, captivée, détournée, ou se détourner s’il conçoit cela comme violence, intrusion à son égard. L’attraction ou la perturbation exercée par la publicité peut rester en deçà de certains seuils. Si je suis en train de lire un texte ou chercher une info, je vois bien clignoter une publicité qui m’appelle, me fait des signaux dans un coin de la page. Je peux regarder mais je peux aussi décider de rester dans le cadre de lecture que je m’étais donné. Même s’il reçoit l’appel d’un annonceur qui lui fait des signes, l’internaute peut choisir de laisser hors champ les infos qui le sollicitent pour continuer son contrat de lecture. De fait, les témoignages des internautes soulignent cette capacité qu’ils ont à évacuer de leur champ visuel les publicités qui ne les intéressent pas.
Des moyens de racheter l’intrusion
Comme on le voit, au cours d’une première phase de son « histoire », la publicité online a dû « jouer des coudes » pour attirer l’attention de l’internaute, jusqu’à entrer dans des stratégies intrusives, agressives, jusqu’à susciter un rejet ou une colère à rebours de l’effet recherché. À partir de ce moment, les publicités ont dû logiquement mettre en place des stratégies pour se « racheter » et se « faire pardonner » cette intrusion, en proposant un bénéfice plus grand que la perturbation commerciale. Parmi les stratégies mises en place pour racheter le sentiment d’intrusion, on compte notamment : L’intérêt esthétique de la publicité, par sa photo, le style général, peut constituer en elle-même un intérêt pour l’œil, être une chose agréable à voir, qui ne fait pas que s’imposer mais provoque un plaisir ou un intérêt. La dimension informative de la publicité, qui correspond à des attentes de l’internaute, et peut devancer un besoin exprimé à ce moment-là. L’humour, qui est un ressort traditionnel de l’agrément publicitaire. De l’interactivité, avec des activités dont certaines peuvent être amusantes, et qui proposent à l’internaute de reprendre la main, d’avoir une part active dans la manifestation de la publicité (lorsqu’on la souris active le son d’une guitare, ou met le feu à la publicité.Des contenus élaborés, qui ont comme caractéristiques, au contraire des modes d’animation plus élémentaires ou les simples effets de bouger mécaniques : Une richesse et densité sémantique plus importante, qui fait que l’intérêt est supérieur. L’expression « rich média » convient parfaitement à définir ce bénéfice : la communication est beaucoup plus riche que le papier imprimé, le texte imprimé, la publicité statique. C’est bien cette richesse du film audiovisuel qui fait l’intérêt, au-delà de sa dimension vidéo ou non. Lorsque les publicités sont des vidéos avec des contenus, des scénarios, tout un ensemble d’éléments intégrés, elles rachètent leur effet négatif d’intrusion, par une offre qui est supérieure au mal qu’elles font (l’effet intrusif). C’est là seulement que la concurrence des contenus devient intéressante, sans provoquer la colère et le rejet des internautes. Le passage du simple signal au contenu à part entière intéressant et consulté volontairement. Les spécificités de la publicité online tiennent largement à la spécificité du média Internet. C’est un média multimodal , qui englobe à la fois de l’audio / textuel / visuel / audiovisuel, mais où ces dimensions peuvent être fragmentées, dissociées, ne sont pas nécessairement concomitantes et peuvent se renforcer les unes les autres. La perception dans l’espace y est aussi importante que la perception dans le temps, c’est un média feuilleté, qui contient « en réserve » toute une série de contenus actualisables : la communication peut s’envisager désormais sous la forme de suggestions pour actualiser un message non déployé. C’est un espace tactile, sensible, qui réagit aux sollicitations de l’internaute, qui a « conscience » de sa présence devant la page, et offre de multiples possibles d’interactions. C’est un média dont le fonctionnement et le mode de perception se rapprochent de la perception en milieu naturel : les objets sont multiples, ils peuvent apparaître n’importe quand, n’importe où, les événements peuvent surgir au détour d’un chemin, comme dans l’espace urbain naturel. Internet n’obéit pas à la simple dichotomie d’un internaute actif / passif. Il offre un environnement complet beaucoup plus complexe. Sur Internet, la publicité ne peut pas se permettre de prendre le récepteur en otage et lui imposer des contenus sur lesquels il n’a pas le contrôle. Si, dans la 1ère phase archaïque, les espaces publicitaires épousaient la structure, les formes classiques de la mise en page, en venant se loger dans les marges, le contenu et en particulier la vidéo permettent de modifier la place habituelle de la publicité, qui n’est plus nécessairement un contenu secondaire ou marginal, mais peut devenir un contenu à part entière, intéressant, divertissant ou informatif et rivaliser avec les autres contenus du web « à armes égales »,soit en tant que case parmi les autres cases, soit comme contenu autonome mis en valeur (mini site, site de partage). Par toutes une série de stratégie, la publicité cesse d’être un pur signalement hypnotique, le média se civilise dans son rapport à l’internaute, il apprend à le respecter, ou du moins créer chez l’internaute le sentiment qu’il est maître de l’usage du média, et non simple spectateur d’un réceptacle passif et contraint. L’arrivée de la vidéo participe de cette évolution. Du coup, l’effet contexte paraît renforcé, dans la mesure où la publicité n’est plus un signal au milieu de contenu mais un message au milieu d’autres messages, la façon dont le sens de la pub résonne avec le sens des autres contenus du contexte devient essentielle.C’est dans la continuité de ces réflexions qu’il nous est apparu évident que la communication des marques sur le digital ne pouvait que tendre vers des contenus de marques riches et intéressants. http://testconso.typepad.com/brandcontent/2011/11/le-brand-content-et-la-publicite-online.html
Daniel Bô
ShareEst-ce parce que mon post de samedi dernier parlait de définitions publicitaires (« Et si vous choisissiez votre Langue De Pub ? »), ou bien est-ce mon énervement face à l’entrée en matière de l’article de Stratégies de la semaine dernière consacré au « Brand Content dans tous ses états», qui démarre sur une assertion plus que discutable opposant «contenu de marque » à « publicité » ? A moins que ce post ne soit inspiré d’une interview que j’ai accepté de donner un étudiant culotté et sympathique (@Amaurybro), qui écrit son mémoire de fin d’études sur ce sujet, ou encore de ma discussion d’hier matin avec mon vieil ami Daniel Bô, (co-auteur du livre « Brand Content ») croisé au séminaire Tendances de Stratégies… Toujours est-il que j’ai décidé de pousser un nouveau #CoupDeGueule dans le cadre de la rubrique hebdomadaire #BloodyMardi, cette fois-ci au sujet du Brand Content, un concept à géométrie trop variable que chacun a tendance à réduire à ce qui l’arrange !
S’il est un « buzz word » du moment dans les métiers du marketing et de la communication, c’est bien le « Brand Content », qui a d’ailleurs fait l’objet d’un excellent livre, dont je vous recommande la lecture, signé Daniel Bô et Matthieu Guével, et plus récemment d’une publication collective de l’UDECAM (Union des Agences Medias) intitulé « The Brand Content. Manifesto », un manifesto auquel je souscrirai beaucoup plus facilement s’il ne lui manquait au départ la définition du sujet ! En effet, ce n’est pas parce que l’on est un « buzz word » qu’on doit se passer d’une définition. Et il me semble qu’il est temps d’en proposer une qui puisse mettre tout le monde d’accord, à un moment où ce terme est devenu une auberge espagnole, dont le sens semble dépendre directement de celui qui veut vous vendre la nature de Brand Content dont il se prétend l’expert. Je voudrai démontrer par ce post, que le « Brand Content » se doit d’inclure toutes les formes de contenus de marque sans aucune exception (y compris la bonne vieille publicité de marque) : il ne saurait être réduit à une partie de ses contenus seulement, même si certains ont intérêt à vous le faire croire. Bref, il est temps de démystifier triplement le Brand Content !
1• Le « Brand Content » n’est pas un concept anglo-saxon.
Si vous parlez à un anglo-saxon de « Brand Content », il commencera par corriger votre anglais, pensant que vous parlez de « Branded content », terme usuellement employé en anglais, mais qui recouvre une signification différente. Vous trouverez sur Wikipédia en anglais le terme Branded content, mais pas la notion de Brand Content. Le terme « Brand Content » est un néologisme français dont nous devons la promotion à Daniel Bô et Matthieu Guével, auteurs du livre éponyme. Mais, si leur ouvrage est tout à fait intéressant à bien des égards, la définition du terme « Brand Content » (glossaire page 182) laisse, de mon point de vue, à désirer. La voici in extenso : Brand Content (ou Brand Generated Content) : Contenu éditorial créé ou largement influencé par une marque. La marque ne se contente pas de parrainer ou d’utiliser un contenu préexistant, mais assume jusqu’au bout un vrai rôle d’éditeur, finance et fabrique un contenu souvent à partir de son propre fonds. Les marques dont l’offre de Brand Content est suffisamment étoffée deviennent des marques médias ». Dans ce livre, Brand Content est souvent traduit par « contenu de marque », par opposition à « Branded content » défini comme « contenu éditorial parrainé ou soutenu par une marque », et les auteurs opposent (p8) la logique du message (de type publicitaire) à la logique du contenu propre à leur définition du Brand Content. Et là, je deviens nettement moins d’accord…
2• Le « Brand Content » n’est pas opposable à la publicité.
Dans l’ouverture de son dossier consacré au Brand Content (10/11/11), le magazine Stratégies nous dit que le mot « Brand Content » a « résisté à sa traduction française « contenu de marque », en opposition à « publicité ». Les bras m’en tombent. D’une part, on l’a vu plus haut, Brand Content est en fait la traduction dans un anglais approximatif du terme français « contenu de marque », mais surtout, il n’y a, de mon point de vue, aucune raison, bien au contraire, d’opposer publicité et Brand Content, puisque la pub a toujours montré, et montre tous les jours, qu’elle est le premier vecteur de Brand Content. Au nom de quelle logique appellerait-on « Brand Content », par exemple, les films viraux Old Spice et appellerait-on publicité (au sens de « non-Brand Content »), le film qui leur a donné naissance ? Qui peux soutenir que le film « publicitaire » Think Different d’Apple en 1997, n’est pas du « Brand Content » créant une culture de marque au delà du produit ? Ce film, comme tout bon film publicitaire de marque, répond sans conteste aux « trois aspects récurrents du contenu de marque » tel que défini par les auteurs de brand Content en page 5 : « ne cherche pas seulement à véhiculer un message, mais apportent un bénéfice », « pas focalisée sur le produit… mais les resituent dans un ensemble culturel », et «dépassent la relation commerciale en s’adressant au spectateur non pas comme un acheteur potentiel, mais aussi comme un membre du public ». Les auteurs eux-mêmes reconnaissent (p9) qu’il y a des messages publicitaires « riches en contenus », en citant les publicité télévisuelles de marques Evian, Adidas, et même Supercroix ou Boursin. Plus récemment, la campagne Nike « Write the future » en est une bonne illustration. Mais on pourrait prendre des dizaines d’exemples. Donc cessons une bonne fois pour toutes de vouloir opposer Brand Content et publicité grand médias !
3• Le Brand Content n’est même pas (toujours) opposable au « Branded Content »
On peut trouver un intérêt, à priori, dans l’approche qui consiste à différencier la production par une marque de ses propres contenus, et l’association d’une marque à des contenus existants qui ne lui appartiennent pas (et dont elle est même parfois seulement l’une des marques partenaires). Mais au fond, cette distinction ne crée t-elle pas une ligne aussi artificielle que la fameuse « line » qui distinguait autrefois le « above the line » du « below the line », et que personne n’a jamais trouvé ? Prenons , à titre d’exemple, la dernière campagne de publicité que j’ai relayée sur mon blog hier : le film Columbia (ci-dessous) qui démontre sa capacité de lutter contre le froid au travers de l’histoire vraie de Wim Hof. S’agit-il de Branded Content (l’association d’une marque à un contenu existant, sachant que Wim Hof a produit de nombreuses vidéos de ses exploits), ou de Brand Content publicitaire (sachant que la marque a retourné les films pour sa pub). Peu importe ! Ce qui est sur, c’est que cette histoire (story telling) nous parle au delà du produit et de la marque, et nous apprend quelque chose de profondément humain, qui nous intéresse au delà du produit et de ses qualités. Une bonne publicité, disait Philippe Michel, c’est quand la vérité particulière de la marque rencontre une vérité générale de la vie. Je fais le pari qu’il sera de plus en plus difficile dans le futur de distinguer « Brand Content » de « branded content », car les marques comprendront l’intérêt de se forger une culture qui dépasse celle de leurs produits, et la publicité mass media jouera son rôle spécifique de déclencheur d’une histoire plus large, enrichie par toutes les autres formes de média. Sans compter le développement de la logique de Brand Experience publicitaire, où les marques, à l’exemple de VW Fun Theory, transformeront des événements en publicité, partant du principe qu’à l’heure des réseaux sociaux, les actions communiquent encore plus efficacement que les mots.
Je propose donc de mettre fin à l’idée que le « Brand Content » ne recouvre qu’une partie du tout, alors que, si nous voulons parler du « contenu de marque », nous parlons nécessairement du « tout » en question. Il faut que certaines régies publicitaires arrêtent de limiter le Brand Content au sponsoring de programme ou au placement de produit seulement, il faut que les agences digitales arrêtent de laisser entendre que le « brand Content » est forcément digital (comme si le Guide Michelin ou le magazine papier de Leroy Merlin n’étaient pas du Brand Content), et que certaines agences média arrêtent de penser qu’elles ont le monopole du Brand Content, qui serait défini comme tout ce qu’elles veulent faire, à l’exclusion de ce qu’elles ne savent pas faire. Le Brand Content ne peut selon moi se définir autrement que comme la production de contenus stratégiques pour les marques, c’est à dire de contenus au service d’une vision de marque, qui contribuent à créer une culture de marque spécifique. Ce qui est la responsabilité collective de tous les intervenants dans l’écosystème communicationnel, et non le rôle de certains acteurs seulement. Comme le dit Natalie Rastoin dans son excellente préface du livre « Brand Content » : « Quand une grande marque bâtit au delà de son produit un véritable « idéal de marque » – une promesse qui rencontre une tension socio-culturelle – elle peut créer le contenu pertinent et intéressant qui l’incarne ». Et si le « Brand Content » n’était rien d’autre que l’ensemble des contenus produits et diffusés par une marque au nom de l’idée qui l’anime ?
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Comme tous les mardis, c’est #BloodyMardi sur ce blog, ouvert aux contributions extérieures. Après ”Et si nous étions tous publiphobes?“ “Et si vous arrêtiez d’être nul en chocolat ?“,“Et si la qualité de la pub dépendait d’abord de la qualité des planneurs ?” et “Et si on donnait un peu envie aux gens de voter ?“, je suis heureux d’accueillir une contribution d’Anne-Sophie Robert (@Anneso_R), planneuse stratégique digitale, qui avait déjà contribué à ce blog en octobre 2010. Au lendemain de la #JournéeDeLaGentillesse, qui a animé twitter ce week-end, Anne-Sophie s’interroge et nous interroge sur l’excès de pouvoir dénigrant des réseaux sociaux si on n’y prend pas garde.
Et si les réseaux sociaux nous rendaient (vraiment) méchants ?
C’est un fait, les réseaux sociaux font partie intégrante de la vie d’une majorité de personnes. Qui n’est pas sur Facebook aujourd’hui ? Malgré la présence de quelques résistants, le bébé de Mark Zuckerberg est devenu incontournable. Quant à Twitter, il se montre encore timide en France mais n’en n’aura certainement pas moins un avenir prometteur, et ce notamment grâce à sa dimension factuelle et « droit au but » qui le caractérisent. Outre le fait de partager toutes sortes de contenus et autres informations personnelles avec d’autres internautes, les réseaux sociaux représentent également un moyen de s’exprimer librement et ouvertement sur un sujet, quel qu’il soit. Du simple état d’âme ponctuel et impulsif, au coup de gueule revendicateur, Facebook, Twitter, et leurs comparses endossent alors parfaitement le rôle de défouloir. Un défouloir jusqu’à lors perçu comme des plus honorables puisqu’il soutient (in)directement l’une des plus belles causes qui soient : La liberté d’expression. En d’autres termes, les réseaux sociaux donnent du pouvoir aux internautes. Et ce pouvoir se traduit par une liberté d’expression pouvant aller jusqu’à une forme de rébellion d’ordre politique, social voire même moral. L’exemple du Printemps Arabe est à mon sens l’un des plus probants et révélateurs de ce phénomène. En quelques heures – pour ne pas dire quelques minutes – Twitter est devenu le témoin et l’acteur clé du soulèvement d’une foule d’indignés clairement décidés à faire bouger les choses. La révolution était en marche. Près d’un an après, le résultat est là. Trois dictateurs sont tombés sous la pression de leurs peuples respectifs, et des élections ont récemment eu lieu en Tunisie afin de mettre en place une nouvelle Assemblée Constituante. Le résultat définitif nous est d’ailleurs parvenu hier : La victoire revient, sans grande surprise, au parti islamiste Ennahda. Voici donc un bel exemple du potentiel démocratique, pour ne pas dire humaniste des réseaux sociaux.
Oui mais voilà. Un tel tableau dénué de toute ombre serait trop beau pour être vrai. Car c’est un fait : tout pouvoir doit être manipulé avec précaution au risque d’être surpris par des conséquences dramatiques dont nous n’aurions jamais soupçonné l’existence. Certes, voilà qui est plus facile à dire qu’à faire… D’autres événements récents peuvent à leur tour illustrer cette vérité. Si je devais en choisir un, je choisirais l’affaire Charia Hebdo qui est loin d’être passée inaperçue. Tout a commencé le 2 novembre dernier. En écoutant les infos comme chaque matin, j’apprends que la rédaction du journal Charlie Hebdo a été volontairement incendiée. Puis, j’apprends dans la foulée que le numéro qui doit sortir ce même jour a été rebaptisé « Charia » Hebdo. La surprise, l’indignation et l’incompréhension cèdent alors leur place à la perplexité et à la peur. Une peur qui se confirmera dans la minute qui suivit lorsque des rumeurs journalistiques aux allures d’affirmations désigneront comme coupables des musulmans extrémistes. Ladies and gentlemen, que l’effet boule de neige commence… ! 1er petit souci qui me titille, et me titillera toujours : la rumeur. La rumeur a ceci de magique qu’elle n’est généralement pas perçue en tant que telle. En d’autres termes, prenez un événement dramatique et révoltant, une cible sensible sujette à une stigmatisation et des amalgames permanents, vous obtiendrez une jolie rumeur qui sera instantanément vérité dans l’esprit de beaucoup de gens plongés dans l’ignorance. La tension monte alors, mais reste néanmoins gérable grâce à une attente de faits et autres preuves. Ceci étant, rajoutez les réseaux sociaux en toile de fond, et vous obtiendrez un déferlement d’immondices haineux qu’a été la page Facebook de Charlie Hebdo le temps d’une soirée. J’avoue avoir été choquée – et je doute être la seule – face à un tel concentré de bêtise humaine. Injures de Français envers la communauté musulmane, de musulmans envers les Français et j’en passe. Il y en avait pour tous les goûts. Vous l’aurez compris, cet exemple est un coup de gueule dans un coup de gueule. Etant en contact régulier avec des arabes musulmans, qui sont a fortiori mes amis, j’ai eu l’occasion d’apprendre et de comprendre leur culture, au même titre que leur religion. Et mon 1er constat fut des plus alarmants – bien que peu surprenant : « Mais que nous sommes à côté de la plaque !!! » Les joies de l’ignorance qui conduisent fatalement à la peur et à la haine. Bref, je m’arrêterai là avant de dévier vers un autre sujet qui me tient tout autant à cœur si ce n’est plus.
Cette parenthèse mise à part, cet exemple montre à quel point la liberté d’expression doit être modérée et surtout réfléchie. Il va de soi que ce dernier est pour le moins extrême, mais ce vice peut prendre d’autres formes plus subtiles, ou du moins qui passent relativement inaperçues. Je fais bien sûr référence au désormais célèbre lynchage « twitterrien ». Le principe même de Twitter réside dans notre capacité à dire ce que l’on a à dire en 140 caractères, pas un de plus. Autrement dit : Droit au but ! 140 caractères, c’est peu. Nul besoin d’avoir le QI d’Einstein pour s’en rendre compte. De plus, qui dit concision, dit ne pas s’embarrasser avec la forme. Et oui, sur Twitter, les pincettes restent sur le banc de touche. En d’autres termes, si un twittos a l’intention de témoigner son désaccord ou son mécontentement à sa timeline, force est de constater que le résultat final sera assez violent. Alors si par malheur cet outil tombe entre les mains de quelqu’un de peu attentionné, le résultat peut s’avérer carrément désastreux voire insultant. C’est ainsi que naissent chaque jour des messages haineux gratuits de toute sorte, risibles, parfois totalement ridicules et toujours ou presque sans fondement.
Récapitulons. Les réseaux sociaux constituent un outil formidable en ceci qu’ils créent du partage et de l’interaction entre des personnes qui se connaissent ou non, et qui partagent le même point de vue ou non. Et pour finir, ils offrent aux internautes la possibilité de laisser entendre leur voix dans une époque où la censure est de rigueur. Malgré ce point plus que positif, nous nous devons de rester vigilants car un drame est vite arrivé. Ce syndrome « effet boule de neige » a toujours existé IRL, c’est un fait. Mais la lenteur et le schéma émetteur/ récepteur propres aux médias classiques permettaient de contrôler l’information. Ce qui n’est pas le cas IVL. La diffusion de l’information sur internet est extrêmement rapide – je pense notamment à l’affaire DSK qui a vu le jour sur Twitter – et collaborative. Chacun a la possibilité d’ajouter sa pierre à l’édifice, et ce, même si cette pierre n’est pas stable et peut entrainer la chute de son porteur. Mais derrière cette mécanique de communication se cache un fait bien plus simple et humain : Derrière sa machine, l’Homme se croit tout puissant et surtout à l’abri de toute représaille ou autre conséquence directe. Après tout, ce n’est pas un hasard si tant de personnes mettent fin à leur relation via mail ou sms. On n’ose rien dire mais on ose tout écrire. Internet et un désinhibiteur, un masque pour les lâches que nous sommes et que l’on porte volontiers pour se donner une force que l’on n’a initialement pas ou peu. Ce phénomène n’est pas un crime en soit. Il est même légitime et compréhensible. La difficulté est d’être capable de répondre à cette question sans hésitation : Où se trouve la limite à ne pas franchir au risque de générer des dommages collatéraux ? Bien sûr il y aura toujours des personnes mal intentionnées qui agiront sciemment au détriment d’autres personnes. Le tout est de percevoir ces intentions pour les contourner au lieu de les absorber et de contribuer à ce petit jeu malsain et destructeur. Alors à la question les réseaux sociaux dénigrent-ils la liberté d’expression ? Je répondrai non, mais… Attention. Tout est une question d’usage et de prise de recul.
Anne-Sophie Robert
ShareMerci à Michael Godefroid d’avoir partagé sur Google+ cette analyse scientifique particulièrement drôle, frappée au coin du bon sens, que certaines trouveront surement exagérée côté féminin, mais qui me semble très réaliste côté masculin