Grâce à Marie Nossereau (@portabella sur Twitter), une vidéo de 5 minutes toute fraiche produite par IBM sur l’internet des objets : quand vos appareils ménagers s’autoréguleront, ou quand votre bus vous préviendra de son retard …
Dans cette série, “Dimanche, Jour du Penseur”, je ne pouvais pas ne pas m’arrêter sur une des figures les plus inspirantes pour mon métier (avec Edgar Morin et Michel Serres qui ont déjà été les sujets de cette chronique), je veux parler de Régis Debray, promoteur du concept de “Médiologie”, une analyse qui place, en matière de communication, “les moyens avant la fin”, ou encore “les vecteurs avant la valeur”. Une provocation qui incite à se poser la question de la transformation profonde de la société humaine du fait de l’évolution des techniques de communication. Si vous n’avez que 8 minutes, ne lisez pas le post ci-dessous, mais regardez la vidéo ci-dessus : une interview remarquable de Régis Debray par Frédéric Taddéï dans “Ce soir ou jamais” sur France 3 en 2007, qui vous plonge au coeur de la pensée médiologique et de ses applications à la “société du spectacle”, en particulier en politique (cliquer sur l’image vidéo pour l’agrandir).
Régis Debray a également donné une très bonne interview le 03 mars dernier (cliquer ici) à Yves Calvi sur France Culture à l’occasion de la sortie de son nouveau livre “Dégagements”, un journal de bord (reprise de son “pense-bête” de la revue Medium qu’il dirige), sur ses rencontres, ses voyages, ses lectures mais aussi sur la musique ou l’art au gré des expositions ou concert. Avec à chaque fois un enseignement ou une idée anticonformiste : de sa rencontre avec Andy Warhol (auteur de la photo en bas de ce post
) qui prophétise un monde où “l’art, c’est l’argent”, et l’artiste “un industriel de sa propre notoriété”, à l’écoute de la musique contemporaine qui conduit l’auteur à une réflexion sur la tentation qu’a tout art à être fasciné par sa propre technique, à l’instar de la communication, prise de vertige, tendant à ne communiquer qu’elle même. Ce livre est une parfaite démonstration de la conviction de Régis Debray, que la pensée consiste à passer du fait divers à la loi, du particulier au général, et non comme c’est trop souvent le cas dans l’urgence politique et médiatique, accepter que “le particulier fasse loi”. Fidèle ainsi à la croyance fondamentale qui a animé la première époque de sa vie aux côtés de Che Guevara : “une révolution, c’est un triomphe de l’idée sur le fait”.
La vie de l’écrivain et médiologue Régis Debray (né en 1940, normalien et agrégé de philosophie), est elle-même un roman en trois époques, comme en témoigne cette biographie, issue du site de France-Culture : “Fidèle élève de Louis Althusser, nourri de marxisme, il quitte en 1965 le milieu germanopratin pour Cuba et suit Che Guevara en Bolivie. Il théorisera sa participation à la guérilla dans “Révolution dans la révolution” (1967) où il développe la théorie du foquisme : la multiplication de foyers de guérilla. Mais il est capturé la même année par les forces gouvernementales de Bolivie. Debray sera incarcéré pendant quatre ans, dans la prison de Camiri en Bolivie, et libéré grâce à l’action de politiques français. Avant de rentrer en France, il séjourne trois ans dans le Chili socialiste de Salvador Allende. Proche d’Allende et de son entourage son expérience est brutalement interrompue par le coup d’Etat de Pinochet et le suicide d’Allende en 1973. Il rentre définitivement en France. Commence alors la longue réadaptation à la vie française et la seconde vie de Debray : celle de conseiller politique. De 1981 à 1985, il est chargé de mission auprès du Président de la République, François Mitterrand, pour les relations internationales, puis secrétaire Général du Conseil du Pacifique Sud. Dans “Loués soient nos seigneurs” il décrit, avec lucidité, le parcours initiatique d’un courtisan-conseiller du Prince . Régis Debray quitte à la fin des années 80 le milieu politique pour acquérir une légitimité universitaire interrompue par son départ à Cuba. C’est sa troisième vie.
Il passe en 1993 sa thèse de doctorat, à la Sorbonne, dont le thème est : « Vie et mort de l’image. Une histoire du regard en Occident », sous la direction de François Dagognet. Cette thèse lui permet de façonner une critique des médias et de la communication : la société, depuis Gutenberg, évoluait dans l’univers de l’écrit (la Graphosphère) puis elle est entrée dans l’ère de la Vidéosphère avec la télévision et aujourd’hui elle est passée dans l’ère de l’hyper-sphère avec l’informatique et la téléphonie et ses infinies déclinaisons d’écrans qui organisent et régissent les espaces sociaux. Dans la foulée, Debray fonde la revue des Cahiers de médiologie en 1996. Cette revue biannuelle sera éditée jusqu’en 2004 et suivie, à partir de la même année, de la revue trimestrielle Médium. En 2002, Régis Debray est à l’initiative de la création de l’Institut européen en sciences des religions dont il sera président.
Les questions autour de la religion sont abordées de plus en plus fréquemment par Debray. Comme complémentaires à la médiologie : pas de médiation sans croyance, ou énergie (certains diraient transcendance), pour agréger, donner une cohésion sociale, une identité commune. Les mythes, qu’ils soient républicains, marxistes, libéraux sont des symboles, la colonne vertébrale d’une société. Ils sont en quelque sorte son vecteur, lui donnent son mouvement indispensable. Ils servent de cohésion sociale : il faut croire pour être ensemble et avoir confiance, faire communion, pour accepter de s’inscrire dans un réseau de communication et d’échange. Croire c’est adhérer à des symboles, un projet politique, religieux ou idéologique. Pas de média sans croyance préalable ou fraternité. Debray ne cesse de se définir comme un homme des Lumières, issu de la Révolution Française.
Pour Régis Debray, un groupe ne peut se définir que vis-à-vis d’une référence transcendante vers laquelle se tourne la croyance des gens. Il appelle cette nécessité de définir le groupe par une entité qui lui est extérieure l’incomplétude, et nomme cette entité le « sacré du collectif », qui est la représentation de ce que le groupe estime être le « meilleur ». C’est cette croyance qui assure la confiance réciproque entre les membres du groupe, et garantit selon R. Debray l’ordre social. Pour Régis Debray, le sacré est déterminé par la technologie de la transmission d’information : le christianisme n’aurait pas survécu sans le “codex”, le premier livre relié qui en a assuré la transmission, la République et la laïcité sont issus de l’école dont la transmission des savoirs est rendue possible par l’imprimerie . La révolution numérique et Internet nous mène nécessairement à une nouvelle forme de “sacré”.
Tout en dénonçant l’individualisme triomphant et en se faisant le chantre de la “Société de Fraternité” (dans son livre “Le Moment Fraternité”), Régis Debray s’intéresse tout particulièrement à L’Idée de Dieu. Comment une idée abstraite devient une force matérielle ? Comment l’idée d’un Dieu unique, total, universel a-t-elle acquis autant de force ? Debray va se pencher sur toutes ces questions en étudiant les moyens de transmission, partant du principe que “le messager conditionne le message”. Debray est convaincu que si le siècle des Lumières a cru pouvoir éliminer la religion, on n’a pas pu (et on ne pourra pas) éliminer la croyance. Il pense que le manque de sacré est à l’origine de la crise en France de la symbolique républicaine. A l’opposé des Etats-Unis qui ont su échapper à cette crise du sacré par leur civisme et leur patriotisme (même mis au service de “mauvaises causes”). Régis Debray établit également que, quand s’épuise le sens du symbolique, reviennent les autorités religieuses, avec leur cortège de risques …Une humanité sans croyance est réduite à l’animalité. Comment alors faire vivre une sacralité non religieuse, tout en lui gardant une symbolique ? Telle est pour lui, LA question.
“Ne laissez pas les autres décider à votre place. Votez“. Si vous n’êtes pas trop jeune, peut-être vous souvenez-vous de ce film (qui date déjà d’une dizaine d’années), signé BDDP&Fils qui mettait en scène un personnel hospitalier qui décidait du prénom d’un enfant à la place des parents. L’enjeu de l’abstention aux élections ne date pas d’hier. Mais au moment où on risque de battre le record d’abstention à l’occasion des élections régionales de ce dimanche, à l’issue d’une campagne publiquement inexistante, n’est-il pas temps de trouver des idées pour redonner envie aux Français de voter ? Parmi les champs de communication à investiguer, commençons par l’affichage.
“Pauvres affiches de campagne“. C’est le titre de l’excellent article signé John Van Sothen sur Mediapart (cliquez ici), qui commence ainsi :
“Ça y est, la France est entrée en campagne. Je le sais à cause de tous les panneaux métalliques montés devant les écoles, encore couverts de pauvres affiches, à droite comme à gauche. Vous voyez de quoi je parle : typo moche, choix de couleurs douteux, messages vagues et pas inspirants, et Jean-Paul Huchon planté là dans un K-way trop grand pour lui à côté d’une bonne femme coiffée d’un casque de chantier. Vraiment, vous n’aviez aucune autre photo que celle-là, où vous avez l’air de surveiller les travaux de votre pavillon un lundi matin avec madame ? Valérie Pécresse aussi a pensé que son affiche n’avait pas tellement d’importance ou alors elle n’aurait pas choisi cette photo fadasse qu’on verrait mieux sur une page Facebook que sur une affiche électorale.Mais j’ai l’habitude…/… C’est ainsi que meurt la démocratie. C’est déjà arrivé“.
Les raisons de l’abstention sont multiples, mais une chose est sûre, l’interdiction de l’affichage grand format en campagne électorale depuis 1990, contribue à ne pas donner envie de voter. Je milite depuis 2002 dans un collectif nommé “Démocratie et Communication”, créé par Frédéric Maillard, et aujourd’hui dirigé par Evelyne Soum, pour la ré-autorisation de l’affichage grand format (aujourd’hui interdit 3 mois avant le vote) en période électorale, tout en maintenant le principe de la loi de 1990 qui plafonne les dépenses électorales. A part la Belgique où le vote est obligatoire sous peine d’amende, tous les grands pays autorisent l’usage de l’affichage au même titre que les tracts de campagne ou les meetings électoraux.
Une bonne affiche politique permet non seulement de synthétiser l’offre politique et son état d’esprit (cf La Force Tranquille de Mitterrand en 1981), mais permet surtout de rendre le débat public dans la rue en médiatisant les sujets qui intéressent le citoyen : impôts, santé,éducation, formation, transports, en créant une présence à l’esprit et un débat public qui contribue à lutter contre l’abstention. Contrairement aux élections Françaises qui se jouent souvent sur un thème (quand ce n’est pas juste sur le rejet du pouvoir en place), de type la Sécurité, ou le chômage, les campagnes anglo-saxonnes se jouent sur un plus grand nombre de thèmes de campagnes qui intéressent les citoyens qui sont peu nombreux à se plonger dans les programmes électoraux.
La campagne des Régionales qui s’achève à brillé par l’absence de débat. Et s’est effectué dans une sorte d’indifférence générale. Il faut réveiller l’opinion et la stimuler ! Rendons l’espace public au débat public, et on aura peut-être plus de chance d’intéresser les Français à la politique, ce qui leur donnera peut-être davantage l’envie de voter.
Ci-dessous l’interview que j’ai donnée à ce sujet au Figaro le mois dernier. A lire également l’article de CB News paru cette semaine, titré “La publicité politique, un débat égaré en rase campagne ! ”
Dimanche, c’est jour du Penseur ! Après quelques philosophes et sociologues, je ne peux résister à l’envie de vous parler d’un mathématicien et physicien extraordinaire, Brian Greene, avec qui j’ai pu discuter jeudi matin à l’ONU (photo ci-dessous) à l’occasion du lancement de MASSIVEGOOD et de la présentation du film de Spike Lee (vidéo en pied de page de ce post) dont Brian est un des “acteurs”, aux côtés de Paul Auster et Mary J Blige.
Petit détour par Wikipédia. Brian Greene, 47 ans, est un physicien américain connu pour être l’un des spécialistes mondiaux de la “théorie des cordes”. Professeur de physique et de mathématiques à l’université de Columbia à New York depuis 1996, Greene a notamment travaillé sur la symétrie miroir et la topologie. Il a donné en 2008 une intervention brillante (en anglais) à la conférence TED (vidéo ci-dessus).
Brian Greene était un enfant prodige en mathématiques. Par exemple, à l’âge de cinq ans, il pouvait multiplier de tête des nombres à 30 chiffres. Ses habiletés en mathématiques étaient si élevées que dès l’âge de 12 ans il commença à recevoir des cours privés d’un professeur de l’université Columbia car il avait réussi tous les cours en mathématiques du cursus scolaire jusqu’au niveau du baccalauréat. Il complète ses études par Harvard et Oxford, où il rencontre en 1984 les premiers promoteurs de la Théorie des Cordes.
Son livre, “L’univers élégant” (1999), qui vient d’être republié dans la collection Folio Essais, est une tentative de vulgariser la théorie des cordes . Ce livre était en lice pour un prix Pulitzer. Il présente les espaces de Calabi-Yau selon certains points dimensionnels , lesquels pourraient contenir notre espace-temps. Ce livre a servi de base à une émission diffusée par la PBS et par Arte en 2006 présentée sous le titre ” Ce Qu’enstein ne savait pas encore”, dont il était le narrateur. Vous trouverez dans la vidéo dailymotion ci-dessous (que je vous recommande de regarder en format plus grand sur Dailymotion) la version française diffusée par Arte de cette émission absolument clarissime et passionnante. Son deuxième livre, “La magie du Cosmos” (2004), s’étend sur la nature de l’espace, du temps et de l’univers.
http://www.dailymotion.com/videoxlthbLa théorie des cordes est l’une des voies envisagées pour régler une des questions majeures de la physique théorique: fournir une description de la gravité quantique, c’est-à-dire l’unification de la mécanique quantique (inévitable pour décrire la physique aux petites échelles) et de la théorie de la relativité générale (nécessaire pour décrire la gravitation de manière relativiste). La principale particularité de la théorie des cordes est que son ambition ne s’arrête pas à cette réconciliation, mais qu’elle prétend réussir à unifier les quatre interactions élémentaires connues (on parle de théorie du tout). La théorie des cordes a obtenu des premiers résultats partiels prometteurs. Dans le cadre de la thermodinamyque des trous noirs, elle permet de reproduire la formule de Bekenstein et Hawking pour l’entropie des trous noirs. Elle possède également une richesse mathématique notable : en particulier, elle a permis de découvrir la symétrie miroir en géométrie.
La théorie repose sur deux hypothèses . Première hypothèse: Les briques fondamentales de l’Univers ne seraient pas des particules ponctuelles mais des sortes de cordelettes vibrantes, possédant une tension à la manière d’un élastique. Ce que nous percevons comme des particules de caractéristiques distinctes (masse, charge électrique,etc.) ne seraient que des cordes vibrant différemment. Les différents types de cordes, vibrant à des fréquences différentes, seraient ainsi à l’origine de toutes les particules élémentaires de notre Univers. Deuxième hypothèse : L’univers contiendrait plus de trois dimensions spatiales. Certaines d’entre-elles, repliées sur elles-mêmes, passant inaperçues à nos échelles .
Une des difficultés qu’affronte la théorie des cordes tient à la nature théorique et mathématique de la démarche, qui ne peut être vérifiée par l’expérimentation ou l’expérience directe. Même si beaucoup d’espoirs reposent sur les expérimentations à venir permises par la nouvelle génération d’accélérateurs de particules de type Synchrotron.
En conclusion de son livre si bien nommé “L’univers élégant”, Brian Greene nous livre son credo : ” Nous sommes tous, chacun à notre manière, des chercheurs de vérité, et nous espérons tous comprendre pourquoi nous sommes là. Tandis que s’échaffaude collectivement la montagne de ces explications, chaque génération se hisse sur les épaules de la précédente, et tente vaillamment d’atteindre le sommet. Nous ne pouvons prévoir si l’un de nos descendants se retournera un jour pour admirer, depuis la cime, avec une clarté parfaite, l’ampleur et l’élégance de l’Univers… Nous ajoutons notre barreau à l’échelle de l’humanité en quête des étoiles”.
Comme il le dit dans la vidéo ci-dessous, Brian Greene a accepté de soutenir MASSIVEGOOD, car, de manière analogue à la théorie des cordes, cette initiative fait, selon lui, le lien entre l’infiniment petit de la donation, et l’infiniment grand de son ambition : éradiquer la malaria et la tuberculose et lutter efficacement contre le Sida. Qu’il en soit vivement remercié !
Après Michel Serres, Edgar Morin, François Ewald, Amartya Sen, Miguel Benassayag, et Benoit Mendelbrot, j’ai décidé de consacrer ma chronique dominicale “Jour du penseur” à un philosophe français dont la pensée radicale est des plus anticonformistes, et dont la posture politique est des plus controversées : Alain Badiou, qui sort en ce début d’année deux livres : “La philosophie de l’événement”, livre d’entretien passionnant avec Fabien Tarby, et “L’idée du communisme”, livre collectif écrit à l’issue de la conférence de Londres sur le sujet en 2009 (que je ne suis pas tout à fait sûr de lire
), juste après avoir publié en fin d’année dernière “Eloge de l’amour” avec Nicolas Truong, que je vous recommande chaudement.
Alain Badiou est un philosophe, romancier et dramaturge français né à Rabat en 1937. Fils d’un prof de math qui fut maire de Toulouse, et lui-même normalien avant d’y devenir prof, Alain Badiou est l’auteur d’ouvrages majeurs, en particulier “L’être et l’Evenement”, publié au Seuil en 1988 et “Logiques des mondes” publié en 2006. Il est également connu politiquement pour son engagement maoïste et sa défense du communisme.
On peut ne pas adhérer à l’approche politiquement radicale de l’auteur du pamphlet “De quoi Sarkozy est-il le nom ?” (que ses détracteurs qualifient parfois de “maoïste attardé”), mais on ne peut rester insensible à l’intelligence philosophique d’Alain Badiou, qui se qualifie lui-même de “philosophe classique” au sens où il cherche à penser en permanence les grandes questions philosophiques à l’aune de son temps. Badiou appuie son matérialisme sur sa grande culture mathématique. Pour lui, “l’être n’est pas un” : il est l’infinité des multiplicités infiniment décomposables, au risque de n’avoir comme terme final que le vide privé de sens. C’est un point de différence majeur avec Heidegger qui cherchait, lui, le sens de l’être. Comme l’écrit Fabien Tarby, Badiou est aussi un penseur de l’Idée, avec un I majuscule. “L’Idée est la possibilité pour chacun de parvenir à ce qu’il a de meilleur en lui, de plus haut, et même malgrè la mort, à ce qu’il y a, en chacun, d’immortel”. Badiou lui-même définit l’idée comme ” ce qui, sur une question déterminée, nous propose l’horizon d’une possibilité nouvelle”. Une raison de croire en l’événement, ce qui peut advenir et changer la donne. Le concept d’événement est au coeur de la philosophie d’Alain Badiou. L’événement pour Badiou, c’est la soudaine irruption d’un ensemble de choses, d’éléments, qui n’étaient pas donnés ni déterminés. C’est, comme l’explique Fabien Tarby ” l’advenue, l’éclair, la fulgurance, un instant…Etre fidèle à l’événement, c’est vivre par l’événement et pour celui-ci : c’est être l’humanité créatrice”.
Dans “Eloge de l’amour”, petit livre écrit à la suite des rencontres du Festival d’Avignon intitulées “le théâtre des Idées”, Alain Badiou répond aux questions du journaliste du Monde Nicolas Truong qui en animait les débats. Le point de départ est l’analyse de la campagne de publicité de Meetic proclamant “Ayez l’amour sans le hasard” qui prône un amour “garanti” ou assuré, comme si l’amour pouvait s’abstraire du risque. Badiou est profondément convaincu que l’amour n’est pas qu’une variante sécurisée de l’hédonisme généralisé, et qu’il faut “réinventer le risque et l’aventure, contre la sécurité et le confort”.
Il nous rappelle que pour Platon, “l’expérience amoureuse est un élan vers quelque chose qu’il va appeler l’Idée”, et que si “le réel est narcissique, le lien est imaginaire”. Au delà de la conception romantique ou juridique de l’amour, il démontre que l’amour est construction de vérité d’un monde expérimenté à partir du “deux” et non pas de l’un. Un monde “pratiqué et vécu à partir de la différence et non de l’identité…”. Une part de verticalité dans un monde horizontal. Pour Badiou, l’amour est toujours la possibilité d’assister à la naissance d’un monde, construit au prisme de notre différence . L’amour s’initie toujours dans une rencontre, un événement qui n’entre pas dans la loi immédiate des choses. L’amour est, à ce titre, une réinvention de la vie.