Pour ce #JourDuPenseur estival, j’ai choisi de prendre vos cerveaux par la douceur pour vous parler de “Nudge. La méthode douce pour inspirer la bonne décision”, un livre enfin traduit en français, qui a rendu célèbre aux Etats-Unis ses auteurs, Richard Thaler et Cass Sunstein, pour avoir largement inspiré Obama, que certains définissent désormais comme un adepte de la “véritable troisième voie” (intitulé du dernier chapitre du livre que vous présente Richard Thaler dans la vidéo ci-dessus).

Richard Thaler est professeur d’économie comportementale à l’université de Chicago. Il est l’un des piliers de cette discipline qui associe les connaissances de la psychologie et du comportement humain et la science économique. Il a été l’un des premiers économistes à tirer parti des travaux du psychologue militaire Daniel Kahneman, qui lui valurent le prix Nobel d’économie en 2002. Cass Sustein, un des professeurs de droit américain les plus reconnus, enseigne dans la même université et à Harvard. Il est aujourd’hui directeur des affaires réglementaires au sein de l’administration Obama, en première ligne des réformes de la santé, du logement, de l’environnement et du système financier.
Qu’est-ce qu’un nudge ? Au sens littéral, “to nudge” désigne le fait de pousser quelqu’un du coude pour l’amener à faire quelque chose, tel l’éléphant qui pousse l’éléphanteau de la trompe pour le garder dans le droit chemin (qui illustre la couverture du livre). Préférer un système d’”opt in” plutôt que d’”opt out” est un nudge qui influencera votre comportement, tout comme indiquer par une lumière rouge que l’électricité coute plus cher en période de pointe, réduira la consommation électrique. Les options par défaut, les incitations (notamment financières), les mécanismes de feedback sont des nudges, au sens où ils pèsent sur nos décisions tout en nous laissant libres de choisir. Car nous nous laissons naturellement influencer , comme dans l’exemple favori de Thaler, celui de la mouche gravée dans les urinoirs de l’aéroport d’Amsterdam pour encourager les hommes à mieux viser et grâce à laquelle la propreté s’est nettement améliorée (voir vidéo ci-dessus). Les “nudges” sont partout, même si nous ne les voyons pas, car “l’architecture du choix”, qu’elle soit bonne ou mauvaise, est omniprésente et inévitable, et affecte grandement nos décisions quotidiennes. La mise en scène des choix n’est jamais neutre: chaque détail compte et la création de cet environnement peut orienter les individus dans une direction donnée, d’autant plus que personne n’est un “homo economicus” parfait qui aurait “le cerveau d’Einstein, la mémoire de Big Blue d’IBM, et la volonté de Mahatma Gandhi”. De plus, nous avons tous une forte propension à nous induire en erreur, en particulier du fait du point de départ de notre processus d’évaluation (qui part toujours d’un à priori :”anchoring”). Par exemple, lorsqu’on demande à des étudiants d’évaluer leur degré d’épanouissement puis la fréquence de leurs rencontres amoureuse, ils font rarement le lien entre les deux réponses. Alors que si on inverse l’ordre des questions, ils font près de 5 fois plus souvent la relation entre les deux. Nos jugements sont aussi très infléchis par notre peur de perdre, notre tendance à privilégier le status quo, et notre conservatisme collectif. D’où l’intérêt d’une politique d’incitation douce que les auteurs appellent “Paternalisme libertaire” : “une version relativement modérée, souple et non envahissante du paternalisme, qui n’interdit rien et ne restreint les options de personne”, et qui s’applique à tous les domaines de la vie économique et sociale : santé, environnement, épargne.. Une manière douce de réformer la société en profondeur en sortant du débat idéologique (libéraux vs conservateurs), et en ayant une plus grande efficacité pratique. Et si l’éléphant ne s’y était pas trompé ?
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L’arrivée (bienvenue) des vacances nous permet de prendre un peu de recul sur le travail et sa valeur. C’est le sujet de prédilection de la philosophe et sociologue Dominique Méda (voir vidéo ci-dessus), à qui j’ai décidé de consacrer cette rubrique dominicale #JourDuPenseur, à l’occasion de la publication de son dernier livre : “Travail : la révolution nécessaire”.
Dominique Méda, normalienne, énarque et inspectrice générale des affaires sociales, est une sociologue agrégée de philosophie, qui est devenue une des meilleures spécialistes du thème du “Travail”, réfléchissant en particulier sur la place du travail dans nos sociétés, les rapports entre économie et politique et les instruments avec lesquels nous mesurons la richesse d’une société, la place des femmes dans l’emploi, le modèle social français. En 1995 elle écrit Le travail. Une valeur en voie de disparition (Aubier, puis Champs Flammarion) qui suscite un vaste débat. En 1999, elle publie Qu’est-ce que la richesse ?, (Aubier puis Champs-Flammarion) dans lequel elle met en évidence les limites du produit intérieur brut comme indicateur de richesse sociale et propose une politique de civilisation appuyée sur une nouvelle conception de la richesse et du progrès, et de nouveaux indicateurs. Ses ouvrages récents sont consacrés à la place des femmes dans l’emploi, notamment dans les pays nordiques (et constituent un plaidoyer pour un meilleur partage des tâches domestiques et parentales entre les hommes et les femmes et une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie familiale pour les hommes et les femmes, ainsi qu’une amélioration de la place pour les femmes dans l’emploi) et au modèle social français.
Dans “Travail : la révolution nécessaire”, Dominique Méda essaie de comprendre les raisons de la perception particulière qu’ont les Français de la notion de “travail”, comparés aux principaux pays européens. Si le travail occupe une place très importante dans la vie de tous les européens (60 à 80% des personnes considèrent que le travail est très important”), la France arrive en tête de liste, montrant un attachement particulier qui croise la peur du chômage, et la quête de sens et de réalisation de soi dans son travail. Dominique Méda met en évidence un paradoxe français qui veut que ce plébiscite en faveur du travail aille de pair avec un désir, tout aussi fort, de voir le travail occuper moins de place dans leur vie, à la fois parce que les conditions de travail sont jugées mauvaises, et parce qu’ils voudraient consacrer du temps à d’autres activités. Après être revenue sur l’histoire du travail (Adam Smith, Hegel, Marx, Habermas…), Dominique Méda développe sa thèse pour la “qualité de l’emploi”, et la nécessité de “rendre le travail soutenable” pour mieux “intégrer le travail dans la vie”, ce qui passe par un changement de la définition de l’entreprise et une redéfinition de l’équilibre entre l’apport de capitaux et l’apport de compétences. Ceci n’est, selon elle, possible que si l’on adopte une nouvelle définition de la richesse, du progrès, de la réussite collective, et donc de nouveaux indicateurs de richesse et du progrès, qui ne saurait se limiter au PIB : “Il faut cesser de vivre les yeux braqués sur le PIB” qui présente trois grandes limites : il ne valorise pas des temps essentiels (bénévole, domestique, parental…), il ne s’intéresse pas à la manière dont les revenus sont répartis, et il ne prend pas en compte les dégâts occasionnés par la production (en particulier en matière d’environnement). Dominique Méda ne dit pas qu’il faut remplacer le PIB, mais qu’il est crucial d’avoir à côté de lui un indicateur beaucoup plus global pour mesurer de nouveaux types de progrès. Et rendre à la vie de nouveaux espaces privés, mais aussi “de nouveaux espaces publics permettant aux citoyens de s’informer, de délibérer, et de participer aux décisions”. Seul moyen de rendre ses lettres de noblesse à la politique. Vous avez dit révolution ?
Peut-être vous souvenez-vous de mon post intitulé : “Et si on re-marquait le mur de Berlin ?” qui relayait l’opération faite par CNN fin 2009 pour célébrer les 20 ans de la chute du mur : 40 kms de bande adhésive marquant l’ancien emplacement du mur (voir vidéo ci-dessous). Une opération ponctuelle qui permettait de voir l’emplacement du mur, mais pas de visualiser le mur lui-même. Désormais, grâce à la plate forme Layar (dont je vous parlais en février dernier à l’occasion des prix Netexplorateurs – cliquer ici-) et à une application développée par Hoppala, vous pouvez, sur votre mobile, voir l’exact emplacement du mur en réalité augmentée sur votre téléphone (photos ci-dessus), au fur et à mesure que vous vous promenez dans Berlin . Une nouvelle manière de (re)vivre l’histoire !
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Aujourd’hui, la chronique dominicale #JourDuPenseur est consacrée au dernier livre du philosophe Denis Marquet “Eléments de philosophie angélique”, dont Patrice Van Eeersel (ancien de Libé et Actuel, aujourd’hui rédacteur en chef du magasine “Nouvelles Clés”) fait une très bonne critique dans la vidéo ci-dessus.
Denis Marquet est un philosophe-thérapeuthe-écrivain, né en 1964 à Chalon sur Saône. Je vous recommande vivement son blog, qui reprend quelques unes de ses chroniques publiées dans la revue “Nouvelles Clés”, et où vous trouverez les deux versions de sa biographie : la version “gloire“, et la version “lose” ! Après avoir suivi le chemin de Normale Sup, et de l’agrégation en 1987, il enseigne à Paris XII et à Sciences Po, avant de renoncer au doctorat pour se consacrer… au rock, écrire des chansons et composer des musiques de films, tout en menant une analyse. En 1996, il décide de pratiquer la philosophie sous forme de thérapie existentielle et ouvre son cabinet de “thérapie philosophique”, d’inspiration socratique. Il collabore régulièrement à Psychologies magazine et Nouvelles Clés, donne des conférences et… écrit Colère un roman thriller écolo-philosophique, qui se vend bien, avant de publier Père, sur le thème de sa paternité. En 2010, Denis Marquet publie son premier essai philosophique, Éléments de philosophie angélique, autour de la question : « qu’est-ce que devenir humain ? ». Un livre qui se lit comme un recueil de courtes nouvelles thématisées, chacune complétée d’un bref dialogue philosophique, émaillé de citations du double philosophique de Denis Marquet : “Tariq Demens”, le penseur fou qui définit la philosophie comme “L’esprit de contre-addiction”.
Dans “Eléments de philosophie angélique”, Denis Marquet nous propose de revenir au sens étymologique du terme “Angélia” qui signifie “l’annonce du nouveau” (d’où la “Bonne Nouvelle” de l’Evangile) : l’ange porte la nouvelle de ce que personne n’a encore jamais vu, ni entendu. Le nouveau ici, n’est pas un événement banal, effet de causes antérieures : le Nouveau est ici à prendre au sens de “commencement absolu”, et en tant que fait humain, d’événement ou d’acte sans passé. Car pour Denis Marquet, le propre de l’homme est “la faculté, encore très peu étudiée, de susciter ce qui n’a jamais été, et qui ne répète rien de ce qui a été”. Pour lui, le malheur du monde actuel tient à ce que nous ignorions cette faculté humaine au lieu de la cultiver : “toute souffrance humaine a sa source dans la fermeture au nouveau, toute joie dans l’ouverture au nouveau”. Il faut réhabiliter l’agir , plutôt que le faire : “le faiseur répète, l’acte est créateur”. “Créer, c’est opérer une réalisation qui dépasse les seules forces de celui qui crée, c’est réaliser ce qui est impossible. C’est pourquoi l’on parle d’inspiration”. Même si “le réel résiste à l’idée, il nous faut le faire plier”. Denis Marquet croit à l’inspiration spontanée, conforté par la formule de Picasso “Je ne cherche pas, je trouve”. Une philosophie angélique n’est donc pas un angélisme philosophique. L’angélisme est un regard sélectif qui ignore délibérément la négativité, tout en étant lucide. L’éveil de la positivité humaine est un chemin, que chacun doit accomplir s’il veut être appelé à “devenir humain”. Un chemin qui passe par la culpabilité, l’intimité, le cynisme, la joie, la violence, la désobéissance, la peur… pour ne citer que quelques uns des thèmes passés en revue dans ce recueil philosophique parfois un peu éclaté. Un chemin qui conduit à un “humanisme du oui” : une capacité de dire oui, même à la souffrance , même à la mort. Face à l’humanisme jusqu’ici affirmé, mais non réalisé, Denis Marquet nous propose de libérer l’ange qui sommeille en nous, pour entrer “dans cette aventure enthousiasmante de l’initiation au vivant : il est temps de vivre un humanisme du oui !”
Les défunts vivent à jamais dans nos coeurs, mais désormais, leur vie peut continuer aussi, online. Il est toujours émouvant, et parfois un peu morbide, de voir le compte Facebook d’un ami décédé se transformer en mémorial. La question du management de nos personnalités digitales au delà de notre décès n’est aujourd’hui pas résolue. Hier, sur Techcrunch, est paru un excellent article sur les sites “mémoriaux”, et tout particulièrement sur un site qui vient de se lancer : 1000memories. 1000memories n’est pas la réponse à la question des comptes “dormants” de Facebook ou de Twitter pour les personnes décédées. C’est un espace de commémoration pour la communauté proche d’une personne défunte : un espace pour les photos, les histoires, et un livre témoignage. 1000memories va donc un cran plus loin, par rapport aux actuelles pages Facebook, tout en étant totalement gratuit. Il est probable que nous verrons de plus en plus fleurir ce type de sites avec le temps, et que nous finirons pas trouver un moyen de manager les comptes des défunts sur les réseaux sociaux (par un digital exécuteur ?). En attendant, je vous propose de suivre le (bon) conseil des Blue Oyster Cult : “Don’t fear the reaper !” (voir ci-dessous).
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