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Et si on écoutait les oubliés de la démocratie ?

Le #JourDuPenseur revient cette semaine sur la Une du Monde du 6 décembre dernier titrée « La colère sourde des invisibles ». L’article de Françoise Fressoz et de Thomas Wieder relayait plusieurs études démontrant qu’une partie de la population française se sent abandonnée par la politique et menacée par la mondialisation. L’article évoquait l’existence de deux  France : celle des 25 métropoles urbaines qui profite de la dynamique de la mondialisation et qui est représentée par la classe politique ; Et celle du rural, du périurbain et des villes moyennes, touchée par la désindustrialisation et qui vit avec le sentiment d’être diluée dans le marché, dans la hantise d’une perte d’identité et la crainte du déclassement. Cette France-là est celle des « invisibles », « c’est celle qu’on n’entend pas, dont on ne relaie pas les colères et qui se sent de moins en moins représentée » nous disait l’article. Très différents des « Indignés » qui expriment  haut et fort leur ressentiment vis-à-vis du pouvoir politique ou économique, il s’agissait d’arriver à saisir comment les « invisibles » vivent la démocratie, comment ils s’y sentent impliqués, si la démocratie fait encore sens à leurs yeux.

Par6172453Pour approfondir la problématique soulevée par ce très bon article, je vous recommande vivement  le dernier ouvrage de François Piquet-Marty, Les oubliés de la démocratie, dans lequel le sondeur développe l’idée qu’une partie de la population a le sentiment que ce qu’elle vit n’est relayé par personne.  Le président de l’institut d’études et de conseil en opinions Viavoice donne dans cet ouvrage la parole à ces « oubliés » ou encore ces « invisibles ». Encore un livre de sondeur me direz-vous. L’échéance électorale importante qui approche est l’occasion de mettre le sujet de la démocratie et de l’opinion au cœur des débats.  Et c’est une bonne chose, car cette réflexion met en lumière des problématiques souvent reléguées, elles aussi oubliées. Or on le sait les démocraties sont fragiles, « et la démocratie française l’est tout autant que les autres ». Un des grands intérêts de cet ouvrage réside dans le fait que  c’est plus le sociologue qui s’exprime que le sondeur. Se référant à la sociologie compréhensive, théorisée largement par Max Weber,  François Miquet-Marty a mené un long travail d’entretiens qualitatifs auprès d’un échantillon de citoyens français, auprès d’urbains et semi-urbains ou de ruraux, de jeunes et de moins jeunes, d’actifs et inactifs, de toute sensibilité politique… Son travail s’appuie bien sur quelques études quantitatives pour dégager des tendances générales, mais c’est dans les entretiens individuels approfondis  et qualitatifs, synonymes de rencontres éclairantes, qu’il va tirer les indicateurs et éléments d’information utiles pour comprendre les liens des citoyens français à notre démocratie. Il a échangé durant des heures sur une période de trois ans avec aussi bien des exclus de la démocratie que des citoyens convaincus. C’est cette démarche de voyage à la rencontre des « oubliés de la démocratie » qui fait la force de l’ouvrage. A travers les récits de citoyens, François Miquet-Marty dresse le portrait d’une démocratie représentative malade « qui a atteint un stade critique ». Le bon fonctionnement de nos institutions et la participation relativement bonne aux scrutins majeurs ne doivent pas voiler une réalité démocratique qui est tout autre. Aujourd’hui, la démocratie en France n’est  plus soutenue avec conviction que par la moitié de la population. Il revient sur ce phénomène de désenchantement démocratique décrypté déjà depuis les années 80 et souligne que s’il n’est pas phénomène nouveau, il ne faut néanmoins pas le minorer. Et au-delà du sentiment de désenchantement, c’est le sentiment d’abandon qu’expriment de nombreux citoyens rencontrés par le sociologue. Le sentiment d’abandon affecte aujourd’hui un Français sur deux nous dit-il.  Et loin d’être uniformément réparti au sein de la société française, ce sentiment est prédominant chez les ouvriers, 67% déclarant récemment  « avoir de manière générale le sentiment d’être abandonné par la démocratie ». Des citoyens qui ont le sentiment de ne pas être pris en compte. Nos « vérités humaines », au sens où l’employait Antoine de Saint-Exupéry qui y voyait l’authenticité des hommes exprimée par ses joies ou ses peines, ne trouveraient plus nulle place dans la cité démocratique moderne. Elles ne disposeraient d’aucun écho ou  traduction au sein de cette vie politique médiatisée. Et puis les clivages sociologiques persistant entre les citoyens et les hommes politiques s’ajoutant au développement d’une  « société de défiance » entrainent un sentiment d’usurpation de souveraineté chez les citoyens-électeurs. Abandon économique, abandon sociologique, abandon de la confiance, abandon des vérités humaines pour signifier finalement deux crises : une crise de la représentation et une crise de la souveraineté du peuple. A la question générique : « Dans notre démocratie, aujourd’hui, le peuple a-t-il vraiment le pouvoir de changer les choses ? », les Français ont répondu en septembre 2009 massivement « non » à 64%. « Et ce constat est partagé par les jeunes (66% des 18-24 ans), les seniors (65% des personnes âgées de 65 ans et plus), les ouvriers (62%) tout autant que les cadres (62% également), et les ruraux (61%) comme les Parisiens (61% aussi). »

arton592François Miquet-Marty dresse le portrait d’une France assez subtile, non pas binaire coupée en deux franges de population, l’une d’exclus, l’autre d’inclus, mais celle de « quatre peuples de la démocratie ». « Déshérences démocratiques » et « citoyennetés désenchantées » composent la France de l’abandon, de « l’exclusion démocratique ». « Citoyennetés de convention » et « citoyennetés de conviction » constituent la France de l’intégration. Le sociologue dessine quatre profils-type. La France des « déshérences démocratiques » est composée de personnes qui connaissent des situations personnelles souvent difficiles, appartiennent souvent à des milieux sociaux modestes et parfois « en rupture de ban démocratique ». « Débordés par leur vie, ils accordent peu de place à la démocratie et, le plus souvent, n’imaginent pas qu’elle puisse d’une manière ou d’une autre améliorer leur sort ». On y retrouve le portrait d’ « exilés », de « négligés » ou encore de « fatalistes » pour qui ce n’est « certainement pas » la politique qui pourrait permettre de concourir à façonner un autre monde. La politique ne tient aucune place dans leur quotidien. Ils ne connaissent pas les visages qui l’incarnent. Ils évoquent des valeurs démocratiques, l’honnêteté civique, l’idéal de l’intérêt général ou encore une justice égale pour tous mais ces valeurs ne sont pas incarnées chez eux par la politique. Les exilés n’envisagent pas d’aller voter. Pour eux, « la démocratie est une idée sans vie. ». Les « négligés » sont distants envers la politique mais ne sont pas en rupture de ban politique. Ils ont des préoccupations qui relèvent de l’ordre de la cité mais ils se sentent victimes d’indifférence de la part des différentes institutions d’intérêt général. Mairie, caisse d’allocations familiales, inspection ou médecine du travail, parfois même Samu ne répondraient pas à leurs interpellations. « Alors entendre parler de politique ! » raconte Colette au sociologue. François Miquet-Marty nous raconte aussi un autre bout de la France, celui constitué de « citoyennetés désenchantées », d’histoires personnelles ayant connu des périodes de réel engagement politique, voire militant, et qui ont toutes  fini déçues : Des cinquantenaires ayant fortement désiré 1981 et ont été déboussolés par la « parenthèse » socialiste de 1984, des déçus du sarkozysme ou bien encore des déçus du communisme.  Le sociologue nous dessine plusieurs profils de citoyens désenchantés : D’une part les « éprouvés » par les relations humaines, anciens militants politiques ou syndicalistes, ils considèrent que la société actuelle, où la défiance et l’indifférence entre hommes l’emportent sur tout autre sentiment, et notamment la solidarité, ne permet plus d’action politique citoyenne ; D’autre part les « désabusés » de la politique qui ont perdu leurs illusions politiques, leur croyance en une politique pouvant améliorer les choses, et dans un sens qui leur soit favorable ; Et enfin les « critiques » qui sont considérés par Miquet-Marty comme les plus virulents des désenchantés. « Leur déception est telle qu’elle peut conduire à une rupture ». Le sociologue s’est ensuite penché sur un public plus averti et plus ouvert envers les jeux de la démocratie. Des « citoyennetés de convention » constituées selon Miquet-Marty de personnes appartenant à des univers sociaux plus favorisés. Elles accordent du crédit à la démocratie mais leur citoyenneté est « teintée de relativisme ». Cette forme de citoyenneté ne conduit pas à des engagements importants en faveur de la démocratie. Le sociologue y place les « citoyens bienveillants mais tout de même sceptiques », les « citoyens satisfaits » mais minimalistes, voire passifs, et enfin les « alter-démocrates » qui sont des démocrates affirmés mais cultivent aussi d’autres  voies d’action, des « démocraties de dissidence ou non-conventionnelles ». Les citoyens de convention ont conservé, selon Miquet-Marty,  un sens de la démocratie qui s’exprime sous la forme du devoir civique. Le sociologue pointe le fait que les différentes élections ne constituent que des rendez-vous occasionnels avec la sphère politique. Elles apparaissent « insuffisantes à tisser des liens entre « nos vies » et « leur démocratie ». « Le principe de vote, même démultiplié sur des échelons différents (Europe, France, régions, départements, communes), n’entretient pas suffisamment d’implication entre le déroulement de la vie politique et l’existence des citoyens ». Les élus locaux sont les plus cités par les citoyens pour exprimer leur lien au pouvoir politique. La figure du maire est la seule à occuper réellement encore une place dans la vie quotidienne de ces « oubliés ». Mais on constate le quasi anonymat des députés et le peu d’intérêt pour le pouvoir parlementaire. Pour François Piquet-Marty, le danger de la période et de ce sentiment d’abandon de la part d’une partie de la population  a un nom : le populisme.  Alors il appelle à la nécessité de réfléchir à la démocratie de demain. Il propose quelques issues pour palier à cette « démocratie fermée » et trouver des voies de réconciliation innovantes. Il précise plus particulièrement trois pistes, « trois registres fondamentaux de solutions » : 1• Une démocratisation de la démocratie représentative pour répondre au manque d’implication formelle des citoyens. Les primaires écologistes et socialistes récentes sont une des illustrations possibles de démocratisation de la représentativité politique. Pour Miquet-Marty, les réformes des modalités d’élection et du mandat constituent  les voies les plus simples pour rapprocher les citoyens de la démocratie : vote obligatoire, reconnaissance du vote blanc, mandat unique ou scrutin proportionnel au parlement, Miquet-Marty analyse diverses pistes. 2• Une évolution vers une « démocratie contractuelle » associant plus fortement et de façon continue les citoyens et leurs dirigeants avec des droits et des devoirs respectifs. Il s’agit alors d’accepter que l’idée de représentativité a atteint une certaine limite et qu’il faut évoluer vers une démocratie de nature différente qui pourrait reposer sur l’idée d’une « délégation du travail politique et sur une responsabilisation des élus et des citoyens ». 3• Une impulsion d’une culture démocratique à tous les niveaux de la société, en rendant la démocratie vivante en la considérant comme une culture collective et non pas en la réduisant à un jeu institutionnel. Il s’agit là de « réintégrer la part la plus personnelle des citoyens dans le jeu démocratique ». Pas exclusifs entre eux, ces scénarios ont le mérite d’entraîner une réflexion qui s’étend et sur le court et sur le moyen terme mais aussi d’imaginer une démocratie, certes épuisée, mais qui peut encore se vivre de façon continue au quotidien. « Oubliés » ou « Invisibles », Miquet-Marty appelle à veiller à prendre en compte aussi bien leurs « vérités humaines » que celles des « citoyens de conviction ».

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Et si Dieu était une femme ?

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Après plus de 100 dimanches consacrés à des penseurs issus de toutes les disciplines, il fallait bien que la rubrique dominicale de mon blog se penche sur  une figure traditionnellement honorée ce jour-là : Dieu. Grâce au dernier ouvrage de Frédéric Lenoir, Dieu, le #JourDuPenseur revient sur l’histoire de Dieu, ni plus ni moins, à travers les temps et les époques, à l’occasion de la sortie du livre d’entretiens réalisé avec la journaliste Marie Drucker sobrement intitulé : «Dieu ».

portrait F.LenoirPhilosophe et historien des religions mais aussi sociologue, Frédéric Lenoir fouille tous les faits et représentations relatifs à  Dieu. Directeur de la rédaction du magazine Le Monde des Religions et producteur/animateur sur France Culture de l’émission « Les Racines du ciel », il se fait fort de parler de spiritualité de façon populaire et pédagogique. Il est d’ailleurs l’auteur de plusieurs ouvrages d’histoire des religions qui ont rencontré un grand succès et qui sont traduits dans plus de vingt langues. Je lui avais déjà consacré un #JourDuPenseur  en décembre dernier sous le titre «  Et si le bonheur relevait de la vie intérieure », pour son livre best seller Petit Traité de vie intérieure. Vous pouvez retrouver les éditos de Frédéric Lenoir publiés dans Le Monde des Religions en allant sur son site. Quand les dieux sont-ils apparus dans l’histoire de l’humanité ? Les Juifs sont-ils les inventeurs du monothéisme ?  Qui a écrit la Bible ou le Coran ? La science peut-elle prouver que Dieu existe ou qu’il n’existe pas ? Dans son livre d’entretiens avec la journaliste Marie Drucker, Frédéric Lenoir éclaire de nombreuses questions à l’aube de repères historiques. Ce livre ne consiste pas à affirmer l’existence ou la non existence de Dieu mais il vise à comprendre les croyances ancestrales, ataviques et immémoriales de notre société.

couv Dieu, F.lenoirQuand Dieu est-il apparu dans nos sociétés ? Frédéric Lenoir démarre sa réflexion aux premières représentations de divinités apparues il y a en fait « seulement » dix mille ans. La préhistoire n’a pas véritablement laissé de traces archéologiques précises de la religion même si quelques signes de religiosité, comme par exemple les rituels de la mort et les premières tombes trouvées dans l’actuel Israël, ont été découverts il y a plusieurs dizaines de milliers d’années. Le chamanisme participait alors de la vie quotidienne mais il ne reposait pas sur une quête spirituelle personnelle. La naissance des dieux correspond à un moment charnière, au passage du paléolithique ou néolithique. Il y a 12 000 ans, alors que les modes de vie se sédentarisent, l’agriculture et l’élevage remplacent la chasse et la cueillette, les populations contrôlent leurs moyens de subsistance et se regroupent en cités. Pour la première fois, l’homme n’est plus tout à fait insérer dans l’ordre naturel. C’est avec la naissance des cités que la religion va changer en profondeur. Dans un processus d’anthropomorphisation, les « esprits » de la pluie, de l’eau, du tonnerre se transforment en entités divines qui ressemblent à l’être humain. Aux chamanes, succède la figure du prêtre. Et là où le chamane éprouvait le sacré par le phénomène de transe, le prêtre fait le sacré, il pose le rituel du sacrifice. A cette époque, il y a encore des dieux. Quand est-apparu un Dieu unique ? Pour Lenoir, c’est Akhenaton qui a introduit les premières formes de monothéisme au XIVème siècle avant notre ère, mais son fils Toutankhamon, sous la pression du puissant clergé du dieu Amon, revient à l’hénothéisme. Lenoir narre comment s’est imposé le culte au Dieu unique avec la figure de Yahvé qui n’est plus seulement une divinité nationale qui cohabite avec de nombreuses autres divinités mais devient « le seul véritable Dieu ». Historiquement, une autre religion monothéiste est née à la même période en Perse : le zoroastrisme. Le philosophe décrypte alors pourquoi le judaïsme s’est imposé et en vient à raconter la naissance du christianisme, le rôle de l’apôtre Paul, ou encore « la rupture inévitable du christianisme avec le judaïsme ». Lenoir revient également sur une étape intermédiaire, intervenue avant le monothéisme : l’hénothéisme. Il s’agit de la hiérarchisation des dieux, rendue nécessaire par les grandes conquêtes 3000 ans avant notre ère en Mésopotamie, en Chine ou encore en Egypte puis au cours du Ier millénaire avant notre ère avec les Perses, les Parthes, les Grecs et les Romains. Les cités, devenues royaumes et empires, intègrent à leurs propres dieux ceux du royaume conquis et imposent les siens. « Le Panthéon devient pléthorique  et les empires sont confrontés au foisonnement des dieux. Advient alors la question de leur hiérarchie : y-a-t-il un dieu supérieur aux autres ? » L’ hénothéisme est ce moment capital, pour Lenoir, de l’histoire des religions où de nombreuses civilisations sont passées d’un polythéisme désordonné à un polythéisme organisé et hiérarchisé, prélude au monothéisme.

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Et si Dieu était une femme ? La question est peut être un peu provocatrice posée comme ça mais il faut bien admettre que Lenoir nous interpelle sur le fait que les premières représentations divines, remontant à vingt mille ans, étaient bien figurées sous des traits physiques féminins. En effet, la  déesse-mère ou de la Grande Déesse sont les plus anciennes des figures sacrées identifiées à la fois dans le monde méditerranéen, européen ou indien,  avec notamment la figure de la femme donnant naissance à un taureau. Les déesses auraient ainsi précédé les dieux. Les croyances se sont transformées avec les modes de vie des hommes et les divinités ont été masculinisées nous explique Lenoir. Qui est Jésus ? Pourquoi est-il appelé Jésus Christ ? Comment ont été écrits les textes religieux ?  Lenoir nous raconte les différentes étapes qui ont mené à l’existence de la Bible, de la Torah ou encore du Coran. Il nous relate les cheminements parcourus par des figures comme Bouddha, Vishnu (ci-dessous), Confucius, ou Jésus pour devenir des dieux. Pour conclure sans avoir à répondre lui-même à la question sur sa croyance ou non en un ou plusieurs dieux, Lenoir rappelle l’anecdote selon laquelle lorsque l’on demanda à Einstein « Croyez-vous en Dieu ? », il répondit « Dites-moi ce que vous entendez par Dieu, et je vous dirai si j’y crois ! ». Comme le dit joliment Edgar Morin, pour nombre d’Européens, la foi est souvent « clignotante ». La foi évolue, « se métamorphose, s’éteint ou s’allume en fonction des moments de notre vie » nous dit Lenoir. Cette discussion autour de Dieu et de la spiritualité est l’occasion d’appréhender la notion du sacré sous toutes ses coutures humaines.  A travers tous ces récits ponctuant l’histoire humaine, ce sont en fait les racines et les symboles de nos cultures collectives que nous redécouvrons. Bref, ce livre participe à mieux comprendre l’histoire de Dieu mais aussi celle de l’Homme de l’Inde aux Etats-Unis en passant par la Chine ou le Brésil, l’Europe étant peut-être l’exception qui confirme la règle. Et si connaître Dieu était d’abord le moyen de mieux nous connaître ?

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Et si les sondages n’existaient pas ?

Alors qu’il ne se passe pas un jour sans que l’on reçoive une information issue d’un sondage et qu’à l’approche d’élections les sondages sont souvent objet de polémiques ou de critiques, le #JourDuPenseur se consacre cette semaine au livre d’Hugues Cazenave, fondateur et actuel président d’OpinionWay, l’un des principaux instituts de sondages français. Je n’ai pas eu à chercher bien loin le titre de ce post étant donné que le sous-titre de son livre La guerre des sondages est Et si les sondages n’existaient pas ? ;-)

HCazenaveHugues Cazenave, ancien directeur général adjoint d’Ipsos Opinion et professeur à l’IEP de Paris et à HEC, a fondé OpinionWay en 2000. Il  soulève dans son ouvrage les éléments de défiance ou de critiques que l’on a pu adresser récemment aux instituts de sondages, et notamment lorsqu’il s’agit de sondages d’opinion politique qui concentrent particulièrement les attaques. Pour tenter de désamorcer ces critiques, Hugues Cazenave reprend les quelques interrogations récurrentes et, en pédagogue, tente de présenter simplement les méthodes et usages des instituts de sondage pour les faire mieux connaitre : Quelles sont les avantages et les limites des sondages ? Comment sont élaborés les échantillons dits représentatifs de la population ? Pourquoi les sondages réalisés en ligne sur Internet sont aussi légitimes et crédibles que ceux réalisés par téléphone ou en entretien ? Pourquoi les instituts de sondage sont accusés d’être à la fois manipulés et manipulateurs ? Si les sondages d’opinion ne représentent que 5% de la totalité des sondages, et que les sondages politiques ne constituent qu’1% des enquêtes sondagières, nous dit Hugues Cazenave, ils sont bien celles qui concentrent les critiques. D’un point de vue méthodologique, OpinionWay s’est vu critiqué pour opérer des sondages en ligne quand ses concurrents réalisent davantage des sondages par téléphone ou à domicile. La fiabilité des sondages en ligne est essentiellement remise en cause parce qu’Internet ne serait pas un outil accessible à tous et parce l’interrogation en face à face ou par téléphone serait plus efficace pour obtenir des informations fiables et sincères. Hugues Cazenave considère qu’il est tout à fait possible de respecter les quotas correspondant à la répartition réelle de l’ensemble de la population française à partir du moment où il y a plusieurs millions d’internautes issus de toutes les tranches d’âge, de toutes les catégories socio-professionnelles et de tous les coins de la France. Par ailleurs, le fait qu’une étude en ligne ne soit pas administrée par une personne physique limiterait les biais induits par la relation enquêteur-enquêtée. L’absence d’enquêteur faciliterait l’honnêteté de la réponse et supprimerait la crainte d’être ignorant face à un tiers. Le fameux phénomène de sous-déclaration des électeurs du FN serait par exemple nettement moindre sur Internet.

couv La guerre des sondages, Et si les sondages n'existaient pasHugues Cazenave comprend et accepte par ailleurs la demande de transparence mais aussi l’exigence de la part de l’opinion vis-à-vis des sondages. Aussi, il fait plusieurs propositions participant à davantage de transparence, comme celle de présenter des résultats bruts et non plus « redressés » qui permettrait d’écarter les suspicions quant aux méthodes de rééquilibrage et de pondération. Cette idée est néanmoins loin de faire l’unanimité des instituts de sondage. Car comme l’indique Cazenave «ces résultats avant pondération sont clairement faux». Mais, ajoute-t-il, «la défiance et la suspicion vont perdurer si l’on maintient plus longtemps l’omerta sur les redressements». Dès lors, affirme-t-il, «les sondeurs ne peuvent plus expliquer que leurs techniques sont trop complexes pour être partagées avec le grand public». Le sondeur, spécialiste des études en ligne, pointe également les possibilités techniques offertes par le web pouvant permettre d’améliorer la qualité et la pertinence du travail des instituts. Hugues Cazenave propose également d’augmenter la taille des échantillons interrogés afin de réduire, même de façon minime, les marges d’erreur et conforter la légitimité de l’outil que constitue un sondage. Si cela induit des coûts supplémentaires, Hugues Cazenave avance que le recours aux études en ligne qui reviennent moins cher compenserait ce surcoût. Il conclut son ouvrage sur un exercice de politique-fiction en imaginant que les sondages n’existent plus. Pour lui, le résultat est que l’expression du citoyen ne serait pas loin de disparaître avec les sondages dans les périodes sans élections. « Les capacités d’expression citoyenne se limiteraient aux périodes électorales ». Pour Hugues Cazenave, les sondages sont donc « un signe extérieur de démocratie ». De plus, l’absence de sondages politiques réduirait fortement l’expression d’une opposition au pouvoir en place mais aussi l’émergence de nouvelles figures de femmes et d’hommes politiques. Sans sondages, les nouveaux venus en politique, de nouveaux discours et de nouvelles propositions n’auraient plus la possibilité de démontrer publiquement par des résultats d’enquête favorables l’intérêt et l’attente qu’ils suscitent chez les citoyens. « Un pays sans sondage, c’est la prime aux sortants, aux positions acquises et au conservatisme ». Et les citoyens seraient les plus grands perdants d’un arrêt des publications de sondages. Au fond, si on aime à critiquer les sondages, notamment lorsque notre opinion n’est pas celle qui ressort comme étant majoritaire, Hugues Cazenave nous incite à reconnaître qu’on ne saurait s’en passer ! Cette défense des sondages rejoint celle de mon ami Brice Teinturier, Directeur Général d’Ipsos France, dans un récent article publié dans le journal Le Monde, intitulé : « Sondages : critique de la critique ». Brice Teinturier nous rappelle, de mon point de vue à bon escient, que la croyance en la nécessité d’interdire les sondages en période pré-électorale “est en réalité, révélatrice d’une conception de l’électeur considéré comme un être facilement influençable, passif et moutonnier,incapable d’autonomie et de discernement ; un être qu’il faut alors protéger de l’influence pernicieuse des sondages, car il en est lui-même incapable. Ce présupposé est l’argument implicite du législateur de 1977 quand il interdit la publication des sondages pendant la semaine qui précède le scrutin. Cette conception – fausse ou en tout cas non démontrée – renvoie également à une idéologie très précise et normative du choix électoral : pour prendre la bonne décision, l’électeur devrait “rentrer en lui-même”, se fermer provisoirement aux bruits du monde et aux autres, qui pourraient “polluer” sa réflexion. Ce faisant, il trouverait le chemin de la vérité et de la bonne décision, dans une sorte de silence intérieur et de pureté de la raison. C’est la conception augustinienne de la vérité : “Ne va pas au dehors, rentre en toi-même, c’est en l’homme qu’habite la vérité”, recommande le grand théologien de La Cité de Dieu. C’est aussi la conception d’un Maurice Druon, qui, dans un texte idéologiquement d’une grande clarté, proclamait, il y a déjà quarante ans, que “les sondages sont la pollution de la démocratie” ! Ce n’est pas un des moindres paradoxes que de voir certains acteurs politiques de gauche comme de droite, fervents démocrates au demeurant, fonder leur critique des sondages sur une tradition philosophique aussi profondément réactionnaire. La démocratie, au contraire, considère que la décision se forge non point dans la mystique d’un chemin intérieur mais dans l’échange avec l’autre, l’ouverture, l’information et la contradiction.”

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Et si nous avions plus que jamais besoin des journalistes ?

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“Et si on tentait la gentillesse ?”, c’est le titre de la Une du Parisien en ce dimanche 13 novembre, décrété par Psychologies Magazine  “journée de la gentillesse”, une valeur à laquelle je suis personnellement très attaché (ce qui ne manque pas de détonner parfois dans mon univers professionnel !). Je ne pouvais pas faire moins que vous offrir dans le cadre de #JourDuPenseur, l’analyse d’un livre dont l’auteur, dont je connais personnellement la grande gentillesse, a décidé, une fois n’est pas coutume, de faire preuve d’une gentillesse inhabituelle à l’égard d’une profession sur laquelle les politiques et l’opinion publique tapent presque aussi facilement que sur celle de publicitaires : les journalistes. A l’heure des réseaux sociaux où plus d’infos, émises par plus de gens, circulent toujours plus vite, nous avons plus que jamais besoin d’éclairage, de caution, et de mise en perspective, bref, de journalistes. Journalistes, Nous avons besoin de vous ! est un véritable plaidoyer pour une profession qu’Olivier Cimelière nous décrit, avec passion, en pleine mutation.

Olivier Cimelière - Portrait 1Olivier Cimelière est un ancien journaliste passé à la communication d’entreprise en particulier au service de marques technologiques  (Ericsson, Google…). Il a ainsi par exemple créé le blog d’Ericsson en France en 2009. Il tient également son propre blog (www.leblogducommunicant2-0.com) depuis mai 2010, dans lequel il analyse avec une grande intelligence les rapports complexes entre information, communication, réputation et distorsion d’images. Je vous recommande ses deux derniers articles “DSK et les SMS : sales draps pour le plan com“, et “Un patron peut-il et doit-il bloguer librement ?“, un post qui m’a, évidemment, particulièrement interessé ! ;-) A quelques jours  de la cérémonie cuvée 2011 des Golden Blog Awards, son blog a d’ailleurs été couronné « meilleur blog en économie »lors de la cérémonie de 2010 (voir vidéo ci-dessus). A tous ceux qui voudraient faire le point sur la situation du journalisme en France, Journalistes, Nous avons besoin de vous ! est le livre qu’il vous faut. Olivier Cimelière y fait l’inventaire des bouleversements que doivent affronter aujourd’hui  le journalisme et ses acteurs. Recoupant de nombreuses études et enquêtes, il pose un regard sur l’évolution du journalisme notamment à l’heure du numérique et des médias sociaux qui rebattent le cartes et appelle à cesser de critiquer sans cesse les journalistes. Il rappelle, à juste titre, à quel point toute démocratie a besoin de ce 4ème pouvoir  et la nécessité que le journalisme retrouve son rôle crucial d’éclairage et de compréhension des enjeux, sous-entendant que le journalisme pourrait avoir perdu cette place ces dernières années.

couv_journaliste_besoin_de_vousDéplorant la vitesse excessive de la circulation de l’information couplée au manque de temps et de moyens des rédactions pour approfondir et  recouper les informations, Olivier Cimelière montre à quel point il est facile de critiquer le travail des journalistes. Il reconnait néanmoins la tendance de certains à tendre vers une forme de paresse en cherchant le sensationnalisme, l’anxiogène ou bien encore une certaine uniformisation de l’information. A l’heure où Google Actualités est devenu le premier média d’informations des jeunes générations, Olivier Cimelière réfléchit à l’avenir d’un journalisme confronté à la multiplication des sources d’information sur le web ou les chaines télévisées et recommande aux organes de presse de viser des contenus éditoriaux à valeur ajoutée se montrant persuadé de la force et de la pérennité de « marque éditoriale ». Il plaide pour que les journaux exploitent la notion de « marque éditoriale » comme un label de qualité qui serait, selon l’expert, un véritable atout d’avenir. Il recommande aussi d’appréhender les technologies multimédias comme offrant de fantastiques opportunités de régénérer le genre journalistique, reprenant à son compte l’expression de « journalisme augmenté » d’Eric Scherer, spécialiste en prospective pour les médias. Olivier Cimelière plaide pour que les organes de presse s’ouvrent au changement technologique en le voyant comme une opportunité plutôt que de se murer dans le déni ou de le voir comme un frein ou une entrave, et ce notamment afin de prêter une oreille attentive et empathique envers leur public. Partant du constat de l’explosion des canaux de diffusion, Olivier Cimelière considère que seuls les journalistes peuvent contextualiser l’information, la mettre en perspective, investiguer et écarter ce qui relève de la manipulation. Même si les médias sociaux sont utiles pour étoffer la diversité de l’information, ils ne sauraient se substituer aux professionnels de l’information. L’auteur défend en revanche les rapports de complémentarité entre les bloggeurs, spécialisés dans un domaine, et les journalistes, comme c’est le cas par exemple avec le blog Marianne2 de l’hebdomadaire Marianne. Professionnel de la communication, il plaide enfin pour des rapports plus réfléchis entre journalistes et communicants, pour des rapports qui reposent sur une conversation continue et non pas des injonctions répétitives ou unilatérales. Oui, le journalisme vit actuellement une sorte de phase terminale mais il se doit d’entamer une nouvelle phase en acceptant de reconnaitre que le sacrosaint tryptique presse écrite-télévision-radio n’est plus. Pour Olivier Cimelière, la presse se doit d’effectuer une mue autocritique et réformatrice « plutôt que se recroqueviller tout en hurlant avec les loups à la mort de l’information responsable ». Et ce, non pas seulement dans le propre intérêt du journalisme, mais bien dans l’intérêt de chacun puisqu’il en va du bon fonctionnement de la démocratie.

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Et si on libérait la communication politique en France ?

Comme tous les mardis, c’est #BloodyMardi sur ce blog : le coup de gueule d’un expert dans une discipline donnée, qui a décidé de remettre les pendules à l’heure une bonne fois pour toutes, sur un sujet bien précis qu’il juge maltraité par l’opinion. Après ”Et si nous étions tous publiphobes?“ “Et si vous arrêtiez d’être nul en chocolat ?“, et “Et si la qualité de la pub dépendait d’abord de la qualité des planneurs ?” (qui a réalisé plus de 2000 vues), je vous livre aujourd’hui la contribution de notre ami Frederic Maillard, qui a fondé en 2002, le collectif “Démocratie et Communication” dont je vous avais déjà parlé en mars 2010 (”Et si on donnait un peu envie aux gens de voter ?“), le lendemain du lancement par Obama de son premier clip de campagne, dont on peut se dire qu’il ne boxe pas dans la même catégorie que ce que l’on voit en général en France. Et si on modifiait (enfin) la  loi de 1990 ?

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Et si on libérait la communication politique en France ?

21 ans, 9 mois et 24 jours. C’est le temps qui s’est écoulé depuis que la liberté de réaliser des campagnes de communication politique dignes de ce nom en France a été confisquée. Ce délai de rétention ne fera jamais l’ouverture du journal télévisé. Certes parce que c’est en soi moins douloureux qu’une prise d’otages dans un pays en guerre. Mais surtout parce que tout le monde s’en fout. Ou feint de…

Mais revenons sur les faits : dans les années 80, un petit nombre de communicants se voyait récompensé des valises sous les yeux générées en période électorale par des nuits sans sommeil consacrées à la réalisation de belles affiches quatre par trois pour des candidats des deux camps par d’autres valises au contenu peu philosophique bien que très pascalien. Certains s’en souviennent encore aujourd’hui, avec une lueur de nostalgie dans les yeux.

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Evidemment, la situation ne pouvait perdurer. Et en 1989, sous le gouvernement Rocard, un projet de loi était préparé, visant à moraliser le financement de la vie politique. Entre autres mesures nécessaires, il fut décidé alors de plafonner les dépenses de campagne afin d’éviter la gabegie et de faire respecter un semblant d’égalité républicaine, et de contrôler les recettes afin qu’un donateur peu scrupuleux ne puisse « acheter » un futur élu avec des fonds venus d’on ne sait où. Bref, un projet de loi frappé au coin du bon sens, voté par les deux assemblée à la quasi unanimité et qui allait porter le nom quelques mois plus tard de « loi du 15 janvier 1990 ». Rien à dire donc jusque là. Si ce n’est que cela aurait dû être fait beaucoup plus tôt.

Mais voilà, un député bien inspiré, comme il en existe quelques-uns, a eu l’intelligente idée de déposer lors du vote un amendement interdisant en outre la communication politique sous forme d’affiches et d’encarts presses trois mois avant chaque élection… Ce qui revenait à interdire la communication électorale…en période électorale. Ou le retour d’Ubu roi… Et depuis 1990, la France peut s’enorgueillir d’être le seul pays au Monde où il est autorisé de réaliser des campagnes de communication politiques à tout moment dans l’année, sauf à celui où il faut remobiliser l’électorat ! A noter qu’en Espagne, une restriction du même ordre existe mais dans l’autre sens : les politiques ne peuvent concevoir des campagnes de communication qu’au moment des élections. Ce n’est peut-être pas idéal mais au moins cela a le mérite de la logique. On a donc bel et bien jeté le bébé avec l’eau du bain. Et l’on ne peut qu’en constater aujourd’hui l’une des conséquences désastreuses : une moindre mobilisation des citoyens qui ont l’impression que les politiques ne font plus campagne. Les affiches dans les rues avaient ce mérite de rappeler à tout un chacun, quelque soit son âge, qu’il fallait aller voter. Comment s’étonner dans ces conditions que le chemin de l’isoloir soit ignoré par de plus en plus de nos concitoyens, notamment les plus jeunes ?

Le texte est en outre pervers puisqu’il laisse penser qu’en supprimant les campagnes d’affichages « onéreuses », on renforce l’égalité des partis au profit des plus petits, incapables de lutter contre les gros. Mascarade. Car dans les faits, cette inégalité s’est accrue. Le seul moment en effet où les « petits partis », en tous cas ceux susceptibles d’atteindre 5% aux élections, peuvent (pouvaient) communiquer en espérant se voir rembourser leurs dépenses, c’est justement la période électorale. Est-ce pour cela que les parlementaires PS et UMP, bien que reconnaissant à l’unanimité le caractère ridicule de la mesure, sont aujourd’hui aussi réticents à la réformer ? On n’ose le croire…

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Mais bon, me direz-vous, il reste la télé… Parlons-en justement. Là, nous nous ne sommes plus dans la loi de 1990 mais dans celle de 1986 qui interdit strictement la publicité politique. C’est pour cela que vous ne voyez jamais, contrairement à ce qui se fait dans de nombreux pays,  de spots pour tel ou tel candidat entre la poire et le fromage ou plutôt entre la voiture et le camembert. Ce n’est peut-être pas plus mal diront certains. Soit. D’autant que les candidats peuvent très officiellement s’exprimer lors de chaque élection dans le cadre des émissions officielles, sur le service public. Seulement voilà, ces émissions sont pour le moins encadrées. Et aujourd’hui, les seules qui les apprécient sont les chaînes privées qui voient à chaque diffusion leur audience augmenter car il faut être un citoyen très motivé – ou un masochiste éprouvé – pour supporter de voir dans leur intégralité ces émissions poussiéreuses, dignes de la quatrième république. Et pour cause, les partis politiques n’ont pas le droit d’en assurer l’entière production. 50 % des images doivent être tournées par la chaîne du service public retenue à chaque élection. Et les 50 % autres pour cent constituent déjà un progrès en soi puisqu’il y a quelques années encore, c’était la totalité du format qui était confisqué aux politiques.


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A un certain moment, on peut donc vraiment se demander si la classe politique hexagonale n’a pas peur d’elle-même, de sa propre parole, pour s’interdire ainsi de l’exprimer ? Se fait-elle horreur à ce point, se refusant de voir son reflet dans le miroir ? Ou faut-il y voir un calcul cynique des grands partis, comme évoqué précédemment ? Dans tous les cas, c’est une preuve d’immaturité et de manque de confiance en soi, qui se paye très cher. L’abstention aux différentes élections l’atteste. Mais dans notre beau pays il faut parfois savoir patienter. Et je ne désespère pas que d’ici  quelques temps nos hommes politiques se ressaisissent, que le décompte des jours n’ait plus lieu d’être,  parce que la parole politique aura enfin été libérée. C’est en tout cas le combat que nous menons au sein de Démocratie & Communication, un collectif de communicants citoyens, dont l’auteur de ce blog qui a la gentillesse d’héberger mon billet  aujourd’hui est un membre actif et convaincu. Un combat de longue haleine…

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Frédéric Maillard.

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Frédéric Maillard, 41 ans, dirige l’agence de communication FMad, spécialisée dans la communication santé et les marques qui veulent la conserver. Il est l’auteur de Bleu Blanc Brun, aux éditions Denoël, un livre relatant de manière romancée la préparation de la tentative d’assassinat contre Jacques Chirac en 2002 (http://bleublancbrun.fr/). Il a fondé par ailleurs le collectif Démocratie & Communication -  dirigé par Evelyn Soum, et soutenu par l’AACC (Association des Agences Conseil en Communication), dont il est aujourd’hui le porte-parole – qui vise à dépoussiérer et moderniser la communication politique en France.

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