Alors que l’Allemagne a annoncé la semaine dernière sa volonté de renoncer à l’énergie nucléaire d’ici à 2022, le #JourDuPenseur est consacré à Jean-Marc Jancovici, un écologiste à la fois co-rédacteur du Pacte écologique, adopté par tous les candidats à la présidentielle de 2007, et défenseur du nucléaire ! Cet ingénieur de formation explique dans un livre-programme publié récemment, Changer le monde, Tout un programme !, pourquoi l’énergie nucléaire est notre seule marge de manœuvre pour pouvoir assurer une transition vers l’« économie décarbonée » qu’il appelle de ses vœux. D’après Jancovici, pour répondre à la fois à la question du changement climatique et de la crise énergétique que nous allons devoir affronter, compte tenu de la limitation de nos ressources en énergies fossiles, nous devons imaginer un système économique reposant sur un mouvement de décarbonisation.
Dans Changer le monde, Tout un programme !, Jancovici veut nous convaincre de la nécessité de se défaire « de la contrainte carbone ». Démontrant la forte dépendance de nos économies à l’énergie et les conséquences que toute crise énergétique peut faire peser sur noter économie, l’écologiste appelle à un nouveau projet de société qui s’appuie tout entier sur cette nécessité de réduire nos contraintes carbones, de rendre possible une économie qui s’appuie sur moins d’énergies consommées. Les quantités d’énergies produites et échangées tendent d’ailleurs à se stabiliser et non plus à croitre. Faire avec moins d’énergie n’est pas seulement une nécessité mais serait aussi bientôt une obligation. Notre dépendance à l’énergie jointe au fait que celle-ci sera de plus en plus chère car de plus en plus rare doit nous forcer à trouver des solutions alternatives pour faire vivre notre économie et assurer sa croissance. Ce mouvement vers une énergie plus rare et donc plus chère est un mouvement inéluctable selon Jancovici. Il faut donc dès aujourd’hui, selon lui, repenser notre mode de croissance. Pour parvenir à vivre en consommant moins d’énergie, il faut d’abord être capable de mesurer l’énergie consommée. Pour Jancovici qui s’autoproclame le « comptable du carbone », il était donc important de réfléchir à mesurer les émissions de CO2 des Etats mais aussi des individus.
Collaborateur de l’Ademe depuis 2000, il a participé à la mise au point du « Bilan carbone » au début des années 2000. Celui-ci consiste à décompter aussi bien l’énergie primaire que l’énergie finale utilisée par un produit ou un service. Depuis la loi Grenelle IIl, il est mesuré au sein des entreprises de plus de 500 personnes et des collectivités territoriales. Jancovici est également l’initiateur début 2007 du « Bilan carbone personnel », un calcul en ligne permettant à tout particulier français de calculer les émissions de gaz à effets de serre induits par ses faits et gestes. Plusieurs organismes internationaux sont également chargés de recueillir des moyennes nationales d’émissions de CO2. L’Agence Internationale de l’Energie a récemment annoncé que les émissions de CO2 avaient atteint un niveau record dans le monde en 2010, avec une hausse de 5% par rapport au précédent record de 2008. Jancovici poursuit aujourd’hui ce travail pédagogique et de sensibilisation avec son dernier ouvrage Changer le monde, Tout un programme ! appelant même à un nouveau projet de société : « décarboner l’économie ». Il rappelle que si l’électricité n’émet pas de CO2, la production de l’électricité est elle très consommatrice de carbone, et ce notamment parce qu’une grande partie de l’électricité de la planète est produites par des usines à charbon particulièrement polluantes. L’éolien et le solaire, ou le photovoltaïque, ne sont pas non plus considérés par Jancovici comme des solutions suffisamment efficaces face à la crise de pénurie future en énergies fossiles compte tenu de leurs coûts à la fois économiques et énergétiques, mais aussi de leur faible rendement et de la difficulté à stocker et le courant du vent et la production. Jancovici explique par ailleurs que la construction de panneaux photovoltaïques demande énormément d’énergie et que le bilan en termes d’émission de CO2 est négatif. Il n’y a donc pour lui que le nucléaire qui nous permette de s’assurer d’avoir les moyens de tendre vers moins de carbone. Au nucléaire, on peut associer le développement des énergies renouvelables mais celles-ci ne peuvent suffire à remplacer les énergies fossiles. Jancovici propose un véritable projet de société car il propose un projet qui tourne la société entière vers l’objectif commun de « décarboner notre économie ». Ce projet veut influencer évidemment notamment nos habitations qui à elles seules consomment 45% de notre consommation totale finale d’énergie mais aussi influencer nos métiers, notre système de soins, notre agriculture, nos relations géostratégiques et géopolitiques avec les pays étrangers. L’idée est que le projet de société proposé par Jancovici libère de leur dépendance énergétique chacun des paramètres de notre mode de vie. Il suggère aussi de renforcer la recherche et le développement dans certains procédés nous aidant à éliminer le carbone produit et notamment dans le procédé de séquestration du carbone dans les usines à charbon et à gaz. Refusant l’utopie, Jancovici sait que malgré leur impact néfaste sur la question climatique, on ne peut se permettre d’éliminer les usines à charbon ou à gaz. Elles sont bien trop importantes pour la production d’électricité. A défaut d’éliminer ces usines, Jancovici plaide pour développer un processus de séquestration du CO2. Voilà selon lui, une innovation d’avenir. Enfin, tout en réalisant que ce ne sont pas des mesures populaires, Jancovici veut convaincre de la nécessité d’instaurer une Taxe Carbone pour engager la France sur cette voie d’une « économie décarbonée ». Pour lui, la Taxe carbone est le seul moyen de développer dans les temps une réponse aux crises énergétiques à venir.
Pour ceux qui voudraient aller plus loin, Jean-Marc Jancovici a créé un site Internet, manicore.com, faisant le point sur toutes les questions liées à ces énergies qui font tourner notre planète. Définitions, mode de calcul des émissions de CO2, prises de position, scénarios d’anticipation, un site à fouiller pour tous ceux qui voudraient en savoir plus.
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“There is no greater act of hospitality than to embrace a stranger as one’s own ” (”Il n’y a pas de plus bel acte d’hospitalité que d’ouvrir ses bras à un étranger comme à l’un des siens”). Le film de 3 minutes ci-dessus, réalisé par Bruno Aveillan pour Shangri-la, est de mon point de vue l’une des plus belles productions publicitaires de l’année 2010. Le hasard a voulu que je le revois au moment précis où j’écrivais hier cette chronique hebdomadaire #JourDuPenseur, que je voulais consacrer à l’interdépendance, concept fondateur du Collegium International, à la suite du colloque organisé le 24 mai dernier à l’Unesco, où intervenaient 5 membres éminents du Collegium : Michel Rocard, René Passet, Edgar Morin, Bernard Miyet, et Peter Sloterdijk. A la veille du G8, le Collegium International publiait 3 tribunes libres dans le journal Libération : Pour un monde solidaire (sous la plume de Stéphane Hessel et Sacha Godman), L’avenir est la bio-économie (sous la plume de René Passet), et L’interdépendance : la survie commune, sous la plume de Peter Sloterdijk, complétés par une contribution d’Edgar Morin, et une contribution de Michel Rocard, que vous pourrez retrouver sur le site du Collegium International (Vous pouvez aussi rejoindre le groupe “Friends of the Collegium” sur Facebook en cliquant ici).
Je vous avais déjà parlé de Peter Sloterdijk, ce remarquable philosophe allemand, professeur de philosophie et d’esthétique à Karlsruhe qui enseigne aussi aux Beaux-Arts de Vienne, à l’occasion de la publication en Français de son dernier livre “Tu cois changer ta vie” (”Et si chacun devait changer sa vie ?“). Son premier essai philosophique Critique de la raison cynique, publié en 1983, avait battu le record de vente pour un livre de philosophie écrit en allemand et fut traduit en trente-deux langues . L’ouvrage avait été salué par Jürgen Habermas comme l’« événement le plus important depuis 1945 ». Puis la publication de sa trilogie Sphères fit de lui un personnage reconnu dans le monde des lettres germaniques avec sa célèbre métaphore de l”écume, qui consacre l’éclatement de la sphère métaphysique et des grands systèmes religieux. Le texte publié dans Libération le 23 mai dernier sous le titre ” L’interdépendance : la survie commune”, que je reproduis in extenso ci-dessous, s’inscrit dans la droite ligne de sa pensée, autour du concept de “co-immunauté”.
” On peut considérer que l’être humain se compose de trois systèmes immunitaires superposés. Le premier est celui de l’immunologie “biologique”, l’immunologie du corps, qui a bouleversé nos idées sur la santé du corps. Le deuxième est celui de “l’immunologie juridique et solidaire”. Et le troisième, celui de “l’immunologie symbolique”: ce sont les mythologies, les religions et les grandes interprétations de notre être au monde. Jusqu’à présent, il est évident que chaque communauté réelle, chaque peuple, chaque culture, a développé son propre système immunitaire symbolique. Ce qui menait à cette situation paradoxale que pour assurer sa propre protection immunitaire, il fallait nuire au système immunitaire des autres. Même le phénomène de la domination de l’homme par l’homme peut être réinterprété dans une terminologie politico-immunitaire. L’avantage immunitaire des uns incluait automatiquement le désavantage des autres. Ce qui nous conduit tout droit à l’idée de la co-immunauté, de l’interdépendance. Le concept de co-immunauté implique l’impératif de la survie commune. Nous ne pouvons pas construire la survie des uns sur la disparition des autres, ce qui a été depuis le XVIIIè siècle l’inspiration de tous les discours racistes en Europe. Les penseurs des contre-Lumières ont bien vu que l’éthique universaliste entrait dans une situation critique, et ont forgé la doctrine de l’égoïsme sacré des collectivités préférées. L’antiracisme officiel de nos discours politiques après la Seconde Guerre mondiale semble montrer que le message a été reçu. Mais il faut se méfier, il existe toujours un racisme muet, l’idée que l’on peut mieux survivre en abandonnant les autres : pour la conscience quotidienne, les concepts ethniques et familialistes sont encore très présents. Nous n’avons pas encore compris qu’il faut survivre avec l’étranger. L’unité de survie est aujourd’hui la survie commune. De là le nouvel impératif catégorique:”Comporte-toi toujours de telle façon que la maxime de ton comportement reste compatible avec la croissance de l’improbabilité des formes de vie futures”.
Fubiz fait partie de mes blogs préférés. Intelligent, élégant, il nous délivre chaque semaine une “daily dose of inspiration”, comme cette série d’affiches réalisées par le designer londonien Toby Ng (Toby Ng Design), sur le thème “Village of 100 people”, qui regarde le monde comme s’il était un village de cent personnes, au travers d’une vingtaine de d’affiches très graphiques que vous trouverez intégralement en cliquant ici. Un modèle de “data visualisation” tout en finesse et en évidente simplicité !
Comme tous les dimanches, c’est #JourDuPenseur. Pour rester dans la ligne de réflexion de la semaine dernière où l’art rencontrait la science, le #JourDuPenseur est consacré cette semaine à Philippe Kourilsky, une autre personnalité qui croise les disciplines et dépasse les frontières de son cœur de métier. Biologiste-immunologiste de renom, il a décidé de réfléchir à l’amélioration de nos systèmes socio-économiques en y introduisant une sorte de principe régulateur : l’altruisme. Philippe Kourilsky est professeur au Collège de France où il est titulaire de la Chaire d’immunologie moléculaire, ancien directeur général de l’Institut Pasteur… et appelle donc dans son dernier essai, Le Manifeste de l’altruisme, à réhabiliter l’altruisme ! Il réitère son appel deux ans après son précédent ouvrage sur le même thème intitulé : Le Temps de l’altruisme.
En tant qu’immunologiste impliqué dans la recherche de nouveaux vaccins, l’auteur de ce Manifeste a été stupéfait d’apprendre que 800 000 enfants par an mourraient de la rougeole et de ses complications alors qu’un vaccin efficace et très bon marché existait. Il a alors décidé de s’impliquer davantage dans les questions de pauvreté. Persuadé qu’il faut une réponse globale aux problèmes de pauvreté ou de maladies infectieuses et à la montée du problème climatique, Philippe Kourilsky dépasse les frontières de sa discipline et propose une piste de réflexion globale pour corriger à la fois le système qui guide l’individu et le système qui guide la collectivité. Le biologiste part du constat que notre système politique et économique général ne profite pas équitablement à tous et que les individus n’arrivent pas à corriger toutes les injustices, certains aspects humains comme la générosité ou certains principes fondamentaux comme la fraternité ne suffisant pas à les combler. De plus, il semblerait que dans les sociétés occidentales, l’espace occupé par les devoirs individuels se soit progressivement rétréci avec le développement de l’Etat démocratique et laïc, vers lequel s’est déporté une partie des responsabilités de l’individu. Des devoirs individuels, et en particulier l’altruisme, qui ont aussi diminué avec l’involution du domaine religieux qui détermine une grande partie des devoirs individuels. Au regard des dettes publiques de nombreux pays, on voit bien aussi que les moyens collectifs mis en place relevant de l’altruisme, comme notamment les impôts et autres mécanismes de redistribution, ne suffisent pas non plus à équilibrer la situation globale. Or dans ce transfert, dont l’ampleur et les modalités varient selon les époques et les pays, réside, dilué, l’essentiel du devoir individuel d’altruisme réalisé par les individus au niveau de la collectivité. Il y a donc une faille quelque part dans notre système.
Pour le scientifique, la faille repose sur l’une de nos valeurs fondamentales : la liberté. Et ce parce qu’elle est trop souvent comprise comme un droit auquel aucun devoir n’est associé. Cette forme de liberté fait que le bien-être et la richesse des uns peuvent occulter la misère et la pauvreté des autres. Comme si le principe de liberté universelle entrainait un biais optique. Pour résoudre ce biais, il propose de lier la liberté à laquelle chacun à droit à un devoir, celui de l’altruisme. Mais point de moralisme dans ce propos. Philippe Kourilsky s’appuie sur la logique pour expliquer pourquoi associer devoir d’altruisme au droit à la liberté. Si notre liberté s’arrête là où commence celle des autres, il est en effet assez logique d’avoir à penser l’autre pour exercer notre liberté. Et l’auteur de nous démontrer que l’altruisme est une conséquence logique de nos droits, que liberté et altruisme sont interdépendants. Et que cette logique est renforcée par l’ère actuelle de la mondialisation. Puisque le libéralisme ne permet pas de résorber les inégalités, il faut créer des principes d’action supplémentaires. Le mot d’altruisme pouvant être source de confusion, Philippe Kourilsky, en scientifique qu’il est, balaie toutes les significations de ce terme. Il écarte d’emblée le fait que la générosité pourrait se substituer à l’altruisme en rappelant que la générosité est au bon vouloir de l’individu, qu’elle repose sur de possibles émotions. La générosité n’est en effet pas forcément rationnelle. L’auteur cite souvent dans son essai la générosité de Bill Gates à travers sa fondation Bill&Melinda Gates qui a, entre autre, financé la vaccination contre la rougeole de centaines de milliers d’enfants permettant, selon l’OMS, de sauver plusieurs millions de vies en 10 ans. Bill Gates est totalement libre de ce choix. Que ce serait-il passé si ce grand mécène s’était intéressé à l’art ? Nous rappelant aussi que les Objectifs du Millénaire ne sont toujours pas atteints, on voit que la générosité, aussi grande soit elle – à l’image de celle de Bill Gates-, ne suffit pas à empêcher la pauvreté et l’injustice socio-économique.
La générosité ne permet donc pas de participer à un système ou à un monde plus stables. Elle peut être complémentaire à l’altruisme mais ne peut s’y substituer. Pour éviter la confusion due aux multiples définitions du mot « altruisme », Philippe Kurilsky créé le terme d’« altruité » en tant que forme particulière d’altruisme, rationnelle, conçue en dehors de tout sentiment ou de toute émotion et non motivée par l’attente d’une réciprocité. Il définit l’altruité comme étant « l’obligation pour chacun de s’attacher à préserver et à renforcer les libertés individuelles des autres ». Avec l’altruité, nous ne sommes pas dans le don contre don. En revanche, la proportionnalité existerait entre degré d’altruité et degré de liberté. L’altruité devient ainsi le véritable pendant de la liberté : « Mes libertés individuelles ne sont pas seulement limitées par celles des autres. Elles sont aussi construites grâce à celles des autres(…) L’altruité est leur contrepartie indissociable ». Avec l’ambition pour le chercheur d’introduire et de systématiser l’idée d’altruité et ainsi d’influencer les questions de responsabilité individuelle et de justice sociale. Face aux dérèglements de notre système, et souhaitant passer de la phase d’indignation à la phase de l’action, le biologiste fournit avec cet essai un fondement théorique de l’altruité mais aussi une méthode de réflexion pour parvenir à réfléchir à comment créer les conditions, au plan individuel comme à l’échelon collectif, pour que l’altruisme soit davantage pris en compte. Au plan individuel, à chacun de réfléchir et de prendre la mesure de ses libertés individuelles et de son devoir d’altruité vis-à-vis de toute situation qu’il juge importante. Avec la possibilité pour chacun de penser par exemple à son « capital individuel reçu » versus son « capital individuel produit ». Et puis, pour penser à l’autre, il faut le connaitre. Le premier moyen de parvenir à l’altruité est donc la connaissance parce qu’avec la raison, elles ouvrent à des réalités auxquelles l’intuition ne donne pas forcément accès. Le droit à l’information prend toute sa force. Et la connaissance nous permet de prendre conscience de nos interdépendances. L’altruité devient alors un conditionnement de nos libertés individuelles mais aussi collectives. Selon l’auteur, une prise en compte de l’altruité permettrait même de créer, à défaut d’un utopique gouvernement planétaire, des consensus mondiaux sur les questions capitales comme la préservation des biens publics mondiaux. Philippe Kourilsky veut profondément faire de l’idée d’altruité un nouvel élément structurel. Un élément qui ne change rien à la nature du phénomène auquel il est associé mais qui élargit le cadre explicatif et imagine de nouvelles possibilités d’intervention. Le chercheur considère que la prise en compte de l’altruité et du devoir d’altruité peuvent véritablement améliorer le fonctionnement de la démocratie. Il ne propose pas moins que de se donner les moyens d’une « remédiation systémique » du libéralisme et de la démocratie. Très inspiré par la pensée d’Amartya Sen, il considère que l’homo economicus n’est pas cet être égoïste que postule la théorie néoclassique. Il souhaite ainsi initier un mouvement allant vers un « libéralisme altruiste ». Le chercheur cite par exemple la taxe Chirac sur les billets d’avion pour lutter contre les pandémies comme illustration possible d’une pratique libérale altruiste. Un libéralisme qui dans le domaine économique réviserait la notion de liberté pour que ce soit les hommes qui font les échanges qui soient libres et non pas les échanges. Parce que l’altruité tel que l’auteur nous le présente est rationnel et stable, il peut aider et l’individu et la collectivité à participer à un monde plus juste sans tomber dans l’utopie.
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Ce dimanche post mariage princier, la rubrique #JourDuPenseur de ce blog ne vous parlera pas d’un livre, mais d’un document anglais fort intéressant mis en ligne gratuitement par la RSA (Royal Society or Encouragement or Arts, Manufactures and Commerce) intitulé “21st century enlightenment” (qu’on pourrait traduire par “Le 21ème siècle des Lumières”), écrit par Matthew Taylor, qui dirige aujourd’hui la RSA, après avoir été un des plus proches conseillers de Tony Blair. La synthèse de ce document est illustrée par une vidéo d’animation très créativement pédagogique (ci-dessus), animée dans le style typique des vidéos publiées régulièrement par la RSA. Une vidéo que j’ai découvert grâce à Hélène Finidori Giraud qui a eu la bonne idée de la poster sur le mur Facebook du groupe “Friends of the Collegium” (que vous pouvez rejoindre en cliquant ici).
La RSA (en abrégé Royal Society of Arts) est une des plus vieilles institutions anglaise, puisqu’elle a été créée à Londres en 1 754, et a connu, parmi ses membres, rien moins que Benjamin Franklin, Karl Marx, Adam Smith, Charles Dickens ou Stephen Hawking, pour n’en citer que quelques uns. Sa charte fondatrice exprime sa raison d’exister : “embolden enterprise, enlarge science, refine art, improve our manufactures and extend our commerce”, mais aussi lutter contre la pauvreté et le chômage. Aujourd’hui, la RSA est enregistrée en tant que “Charity” soutenue par 27 000 membres actifs, vivant dans plus de 70 pays. La Reine d’Angleterre en est la Présidente d’honneur, et le directeur général actuel est Matthex Taylor, sociologue, ancien directeur d’un think tank progressiste (Institute for Public Policy Research), et ancien conseiller politique de Tony Blair. Il est également l’auteur d’un blog très intéressant (cliquer ici). La RSA organise un certain nombre d’évènements et de colloques, et publie régulièrement sur YouTube, dans le cadre d’un programme intitulé “RSAnimate“, des vidéos illustrant les meilleurs discours sur des sujets divers. La vidéo en bas de ce post “Changing Education Paradigm”, qui illustre un speech de Sir Ken Robinson (récipendaire de la Benjamin Franklin Award) a été vue plus de 4 millions de fois sur YouTube !
Le document “21st century Enlightenment” est le discours tenu par Matthew Taylor, le 17 juin dernier, dans le cadre de l’assemblée générale annuelle de la RSA. Dans ce discours, Matthew Taylor s’interroge sur le nouveau sens du progrès au 21ème siècle, en repartant des fondamentaux de la philosophie des Lumières. Pour lui, la période originale des Lumières n’était pas simplement l’émergence d’idées nouvelles, mais a correspondu à un changement fondamental de la conscience collective. Matthew Taylor est convaincu qu’il nous faut de nouveau changer de paradigme face aux nouveaux challenges qui sont les nôtres (changement climatique, sécurité humaine, mieux vivre…). Le philosophe Tzvetan Todorov, dans son livre “In defence of the Enlightenment”, suggère que trois concepts fondamentaux sont au coeur de la Philosophie des Lumières : l’autonomie (”Chacun doit pouvoir faire ses propres choix”), l’universalisme (”Nous avons tous droit au respect et partageons des droits fondamentaux”), et le sens humain de nos actes (”Nous devrions organiser le monde au nom de ce qui est le mieux pour l’être humain”). Matthew Taylor propose une autonomie plus consciente de la nature humaine, un universalisme plus empathique, et une meilleure prise en compte de l’éthique de nos actes, dans une attitude plus engagée, où chacun viserait davantage à s’élever pour devenir meilleur, plutôt que de se contenter de ce qu’il est (ou de ce qu’il a). Il nous faut nous appuyer davantage sur ce que David Halpern appelle le “hidden wealth of nations” (la valeur cachée des nations) : la confiance (trust), le souci des autres (care) et la coopération. Et Matthew Taylor de conclure sur la raison même d’exister de la Royal Society of Arts : “Never doubt that a small group of thoughtful, committed citizens can change the world. Indeed, it’s the only thing that ever has.”
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