Et si les réseaux sociaux rassemblaient d’abord ceux qui nous ressemblent ?

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Dimanche, c’est #JourDuPenseur. J’ai profité de mes vacances pour lire de manière approfondie un livre collectif auquel j’ai contribué, intitulé ” TIC 2025, les grandes mutations”, publié par l’EPITA (Ecole d’ingénieurs informatiques), sous la direction de Yannick Lejeune. Car si j’avais relu avant publication le chapitre de mon interview consacrée à l’avènement des innovations à valeur sociétale ajoutée, je n’avais pas eu l’occasion de lire les contributions des 24 autres invités (dont Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-Louis Missika (Mairie de Paris), Joi Ito (Creative Commons), Cedric Tournay (Dailymotion), Freddy Mini (Netvibes), Jean-Michel Billaut (BNP-Paribas)…pour ne citer qu’eux, que les autres me pardonnent). Mais je dois avouer avoir flashé sur l’interview d’une personne que je ne connaissais pas vraiment : Danah Boyd, spécialiste de la recherche sur les réseaux sociaux de Microsoft. Danah parle un peu trop vite dans ses présentations (même quand elle ne lit pas son texte comme dans la vidéo ci-dessus consacrée à notre rapport aux flux d’information), mais ce qu’elle dit sur les réseaux sociaux est à la fois passionnant et frappé au coin du bon sens, même quand celà ne va pas dans le sens commun, qui voudrait, par exemple, que les réseaux sociaux nous connectent à des inconnus différents de nous, ce qui, finalement, est loin d’être le cas.

FaceSquareDiplômée d’un PhD de l’iSchool (School of Information) de la prestigieuse université de Berkeley, Californie, Danah Boyd est actuellement “social media researcher” au sein de Microsoft Research New England et “fellow researcher” à Harvard dans le cadre du Berkman Center for Internet and Society. Depuis 2003, ses travaux de recherche sur le comportement des jeunes (et de plus en plus des moins jeunes) dans les réseaux sociaux sont régulièrement cités dans les médias, de Wired au New York Times. Vous pouvez également la retrouver sur son site, sur son blog, et sur twitter sous le nom @zephoria.

PlatdeCouvINNO-DilemEco-09-4Dans le chapitre intitulé “Vie en réseau” du livre collectif “TIC 2025, les grandes mutations”, Danah Boyd nous rappelle pourquoi nous aimons fondamentalement la sociabilité digitale : pour garder le contact avec ceux que l’on connait déjà (famille, amis), pour se rapprocher de ceux qui partagent le même centre d’intérêt, et pour renforcer des liens et des amitiés déjà bâties sur des réseaux préexistants. Bref, peu de place pour l’Etranger, celui qui est vraiment différent. Même si le principal vecteur de vie sociale online est la rencontre, c’est le plus souvent une rencontre avec quelqu’un qui vous ressemble . C’est la version numérique de “birds of a feather stick together” (”qui se ressemble s’assemble”) : sur Internet, nous construisons des voisinages en ligne, avec des dynamiques de quartiers qui regroupent les gens qui se ressemblent. Ceci devrait d’autant moins changer selon Danah Boyd, que le futur des réseaux sociaux pourrait être l’intégration de la fonction “réseau social” au sein des autres services, un peu comme la fonction recherche s’est intégrée à tous les niveaux, dans de nombreuses applications. De plus, cette surexposition prévisible aux réseaux sociaux dans le futur n’est pas forcément, selon Danah Boyd, l’ennemi de l’intimité : ” Angelina Jolie revendique l’idée de permettre à la presse de la suivre en permanence, car plus elle rend de choses publiques, moins les gens lui posent de questions, et plus elle peut garder pour elle ce qui est vraiment intime”. De son point de vue, les réseaux sociaux vont moins donner à chacun 15 minutes de célébrité, que donner à tout le monde une célébrité auprès de 15 personnes. Sur Facebook, par exemple, le réseau n’est pas aussi ouvert que ça, et on ne communique vraiment (chat, mail, rencontre) qu’avec un relativement petit nombre de ses “friends”. Ce qui est de nature à rendre moins inquiétant le risque des traces laissées : nous apprendrons à vivre avec, en les assumant, auprès de gens qui nous prendront comme nous sommes, parce qu’ils nous connaissent. Loin de nous rendre tous identiques, ou au contraire de nous ouvrir radicalement à l’autre, “le web reflète et agrandit la dynamique sociale qui existait avant son apparition”, celle de l’affinité élective limitée bien souvent à la recherche d’un autre (compatible avec) soi-même.

jumeau

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One Response to “Et si les réseaux sociaux rassemblaient d’abord ceux qui nous ressemblent ?”

  1. Totalement d’accord Nicolas! Ça tombe en effet sous le sens quand on y pense mais c’est un fait qui casse l’image universelle du web. Nous avions observé ce phenomène dans notre etude sur les digital natives, voici la partie qui en parlait:

    http://lefreddie.posterous.com/digital-natives-empreinte-digitale-n3-ensembl

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