Pour ce premier #JourDuPenseur du printemps, saison des bonnes résolutions, je vous propose de suivre la pensée (parfois complexe mais) lumineuse de Peter Sloterdijk, un autre philosophe proche du Collegium International (Cf mon post ” Et si vous vous engagiez avec moi aux côtés de Stéphane Hessel ?” - cliquer ici pour rejoindre le groupe Facebook “Friends of the Collegium”). Le tout dernier livre de Peter Sloterdijk (dont Christian Mayeur nous parle dans la vidéo ci-dessus), best-seller en Allemagne avec plus de 100 000 ventes, vient d’être traduit en français sous le titre ” Tu dois changer ta vie”, aux éditions Libella Maren Sell.
Peter Sloterdijk, né en 1947, est un philosophe et essayiste allemand. Professeur de philosophie et d’esthétique à Karlsruhe (il y est également recteur depuis 2001), il enseigne aussi aux Beaux-Arts de Vienne. Son premier essai philosophique Critique de la raison cynique, publié en 1983, bat le record de vente pour un livre de philosophie écrit en allemand et sera traduit en trente-deux langues . L’ouvrage est salué par Jürgen Habermas qui le considère comme l’« événement le plus important depuis 1945 ». À partir de 1998, Sloterdijk commence sa trilogie Sphères qui fait de lui un personnage reconnu dans le monde des lettres germaniques. Cette vaste fresque de plus de 2000 pages, présente l’aventure de l’humanité à partir d’une histoire de formes, allant de la sphère à l’écume. Pour Sloterdijk, l’humanité vit depuis ses commencements, biologiques et historiques, en constituant des sphères qui la protègent de l’insécurité de la vie. Parmi ces bulles, la plus protectrice et la plus résistante fut celle de la métaphysique et des grands systèmes religieux, depuis Platon et jusqu’à Leibniz. En rupture avec cette longue histoire, les Lumières et la modernité marquent l’éclatement de la sphère parfaite. Désormais, “l’image morphologique du monde polysphérique que nous habitons n’est plus la sphère, mais l’écume”, c’est à dire de petites bulles d’air, au nombre infini, mobiles, instables, dispersées… Dans les mondes d’écume, l’idée de centre a disparu : “la pensée dans l’écume, c’est la navigation sur des courants instables”. A travers la métaphore de l’écume, Peter Sloterdijk a redonné dignité au vivant, au léger, au volatile, au rapide…
Tu dois changer ta vie est un essai sur la nature humaine. Un livre extrêmement dense (650 pages) qui est objectivement beaucoup moins facile d’accès que son titre ne le laisse entendre, si l’on ne possède pas déjà des bases philosophiques solides et une bonne connaissance de Nietzsche, Heidegger ou Michel Foucault (entre autres). Le point de départ, qui donne son titre à l’ouvrage, est une phrase énigmatique d’un poème écrit par Rainer Maria Rilke, consacré à un torse antique d’Apollon au Louvre, qui se conclut par : ” Tu dois changer ta vie”. Sloterdijk fait de cette phrase le mot d’ordre de ce qu’il appelle “le nouvel impératif absolu”, dans la ligne de pensée de Hans Jonas qui avait reformulé l’impératif catégorique en impératif écologique : ” Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une authentique vie humaine sur terre”. Pour Sloterdijk, la vie est ” la phase de réussite d’un système immunitaire qui dépend de chacun individuellement, et de sa solidarité avec l’ensemble des membres de l’humanité”, l’humanité étant pour lui un concept politique. Il est convaincu que certaines valeurs vitales ne peuvent se réaliser qu’en commun, et qu’il nous faut aller vers une macrostructure d’immunisations planétaires qu’il appelle “co-immunisme”, adossée à une solidarité entre les individus, et qui n’est autre qu’une forme supérieure de la civilisation. Parce que l’extrême technicité du monde moderne et la dématérialisation du politique et de l’économique ont jeté l’homme dans une profonde solitude, celui-ci est donc tenté de se replier sur les arguties religieuses, ou sur son petit quant à soi national, voire clanique ou familial. Sloterdijk veut nous convaincre de sortir de ce repli collectivement suicidaire par une aspiration vers le haut passant par la reconquête individuelle et collective de nos corps et de nos esprits, en refusant la soumission au réel. A la manière du sport qui nous montre la voie du dépassement physique, il nous faut pratiquer “l’ascèse” (entrainement) de la pensée, pour accéder à un dépassement intellectuel, et être en mesure de “réaliser l’impossible” par des exercices spirituels et artistiques, qui “arrachent l’homme à sa condition”, lui permettant de devenir des “acrobates”. Pour Sloterdjik, “Malraux s’est trompé : le 21ème siècle ne sera pas religieux : il sera acrobatique ou ne sera pas. La religion produit de la régression, alors que l’acrobatie vise les sommets”. C’est cette “verticalité”de la pensée, opposée à l’horizontalité de la circulation matérialiste dont la crise a montré les limites, qui est désormais le véritable défi, sachant que selon lui, il n’y a aucun Dieu en haut, aucune métaphysique susceptible de nous aider. Nous devons nous sauver nous mêmes. Au lieu d’attendre un miracle (divin), il faut que chacun, l’individu, le collectif, s’efforce de changer sa vie, intellectuelle et artistique. Dans cette conquête de l’improbable, qui repose sur une éthique acrobatique, seul un exercice permanent, un “athlétisme de la pensée”, peut nous permettre de nous élever et de (r)établir la dignité humaine : il ne tient qu’à nous de prendre dès aujourd’hui “les bonnes habitudes de la survie commune”.
Le modèle de l’écume est intéressant pour permettre de modifier son point de vue et dépasser la représentation “point isolé” (électron libre) dans un grand Tout Omniscient (système totalitaire)… (ce point isolé pouvant être à forte capacité d’influence sur ses congénères, ou à faible rayonnement…)
Et c’est bien souvent en faisant évoluer sa représentation des relations et des échanges (entre individus et entre communautés) qu’on crée effectivement de nouveaux modes d’interactivité…
Un #ideaclash prônant un classement pyramidal des internautes-twitteristes en fonction de leur pouvoir d’influence a été reporté : allez-vous le transformer en challenge plus acrobatique #mapfight inventant des modèles de relations, d’échanges et d’influence ?
[...] rejoint le questionnement (déjà évoqué la semaine dernière avec Peter Sloterdijk (”Et si chacun devait changer sa vie ?“)), du dépassement humain nécessaire pour éviter l’issue du “dernier [...]
[...] 5 membres éminents du Collegium : Michel Rocard, René Passet, Edgar Morin, Bernard Miyet, et Peter Sloterdijk. A la veille du G8, le Collegium International publiait 3 tribunes libres dans le journal [...]