2248. C’est le nombre de visiteurs uniques à battre entre 9h et minuit aujourd’hui si @imposture veut détrôner @MryEmery #EnHautDuCocotier. @imposture, c’est François Roque, qui codirige une agence de communication, et qui vient tout juste de poser le point final à son deuxième roman (ce qui lui a valu de mettre quelque peu en “stand by” son excellent blog “Derrière le paravent suédois“). J’avais beaucoup aimé l’idée de son premier livre intitulé “Le syndrome de Roch“, l’histoire d’un homme qui se découvre le don extraordinaire de passer dans le corps des autres, rien qu’en les touchant, et qui circule ainsi de personnes en personnes, créant quelques dégâts au passage… Mais en plus de ses talents de romancier, François dispose aussi d’une bonne culture mathématico-physique (il a commencé sa carrière comme ingénieur chez EDF ) et métaphysique, qualités idoines pour grimper #EnHautDuCocotier… Tout en haut ? A vous d’en décider !
Et si Dieu était Internet (et inversement) ?
Une note version coffret collector avec 3 bonus.
Moi, l’été, ce que j’aime bien, ce sont les grandes enquêtes publiées par les grands hebdos, L’Express, Le Nouvel Obs, Marianne… Des dossiers pointus qu’on lit sur la plage pendant que les kids font des pâtés de sable. Des trucs profonds comme «Qui sont les riches en France ?» ou «Les Français et le sexe : l’enquête vérité». Cette année pour des raisons diverses et pas variées, je ne suis pas parti me faire cuire sous les cocotiers. Du coup, je me suis contenté de Dieu existe-t-il ? publié par Le Point daté du 5 août.
Ça rigole moins là…
Avant de poursuivre, il faut que je vous dise une chose : je suis un scientifique qui a mal tourné. J’ai fait une école d’ingénieur avant d’atterrir chez les Mad Men. Ceci étant, et si j’ai oublié depuis des lustres comment convertir une intégrale triple en double (1), j’ai toujours la curiosité scientifique en éveil. Ce qui fait que je regarde le monde de façon plus… ou moins… comment dire… plus clinique ? Moins candide ?
Mais trêve de digression : que révélait donc l’article du Point ? On touche Dieu via la mécanique quantique, la cosmologie et l’astrophysique. Tout simplement…
Bien. Mais la mécanique quantique, kézako ? C’est un truc simple comme bonjour, voyons, qui explique des choses que nous ne pouvons ni voir, ni toucher et surtout pas comprendre. Des phénomènes qui, contrairement aux phénomènes macrophysiques qui forment notre monde “réel”, sont microphysiques. Par exemple moi et Nicolas, en chair et en os, mon Mac, le sable sur plage, le vent, la mer ou un cocotier c’est du macrophysique.
Encore faut-il savoir que notre monde réel se divise en deux : d’un côté la matière “palpable” formée de particules – atomes, protons, électrons… - qu’elle soit solide, liquide ou gazeuse et de l’autre, les ondes, comme le son ou le Wi-Fi, qui sont “impalpables”. Sauf qu’il y a des phénomènes qui sont à la fois corpusculaires et ondulatoires. Palpables et impalpables. Comme la lumière formée de particules (les photons) ET d’ondes.
«Je pense pouvoir affirmer sans me tromper que personne ne comprend la mécanique quantique».
Richard Feynman, Prix Nobel de physique en 1965.
C’est cette autre réalité que décrit la mécanique quantique. Une réalité autre, inimaginable, palpable et impalpable à la fois, impossible à se représenter si ce n’est par analogies. Une alter réalité qui, pour certains, est précisément «Dieu».
Si dès l’Antiquité des philosophes ont eu l’intuition de cette autre réalité, il aura fallu attendre le début du XXème siècle pour que certaines expérimentations entrouvrent la porte de ce monde “parallèle”. L’une des plus connues et des plus troublantes est l’expérience des Fentes de Young (voir la vidéo dans les bonus). Et le résultat dépasse l’entendement ! Elle démontre simplement qu’un électron peut être à plusieurs endroits au même moment. C’est la trouvaille de la mécanique quantique : le temps est une notion tordable et inexistante.
Les concepts et paradoxes déterminés par la mécanique quantique, l’astrophysique et la cosmologie sont, de fait, déroutants :
- Deux particules communiquent instantanément entre elles quelle que soit la distance qui les sépare (quelques galaxies, par exemple) ;
- La somme des parties peut être inférieure au tout (un des mystère de la matière noire) ;
- Quelque chose peut être dans 2 états en même temps comme mort ET vivant ;
- Plus de 95 % de la matière est formée de vide ;
- Un phénomène se reproduit de façon aléatoire et différente alors que les conditions de départ sont rigoureusement les mêmes ;
- Et le plus ahurissant : toutes les particules composant l’univers et qui étaient en un point unique au moment du Big Bang sont encore là. Toutes ou presque puisque qu’on arrive à les compter !
Il se trouve que Internet obéit également aux paradoxes du Big Bang et de la mécanique quantique. Si, si…
La mécanique quantique décrit des phénomènes impossibles à représenter ou à matérialiser. Et s’il y a bien un truc totalement impalpable, c’est l’Internet. Car Internet existe et n’existe pas en même temps.
Internet n’existe pas. Il n’y a nulle part dans le monde un immeuble où il est écrit “INTERNET, C’EST ICI”. Internet vit et croit tout seul. Il n’y a pas de grand chef absolu de tout ce zinzin, il n’y a pas de service général d’entretien de tous les serveurs et réseaux, et encore moins une théorie rationnelle qui en explique le fonctionnement ainsi que peut le faire la mécanique newtonienne décrivant notre réel. Il suffit qu’apparaisse dans un coin un nouveau concept, une nouvelle façon d’échanger pour que celle-ci explose dans tout le réseau… ou disparaisse. Pourquoi ? Comment ? Personne ne le sait… (2).
Internet se comporte comme l’univers en expansion. Un Big Bang s’est produit quelque part il y a quelques décennies et depuis, avec ses particules d’origine (deux ordinateurs reliés par une ligne téléphonique), comme l’hydrogène puis le carbone donnant la vie, des planètes et des galaxies se sont créées. Ensembles hétérogènes formés de choses palpables (internautes, serveurs, entreprises…) et impalpables (tweets, blogs, réseaux sociaux…). Ou des deux.
Ici, une nouvelle digression s’impose pour rappeler que notre monde n’a de réalité que par la représentation faite par notre cerveau. Ainsi, les couleurs n’existent pas. Ce sont des fréquences d’ondes lumineuses captées et transmises par les nerfs optiques et que notre cerveau traduit en des représentations mentales : noir, bleu, rouge, vert… Dès lors ce post affiché sur votre écran n’existe pas. Pas plus que n’existe le blog de Nicolas Bordas… Avec Internet, notre cerveau recrée virtuellement du virtuel.
L’expérience des Fentes de Young se produit tous les jours sur Internet : deux internautes, qu’ils soient dans la même pièce ou aux antipodes, retwittent le même tweet, qui va se trouver instantanément et simultanément sur différentes time-lines. Le temps n’existe donc pas sur Internet. Et cela dépasse encore le fait qu’un buzz puisse faire 3 fois le tour le la planète en une demi-journée…
Comme le chat dans la boite de Schrödinger (3) – mise en scène tentant de montrer qu’une chose peut être dans deux états simultanément -, je sais que mon ancien blog sur 20six.fr est mort (je n’y écris plus depuis 4 ans) alors que pour d’autres (Google, par exemple), il reste vivant parce que détectable et consultable. À l’instar du signal lumineux produit par l’explosion d’une étoile il y a des milliers années au fin fond de la galaxie que nous ne voyons qu’aujourd’hui…
Mark Zuckerberg, patron de Facebook, a la chance d’avoir un demi-milliard de clients. Et pourtant la somme des parties (les abonnés) est largement inférieure au Tout. En d’autres termes, Facebook gagne des cacahuètes et se trimballe plusieurs centaines de millions de dettes. Non, je n’additionne pas des carottes et des navets. La mécanique quantique permet précisément ce genre de pirouette : l’exploration de phénomènes incompréhensibles pour expliquer le réel. Ou l’inverse. Internet, la matière noire des financiers…
Le même tweet ou commentaire sur un blog pourra être interprété de façon différente, voire aléatoire. Alors que les conditions sont rigoureusement les mêmes : il est composé de 140 caractères réels identiques sur tous les claviers.
95% de la matière est formée de vide…
Bon, J’arrête, vous m’avez compris.
Si la mécanique quantique permet de toucher Dieu, il en découle que, Internet étant, comme je viens de le montrer de façon brillante, manifestement pétri de phénomènes quantiques, Internet est alors aussi une (re)présentation de Dieu. CQFD.
Bon ça, c’est fait.
Qui dit Dieu (ou dieux) dit athéisme, agnosticisme ou religion(s). Qui dit religion, dit prophètes, évangélistes, livres sacrés, églises, temples, cultes, pratiquants ou non pratiquants.
Internet a ainsi diverses églises. Par exemple, le révérend Mark Zuckerberg de Facebook semble avoir 500 millions de fidèles. Ramenés au 6,7 milliards d’individus qui peuplent notre planète cela ne fait que 7 % de l’Humanité… Pas beaucoup ? Taratata ! Énorme au contraire. Je ne suis pas sûr qu’il y ait 500 millions de gus sur Terre qui soient capables de me faire un Power Point chiadé et précis sur la mécanique quantique…
Il y a 30 ans, j’ai cru caresser Dieu en première année de prépa. Non pas en cours de mécanique quantique (où je n’ai strictement rien compris), mais en mathématiques avec le calcul intégral. Nous arrivions à des résultats déroutants : un contour infini qui décrivait une surface finie. Autrement dit on pouvait acheter un morceau de moquette chez Saint-Maclou pour recouvrir un truc infini…
Je crois à quelque chose dans, autour et au-dessus de tout (et d’un cocotier en particulier). Je ne pratique pas, mais je respecte les pratiquants. En revanche, je n’aime pas les intégristes quels qu’ils soient. Quant aux lieux de culte, j’aime à les visiter : il y a quelques églises ou petites chapelles que j’apprécie pour leur architecture, leur fraîcheur, leur âme et leur humanité. Surtout leur humanité.
Car avant tout, je crois et vis dans le réel. Celui que je perçois, que je touche. Et que j’aime.
«Sire, j’ai prouvé aujourd’hui par raisons très bonnes et évidentes, qu’il y avoit un Dieu ; demain, Sire, s’il plaist à Vostre Majesté me donner encore audience, je vous monstrerai et prouverai par raisons aussi bonnes et évidentes qu’il n’y a point de Dieu».
L’abbé de Vilecourt (Bernard Giraudeau) dans le film «Ridicule» de Patrice Leconte (1996)
BONUS 1
L’expérience des fentes de Young expliquée simplement…
On clique sur l’image pour démarrer la vidéo.
BONUS 2
Une conférence du Professeur Alexandre Astier-Kaamelott.
Et là, tout devient limpide…
On clique sur l’image pour démarrer la vidéo.
EXTRA BONUS
Si Dieu est Internet, alors Salvador Dali introduit une autre hypothèse :
Internet pourrait être aussi en fromage. Et ainsi rejoindre un des principes quantiques :
la matière est formée de beaucoup de vide, comme le gruyère…
On clique sur l’image pour démarrer la vidéo.
François Roque (@imposture)
(1) Théorème de Green-Ostrogradski.
(2) Heureusement ! Imaginez une seconde que l’on trouve et modélise l’explosion d’un concept Internet. Celui ou celle qui trouvera ça sera certainement mille fois plus riche que Google et Facebook réunis…
(3) Le paradoxe du chat de Schrödinger. Voir l’article sur Wikipédia et quelques vidéos sur Youtube.
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@imposture votre post n’en est pas une
Il y a un vrai côté “Il était une fois, La vie” émission mythique de France 3 qui a bercé mon enfance cathodique. Je vous remercie de m’avoir remémoré ce bon souvenir. Le titre choisi est selon moi, le meilleur, car le plus accrocheur depuis le lancement du concours #enhautducocotier.
Et j’adore vos bonus qui m’ont permis de découvrir cette vidéo mystique de Dali ou encore l’excellent Alexandre Astier, héros de Kamelot, série au combien amusante.
C’est un franc merci pour cet article, qui je vous le souhaite naviguera au-délà du côté…
le post le moins commenté du cocotier. A moins que le fait de l’observer ne change les comportements du web. Mais peut-être le plus vu. En tout pas le moins intéressant.
Sera-t-il une onde ? ou une bille ?
Probablement un bout de fromage. Merci.
Nicolas, avant tout merci pour la pub pour mon bouquin
borislaffargue, le titre, c’est qui est le plus important en réclame… C’est une amie qui m’a envoyé la vidéo de Dali quand j’écrivais ce post. Une bénédiction…
Genaro, nous sommes la matrice…
Tout cela est bien. Mais expliquer comment cela fonctionne n’est pas dire pourquoi cela fonctionne comme ci et pas comme çà. Donc comparer Internet à Dieu (qui est une croyance, une hypothèse), n’a pas de sens. Pourquoi ne pas chercher un parallèle vers les sociétés d’insectes, abeilles ou fourmis?
Annie, ma “démonstration” a le mérite d’être positivement fallacieuse…
Votre piste des fourmis ou abeilles, sociétés naturelles en réseaux est intéressante. Et vous savez certainement que si les abeilles disparaissent (ce qui se passe pratiquement aux USA…), c’est un quart de l’humanité qui meurt faim…
Oups, je vais m’arrêter là…
Amusant je dois dire …
Malheureusement ta maitrise des concepts quantiques laisse un peu à désirer, ce qui ne serait pas trés grave en soi, comme le disais Feynman “Personne…” .
Quelque amusante et poetique soit-elle, la comparaison entre internet et la mécanique quantique ne tiens pas un instant, c’en est un peu génant, mais je me souviens brutalement que je suis sur Imposture…
Allez j’ai bien ri, c’est toujours ça de pris !
Tant qu’aux abeilles, je crains que leur disparition ne doive rien au chat de Schrodinger…Help !
[...] 19ème : François Roque (@imposture) : Et si Dieu était Internet (et réciproquement) ? 783 VU, 52 votes, 6 commentaries, 36 [...]