Ce post est une contribution spontanée de Bruno Benchetrit (blog popmarketing), dont l’idée “Et si on réinventait le mass-media ?”, était arrivée en deuxième position du classement des “Idées qui tuent” de ce blog en 2009. Il ne tient qu’à vos votes, que son idée 2010 “Et si internet perdait la mémoire ?”, n’arrive en tête cette année. Je l’ai illustrée par le célèbre tableau de Dali : Persistance de la mémoire, peint en 1931.
« Internet s’efface à mesure qu’il sécrète, le web est un fleuve d’amnésie » écrivait abruptement Emmanuel Hoog, PDG de l’INA, dans Le Monde, en août 2002. Une éternité à l’échelle du web ! Pourtant aujourd’hui, le problème est encore plus prégnant. Oui, nous n’en prenons pas assez conscience, pris dans le tourbillon de l’instantané : sur le web, on ne se baigne jamais deux fois de suite dans le même bain virtuel. Le web est omniscient, mais le medium du présent et de l’avenir ne se souvient pas de ce qu’il disait hier… Une mine de connaissances, mais surtout un flux continu d’informations qui laissent des traces très – trop – limitées dans le temps.
Le problème est ici : garder trace du flux et donner une mémoire à l’instabilité des contenus : 70% des pages web ont une durée de vie inférieure à 4 mois. Son instabilité technologique (évolution perpétuelle) nourrit peut-être la vitalité de la toile, mais elle fragilise la conservation de ses données. Aïe : le contenu du présent sera peut-être illisible dans 10 ans ! Avons-nous un format standard pour convertir et adapter nos anciennes données aux techniques de lecture du futur ? Le web, c’est aussi une infinité d’objets non-finis, pas vraiment datés, en constante évolution. Alors que depuis Gutemberg, tout texte est datable, comment conserver des traces qui n’ont pas d’ancrage temporel ? Il ne faut pas se voiler la face, il n’existe pas (ou peu) d’archivage. L’archivage du web est à inventer. Je connais des entreprises, purs-players internet, qui n’ont plus de trace de leur site d’il y a 5 ans. C’est con non ? On peut encore consulter le catalogue de la Redoute d’il y a 50 ans. Les blogueurs se posent-ils la question ?
Si nous sommes incapables de remédier à l’effacement des traces, que se passera t-il dans un siècle ou deux lorsque les historiens se pencheront sur notre époque : ils tomberont dans un grand vide digital. En 1996, l’UNESCO tire une sonnette d’alarme : « si le passé ne laisse plus de traces (…) nous ne pourrons plus entretenir le cycle continu de l’expérimentation qui fait progresser la connaissance ». Le dépôt légal, qui a permis (en France depuis 5 siècles) que tout ce qui touche à l’intellect soit archivé, peut-il se développer sur l’immensité du web ? Initiative publique, ou privée ? A l’échelle des pays ou à l’échelle mondiale ? Si nous perdons des documents de référence, comment allons nous faire le distinguo entre l’original et le modifié ? Le passé pourra être manipulé. Internet doit garder la mémoire…
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Paradoxale réflexion lorsque l’on pense à l’un des nombreux débats à propos du web : le droit à l’oubli. On rabache pourtant à nos jeunes de se méfier des réseaux sociaux dans lesquels une publication signifie la non maitrise de son utilisation et l’impossibilité de s’assurer de sa disparition pure et simple. Mais à défaut d’être effacées, il semblerait que toutes ses données seront plutôt perdues dans l’immensité d’internet.Jusqu’à ce qu’un petit malin les recherche…
Alors qu’en sera-t-il ?
À propos de l’archivage, un ouvrage que je vous recommande vivement (en particulier le chapitre intitulé “Rien de plus éphémère que le support durable”) :
“N’espérez pas vous débarrasser des livres” de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco (Ed. Grasset)
Autopub pour une vieux billet chez moi
http://imposture.canalblog.com/archives/2008/11/08
François, je suis allé voir ton post ci- dessus. Nous sommes d’accord : que restera t-il de la révolution numérique ? Un grand vide digital. Et même pas une trace de pneu…
Merde.
Bruno > thk’s
Pouvez-vous préciser d’où vient ce chiffre SVP : “70% des pages web ont une durée de vie inférieure à 4 mois” ?
Merci
(désolé d’intervenir si tardivement)
Article intéressant qui rejoint ma réflexion sur l’amnésie produite par les nouvelles technologies.
En effet, j n’avais pas pensé à cette perte de mémoire bien matérielle, celle de la perte de donnée par le manque d’archivage.
Mon propos va encore au delà : en admettant que les données soient conservées, la société, elle dévalorise la notion même de mémoire. Comme si les outils avaient amputé la fonction.
Le temps réel, l’information immédiate, émotionnelle prend le pas sur l’histoire, la distance, la mémoire…
A lire ici : http://www.mediaculture.fr/2010/08/28/nouveaux-medias-trop-de-memoire-ou-pas-assez/
a bientôt !