J’ai reçu cette nuit, cette contribution de Michèle Luna Flambard , consultante en ressources humaines, qui est une commentatrice régulière sur ce blog. Le hasard veut qu’elle se retrouve aux premières loges de l’actualité car son fils est dans la classe de la jeune A…., dont la garde à vue “en pyjama” a défrayé la chronique hier. Voici son témoignage, qui pose une nouvelle fois la question de la réforme de la garde à vue en France. Je vous laisse juge!
“A l’heure où la France découvre la voix de Anne, adolescente de 14 ans placée en garde à vue pendant neuf heures suite à une querelle entre collégiens, nos enfants (pour l’un scolarisé dans la même classe de 3ème que la jeune fille) essaient de comprendre l’enjeu de l’agitation médiatique soudaine autour de leur établissement parisien du vingtième arrondissement.
Tout commence la semaine dernière quand, au lendemain d’une bagarre hors les murs du collège (« rixe » diront les journaux télévisés alors que les protagonistes, pour qui les connaît, ne présentent pas le profil type de délinquants) au sein de laquelle Anne intervient pour s’interposer entre les belligérants, la jeune fille est interpelée en matinée à son domicile et conduite au poste de police en pyjama avant d’être mise en cellule et interrogée.
Le cas de la jeune Anne (ainsi que des quatre autres collégiens également placés en « détention » dans cette même affaire, pour l’un 25 heures durant), au-delà de l’anecdotique de quartier, intervient dans un contexte où le nombre de gardes à vue d’adolescents se multiplie. Dans le même temps, une réforme du droit pénal des mineurs se prépare. Coïncidence ?
Et si une garde à vue n’était que l’avant-garde d’une loi ?”
(Pour aller plus loin sur le sujet, je vous recommande l’article très complet de Maitre Eolas, pseudo d’un avocat bien réel, sur son blog “journal d’un avocat” : cliquer ici).
Cette histoire est lamentable!!!!!!!!
Bref tout ceci est vraiment pitoyable!!!
Enfin comme souvent, la police n’est jamais là où il faudrait ou rarement…..
C’est sur qu’aller chercher une gamine de 14 ans chez elle pour visiblement une bagarre c’est bien naze!
Voilà c’était mon coup de gueule du matin!
Cette affaire est incompréhensible, surtout pour un père d’enfants de cet âge.. Pourquoi n’a t-on pas convoqué les enfants au commissariat pour les entendre, tout simplement, sans menottes ni garde à vue?
Maintenant, et de manière encore plus incroyable, on ne comprend que si on adhère à la thèse de Michèle et Me Eolas, pour qui le prochain durcissement du droit pénal des mineurs sera précédé dans “l’exposé des motifs” d’une annonce de l’explosion des gardes à vue de mineurs. Et donc “on” aurait demandé aux policiers de gonfler ce chiffre..
Rdv au projet de loi (été 2010) pour voir si la thèse est juste.
Ci-dessous, cet extrait d’un article du Monde :
Depuis la parution de Gardés à vue, de Matthieu Aron (Les Arènes), de tels
témoignages se multiplient. Menottes, fouille au corps, attente des heures
durant dans des locaux insalubres, brutalement l’opinion publique prend
conscience de ce que recouvre le chiffre de 900 000 gardes à vue par an.
Matthieu Aron rappelle la visite de Nicolas Sarkozy le 24 juin 2003 à
Saint-Cyr-au-Mont-d’Or. Face à des élèves commissaires fraîchement diplômés, le
ministre de l’intérieur avait déclaré : “Vous portez maintenant l’écharpe
tricolore et l’épée des commissaires. Etre commissaire entraîne de nombreuses
responsabilités. La première est d’atteindre les objectifs fixés par le
gouvernement. Pour cela, j’attends que vous soyez les fers de lance de la
“culture du résultat” et de l’évaluation. Cette culture, vous devez l’instaurer
au sein même de vos équipes. Et je peux vous annoncer que, dès l’année
prochaine, les mécanismes financiers seront en place pour récompenser les
équipes les plus performantes.”
euh…c’est ça qu’on appelle le benchmarking ?!
J’ai peur que l’excès de zèle de nos policiers dans la garde à vue adolescente (encore hier en Bourgogne) ne nous fasse confondre la nature des objectifs qu’on leur a fixés avec le fait de leur fixer des objectifs.. Qu’un gouvernement demande à sa police (comme à son armée, sa justice, bref toutes ses administrations) d’atteindre des objectifs n’a pour moi rien de choquant, c’est la base de l’efficacité des services publics.
Ne jetons pas le bébé des objectifs chiffrés avec l’eau du bain des mauvais objectifs!
En effet, gardons-nous d’un amalgame rapide. Ce n’est pas le principe de la démarche qu’il convient de remettre en cause mais les dérives que la « culture du résultat » peut occasionner : en instituant un «pilotage par objectifs» fondé sur des résultats chiffrés ayant l’ambition de «mesurer la performance» (avec primes indexées sur le « rendement »), on peut en oublier de réfléchir à des indicateurs plus qualitatifs de fonctionnement des services.(Or, l’activité de l’Etat -aux finalités multiples et aux critères d’efficacité complexes pas toujours quantifiables- ne saurait se résumer à celle d’une entreprise dont un indicateur unique, le profit, montre avant tout qu’elle marche bien ou mal).
D’où l’importance de la mise en œuvre de vrais projets de service adaptés aux territoires et aux populations qui ne sauraient se limiter, pour la sphère de la sécurité publique, à la seule activité répressive.
Encore faut-il qu’un équilibre existe entre les objectifs et les moyens…