Chaque dimanche sur ce blog, un post consacré à un penseur contemporain (philosophe, sociologue, économiste…) au coeur de l’actualité. Après Edgar Morin (” Et si notre désintégration devenait métamorphose ?”) et François Ewald (”Et si on refusait la dictature du principe de précaution ?”), place à Amartya Sen, économiste indien, Prix Nobel d’économie en 1998 pour ses travaux sur l’économie du bien-être, qui a cosigné le rapport sur la mesure de la croissance avec Joseph Stiglitz, et publie un livre chez Flammarion intitulé “L’idée de justice”. Pour lui, la justice est un objectif évolutif vers lequel il faut tendre, pas une construction idéale. L’important n’est pas de savoir ce qu’est un monde juste, mais d’éliminer les injustices manifestement réparables. Il a accordé ce week-end une interview au Figaro titrée ” La quête du bonheur ne peut-être le seul leitmotiv d’une société”.
Détour par Wikipédia. “En 1981, Amartya Sen publia un livre dans lequel il démontre que les famines ne sont pas seulement dues au manque de nourriture mais aussi aux inégalités provoquées par les mécanismes de distribution de la nourriture. L’intérêt que porte Sen pour la famine lui vient de son expérience personnelle. A 9 ans, il fut témoin de la famine au Bengale de 1943 pendant laquelle moururent trois millions de personnes. Sen a conclu plus tard que ce désastre n’avait pas eu lieu d’être. Il pense qu’il y a eu, à cette époque en Inde, un approvisionnement suffisant : la production était même plus élevée que pendant les années précédentes où il n’y avait pas eu de famines. Mais la cause de la famine de 1943 est le fait que la distribution de nourriture a été gênée parce que certaines catégories de la société (ici les travailleurs ruraux) avaient perdu leur emploi et donc leur capacité à acheter de la nourriture. L’approche de Sen de la « capabilité» souligne la liberté positive, c’est-à-dire la capacité d’une personne à être ou à faire quelque chose, plutôt que la liberté négative. Pendant la famine au Bengale, la liberté négative des travailleurs ruraux consistant à pouvoir acheter de la nourriture n’a pas été affectée. Cependant ils sont morts de faim car ils n’étaient pas « positivement » libres de faire n’importe quoi. Ils n’ont pas pu se nourrir : ils n’ont pas eu la capabilité d’échapper à la mort. En plus de ces travaux sur la famine, les études de Sen sur l’économie du développement ont eu une influence considérable sur la formulation du Rapport de développement humain, publié par le Programme des Nations Unies pour le Développement. La contribution révolutionnaire de Sen à l’économie du développement et aux indicateurs sociaux se trouve dans le concept de “capabilité” développé dans son article Equality of What. Il défend l’idée que les gouvernements devraient faire attention à la capabilité concrète des citoyens, en particulier en matière d’éducation et de santé. C’est à chaque société de faire une liste des capabilités minimales garanties par cette société.”
Voici ce que j’ai retenu de son interview au Figaro :
“D’une certaine manière, nous avons connu deux extrémismes, qui sont désormais caducs : celui de la confiance exclusive en l’Etat, et celui de la confiance exclusive dans le marché”.
” Il y a un profond malentendu concernant la pensée économique libérale… Des penseurs libéraux, tels que Condorcet ou Adam Smith, aussi partisants fussent-ils de la liberté du marché, ne croyaient nullement en son infaillibilité… Adam Smith ne réduisait nullement l’action humaine à la recherche de l’intérêt ou du plaisir… Il défendait des valeurs qui transcendent le profit personnel, comme la sympathie complètement désintéressée dont nous sommes capables à l’égard d’autrui”.
” Philosophiquement, un monde qui serait dépourvu de sens moral serait tout simplement dépourvu d’espoir. C’est pourquoi la notion de justice est si importante. Elle est au coeur de la “capabilité”, la possibilité à la fois matérielle et morale, pour les individus de réaliser librement leurs projets. Par exemple, on peut choisir de jeûner comme Gandhi en signe de protestation, mais si on ne mange pas simplement parce qu’on n’a rien à manger, aucune liberté n’est envisageable. La victoire sur la misère matérielle ne suffit pas à produire la capabilité : il faut aussi que les gens aient les moyens psychologiques de désirer quelque chose qu’ils considèrent comme valable pour leur épanouissement : c’est pourquoi il faut non seulement prendre en compte leurs revenus matériels, mais aussi le niveau de l’éducation et de la santé dans une société. C’est tout l’enjeu de la démocratie…”
“En agissant en vue de plus de justice, votre action contribue à vous rendre plus heureux, mais vous n’agissez pas pour cette raison là. L’idée de justice ne peut dépendre seulement du bonheur…La justice et sa quête doivent rester au centre de nos préoccupations”.
La thèse défendue par Amarya Sen dans “L’idée de justice” vise à étendre la justice et la liberté de tout un chacun pour qu’il puisse maximiser ses “capabilités”, et conduit à placer liberté et justice au delà du bonheur : “La liberté de choisir notre vie peut largement contribuer à notre bien-être, mais, au -delà même de cette perspective, la liberté en soi mérite d’être valorisée”.
Share
En pré requis à toute valorisation en soi de concept ou attitude morale qui soit, j’aurais une question simple : “est-ce le bonheur qui procure la liberté ou l’inverse?”
Sensation confuse de deux mots fétiches qui ont tendance à s’éloigner au fur et à mesure que l’on semble s’en approcher.
[...] ?”), François Ewald (”Et si on refusait la dictature du principe de précaution ?”), Amartya Sen (” Et si la quête du bonheur n’était justement pas suffisante”), place à [...]