En attendant la version 2010 de la conférence annuelle TED (Technologie-Entertainment-Design) qui se tiendra cette semaine à Palm Springs (du 9 au 13 février) avec, parmi les 50 speakers, Bill Gates et Benoit Mandelbrot, vous pouvez découvrir, petit à petit, les vidéos prises lors de la manifestation Tedx Paris qui s’est tenue samedi dernier. J’ai particulièrement apprécié l’intervention de Miguel Bennasayag sur la nécessaire différence entre légalité et légitimité, et j’ai donc décidé qu’il serait l’invité du cette chronique dominicale désormais connue sous le nom de “jour du penseur”, à la suite de Michel Serres, d’ Edgar Morin , de François Ewald , et d’Amartya Sen .
Commençons par un rappel de la biographie de Miguel Benasayag, extraite du site TedxParis : “Ancien guérillero guévariste, Miguel Benasayag a connu les prisons de la dictature argentine. Une fois libéré, il a terminé ses études en France avant de publier plus de 25 ouvrages sur la psychanalyse, la philosophie et les mathématiques fondamentales. Né le 4 juin 1953 en Argentine, Miguel Benasayag a étudié la médecine en même temps qu’il militait pour la guérilla guévariste. Arrêté à plusieurs reprises, il passe plus de trois ans en prison et ne doit sa libération qu’au programme de libération des prisonniers français en 1978 (grâce à sa double nationalité franco-argentine). Il débarque en France en 1978 où il poursuit quelque temps son activité militante de la guérilla puis devient ensuite chercheur. Il se penche ensuite sur la critique de la psychiatrie, les mouvements internes de la médecine, sur l’anthropologie, la philosophie. Dans ce contexte, Miguel Benasayag crée le collectif « Malgré Tout » pour penser le monde, la liberté, le système. Il participe à l’Université populaire de la Cité des 4000, à la Courneuve. Il coordonne l’université populaire de Ris Orangis. le programme de “de-psychiatrisation” à Fortaleza (Brésil). Miguel Benasayag dirige depuis 2008 le laboratoire de « biologie théorique », Campo Biologico, à Buenos Aires. Philosophe et psychanalyste, il est également l’auteur de nombreux ouvrages, dont, aux Editions La Découverte : Utopie et liberté (1986), Penser la liberté (1991), Pour une nouvelle radicalité (avec Dardo Scavino, 1997), Le mythe de l’individu (1998), Du contre-pouvoir (avec Diego Sztulwark, 2000), Résister, c’est créer (avec Florence Aubenas, 2002) et La fragilité (2004).”
Dans son intervention remarquable à TedxParis, Miguel Benasayag nous rappelle que” le vrai ne fonde pas forcément la légalité”, et qu’il faut parfois savoir transgresser la loi. Il nous explique qu’entre la vérité absolue (qui n’existe pas), et l’idée d”à chacun sa vérité” qui n’est pas viable, la vérité est un “centre de gravité dynamique”, dont l’éthique doit être le principe. Car pour lui, quand le légal et le légitime se confondent, il n’y a plus de recherche, plus de progrès,plus d’engagement, et in fine, plus de vie. Une société parfaitement légale et transparente est une société totalitaire inhumaine et invivable. Pour Miguel Benasayag, il faut accepter une part d’ignorance, une part de risque qui fonde l’engagement, qui est l’essence de la vie : la vie se joue entre légalité et légitimité.
Cet engagement qui fonde une vie, c’est aussi celui du faussaire résistant Adolfo Kaminsky, dont la fille Sarah raconte l’histoire extraordinaire dans un livre (”Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire”) et dans la vidéo ci-dessous, avec un grand moment d’émotion lorsqu’elle demande à son père de la rejoindre sur la scène à la fin de son intervention.
En principe (en démocratie en tout cas?), on pourrait s’attendre à ce que légalité et légitimité coïncident, à savoir que le droit positif soit juste, en tout, pour tous, tous lieux et temps. En pratique non illusoire, il en va rarement ainsi : n’est-ce pas d’ailleurs le type d’analyses que l’on aborde au lycée en étudiant le contrat social de Jean-Jacques Rousseau?
Que la distinction entre les deux thèmes depuis longtemps débattus par les philosophes et juristes (légalité versus légitimité) soit indispensable ne fait plus beaucoup de doute et c’est en effet un prodigieux espace de critique possible (quel avenir pour les killer ideas sans ?).
A ce propos peut-on signaler ce qui, depuis Hobbes ou Kant est venu étoffer le débat, avec l’émergence de la notion de gouvernance, et les écrits en la matière de Pierre Calame (dont celui au titre provocateur “La démocratie en miettes”) qui emprunte à Edgar Morin le concept de “Terre-Patrie”?
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