L’exposition Picasso-Cézanne à Aix prolonge le plaisir de l’expo parisienne (« Picasso et les maîtres »), couleur locale en sus. Et œuvres magistrales en moins. On aurait rêvé de voir « Les demoiselles d’Avignon » de Picasso à côté des « Grandes baigneuses » de Cézanne (voir ci-dessous). Mais l’idée du cubisme que l’on prête à Cézanne ne serait-elle pas aussi le fruit d’un malentendu ? Elle prend sa source dans une lettre de Cézanne à Emile Bernard en 1904 lorsqu’il écrit « Traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cône … ». Phrase dont les historiens ont surtout retenu le début fort inspirant, mais plus rarement la fin, qui renvoie de manière beaucoup plus prosaïque à une simple question de perspective et de profondeur. L’Histoire est souvent réductrice ! Mais si l’on croise l’histoire de la naissance du cubisme avec celle de la naissance de l’art abstrait, quelques années plus tard, lorsque Kandinsky fut frappé par l’idée de l’inutilité de la représentation, fasciné qu’il fût par une de ses propres peintures figuratives posée par erreur (l’église de Murnau, voir ci-dessous) … sur le mauvais côté, on ne peut que méditer l’opinion du philosophe Jean Grenier, ami des peintres non figuratifs : « c’est l’accident qui fait l’artiste ». La rupture, quelle que soit sa forme, n’est-elle pas toujours créatrice ?


Accident : oui, c’est le mot. Une idée qui tue sera toujours un accident. Comme un accident, elle sera d’abord inacceptable. LE film qui tue sera toujours un accident, comme LA chanson, LE livre, LE produit… ou LA pub. Nous cherchons inlassablement la méthode qui nous permette de provoquer ces accidents, avec parfois une tendance au systèmatisme dans la rupture à tout prix. Mais tant pis : continuons de prendre les chemins sinueux qui longent l’autoroute, provoquons légèrement les dieux et écrasons-nous sur l’arbre qui fera tomber la pomme…
Longue vie à ce blog sur les accidents de cerveau !
Merci Bruno pour ce texte superbe auquel je n’ai rien à ajouter tant il est en ligne également avec ma pensée. Cordialement. Nicolas