Je prend un café au bar du Solférino avec un client au sortir d’une réunion à la Maison de l’Amérique latine toute proche.
Manuel Valls vient de proposer de changer le nom du Parti Socialiste. Est-il vraiment sérieux ? Peut-être devrions-nous l’inviter avec David Jobin à notre cours sur les marques à Sciences Po, quelques rues plus loin… On ne relance pas un produit ou service défectueux en se contentant de changer la marque. Il est impératif d’y associer un élément fondamental de nouveauté : une raison de croire que le produit est différent. Un changement cosmétique de nom sera immédiatement démasqué et donc vain. L’emplâtre sur une jambe de bois. Ca n’est qu’une fois le projet défini, que l’on peut se reposer la question du nom pour optimiser la perception. C’est ce qu’a compris et réussi le syndicat patronal français en passant du CNPF (les patrons) au Medef (les entrepreneurs). Il faut commencer par une vision partagée et un projet d’entreprise.

tout à fait d’accord. le problème c’est que le produit PS ne sait pas trop quels bénéfices il va apporter aux consommateurs électeurs. et en particulier il porte dans sa marque un adjectif (”socialiste”) dont le sens est tout sauf limpide en 2009. donc il faut la vision + donner du sens à “socialisme”. une bonne agence s’impose.
Cher Nicolas, bravo pour le blog. Pour le PS je diffère un peu de ton point de vue. Plutôt qu’être une marque le socialisme ( vs UMP ou RPR) est une doctrine/courant de pensée. Signifiant et signifié sont donc indissociables. Quelque soit la chronologie des décisions , le nom est en soi ( christianisme, trotskysme, structuralisme) un engagement ou du moins un regard théorique posé sur le monde. Si il doit y avoir une repensée du corpus doctrinal, le chg de nom s’imposera, non comme celui d’une marque mais comme celui d’une coupure philosophique , voire épistémologique, assumée.
Amicalement.
W
Cher Walther, sans vouloir rechercher le consensus ( je fais partie de ceux qui pensent que le débat est indispensable à l’avancée des idées politiques), il me semble que nos positions ne sont pas si éloignées. Je ne dis pas que le PS ne devra/pourra jamais changer de nom, mais qu’un changement de nom seul est vain, s’il n’est accompagné de ce que François M appelle la vision ou le sens, et de ce que tu appelles le corpus doctrinal. Je te rejoins à 100% sur le fait qu’enterrer le nom PS revient à enterrer le socialisme (ce serait vrai du communisme également), là où le changement de nom du RPR en UMP n’avait en rien ce type d’enjeux. Amitiés. N
Cher Nicolas,
Effectivement, nous sommes globalement d’accord. Changer de nom pour changer de nom , sans l’ariculer à une pensée, tient du pur ripolinage. Je remarque juste – et cela va dans ton sens- c’est que les mots deviennent de plus en plus privé de contenu pour se muer en “fétiches”. Avec l’émergence au niveau global d’un capitalisme financier, le mot même de “capitalisme” a perdu de sa lisibilité: de Braudel à Keynes ( plus actuel à mon humble avis que Marx) , on ne parle plus de la même chose, sans, ce qui est plus grave, en avoir pris date et forgé de nouveaux outils d’analyse et de compréhension du monde. Si la morale doit guider la vie politique, elle ne seule saurait se substituer, par retrait d’ intellectuels désenchanté du champ de la chose politique, à la seule ligne de clivage entre droite et gauche: salauds réalistes contre naïfs idéalistes. Voilà, il est tôt en ce dimanche et j’espère ne pas être trop confus. Sache juste que je te sais gré d’ouvrir un espace de confrontations où l’anathème n’ a pas sa place. Ca fait du bien.
Amitiés
Changer le nom du Ps ne signifierait pas forcement un changement de projet. Pensez vous que le projet Ps d’aujourd’hui ressemble à ceux que les socialistes ont rêvé? Nous en sommes loin ! Pour rejoindre votre débat, et si le nom “Parti socialiste” recouvrait davantage de contenus et de sens que le projet Ps d’aujourd’hui? Et si la “marque” PS était à la fois le signifié et le signifiant?
Ce n’est pas le nom qu’il faut changer, mais bien re construire un projet socialiste aux valeurs actuelles et donc revenir à toute la symbolique du nom.