Et si le travail n’était pas tout dans la vie ?

i don\\\'t likei like (+10 rating, 12 votes)
http://www.dailymotion.com/videoxdpsh8

L’arrivée (bienvenue) des vacances nous permet de prendre un peu de recul sur le travail et sa valeur. C’est le sujet de prédilection de la philosophe et sociologue Dominique Méda (voir vidéo ci-dessus), à qui j’ai décidé de consacrer cette rubrique dominicale #JourDuPenseur, à l’occasion de la publication de son dernier livre : “Travail : la révolution nécessaire”.

d40a34f60c94a2a197ccffa444a7a5a9uniqueidcmcimage1Dominique Méda, normalienne, énarque et inspectrice générale des affaires sociales, est une sociologue agrégée de philosophie, qui est devenue une des meilleures spécialistes du thème du “Travail”, réfléchissant en particulier sur la place du travail dans nos sociétés, les rapports entre économie et politique et les instruments avec lesquels nous mesurons la richesse d’une société, la place des femmes dans l’emploi, le modèle social français. En 1995 elle écrit Le travail. Une valeur en voie de disparition (Aubier, puis Champs Flammarion) qui suscite un vaste débat. En 1999, elle publie Qu’est-ce que la richesse ?, (Aubier puis Champs-Flammarion) dans lequel elle met en évidence les limites du produit intérieur brut comme indicateur de richesse sociale et propose une politique de civilisation appuyée sur une nouvelle conception de la richesse et du progrès, et de nouveaux indicateurs. Ses ouvrages récents sont consacrés à la place des femmes dans l’emploi, notamment dans les pays nordiques (et constituent un plaidoyer pour un meilleur partage des tâches domestiques et parentales entre les hommes et les femmes et une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie familiale pour les hommes et les femmes, ainsi qu’une amélioration de la place pour les femmes dans l’emploi) et au modèle social français.

9782815900362Dans “Travail : la révolution nécessaire”, Dominique Méda essaie de comprendre les raisons de la perception particulière qu’ont les Français de la notion de “travail”, comparés aux principaux pays européens. Si le travail occupe une place très importante dans la vie de tous les européens (60 à 80% des personnes considèrent que le travail est très important”), la France arrive en tête de liste, montrant un attachement particulier qui croise la peur du chômage, et la quête de sens et de réalisation de soi dans son travail. Dominique Méda met en évidence un paradoxe français qui veut que ce plébiscite en faveur du travail aille de pair avec un désir, tout aussi fort, de voir le travail occuper moins de place dans leur vie, à la fois parce que les conditions de travail sont jugées mauvaises, et parce qu’ils voudraient consacrer du temps à d’autres activités. Après être revenue sur l’histoire du travail (Adam Smith, Hegel, Marx, Habermas…), Dominique Méda développe sa thèse pour la “qualité de l’emploi”, et la nécessité de “rendre le travail soutenable” pour mieux “intégrer le travail dans la vie”, ce qui passe par un changement de la définition de l’entreprise et une redéfinition de l’équilibre entre l’apport de capitaux et l’apport de compétences. Ceci n’est, selon elle, possible que si l’on adopte une nouvelle définition de la richesse, du progrès, de la réussite collective, et donc de nouveaux indicateurs de richesse et du progrès, qui ne saurait se limiter au PIB : “Il faut cesser de vivre les yeux braqués sur le PIB” qui présente trois grandes limites : il ne valorise pas des temps essentiels (bénévole, domestique, parental…), il ne s’intéresse pas à la manière dont les revenus sont répartis, et il ne prend pas en compte les dégâts occasionnés par la production (en particulier en matière d’environnement). Dominique Méda ne dit pas qu’il faut remplacer le PIB, mais qu’il est crucial d’avoir à côté de lui un indicateur beaucoup plus global pour mesurer de nouveaux types de progrès. Et rendre à la vie de nouveaux espaces privés, mais aussi “de nouveaux espaces publics permettant aux citoyens de s’informer, de délibérer, et de participer aux décisions”. Seul moyen de rendre ses lettres de noblesse à la politique. Vous avez dit révolution ? ;-)

Le_Futur_du_Travail-707324

Share


Leave a Reply