L’un de mes fils vient de me faire découvrir cette campagne virale remarquable. Bravo à l’Inpes, à son agence (Hémisphère Droit), et aux trois acteurs. Même si on peut s’interroger sur la légitimité de placer le cannabis exactement sur le même registre que l’ecstasy ou la cocaïne (Le risque étant que l’expérience vécue du faible effet négatif immédiat du shit décrédibilise le discours de dangerosité tenu sur toutes les drogues). Il n’empêche ! Faisons buzzer !
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Cher Nicolas,
Un des plus célèbres junkie de Paris ( no name) m’a un jour dit que c’est Keith Richards dont l’image de mort-vivant lui avait donné envie de passer aux “choses sérieuses”. La strat est à-priori intelligente mais est-elle pertinente? Est ce que les drogués n’ont pas envie de se faire baiser par leur dealer ( voir “I’m waiting for my man” de Lou Reed/Velvet Underground). La déchéance et l’humiliation font malheureusement partie du truc et du bénéfice recherché. Franchement j’ai pas de solution mais qu’au moins la comm essaye de ne pas aggraver le pb.
Dubitatif et amical
W
Je savais en écrivant ce post qu’il allait être (légitimement) discuté. Cette campagne génère d’ailleurs pas mal de commentaires sur le net qui ne sont pas tous favorables, loin de là. On ne peut empêcher un être humain de faire l’expérience de la drogue (je l’ai moi-même faite à l’hôpital en expérimentant la morphine au sortir d’une opération
). Mais on ne peut pas ne pas informer (comme pour le tabac). C’est pourquoi je trouve non seulement cette stratégie intelligente, mais pertinente, en tout cas sur certains publics à qui il est bon de donner une vision non idéalisée des effets et une image moins valorisante des dealers. A l’inverse je ne vois pas en quoi cette com aggraverait le problème ?
Dans le genre discours vérité sur les effets négatifs, il y a ce site excellent :
http://www.leblogdecom.fr/leblogdecom/2009/07/connaissezvous-max-.html
Mais je rejoins Malissen, on risque de titiller la pulsion auto-destructrice plutôt que provoquer le rejet. On n’attire ce genre de mouche avec du vinaigre…
N’ayant rien d’une héroïne de communication, j’essaie seulement d’être un brin moins néophyte en matière d’éducation d’ « ados d’appartement » dont j’ai soumis ceux en âge d’être cible de campagne de prévention, aux diaboliques spots anti-drogues de l’INPES.
Le constat est que s’ils en ont ri (et à quel degré ?), ils ne se sont pas vraiment sentis concernés par le discours outrancier, au plaisir occulté (le point de départ de toute bonne addiction pourtant me semble-t-il ? ) et au mélange des genres entre orviétans, tous mis dans un même panier.
A ce point d’amalgame, il pourrait sembler sage de ne pas confondre, même pour rire, l’expérimentation ponctuelle en milieu hospitalier d’un puissant antalgique opiacé (par un mezzo-nonagénaire) avec une consommation de trottoir plus usuelle de plus en plus précoce par nos djeuns de quartier, d’une herbe tentatrice (toujours plus verte ailleurs) à la composition pneumologiquement aussi inquiétante que devient stupéfiante l’accessibilité à ces produits.
Et s’il existait un Hémisphère communiquant qui, sans verser dans l’information paternaliste, trouverait un ton de conseil en imagination moins fumeux pour asséner à nos gamins la vérité du piège de ces substances, dont même un usage doux ne saurait être impunément considéré comme anodin ou récréatif ?
Si les jeunes consomment de la drogue, c’est aussi parce qu’ils aiment ça…
… et qu’ils ne se transforment ni en violeur, ni écrasés 10 étages plus bas après avoir essayé de voler.
Si les jeunes consomment des stupéfiants c’est aussi en partie à cause de ces publicités…
Lorsqu’ils essaient le cannabis, l’ecsatzy ou la la cocaïne, ils se rendent bien compte que “les adultes”, la “société et ses publicités” leur ont menti.
Je vous laisse imaginer la crédibilité donnée aux messages de sensibilisation de l’INPES après une campagne pareille…
“D’après l’Ancien Testament, version papier Bible,
film péplum ou comédie musicale, vers 1300 av J.-C.,
sur le Mont Sinaï, Moise reçoit la parole de
Dieu, parole de feu qui grave les Dix Commandements.
Plus de 3000 ans après Moïse, Benny
Shanon, chercheur israélien en sciences cognitives,
propose une autre interprétation de l’épisode
biblique. L’universitaire, spécialiste en ethnopharmacologie,
affirme que la révélation de Moïse
serait le fruit d’hallucinations causées par l’usage
intensif, rituel et religieux, de psychotropes.
Sous l’emprise de la décoction, philtre de vision,
l’Esprit se manifeste. Le nom de Dieu est Shalom
et le Shaman est son prophète.”
(extrait de Kafka Cola)
http://peepingtomato.blogspot.com/2009/10/sous-lemprise-de-la-decoction-philtre.html
En écho au commentaire de François, je rajoute que les 3 films ne sont pas foutus pareils :
- le film du cannabis ironise à partir de la composition du stupéfiant. Ca ressemble à une bonne vielle “démo produit” qui fait flipper et qui marche bien je trouve. C’est tellement absurde de fumer du pneu et, ça, tout le monde peut le comprendre. L’INPES ne culpabilise pas, et met, sans le dire, le conso face à sa propre absurdité. Créa brillante !
- les films exta’ et coke ironisent, eux, sur le bénéfice-produit de ces drogues. Il est sûr, (François quelle expérience en la matière), que les effets décrits par le dealer ne sont pas “100 % garantis” (contrairement à la composition merdique du shit connue de tous).
Je suis d’accord avec François :le discours est donc pas très crédible et le jeune public peut être conforté dans sa défiance naturel envers les médias, publicités, autorités, adultes…et être tenté d’essayer
3 remarques :
- Pourquoi ne pas avoir décliné le modèle “démo produit” à ces 2 autres films ? “Hum sniffe moi ça, c’est blindé d’Ajax Ultra, ça sert aussi à récurer les fonds bidets.”
- Le parti-pris créatif de présenter les dealers comme les pires vendeurs est qd meme super bien vu. Finalement, le dealer sont l’égal d’une grande marque qui veut vendre à tout prix son produit. J’ai l’impression que ce parti-pris peut faire appel à la lucidité du jeune public face aux discours archi-vendeurs et dépassés des marques.
- Pour finir, il y a un véritable effet d’angoisse à regarder ce film (lumière, casting, tremblement. Il me semble que la créa est signée par Leg ?
En complément de ce fil de commentaires, je vous invite à lire ce papier fraichement publié par de Arnaud Aubron : “Campagne antidrogues du ministère, l’arroseur enfumé”.
http://www.rue89.com/droguesnews/2009/10/21/campagne-antidrogues-du-gouvernement-larroseur-enfume
L’angle est interessant, mais ca me semble un peu trop caricatural pour avoir vraiment un impact sur les populations ciblees (les jeunes, je suppose). Ca me rappelle ces pubs “u t’es vu quand t’as bu”, qui se sont vite transformees en gimmicks pour l’heure de l’aperitif…
Faire un truc avec des junky, vraiment choquant, ca pourrait avoir plus d’impact. Ca ne passera pas a la TV, mais qui regarde encore la TV de nos jours
?
La première fois que j’ai pris de la coke, le mec qui me tendait la paille, m’a dit :
“Je te préviens, si tu prend cette ligne, la coke sera ta maîtresse pour le reste de ta vie”
Ce ne fut pas vrai, mais cela dura quand même une bonne dizaine d’années !!!
Le fond du problème en effet, c’est qu’en déformant la réalité on devient inaudible. Si tous les gens qui avait pris de la coke étaient des junkys, ça se saurait.
je ne suis pas sûr que présenter le dealer comme un truand soit efficace. et je suis d’accord avec Nicolas que mettre sur le même plan le pétard et la cocaïne est très dangereux et contreproductif. car le pétard est fumé par plus ou moins 1/3 des jeunes, et .. ne tue pas (et ils le savent)! Rappelons les chiffres:
- héroïne / cocaïne: quelques dizaines de morts par an
- tabac: plusieurs dizaines de mille
- alcool: plusieurs centaines de mille
- cannabis: 0
pour élargir le débat, en ce dimanche, rappelons que la question “je vois le bien et je fais le mal, pourquoi?” a été posée par un certain St Paul il y a quelques années déjà.