Et si les medias changeaient de lunettes ?

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Pour cette 19ème et avant-dernière ascension #EnHautDuCocotier, j’ai le plaisir d’accueillir Olivier Cimelière, que je suis avec attention non seulement sur son blog du communicant 2.0, mais aussi sur Facebook et sur Twitter. Des réseaux sociaux dont on pourrait dire qu’ils se caractérisent par leur capacité à véhiculer des informations positives et des initiatives créatrices, et pas simplement les angoisses et les malheurs du monde qui alimentent le journal de 20h. Après avoir battu le record d’audience de son blog pour l’article ” Insulter les journalistes fait-il mieux exister ses idées ?”, Olivier complète ici sa réflexion sur le métier de journaliste à l’heure du 2.0 . Olivier se trouve aux Etats-Unis aujourd’hui et suivra donc les progrès de son ascension avec quelques heures de décalage. Il sera 18 h pour lui, et minuit pour vous, quand je donnerai sur Twitter le nombre de personnes qui auront cliqué sur cet article entre 9h et Minuit. Le record à battre, détenu par le publigeekaire, est de 3 567 visiteurs uniques. Bonne lecture !

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Et si on sortait enfin de la sinistrose du JT de 20 heures et des news en général?

Crise financière, plans sociaux, agressions en tout genre, contaminations, conflits armés, catastrophes naturelles, etc, rien n’est épargné au quidam qui se plante devant son petit écran pour s’enquérir des nouvelles du monde. Ici, point (ou peu) d’information décryptée, ni de mise en perspective mais souvent un angle journalistique qui privilégie à fond le fracas des news, le choc brut et l’émotion cash.

Assez de tambouille anxiogène

Sur M6, « Enquête Exclusive » constitue l’exemple idoine de cette télévision qui touille et tripatouille cette tambouille anxiogène. Pour s’en convaincre, il suffit juste de jeter un œil par exemple aux sommaires des reportages diffusés et aux édifiants descriptifs sur le site Internet de l’émission. Quel que soit le point de chute du reportage, l’approche est implacablement centrée sur les magouilles, les dérives et les violations en tout genre du lieu visité. Nice, Hawaï, New York, Thaïlande, Cuba, Abidjan et même les puces de Clignancourt sont tous traités sur le même schéma. Et quand on se hasarde à parler faits de société, les mêmes angles ressurgissent qu’il s’agisse des bagarres et des filouteries aux urgences parisiennes, de la grivèlerie des gens du voyage, des gourous peu recommandables des médecines parallèles, des ventres à louer en Inde, des reins à acheter aux Philippines, des parties de binge drinking des étudiants américains, des chauffards de la route, des cambriolages dans le chic 16ème arrondissement, n’en jetez plus même si la liste est loin d’être close !

Le cas d’Enquête Exclusive n’est toutefois pas un cas isolé et atypique. Et c’est bien ce qui pose précisément problème. L’information est de moins en moins conçue pour éclairer les esprits citoyens mais plus pour attirer des lucioles consommatrices versatiles et avouons-le aussi, un brin faux-culs puisque les courbes d’audience d’Enquête Exclusive et autres succédanés ne souffrent d’aucune désaffection.

Dans cette sinistrose ambiante, le journalisme contemporain donne chaque jour un peu plus l’impression d’éprouver d’incommensurables difficultés à trouver le bon curseur éditorial. Soit il se cantonne dans un journalisme borgne dans lequel le monde est fait sans nuance possible de méchants puissants et de gentils innocents, de sublimes victimes et d’odieux coupables. Soit au contraire il s’abandonne à l’extrême inverse qu’est le flux volubile de l’information à tout prix où un événement en chasse un autre pourvu que l’audimat soit au rendez-vous et que le volume ne se tarisse jamais. L’irruption d’Internet dans le jeu journalistique n’a fait qu’ancrer un peu plus la presse dans son addiction aux mamelles du « scoop » et de l’audience.

On aurait pu raisonnablement penser que la multiplication des canaux engendrerait une information plus complète et un reflet plus exhaustif des sensibilités diverses. Il n’en est rien comme le constate le sociologue et chercheur du CNRS, Dominique Wolton qui observe les médias depuis plus de trente ans1 : « Plus d’information ne créé pas plus de diversités mais plutôt plus de rationalisation et de standardisation car la concurrence effrénée conduit paradoxalement à ce que tout le monde traite de la même chose, de la même manière au même moment. L’abondance n’est pas synonyme de vérité. La concurrence accentue le conformisme ».

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Quand les marronniers refleurissent

Ce conformisme aboutit in fine à un implacable traitement stéréotypé de l’information. Il y a d’abord les marottes éditoriales saisonnières que les journalistes baptisent eux-mêmes les « marronniers ». Quiconque est un peu attentif aux affiches publicitaires apposées sur les kiosques ou aux ouvertures des JT, s’apercevra rapidement que les mêmes sujets reviennent à intervalles réguliers nourrir les journaux. C’est ainsi que les prix de l’immobilier ou les francs-maçons sont par exemple gratifiés d’une couverture journalistique cadencée.

Le tropisme du marronnier conduit les journalistes à ouvrir et à fermer automatiquement les écoutilles en fonction de l’air du temps et du calendrier. Journaliste société au Monde, Luc Bronner déplore ce pilotage automatique de l’information2 : « En décembre ou en janvier, le décès d’un SDF est un sujet d’actualité – une brève pour commencer, un papier ensuite si le nombre de morts atteint une masse critique suffisante. En juillet ou au mois d’août, non. Ainsi va la vie médiatique guidée par une jurisprudence implicite qui donne de l’importance à tel ou tel fait en fonction de la saison ».

Cette routine journalistique n’est profitable pour personne. A force d’être assénée selon un immuable tempo, elle tend à induire une coupable passivité chez le lecteur qui finira par n’y voir plus qu’un problème sporadique ou bien un truc de journaliste en mal d’inspiration, là où il existe pourtant un drame permanent. Les statistiques sont d’ailleurs formelles : les morts dans la rue interviennent malheureusement tout au long de l’année. Ce qui fait dire ironiquement à Luc Bronner que3 « pour un SDF, mieux vaut mourir en hiver qu’en été » si l’on veut quémander un peu d’aumône médiatique. L’hiver médiatique 2010 n’échappe pourtant pas à la règle.

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Sortir de la dictature de l’info-live

A force de butiner d’événement en événement au nom de « l’info live », la presse suscite et entretient le sentiment d’un monde bipolaire et alarmiste. Certes, on constate parfois des efforts louables pour s’extirper de ce flux incandescent. C’est le cas par exemple du JT de 20 heures de France 2 qui s’efforce régulièrement de traiter un sujet plus déconnecté de l’actualité chaude en proposant un reportage sur le contexte donné puis illustré avec deux avis divergents. Mais l’idéologie du direct sensationnel continue de perdurer comme le souligne Dominique Wolton4 : « Sauver l’information, c’est lutter contre l’idéologie du direct et revaloriser un autre rôle pour les journalistes. C’est réintroduire tout ce contre quoi l’information s’est construite mais qu’elle doit retrouver ; le temps et la lenteur ; les intermédiaires documentalistes et les journalistes ; le tri et la diffusion des connaissances validées ».

Autre sociologue averti du travail journalistique, Cyril Lemieux appuie son confrère et formule exactement la même remarque5 : « La grande difficulté pour la presse, c’est de s’aménager des contretemps. Pourquoi les journalistes ne reviennent-ils pas sur des événements deux mois plus tard ? La gestion du temps, la possibilité d’aller à contre-courant de l’actualité, de faire de l’intempestif est nécessaire (…) Que cela devienne un espace journalistique à part entière ». Dans ce contexte, peut-on croire enfin à un salutaire électrochoc de la part de la profession ?

Et si les médias inversaient les mécanismes éditoriaux ?

Ce désir de plus-value éditoriale est louable. Il doit aider à s’affranchir de la vox populi pour tirer les consciences vers le haut plutôt que céder aux bas instincts et aux préjugés que le café du commerce réclame. Et si les médias inversaient leurs mécanismes éditoriaux pour qu’un autre journalisme s’éveille ?

Par exemple en se réappropriant pleinement ce travail de boussole éditoriale et de filtre sémantique plutôt qu’être une chambre d’écho populiste et versatile où le scoop à tout prix, le buzz, le larmoyant et l’immédiat sont les uniques et dogmatiques critères de référence. Cela implique aussi pour la presse de pratiquer ce constant travail de mémoire, de rappel des faits et de contextualisation au lieu de privilégier psittacisme et course contre la montre où une info en chasse une autre dans un abrutissant carrousel de news. Cela oblige enfin les journalistes à savoir prendre de la distance autant avec leurs propres idées reçues, leurs schémas préconçus où les rôles sont d’emblée distribués qu’avec l’obséquiosité rampante ou déclarée envers les puissants, les tendances du moment et l’opinion majoritaire.

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Du balai, les trains qui n’arrivent pas à l’heure !

Les journalistes ne sont pas obligés de toujours privilégier la loi d’airain des trains qui n’arrivent pas à l’heure. On parle ainsi encore trop rarement dans la presse, des entreprises qui abandonnent les délocalisations industrielles pour revenir s’implanter en France. Il en existe pourtant de nombreuses qui régulièrement rapatrient des productions ou des services sur le territoire national et dynamisent des bassins d’emplois locaux. On a vu récemment le cas de l’entreprise des skis Salomon rapatrier en Savoie ses machines auparavant implantées en Chine.

Pourtant, celles-ci font tout au mieux l’objet d’articles dans la presse spécialisée ou régionale mais quasiment jamais l’ouverture du journal de 20 heures ou la Une d’un grand quotidien. En revanche, dès qu’une entreprise ferme ses portes pour déménager ses installations et partir à l’étranger (et pour peu qu’un conflit violent essaime dans la foulée), les médias accourent dare-dare pour couvrir l’information et nourrir abondamment les gros titres.

Pour Patrick Busquet, directeur général de Reporters d’Espoir, une association qui entend valoriser les bonnes nouvelles, cette pratique rédactionnelle constitue une perversion de l’essence journalistique6 : « Le journalisme raconte le monde et le récit est créateur. Or les médias n’en racontent souvent qu’une partie, la plus négative, la plus dérisoire, la plus éphémère. Le journalisme peut aussi raconter les expériences, les audaces développées par des millions d’entre nous en réponse aux enjeux collectifs ». Il est en effet urgent que les journalistes procèdent à ce rééquilibrage éditorial dans leur couverture de l’actualité et juguler ainsi ce réflexe pavlovien de la « news » dramatique ou sanguinolente.

Pas de lunettes roses mais de l’humain

Pour autant, il ne s’agit pas de dépeindre le monde avec des lunettes roses euphoriques mais plutôt d’évacuer une systématique sinistrose et d’arrêter au final de servir la soupe aux marchands de peur et aux adeptes de la théorie du complot, eux qui se repaissent goulûment de mauvaises nouvelles pour entretenir un climat suspicieux et anxiogène dans le but ultime d’asseoir leur propre légitimité égotique auprès du plus grand nombre.

Grand reporter, écrivain et éditorialiste au Nouvel Observateur, Jean-Claude Guillebaud est de ceux qui appellent de leurs vœux les plus chers à cette « révolution » intellectuelle de l’information7 : « Il ne s’agit pas d’encourager la gentillesse et moins encore je ne sais quelle niaiserie réconfortante. Plus sérieusement, il s’agit d’encourager les reporters à s’intéresser – mais intrépidement – à l’autre dimension du réel : initiatives, victoires sur la fatalité, engagements têtus, progrès trop ignorés, démarches de paix, réconciliations durables, prouesses de toute sorte. On voudrait en somme que soit un peu moins ignoré tout ce qui, mine de rien, permet aux sociétés humaines de tenir encore debout ».

Alors chiche ? On arrête de cultiver cette défiance endémique à l’égard de ce qui marche, contrairement aux journalistes américains qui ne rechignent pas à traiter une information positive. Fondatrice d’une petite agence d’information baptisée Graines de changement, Elisabeth Laville estime que la tâche est loin d’être achevée dans l’Hexagone8 : « Ici, on est plus dans l’intellect que dans l’enthousiasme. On est fondamentalement pessimiste, cynique. Le journaliste qui fait état d’une initiative positive est le candide qui n’a pas compris qu’il était manipulé par les entreprises ».

A cet égard, le jugement abrupt émis par François Malye, président du Forum des sociétés de journalisme, révèle bien à quel point le chemin est encore long pour faire évoluer les consciences9 : « Nous n’avons plus le droit de dire ce qui va mal. Or la base de notre métier, c’est l’indignation. Nous ne devons pas faire des journaux qui sont des organes de communication ». L’inoxydable théorie du complot a aussi la vie dure dans les rédactions !

Olivier Cimelière

Sources des citations: 1 – Dominique Wolton – Informer n’est pas communiquer – CNRS Editions – 2009; 2 – Luc Bronner – « Pour un SDF, mieux vaut mourir en hiver qu’en été » – Le Monde – 12 août 2008; 3 – Ibid.; 4 – Dominique Wolton – Informer n’est pas communiquer – CNRS Editions – 2009; 5 – Interview de Cyril Lemieux – Les Inrockuptibles n°244 – mai 2000; 6 – Patrick Busquet – « Reporters d’espoir : un journalisme du résultat » – Le Nouvel Observateur – 25 septembre 2008; 7 – Pascale Krémer – « Y a d’la joie ! » – Le Monde 2 – 23 décembre 2006; 8 – Ibid. ; 9 – Pascale Santi – « Les journalistes soucieux de leur indépendance » – Le Monde – 8 octobre 2007

portrait-olivier1NDLR : Olivier Cimelière est Vice-président de la Communication Corporate d’Ericsson France depuis 2007. Agé de 44 ans, journaliste de formation et ancien élève diplômé du Celsa, il a d’abord collaboré en presse écrite quotidienne régionale et en radio avant de s’orienter en 1991 vers la communication d’entreprise au sein du laboratoire pharmaceutique Boehringer Ingelheim France. En 1994, il a rejoint le groupe Nestlé Waters pour bâtir au niveau France puis à l’échelle internationale, les publications et les outils de communication interne, développer les sites institutionnels Intranet et Internet, des sites de marques d’eaux embouteillées, animer des événements thématiques et produits et gérer les relations presse.

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18 Responses to “Et si les medias changeaient de lunettes ?”

  1. Jibou says:

    Bonjour Olivier,

    J’ai beaucoup apprécié votre article. Néanmoins, vous ne m’avez pas l’air très sympathique… s’attaquer à mon bon Bernard de la V. de cette manière ! Mon bon Bernard qui n’hésite pas à se mouiller : Bernard qui prend un cours de Salsa, Bernard qui présente en marchant, Bernard qui rencontre par hasard un inconnu qui vient soutenir sa thèse !! Je suis déçu ;)

    Pour en revenir à un débat plus sérieux :

    - Qu’avez vous pensé des révélations Wikileaks ? Ce n’est, certe, pas vraiment du journalisme. Mais est ce que cette forme de diffusion (l’information brute) pourrait déclencher un mouvement dans le journalisme “plus” traditionnel ?

    - Enfin, je trouve la comparaison avec les news US un peu difficile. Je n’ai surement pas votre expertise dans le domaine, mais il me semble un peu “simpliste” de comparer (en une phrase) deux styles journalistiques venant de deux cultures très distinctes. Je suis d’accord avec le fait que le 20H de France2 est un résumé de la misère du monde et que Fox News couvre peut-être plus de bonnes nouvelles. Néanmoins, j’ai l’impression (peut-être naïvement) que les JT US sont bien plus partisans et politiques qu’en France. Problème qui, pour moi, est plus important que la gaieté de leurs informations. Je suis peut-être hors sujet (^^) mais qu’en pensez vous ?

    Cordialement,
    @Jibou

  2. imposture says:

    Si on nous apprenez à voir plus souvent la bouteille à moitié pleine au lieu de la voir en permanence à moitié vide, cela irait beaucoup mieux…
    Brillant article.

  3. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Fadhila BRAHIMI, florence meichel, Jibou, Laurent Binard, 90:10 France et des autres. 90:10 France a dit: RT @pierrechappaz: Excellentissime! (Le blog de Nicolas Bordas) Et si les medias changeaient de lunettes ? : http://wik.io/4BeWT [...]

  4. Lionel says:

    Les journalistes qui cultivent la sinistrose sont peut-être eux-mêmes manipulés par les entreprises, puisque la tension générée par l’accumulation de mauvaises nouvelles (et par les émotions fortes de la plupart des fictions TV, mais ceci est une autre histoire) trouve un relâchement possible dans le monde idéal dépeint par la pub, surtout quand il débouche sur un acte de consommation…

  5. Jean says:

    Il faut lire Leforik http://www.leforik.com/ :)

    Plus sérieusement, le mal me semble quand même assez profond, et vient avant tout de l’audience des médias: voir des mauvaises nouvelles permet de relativiser les difficultés du quotidien et de sentir que finalement ça ne va pas si mal dans notre petite vie.

    Et au contraire, montrer trop d’initiatives positives, trop de réussite peut déclencher de larges vagues de procrastination, en particulier au sein de la majorité des gens, qui ne se sentent pas le courage de prendre des initiatives, trop occupés qu’ils sont à gérer leur quotidien.

  6. Joanna says:

    Chiche? Et je crois que nous sommes tout un lectorat prêt pour la transition.

  7. Bonjour Jibou
    Merci pour votre humour autour de notre fameux Tintin de M6 ! Je n’ai malheureusement pas trop le temps de répondre en détails car je suis actuellement en voyage sur la côte Ouest des US et doit bientôt partir pour le bus! Néanmoins, concernant WikiLeaks, je vous suggère de lire le billet que j’ai consacré à ce sujet sur mon blog wwww.leblogducommunicant2-0.com … Pour faier court, je suis assez dubitatif sur l’objectif réel de cette volonté de transparence absolue. A suivre ! Merci en tout cas
    Olivier C.

  8. Merci à Imposture !

  9. Michel says:

    Super article ! Que pensez-vous de la pratique des sondages, chère à A2, où les téléspectateurs doivent répondre oui ou non à une question d’actualité très souvent sommaire et orientée? Au ton de la question, il est clair que ne vont répondre que soit les “oui” soit les “non”, ce qui fait que l’on arrive à un résultat massif présenté comme représentatif de l’opinion du pays (avec citation du nombre de répondants et annonce solemnelle et compassé du présentateur !). Il y a là une vraie manipulation de l’information par ceux qui sont censés l’éclairer.

  10. Mettout says:

    Bonjour, je suis le rédacteur en chef de LEXPRESS.fr et n’ai malheureusement pas le temps de faire une réponse détaillée. Trois remarques en passant, donc: 1. la rengaine de la presse qui ne sait pas parler des trains à l’heure est vieille comme la presse. Et toujours aussi artificielle. Les journaux ne parlent pas des entreprises qui reviennent en France, diantre! Combien se sont relocalisées l’an dernier? Combien ont délocalisé? Le monde est une jungle et, hélas! nous n’y pouvons pas grand chose, les bonnes nouvelles sont rares. Et s’obliger à en trouver et à les annoncer au forceps pour entretenir l’optimisme sort, de mon point de vue, de notre domaine de compétence – et heureusement. 2. Réduire le travail des médias à Enquête exclusive ou, pour élargir, le traitement de l’information par TF1 ou M6 n’est pas seulement rapide, ça frise la malhonnêteté. 3. Je ne pense pas, contrairement à nos professionnels de la recherche professionnelle, que le futur de l’avenir du journalisme consiste à ralentir ou au droit de suite – autres vieilles rengaines. L’avenir du journalisme, c’est avant tout ouvrir la fenêtre et descendre de notre tour d’ivoire (ça se dit, ça?) Autrement dit, cesser d’imaginer que nous avons seuls la connaissance, la compétence, le pouvoir d’enquêter ou de décréter que telle nouvelle est bonne ou mauvaise, le pouvoir de dicter leur lecture à nos lecteurs. L’avenir du journalisme, c’est le data journalisme – ou comment revenir à nos fondamentaux: trouver l’info, la livrer, livrer les codes qui permettent de la lire et laisser nos lecteurs en faire ce qu’ils souhaitent; c’est le “crowdsourcing” (je sais c’est moche et anglais, mais j’ai pas trouvé mieux) – ou tenir compte des changements technologiques et sociologiques et nous dire que nous devons faire avec d’autres fournisseurs d’information… Franchement, c’est plus excitant que de remuer encore et encore ces lunes poussiéreuses.

  11. Bonjour M. Mettout

    Merci pour ce commentaire qui n’est pas si court que cela ! Ca fourmille d’éléments auxquels je vais tenter de répondre car je crains que vous n’ayez fait quelques petites méprises au sujet de la teneur de mon billet.

    Point 1/Mon propos n’est pas de dire qu’il faut absolument (et abusivement) parler des news positives mais simplement de ré-équilibrer le propos. Il me semble évident que la presse doit couvrir tout ce qui sort de l’ordinaire, relève de l’accident, pose questions. A mes yeux, cela ne discute même pas. Pour autant, son rôle doit parfois savoir aller au-delà et parler aussi des exemples originaux qui fonctionnent. Pour revenir sur les relocalisations, même si le sujet n’est pas massif, il mérite d’être autant traité que chaque plan social qui fleurit (malheureusement trop souvent). J’appelle juste à un ré-équilibrage, pas à de l’info lénifiante à la Michel Drucker !

    Point 2/Là encore, vous allez un peu vite en besogne. Je n’ai jamais dit que le journalisme se résumait à Enquête Exclusive. Dieu merci ! En revanche, cet exemple constitue une illustration de ce journalisme déviant et racoleur qu’on trouve de plus en plus, y compris dans l’Express si j’en juge la dernière couv’ sensationnelle sur la consommation de cocaïne en France !

    Point 3/ Je vous rejoins pleinement sur la nécessaire évolution du journalisme. Le data journalisme constitue sans nul doute une voie à explorer. Le New York Times le fait très bien d’ailleurs. Quant au crowdsourcing, j’y crois mais à condition que le journaliste soit réellement le chef d’orchestre, l’aggrégateur et le contextualisateur. Sinon, on aboutit vite à de la bouillie limite café du commerce à la sauce Agoravox par exemple.

    Merci en tout de vos remarques et au plaisir d’avoir échangé. Cdt
    Olivier

  12. Merci Joanna. Le changement ne pourra effectivement que venir du lectorat ! Sinon l’opération risque vite d’être lettre morte !

  13. Bonjour Lionel
    Plus que la sinistrose, c’est surtout le manque de moyens qui impacte le métier de journaliste et conduit souvent à privilégier le sensationnel plutôt que le fond. Manque de temps, d’argent et de rédacteurs en nombre suffisant conduisent malheureusement à cet appauvrissement de la profession

  14. Mettout says:

    Une petite réponse toujours vite fait: la consommation de cocaïne en France est en train de devenir un problème de société et de santé public majeur. Que nous fassions une couverture à ce sujet ne me paraît en aucun cas relever du sensationnalisme. Ravi aussi, naturellement ;)

  15. Sur le fondement d’un article qu’a consacré en son temps Le Nouvel Observateur à ma proposition d’une “information de résultat”, vous me citez en tant que directeur général de Reporters d’espoirs. Je vous informe que j’ai quitté cette structure le 31 juillet 2009. J’avais défini et installé le concept d’”infosolution” (prolongeant concrètement l’invitation du journaliste brésilien Geraldhino Vieira en 1994 : “Intéressons-nous aux solutions et pas seulement aux problèmes !”) qui, dans mon esprit, n’avait rien à voir avec l’information “positive” : cette qualification de l’information relève, selon moi, d’une vision idéologique qui n’apporte rien. Ce concept a été développé par l’agence d’information Reporters d’espoirs, que j’avais également initiée et que j’ai dirigée jusqu’à mon départ. Mais j’ai quitté ces fonctions, en désaccord stratégique avec le conseil d’administration dont je dépendais, alors que la notoriété de la proposition commençait à s’installer.
    La magnifique équipe qui avait construit l’agence avec moi (une dizaine de salariés) a quitté cette société dans les mois qui ont suivi. De sorte qu’aujourd’hui Reporters d’espoirs me semble ne plus avoir la réalité que la communication, fondée sur l’originalité de sa démarche et ses succès éditoriaux antérieurs, lui avait donnée.
    Depuis, nous avons créé, avec Alain Grumberg, l’agence de presse Futuring Press (reconnue par la CPPAP). Positionnée sur les modèles émergents à forte plus-value sociale et sociétale, Futuring Press développe un traitement de l’information unique, centré sur les enjeux d’intérêt général, les innovations y apportant réponses et leur évaluation. Cette dernière exigence comporte deux phases : l’énoncé des objectifs et la présentation de l’impact humain (le bénéfice social et sociétal, ou-bien les conséquences imprévues) de l’initiative. Vous pourrez observer, par le biais de nos collaborations médias (cf. onglet ‘Références’ in http://www.futuringpress.com), que cette approche qui n’est plus fondée sur l’actualité événementielle, ni sur le seul récit du monde, ni sur l’exploitation du gisement émotionnel qui est en chacun de nous, progresse. La prise de conscience de certains et certaines dans les salles de rédaction, y est pour une part ; la “demande” des publics, pour une autre part ; l’effondrement des certitudes et des modèles économiques des médias, pour davantage.
    L’approche de Futuring Press est également portée par une pratique professionnelle intégrant la valeur “responsabilité sociale” : les médias, leurs professionnels, sont des acteurs des acteurs de la société. Pour nous, il s’agit d’une responsabilité sociale des médias et des publics, les deux constituant un axe majeur de nos vies communes. Convaincus que l’information est un levier essentiel pour leur futur, nous avons donné une signature à Futuring Press : “L’information construit le monde”.
    J’ai été ravi de lire votre excellent article : les médias, l’information sont un des grands enjeux du monde actuel. L’émergence de ce type de sujet réchauffe le coeur des journalistes qui, depuis une trentaine d’années, développent ces idées contributives à l’édification d’une vie meilleure, plus juste, simplement humaine. Il s’agit avant tout de questionner la structure de l’information, de remettre courageusement à plat la position, le regard et la pratique journalistiques, de modifier nos filières de formation et, dans les salles de rédaction, de : se libérer de la dictature des événements, de la scannérisation analytique et systématique de la vie, facteur de paralysie bien souvent parce que sans sortie d’action.
    Merci de m’avoir permis une modeste réaffirmation de l’imminence d’un âge très nouveau, très surprenant, très constructeur des médias et… des journalistes.

  16. Olivier C. says:

    Cher Monsieur
    Tout d’abord merci pour cet exhaustif commentaire et mes excuses pour avoir loupé une “étape” ! Je n’étais effectivement pas au courant de votre départ de Reporters d’Espoir. Je vous remercie d’avoir apporté les nécessaires mises à jour et précisions. Je vais également suivre avec attention les aventures de Futuring Press et vous souhaite surtout très sincèrement une pleine réussite pour faire croître votre approche informative qui est à mon sens une partie de l’avenir du journalisme et de son regain de crédibilité et d’adhésion auprès du public. Merci encore
    Cordialement
    Olivier Cimelière

  17. [...] 13ème : Olivier Cimelière (@olivcim) : Et si les médias changeaient de lunettes ? 1153 VU, 27 votes, 14 commentaires, 20 [...]

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