A l’occasion de la clôture du salon du Bourget, qui a mis en exergue les succès d’EADS et particulièrement d’Airbus, le #JourDuPenseur est consacré ce dimanche non pas à une personnalité mais à un ouvrage collectif du Conseil Economique de la Défense (CED) présidé par Philippe Esper, ingénieur Général de l’armement. L’universitaire et économiste Christian de Boissieu, le juriste Pierre Delvolvé et le politologue Christophe Jaffrelot, tous trois membres du CED, l’ont épaulé pour rendre compte de leurs derniers travaux dans l’ouvrage Un monde sans Europe ? S’interrogeant sur les risques et dangers que la France et le monde allaient devoir affronter, ces experts en sont venus à considérer que l’une des menaces qui pèse sur nos destins est bien celle d’un monde sans Europe.
Jacques Delors déjà dans les années 80 parlait du « coût de la non-Europe ». Un raisonnement par défaut qui permet de mettre le doigt sur les risques majeurs guettant les membres de l’Union européenne. Un monde sans Europe ? est certes un titre provocateur mais à la lecture du constat que les membres du CED font de l’Europe actuelle, on comprend vite qu’elle pourrait très bien être amenée à disparaître en tant que puissance. La question du « coût de la non-Europe » se pose donc encore aujourd’hui. Le constat de ces acteurs économiques, politiques et de la défense est le suivant : L’Europe est trop divisée sur les questions fondamentales d’avenir : l’énergie, illustrée par exemple récemment par la décision unilatérale de l’Allemagne de quitter le nucléaire ; la protection des ressources naturelles ; les migrations, comme on peut le voir à Lampedusa en Italie. De plus, l’Europe est prisonnière de son esprit administratif. L’Europe est trop divisée pour offrir une défense commune. La gestion de la crise libyenne ne vient pas contredire ce constat. Et l’esprit coopératif ne se développe plus au sein de l’Union. Un relatif problème sanitaire comme l’épisode du “concombre d’Espagne” mis au ban par les autorités allemandes et qui a entraîné une véritable catastrophe économique pour des milliers de producteurs espagnols nous montre que le dialogue est loin d’être simple à l’intérieur de l’Europe. Si l’Europe existe par l’euro, par la politique commerciale extérieure et par la politique de concurrence intérieure, les signes d’efficacité dans le domaine de la défense, de politique énergétique ou de protection des ressources naturelles sont bien trop faibles pour assurer une influence internationale de l’Europe et sa sécurité. Or la maitrise des moyens industriels et organisationnels est une condition capitale pour que l’Europe devienne un acteur au niveau de ce que devraient être ses ambitions politiques.
Pour ces auteurs spécialistes en économie, sciences politiques ou stratégie de défense, la puissance d’une nation mais aussi de l’Europe se mesure à sa capacité d’alliances et de coopération. Depuis les années 60, l’Europe a connu de beaux succès de coopération industrielle comme Gie Airbus, Arianespace ou Gie Euromissile. Ce mode de coopération industrielle reposant sur l’association d’industriels nationaux autour d’un programme commun (avion, bateau, missile, satellite…) et se faisant sous forme de joint venture ad hoc reste un mode d’organisation envisageable. Accepter dans certains domaines un partage réel de souveraineté, afin de mettre en commun les compétences et les acquis, en organisant la meilleure fluidité possible des échanges entre les bases nationales des sociétés. Sur le plan politique, avant de quitter la BCE, Jean-Claude Trichet a lui lancé un appel solennel pour que l’Union se dote d’un ministre des Finances, qui soit une instance de coordination permanente. Et le rôle de la France est prépondérant dans cette démarche vers plus de coopération puisque notre pays est au cœur des deux axes de progression indispensables à l’Union : économique et politique avec l’Allemagne, de défense avec la Grande-Bretagne. Pour remédier aux lacunes constatées et pour que l’Europe ne reste pas passive face à la montée en puissance des pays émergents, les membres du CED formulent une vingtaine de propositions, parmi lesquelles : La constitution de « groupes de progrès » avec les pays « qui le peuvent et qui le veulent » , une lutte commune contre la prolifération nucléaire, une lutte davantage commune contre le terrorisme, une lutte commune contre la cybercriminalité, une gestion commune des grandes migrations à venir, une gestion commune des risques technologiques.Les membres du Conseil Economique de la Défense exhortent les pays européens mais aussi l’Union européenne à relever les défis de l’innovation, de la R&D et des nouvelles technologies, du développement des PME, de l’éducation et de l’enseignement supérieur. A l’échelle de l’Europe, la solution aux risques posés par l’avenir est donc selon eux dans la coopération-mutualisation. « L’ambition est de structurer la recherche en Europe par une mise en commun des ressources et une coordination des actions. (…) Face à un monde en constante évolution, l’Europe de l’intelligence, de la sécurité et de l’immatériel est à construire. » Pour que ces partenariats se réalisent, il faut, selon les experts du CED, accepter l’idée d’une Europe qui puisse être à géométrie variable dans certains domaines d’action et accepter de remettre en cause pour ces domaines la règle de l’unanimité qui empêche certaines coopérations utiles de voire le jour, et ce encore en plus en temps de crise budgétaire. L’Europe ne sera écoutée que si elle parle d’une voix concertée sur les questions engageant notre avenir : la réforme du système monétaire international, la volatilité des prix des matières premières, la régulation financière… Et en montrant l’effectivité de la gouvernance européenne sous l’impulsion des pays membres qui « le peuvent et le veulent ». Les auteurs racontent qu’en réponse à Henry Kissinger qui déclarait ironiquement, il y a trente-cinq ans, ne pas savoir à quel numéro appeler l’Europe, Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, aurait récemment communiqué la référence d’un standard téléphonique branché en boucle sur le message suivant : « For Germany, press 1 ; for France, press 2 ; for England, press 3, for Italy, press 4 ; for Poland, press 5…, for Malta, press 27 ». Anecdote révélatrice d’un temps où l’Europe ne se présente pas encore en un ensemble ordonné…
Finalement l’Europe c’est un peu comme l’équipe de France de foot, de belles individualités sans cohésion. Ce qu’il nous faut c’est Laurent Blanc, CQFD !
J’appuie
Au début des années 90, un politique allemand nous rappelait que les fondateurs de l’Europe tiraient au moins 1 conclusion d’un siècle de guerres autour de l’Allemagne (1870-1914-1939).
Ce pays doit trouver une zone économique plus large à cause de sa productivité nettement plus forte malgrè tous les événements contraires.
Le politique allemand disait “il faut entourer l’Allemagne de paix et la recentrer sur l’Europe de l’ouest” et, à l’époque, il y avait une chance que l’Allemagne se tourne vers une Russie enfin démocratique (espoir déçu).
L’Europe ne peut se permettre de reculer, elle n’a déja pas été assez rapide pour nous épargner les guerres civiles des Balkans.
David
Le potentiel économique allemand se révèle encore et encore, demandez aux tchèques, demandez aux croates. C’est le seul pays à avoir un bilan positif et il a l’impression d’avoir à payer pour les pays déficitaires.
Prenons conscience de cette chance pour l’Europe, effaçons nos nationalismes et reconnaissons à l’Allemagne son rôle de leadership, tabou depuis 60 ans.
Les matamores français ou italiens ont qqs leçons de modestie à prendre. Merkel n’est pas de mon bord politique mais j’admet que c’est … une force tranquille
Puis-je avouer que le titre de ce post en forme de sujet de philo du bac, découvert ce matin, me laisse perplexe ?.. Je comprends bien qu’il est plus un résumé du livre d’Esper & Co que de la pensée de Nicolas, mais il condense tellement d’idées reçues que je ne peux pas ne pas réagir. Reprenons donc chacun des mots :
Le premier est « Europe », et dès le début les difficultés arrivent : qu’est-ce que l’Europe ? Le continent que j’ai appris à l’école, ou les 27 pays de l’UE aujourd’hui ? ou les 27 pays de l’UE 2011, plus la Turquie et la Croatie ? puis l’Ukraine et l’Arménie ? puis l’Azerbaïdjan et la Géorgie ? Ce n’est pas tout à fait pareil, et personne ne sait.
Le second terme est « se permettre », tout aussi ambigu. Car « se permettre » veut dire « avoir les moyens de ». Et je ne vois pas en quoi, dans les exemples bien choisis d’Airbus ou Arianespace, l’Europe ne s’est pas permis ce qu’elle voulait ? Comme le dit le post, ces programmes ont réuni dans les années 60 des pays volontaires et ont été globalement des succès. Sans intervention de l’administration de Bruxelles. Et … sans l’€ (demandez donc à M. Gallois si l’€ fort l’aide à vendre des avions).
Enfin vient le clou sensé effrayer le lecteur, le mot “reculer”. « Reculer » signifie « aller en arrière », ce qui sous-entend que l’Europe aurait un but, une direction de laquelle on s’éloignerait. Mais quel est ce but ultime vers lequel on devrait « avancer » ? Est-ce que quelqu’un le sait, l’a défini et proposé clairement aux électeurs européens ? Garde-t-on des nations plus ou moins souveraines, ou veut-on un président élu par tous les européens, un gouvernement unique pour tous les pays, basé à Bruxelles ou plutôt à Frankfort ? Personne ne sait non plus.
Donc je vois pas bien pourquoi nous devrions déplorer qu’un ensemble aux contours incertains ait plus ou moins les moyens d’errer vers un but tout aussi incertain…
Et si, au lieu de nous lamenter, nous acceptions la réalité : l’Europe n’est pas un pays comme l’Inde ou le Brésil, c’est un continent fait de peuples différents qui parlent des langues différentes, ont des modes de vie différents et des intérêts différents et parfois même… divergents. C’est comme ça. Il n’y a pas d’entreprise européenne, il y a des entreprises nationales. Mais cela n’empêche pas certains pays et entreprises de se regrouper sur une base volontaire pour réaliser ensemble des projets comme Airbus ou Arianespace.
Par contre, sur la Lybie ou la gestion des tunisiens de Lampedusa, non, il n’y a pas de position commune parce que les pays n’ont pas les mêmes intérêts. Le déplorer est totalement stérile, car c’est un fait. Et en plus c’est inutile : les allemands ne voulaient pas aller en Lybie, ils n’y sont pas. So what ?
Enfin, pour ne relever que le dernier exemple du post, le maillon inutile dans la diplomatie européenne ce n’est aucun des 27 pays, mais plutôt … Catherine Ashton elle-même : sur la création de son poste, oui, « l’Europe peut se permettre de reculer », car « une Europe sans Catherine Ashton » ça n’effraie personne.
@f momboisse : vous avez raison d’interroger les différents termes du titre. Mais vous auriez pu également prolonger votre raisonnement en décortiquant l’ensemble du texte.
), si cet auteur avait dit “l’Europe est divisée…”, cela aurait pu susciter une réflexion sur les objectifs et les enjeux pour l’Europe.
), font qu’il n’y a pas de lignes directrices suffisamment nettes pour être pour ou contre (hormis les présupposés affligeants sur le nucléaire avec des termes tels que “la prolifération nucléaire”)
Si l’auteur de ce post (car s’agit-il de Nicolas Bordas ? En êtes-vous sûr ? pour en avoir le coeur net, j’ai posté moi-même à plusieurs reprises des commentaires sur ce blog, en les signant Nicolas Bordas : ils sont passés comme une lettre à la poste !
Le fait que l’auteur ait écrit “trop divisée”, puis qu’il donne son gloubiboulga sur le nucléaire, semble sous-entendre que le choix du nucléaire est mauvais. Je rappelle tout de même que sur le sujet du nucléaire, la France déjà est très divisée. Et à l’instar d’un JM Jancovici, je suis toujours abasourdie de voir l’opprobe jeté sur les scientifiques sur ce sujet, alors qu’il semble normal de les croire et de ne pas remettre en cause leurs compétences ou leurs diagnostics sur les questions de bio-éthiques, ou de recherches médicales…
De plus les passages Gloubiboulga qui prolifèrent dangereusement dans ce texte(du type : La constitution de « groupes de progrès » avec les pays « qui le peuvent et qui le veulent », c’est de la langue de bois politique, ça !
Même si évidemment, on ne peut qu’adhérer à certaines phrases : “il faut, selon les experts du CED, accepter l’idée d’une Europe qui puisse être à géométrie variable dans certains domaines d’action et accepter de remettre en cause pour ces domaines la règle de l’unanimité qui empêche certaines coopérations utiles de voire le jour, et ce encore en plus en temps de crise budgétaire.” Forcément. C’est déjà vrai à un niveau local, régional, national… Mais je ne savais pas qu’il y avait une rêgle de l’unanimité. Dans quel contexte ? sur quel cas ?
“L’Europe ne sera écoutée que si elle parle d’une voix concertée sur les questions engageant notre avenir” En effet. M de Lapalisse n’aurait pas dit mieux. Difficile de parler d’une voix concertée quand on n’est pas tous d’accord.
Mais au fait, ce n’est pas déjà le cas ? quand “l’Europe” s’exprime, c’est par une annexion de sa parole par l’un de ses membres ?
@f Momboisse, je me permets une dernière question : connaissez-vous Philippe Esper, Christian de Boissieu, Pierre Delvolvé ou Christophe Jaffrelot ? Connaissez-vous le CED (les auteurs de ce livres sont membres du CED) ? comment fonctionne-t-il ? quelles sont ses missions ? est-ce une instance européenne ? Ses membres sont-ils élus ?sont-ils chargés de la politique de défense de l’Europe ? etc.
Cela nous éclairerait pour comprendre leurs motivations et leurs objectifs ?
J’espère évidemment ne pas vous avoir choqué en vous racontant que j’avais signé parfois Nicolas Bordas. C’était la réponse de la bergère au berger !
@ Agnès sans majuscule ni accent (anagramme d’ « anges » ?..)
Je ne suis pas sûr d’être bien d’accord avec vous..
Je suis d’accord que le livre est un peu fourre-tout mais c’est qu’il est visiblement centré sur une idée unique: les européens ne sont pas d’accord entre eux et c’est bien dommage (ma bonne Dame..), car du coup le monde se fera sans l’Europe. Idée que je trouve idiote. Mais visiblement le livre revient sur le dogme de l’unanimité* et ça c’est très bien. Non c’est au titre que je m’en prends !
(* en matière fiscale, par exemple : pour baisser la TVA des limonadiers de Toulouse, il a fallu le ok des 26 pays)
Mais “L’Europe ne sera écoutée que si elle parle d’une voix concertée sur les questions engageant notre avenir” n’est à mon avis pas une lapalissade, c’est faux tout simplement : quand Villepin a tenu son célèbre discours à l’ONU en 2003, en opposition frontale à Aznar et Blair, il a été écouté. Quand la France et la Grande-Bretagne obtiennent (sans l’Allemagne) la résolution 1973 à l’ONU (l’envoi de troupes en Lybie), on les écoute et on les suit. C’est quand Barroso ou van Rompuy parlent que personne n’écoute !
L’Europe est un ensemble de nations différentes, fortes, dont la Commission fait tout pour casser le pouvoir, en allant beaucoup trop loin dans la centralisation colbertiste : en fait je pense l’exact contraire du titre : l’Europe doit reculer, et vite, sinon ça va mal se passer.
Chère Agnes,
Amicalement. Nicolas.
Quand vous signez sur mon blog en prenant un pseudo (y compris mon propre nom), je vois qu’il s’agit de votre adresse e-mail, qui m’est également indiquée dans le back office, et je le laisse passer (parce que c’est vous) et, qu’en général, j’aime bien vos commentaires qui stimulent la réflexion !
@f momboisse : dire “l’Europe doit reculer” est un anathème. Doit-elle reculer en ce qui concerne la diplomatie (exemple de Villepin) ? la monnaie commune ? Vous êtes défavorable au concept d’Europe dans sa globalité comme le FN ? Les différents pays européens coopèrent forcément, du fait qu’ils ont une frontière en commun. Et face au pouvoir économique des USA ou des pays du BRIC il est évident que le continent Europe a intérêt à faire valoir son existence et ses intérêts. Mais en effet, les USA (50 états pourtant) parlent d’une seule voix, celle d’Obama. La Chine idem, il y a 1 interlocuteur privilégié, etc. Les divergences au sein de l’Europe (et heureusement qu’il y en a !) seraient moins voyantes s’il y avait 1 voix forte et unique pour la représenter, celle d’un personnage dont l’identité et la légitimité ne seraient pas floues. Un système fédéral à grande échelle ne peut se présenter comme un tout cohérent que s’il est incarné par une personnalité, un visage, un nom… Actuellement, l’Europe ressemble un peu à la Suisse (vue de l’extérieur) : on ne sait pas bien qui la dirige, quelle est sa place sur l’échiquier politique international, … et surtout on s’en fout un peu, ce qui est pire, car son rôle est anecdotique. On peut être en désaccord avec des décisions prises à l’échelle nationale (au-delà du clivage pro ou anti Sarkozy), mais au moins on a le sentiment de connaître ces décisions, et donc de pouvoir être pour ou contre, et de le manifester par son vote. A l’échelle européenne, on ne sait pas bien. On élit des députés qui se réunissent dans un parlement dont il émerge une “majorité relative”.
Face à cet assemblage disparate, un Obama n’a pas de mal à sembler hautement charismatique et à incarner une puissance mondiale (ce qu’il est cependant par sa personnalité aussi).
@Nicolas Bordas
un jour (parce que vous le valez bien) je vous indiquerai quelques unes des adresses e-mail que j’utilise fréquemment, pour que vous puissiez retrouver dans le back-office tous les commentaires que j’ai postés.
Amicalement. Agnès
Chère Agnès,
Oui je suis anathémisant, et même vitupérateur parfois..
Visiblement je ne vous convaincrai pas et je crains donc d’ennuyer le lecteur de ce blog. Je vous renvoie à tous les débats sur le référendum de 2005..
Je ne peux que répéter que l’Europe n’est pas un pays comme les USA ou le Brésil, c’est un continent fait de nations différentes et qui ne peut donc pas avoir un leader. Idem pour les BRIC, simple acronyme d’Etats parfaitement autonomes (vous imaginez un représentant unique pour la Chine et l’Inde ?).
Quant à l’idée géniale de donner le DM aux Grecs en l’appelant €, laissons les faits juger si “ça a permis à l’Europe d’avancer », en tout cas ça n’a pas fait avancer le bonheur des Grecs! C’est un peu comme si les USA donnaient le $ aux Mexicains “pour que l’Amérique avance”, c’est bizarre qu’ils n’y pensent pas..
Mais chaque pays du BRIC peut être perçu un continent à lui tout seul ou presque, je ne proposais pas de considérer l’ensemble {pays du BRIC} comme égal à {pays d’Europe}. Mais je vous donne entièrement raison sur l’absurdité d’un assemblage trop composite pour être cohérent. Et je ne crois pas non plus que les Etats-Unis d’Europe doivent être unifiés avec les mêmes structures et les mêmes rêgles de fonctionnement que les Etats-Unis d’Amérique. Les copier-coller donnent des résultats ridicules, comme le bonhomme avec la panoplie verte tricotée par Mémé pour Cetelem ! Rappelons-nous toutefois que c’est la Grêce qui a demandé à rentrer dans l’Union Européenne et que les allemands ne les y ont pas obligés. Les autres pays auraient-ils dû refuser sa candidature ? peut-être ! et s’assurer que les conditions exigées étaient remplies… mais je croyais qu’ils l’avaient fait… Le problème est-il vraiment à chercher du côté de la volonté de mettre en place une coopération entre plusieurs pays ? ou dans les termes de cette coopération ?
Et pour le leader en Europe, il y a normalement Manuel Barroso… Mais je suis convaincue que 60% des européens (et encore je suis optimiste !) ne savent même pas quelle tête il a ! et moins de 10 % sont capables de dire quelles sont ses dernières déclarations, à qui, sur quels sujets, etc. Rencontre-t-il parfois Obama ou l’un quelconque de ses “homologues” internationaux ? D’où, et c’est bien normal, des partisans de l’anathème… cela ne peut que générer la montée des nationalismes, et pas seulement en France : le constat est le même partout !
@agnes
Juste une petite remarque au sujet des points de suspension qui, dans l’élan de votre dernier paragraphe, m’apparaissent trop peu séparer ou trop vite amalgamer les “partisans de l’anathème” de la montée des nationalismes. Ne pensez-vous pas (comme un ancien ministre des affaires étrangères l’a d’ailleurs pointé) que l’excès de fédéralisme européen et la surenchère européiste ont « alimenté inutilement la méfiance des peuples »? Avant que de regretter que son leader soit méconnu/insuffisamment reconnu, la construction européenne ne devrait-elle pas se livrer à une (nouvelle?) introspection, histoire d’éviter le pire (=”une accumulation de décisions sur un ensemble gélatineux qui n’a pas de pensée propre et n’arrive pas à se mettre d’accord pour se faire respecter”).
Alors oui @f momboisse, à la nécessité pour l’Europe de fixer ses frontières d’une manière un peu stable (qui peut s’identifier comme “citoyen” d’un espace sans fin? Même les Etats-Unis ont des limites territoriales !), non à l’unanimité, oui à des gouvernements nationaux forts, capables de mettre en commun leur pouvoir, pas une mutualisation des incapacités…
Cette page va devenir le rassemblement des anti-européens et des super-progressistes-européens (en voulant réformer l’UE)! c’est cool de pouvoir identifier des personnes ayant des opinions très tranchées ! on en est désormais à un “excès de fédéralisme” (encore faudrait-il argumenter avant de parler d’excès ! c’est peut-être le concept même de fédéralisme qui est inapproprié, mais un patchwork de nations fortes et indépendantes n’a guère d’autres solutions au départ que d’envisager de se “fédérer”) et de “surenchère européiste” ! C’est Nicolas Bordas qui va être content de voir autant de commentaires à nouveau sur son blog (leur nombre s’étiolait ces derniers temps comme neige au soleil). Mais au moins, pour ma part, je suis émerveillée de voir que ces commentaires ne sont pas hors-sujet comme sur de nombreux blogs (le plus souvent les anti-nucléaires sont tellement endoctrinés qu’ils sont incapables de parler d’autre chose, et ils foncent tête baissée sur ce sujet qui, pour l’Europe, relève de la politique énergétique à longs termes et implique une prise en compte globale y compris des autres moyens de production d’énergie électrique présentant de fâcheux inconvénients).
).
Les européens ne sont pas toujours d’accord entre eux (on en convient tous), et là plusieurs opinions :
1. (opinion des auteurs du livre) c’est dommage, car le monde se fait sans eux.
F Momboisse estime que ce raisonnement est idiot car de Gaulle avait une certaine vision de la France, car D de Villepin a su faire entendre la voix de la France lors de la guerre en Irak, etc. Si les nations se taisent en leur nom propre pour faire entendre la voix de l’Europe censée les représenter, et que cette voix de l’Europe est inaudible, alors oui le monde se fait sans les européens (et donc sans les français puisque c’est ce sujet qui nous préoccupe, n’est-ce pas F momboisse ?
Mais alors il y a deux options : a) on sort de l’Europe (telle quelle est) pour faire entendre à nouveau ses positions ; b) on dote l’Europe d’une figure charismatique visible, légitime (aux yeux des européens) à la voix forte capable de se faire entendre sur l’échiquier international.
(je ne dis pas que Manuel Barroso est un usurpateur, mais il n’est pas été élu par un vote direct, et sa discrétion médiatique accroît sa “non-existence” aux yeux des européens).
2. (alternative) non, ce n’est pas dommage, c’est normal, c’est un constat (opinion de F Momboisse). Et pour ma part j’ajoute “ouf, tant mieux, c’est heureux, la pluralité est synonyme de démocratie réelle”. Mais il n’en demeure pas moins qu’en effet les états-membres (combien ont l’euro ? 17 c’est bien ça ?) doivent faire “avancer” le projet européen s’ils ont signé les différents traités, ou abandonner ce projet et revenir en arrière. Il n’y a donc pas à s’interroger sur le sens qui serait “prédéfini” et qui est incertain. Ce sont les différents traités signés qui définissent le “sens” (interrogation de F Momboisse). Quand un salarié signe un contrat, il n’y a pas de sens à mettre en lumière… il se propose d’apporter sa contribution et sa collaboration. Les exemples de De Gaulle et de Villepin (prises de position fortes et audibles) tendraient à prouver, selon moi, qu’il faut qu’il y ait un leader. Je ne crois pas du tout que cela soit impossible. S’il n’est pas élu par vote direct (de tous les européens), au moins doit-il être élu par un vote connu et reconnu de tous les européens. L’Europe est pour le moment régie par un ensemble très complexe et hybride (lire http://fr.wikipedia.org/wiki/Union_europ%C3%A9enne).
N’est-ce pas cette construction quasiment kafkaïenne qui anéantit dans l’oeuf toute possibilité de développement économique, qui rend inaudible ses propos, qui l’empêche de dégager des axes politiques ?
Je vais vous raconter une anecdote amusante, histoire d’en remettre une couche, des fois que je me serais mal faite comprendre !
Jeune salariée, j’ai travaillé en France pour une entreprise américaine sur un projet français au Brésil. Vaste projet qui impliquait des équipes françaises, américaines et brésiliennes. Les interactions entre les différents équipes était très complexes (les prestataires pouvaient dépendre de l’équipe brésilienne dont la direction était française, et répondre au cahier des charges rédigé par l’équipe américaine, etc.). J’étais bonne à tout faire (j’exagère bien sûr, j’étais ingénieur dans l’équipe américaine chargée de mettre en place le centre de documentation du projet, autrement dit on devait créer la “bibliothèque” du projet afin de permettre à tous de trouver le document cherché, connaître sa traçablité, savoir qui en était l’auteur, qui l’avait validé, qui l’avait appliqué, etc.).
Ma chef me demande de créer un répertoire de tous les membres du projet. Je m’acquitte de cette tache, en procédant de façon très scientifique avec une vision “ensembliste” chère aux mathématiciens, en descendant dans l’arborescence hiérarchique permettant de n’oublier personne et conserver la complexité des interactions à l’oeuvre. Au bout de plusieurs heures, j’avais terminé et j’avais créé un document très complet, et aussi complexe que l’organisation l’était. Lorsque j’ai présenté le résultat à ma chef (américaine), elle a éclaté de rire, me disant “il est bien français, ton répertoire : on n’y comprend rien ! c’est un répertoire que l’on veut ? alors fais simplement une liste avec 3 colonnes : les noms par ordre alphabétique, les numéros de téléphones et le mail !”
Moralité : sachons être pragmatiques parfois, nous français qui aimons les belles lettres, les grammaires élaborées, et qui adorons les choses compliquées !
Je suis surprise de l’absence de réaction de Luna qui se fend toujours d’un commentaire, suite au mien. Ce n’est pas tant qu’elle a des choses intéressantes à dire (comme dans le cas de l’article de Michel Serres, puisqu’elle ne l’avait même pas lu), mais qu’elle éprouve le besoin de marquer son territoire. Et ça augmente le nombre de commentaires, ce qui enchante l’ami Nicolas Bordas.
Allez Luna, du courage. Si vous voulez, je vosu donnerai du grain à moudre : j’ai d’autres livres dans ma bibliothèque que l’éloge de l’ombre. Roland Barthes est un excellent penseur dont l’oeuvre est à explorer. je peux même recommander certaines éditions, à défaut de trouver la traduction de Siefert.
Chère Agnès, quelle impatience politiquement incorrecte ! (Pardon pour mon silence d’épigone mais il m’arrive de travailler un peu entre deux lectures de vos commentaires) Habituellement assez rétive (tiens, pourquoi ça me rappelle l’Europe?) aux manipulations et envolées quinteuses, je souscris (pour une fois) à votre demande, votre vivacité pertinente le valant bien (le plus souvent en tout cas…). Soyons donc pragmatiques quoique français :
* le fédéralisme en question (concept inapproprié ou excès de?) : peut-être y verrai-je plus clair d’ici quelques jours après la lecture de “l”Europe contre l’Europe” de Ferrand (dont le scénario préféré est celui de l’avènement d’un état fédéral européen). Encore que du fédéralisme, on glisse au souverainisme (qu’il ne définit pas, ah?!?), lequel (si je suis sa pensée) serait la pire des fautes politiques au plan national quoiqu’il en défende le concept (certes sans le nommer mais c’est tout comme) au niveau d’un modèle idéal de construction européenne…Etrange !
* Michel Serres en question. Pour l’intégrale de l’article mentionné, suivre le lien http://www.institut-de-france.fr/education/serres.pdf (si facilement disponible qu’il faudrait être bien stupide pour se priver de le lire). Une fois encore, à sa relecture justement, je ne suis pas convaincue par la vision très optimiste d’un auteur qui nous a offert d’autres réflexions prophétiques plus jubilatoires.
* Barthes en question : je ne le boude pas mais il me rappelle les “mythologies” de la fac. Pour le grain à moudre, allons donc plutôt nous rafraîchir aux analyses sociales de Haruki Murakami (Merci à Corinne Atlan de les traduire pour nous…)
*Mon territoire en question? Je n’ai jamais répondu à une nécessité de le marquer chez Nicolas Bordas mais je vais y penser…A moi, il semblait plutôt que vous souhaitiez avoir le dernier mot…(mais empruntant une citation à François -pardon – “visiblement je ne vous convaincrai pas et je crains donc d’ennuyer le lecteur de ce blog”)
rétive ou réticente ?
Vous avez du mal à comprendre les mots fédéralisme et Souverainisme ? ce n’est pas la même chose, je vous rassure : d’ici quelque temps, vous parviendrez à comprendre la différence, j’en suis sûre (c’est le genre de subtilité qui prend du temps à certains).
Quand à Barthes, là aussi je vous rassure, il n’
il n’a pas écrit que mythologies, je vous encourage à lire “le degré zéro de l’écriture” qui est bien plus célèbre (quand on a un peu de culture, évidemment).
Certes, j’ai Mythologies dans ma bibliothèque. Croyez-vous que cela m’enchante que vcus connaissiez les livres que j’ai actuellement dans ma bibliothèque ?
Quant à la personne qui signe Nicolas Bordas sur ce blog, je doute de son unicité, et si oui de sa cohérence : il y a fort à parier que plusieurs personnes écrivent les articles de ce blog. Une preuve : les dithyrambes sur le livre d’E Morin (que Nicolas Bordas n’a pas lu ou auquel il n’adhère pas du tout : quand j’ai rencontré Nicolas Bordas en IRL, j’ai eu l’occasion de le vérifier) qui est un très mauvais livre de réflexion (certains penseurs sont visionnaires, et une vision construite ou élaborée du monde). Le livre d’E Morin n’est pas à ce degré-là de réflexion, il est resté au niveau des pâquerettes, et je le déplore.
Une autre preuve : certains articles du dimanche cautionnent le choix du nucléaire, et d’autres (comme celui-ci) semblent préconiser “une lutte contre la polifération du nucléaire” (de quelle prolifération parle-t-on ? de l’armement nucléaire ? combien de pays en Europe se sont engagés dans la polifération de l’armement nucléaire ? ou bien parle-t-il de l’arrêt et du démantelement des centrales nucléaires ? combien de centrales nucléaires en construction lui permet de parler de “prolifération” ? )
J’ai rencontré Nicolas Bordas, c’est un homme charmant, adorable, avec une grande facilité de parole. Et ses articles #jourdupenseur oscillent souvent dans des zones troubles, insérant des phrases Gloubi-boulga dans des lieux communs, énonçant des contradictions irrésolubles, retournant sa veste en passant d’une pensée marxiste à des propos à teneur libérale.
Par conséquent, Luna, si vous envisagez de marquer votre territoire sur ce blog, tout le monde vous encouragera, moi la première. D’autant que cela fait remonter le nombre de commentaires sur ce blog, ce qui est un paramètre important (chez les blogueurs). Peut-être ne le saviez-vous pas Luna ? Peut-être avez-vous rédigé des commentaires non pas pour faire vivre ce blog en apportant votre participation, mais parce que vous vraiment cru que votre opinion était de la plus haute importance ?
Allez Luna, vous allez bien réagir ? on compte sur vous pour apporter votre pierre à cet édifice !!!