Le lancement de l’ipad (voir vidéo ci-dessus) est de nature à relancer le débat sur le cartable électronique. Pourquoi emporter un cartable plein de livres s’ils tiennent dans un ipad ? Pourquoi les collèges et lycées continueraient-ils d’investir dans des équipements informatiques rapidement obsolètes et peu utilisés, si chaque lycéen a son ordinateur personnel ? Combien de temps l’école pourra t-elle résister à l’apport de la pédagogie digitale ? C’est la réflexion que nous livre Jean David Olekhnovitch, consultant en informatique, enseignant et blogueur (http://www.360emedia.fr), dans cette contribution spontanée que je vous livre in extenso.
Quand j’étais petit, dans les années 80, on avait déjà eu droit au programme «Informatique pour Tous» : des Thomson MO5/TO7 pour tous, et l’ancêtre du réseau local pour exploiter l’outil informatique en tant que support pédagogique. Il faut bien avouer que ce n’était pas une très grande réussite : profs peu formés, outils préhistoriques, au final plus un gadget qu’autre chose, même si tous ceux de ma génération ont été marqués par cette «génération 8 bits», Amstrad, Commodore et autres Oric.
Depuis cette époque, l’informatique en tant qu’outil pédagogique a tenté de faire son chemin, avec des succès assez inégaux, essentiellement basés sur de bonnes volontés et initiatives locales, plus que sur le modèle global qu’avait lancé Laurent Fabius en 1984. D’autres actions, plus commerciales celles-ci, ont également été lancées par certaines marques. On a même vu des projets d’envergure internationale, avec le fameux PC à 100$ , projet ambitieux mais qui n’a malheureusement pas évolué autant que le souhaitaient les créateurs de ce mouvement (1 million d’exemplaires ont toutefois été écoulés ).
Je me faisais toutefois la réflexion, en voyant le cartable plus que rempli de mes enfants, qu’à l’heure de l’ebook, des blogs, de Wikipedia, l’école restait très traditionnelle dans ses méthodes. On touche très rapidement à un débat plus que sensible lorsque l’on parle de faire une place à plus d’électronique (et donc moins de papier) dans le domaine de l’éducation, mais, lorsque je vois ce genre de démonstration, je reste très frustré du peu d’usage de l’informatique dans les milieux scolaires
Le travail d’Alan Kay, informaticien connu pour avoir travaillé sur les interfaces utilisateurs depuis les années 70 (et ancien «Apple Fellow»), est remarquable : on prend l’ordinateur pour ce qu’il doit être, c’est à dire non une fin en soi, mais un outil permettant de stimuler l’intelligence et d’aller plus loin. La meilleure illustration de cette façon de voir est l’analogie que faisait Steve Jobs entre l’informatique…et la bicyclette :
Et concrètement ? J’enseigne à l’Université (certes, dans une filière informatique), et, depuis deux ans, on se rend compte que les postes de travail ‘fixes’ sont de moins en moins utilisés : tous les élèves ont leur propre ordinateur portable, payé de leur poche (enfin, de la poche des parents). Et il y a un vrai décalage entre l’argent investi (des postes fixes, de la maintenance importante) et la structure dont on aurait besoin au quotidien pour tenir compte de cette évolution (de solides réseaux Wifi ou de l’Ethernet dans toutes les salles, des serveurs plus ouverts à des clients hétérogènes). Malgré cela, les étudiants sont bien plus efficaces, ils maîtrisent parfaitement leur outil, et peuvent l’emporter partout avec eux, sans être restreints par les horaires d’ouvertures d’une salle informatique.
Du coup, en 2010, qu’est ce qui est le plus raisonnable : simplement «tolérer» cette évolution, ou l’anticiper et l’accompagner, avec des mesures globales, courageuses comme celles prises dans les années 80, mais moins aventureuses, le marché et les outils étant maintenant plus matures ? Economiquement, cela pourrait se tenir : des sommes importantes sont déjà investies pour un équipement sous utilisé («salles informatiques», etc…). Réorienter ces sommes, et les budgets d’achats de livres papiers, vers des supports électroniques et des ordinateurs portables au financement étalé sur 3 ans (le temps de passage au lycée, par exemple) pourrait avoir un sens. La «fracture numérique» risque d’être de plus en plus criante dans les années à venir, et cette généralisation d’équipement serait une réponse censée.
Du côté des élèves, on risque d’avoir quelques mauvaises surprises à ne rien faire : à croire nos jeunes parfaitement à jour sur l’usage des nouvelles technologies, on risque d’en faire des générations utilisant certes le Net, l’informatique, mais de manière très superficielle, sans aucun décryptage, sans recul ni analyse, parce que rien, ou très peu, n’est là pour les accompagner, à part quelques cours d’informatique souvent mal maîtrisés, car trop peu ambitieux et donc fatalement mis en priorité inférieure.
Du côté des éditeurs de livres, ils n’ont plus le choix : s’accrocher corps et âme au papier, c’est prendre le risque de mourir à moyen terme. Tous regardent les ebooks avec une grande attention, et cherchent à prendre le train en route. Aller vers moins de papier fait de toute manière sens avec les démarches de développement durable et d’économie.
Du côté des enseignants, le virage est pour l’instant très diversement pris : certains anticipent le mouvement et fournissent un travail colossal… mais isolé. D’autres s’accrochent aux principes pédagogiques, aux ‘fondamentaux’, avec raison bien sûr : il sera stupide d’aller vers une génération ignorant tout ou presque du papier, de l’écriture, de ce qui continue à être l’éducation de base.
Dans la pratique, les choses ne seraient bien évidemment pas simples : que faire si un ordinateur ‘plante’ ? Si l’élève perd ses données ? Comment redonner le goût aux livres en les réduisant dans le cadre scolaire ? Autant de questions importantes à résoudre. Ce genre de dossier est de toute manière sujet à polémique, et c’est tant mieux : nous sommes là pour cela, non ?
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Merci Nicolas pour m’avoir “hebergé” sur ton blog !
Au moment d’écrire l’article, je n’avais pas uniquement en tête l’iPad, ou tout autre device de type “touchbook”, mais c’est vrai que le petit dernier d’Apple correspond pas mal à la description que je peux en faire (le prix excepté !)
Je me souviens qu’Apple avait dans les années 80 de grandes ambitions pour le monde de l’éducation. L’iPad semble aujourd’hui avoir une cible beaucoup plus “grand public”, au vu des démos qui ont été effectuées pendant la keynote, mais il pourrait pourtant apporter beaucoup à une démarche éducative..
Ceci dit, je suis pour ma part plutôt désappointé par ce dernier joujou d’Apple, j’en ai fait un petit article aujourd’hui : http://www.360emedia.fr/2010/01/28/reflexions-en-vrac-apres-la-keynote-apple/
Je ne crois pas que l’ipad sera le futur du cartable électronique, j’imagine plus un outil à tout faire que l’on pose sur la table basse de son salon. Ainsi Apple ne se grille pas, l’ipad ne remplace pas le Mac mais permet d’introduire la marque dans une autre pièce que le bureau. De ce fait, on commence à s’habituer à voir du Apple dans son salon et d’ici 2 ans, Jobs nous propose des Télés Apple. Et voilà le tour est joué!
1984 devient 1984 et l’anti big brother devinet big brother! (désolé pour la fin pessimiste, j’adore Apple! mais je pense que la seul chose qui peut tuer Apple c’est Apple lui même…)
Tout le monde dit que l’iPad n’est pas une réussite mais, je trouve que cette outils est très bien pour les famille qui hésite entre un netbook ou un iPad, sincèrement même si l’iPad est plus cher qu’un NetBook je trouve le projet interressant, c’est l’alternative de l’iPhone et du netbook et lorsqu’on hésite je trouve le choix de l’iPad intéressant…
Ps:: je cherche a entrer en contact avec des professionnels de l’informatique ou enfin des gens qui gere un blog ou site web qui a un peu de succès ( plus de 20 000 visites dans la carrière du blog) muzikhallcontact@yahoo.fr
& mon blog: http://muzikhall.wordpress.Com/
Bravo pour cet article !
Aucun doute pour ma part : l’ipad est la partie la plus visible de la révolution en cours: nous sommes passé de l’ère de l’imprimé à une nouvelle époque. Beaucoup de choses sont à réinventer, à commencer par l’enseignement (mais l’édition aussi, j’en sais quelque chose
Bien sur !
voilà une belle solution pour alléger le cartable des élèves, actualiser en temps réel les contenus des manuels, dynamiser et personnaliser le travail des élèves en utilisant l’ensemble des ressources numériques.
Le gout du livre se retrouvera naturellement, quand (enfin) le livre ne sera plus le support d’exercices et de savoirs figés mais celui des textes qui donnent des émotions et qui satisfont la curiosité.
[...] reprenant les possibilités visuelles que présentait Alan Kay dans ses expérimentations (voir l’article que j’ai écrit sur le blog de Nicolas Bordas à ce [...]
Ce serait interessant en effet d’utiliser l’ipad pour remplacer les cartables de nos petits babins qui croulent (littéralement) sous le poids des livres. Merci d’avoir partagé votre perspective très interessante sur le sujet!