Edgar Morin, directeur de recherche au CNRS, est de mon point de vue le plus grand penseur francophone vivant. Une manière simple d’accéder à sa pensée, est de lire “Terre Patrie” (publié en 1993 en collaboration avec Anne Brigitte Kern), ou le tome 5 de son oeuvre majeure “La méthode”, publié en 2001 sous le titre “L’humanité de l’humanité”. Je vous recommande également son livre d’entretiens avec Djénane Kareh Tager intitulé “Mon Chemin”, sorti en 2008. Il publie aujourd’hui dans Le Monde un article remarquable ” Eloge de la Métamorphose”, surtitré : “Pour éviter la désintégration du système Terre, il faut d’urgence changer nos modes de pensée et de vie…”. En voici les principaux extraits (Pour lire l’article complet sur le site du Monde, cliquez ici. L’illustration ci-dessus est une oeuvre d’Annie Cassez).
“Le probable est la désintégration. L’improbable mais possible est la métamorphose… A partir du XXI ème siècle se pose le problème de la métamorphose des sociétés historiques en une société-monde d’un type nouveau, qui engloberait les Etats-nations sans les supprimer… L’idée de métamorphose, plus riche que l’idée de révolution, en garde la radicalité transformatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, de l’héritage des cultures).
Pour aller vers la métamorphose, comment changer de voie ? Même s’il semble possible d’en corriger certains maux, il est impossible de même freiner le déferlement techno-scientifico-économico-civilisationnel qui conduit la planète aux désastres. Et pourtant l’histoire humaine a souvent changé de voie. Tout commence, toujours, par une innovation, un nouveau message déviant, marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains. Ainsi ont commencé les grandes religions… La science moderne s’est formée à partir de quelques esprits déviant dispersés, Galilée, Bacon, Descartes…
Aujourd’hui tout est à repenser. Tout est à recommencer… Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d’initiatives locales dans le sens de la régénération économique, sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, ou de la réforme de vie. Ces initiatives ne se connaissent pas les unes les autres, nulle administration ne les dénombre, nul parti n’en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur. Ce sont ces voies multiples qui pourront former la voie nouvelle… Il nous faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper.
L’orientation “mondialisation/démondialisation” signifie qu’il faut que se constitue une conscience de “Terre-patrie”, il faut aussi promouvoir, de façon démondialisante, l’alimentation de proximité, les artisanats de proximité, les commerces de proximité, le maraîchage périurbain, les communautés locales et régionales.
L’orientation “croissance/décroissance” signifie qu’il faut faire croître les services, les énergies vertes, les transports publics, l’économie plurielle dont l’économie sociale et solidaire, les aménagements d’humanisation des mégalopoles, les agricultures et élevages fermiers et biologiques, mais décroître les intoxications consommationnistes, la nourriture industrialisée, la production d’objets jetables et non réparables, le trafic automobile, le trafic camion (au profit du ferroutage).
L’orientation “développement/enveloppement” signifie que l’objectif n’est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de l’efficacité, de la rentabilité, du calculable, il est aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, le grand retour à la vie intérieure et au primat de la compréhension d’autrui, de l’amour et de l’amitié.
Il ne suffit plus de dénoncer, il nous faut maintenant énoncer… Nous pouvons formuler cinq principes d’espérance : 1.Le surgissement de l’improbable. 2. Les vertus génératices/créatrices inhérentes à l’humanité. 3. Les vertus de la crise. 4. Les vertus du péril.5. L’aspiration multimillénaire de l’humanité à l’harmonie…. Aujourd’hui la cause est sans équivoque, sublime : il s’agit de sauver l’humanité… L’origine est devant nous, disait Heidegger. La métamorphose serait effectivement une nouvelle origine.”
Il n’y a ni à dénoncer, encore moins à énoncer! L’humanité n’a pas à être sauvée! Elle est! Depuis le commencement! Ce sont juste des périodes et des étapes à comprendre, à assimiler! Mais qui sommes nous, chacun d’entre nous, avec , au mieux, nos 80 années de passage sur terre! Oui, nous sommes à une période de l’Humanité où la conscience doit reprendre le pas sur chacun d’entre nous! Mais tout le monde n’a pas plongé dans les années fric et le matériel! Pendant toutes ces années, d’autres ont pris un autre chemin…. à eux maintentant de prendre la main!
Sans partager la sévérité de Lee Hesse (au pseudo joyeux pourtant digne de l’album de la comtesse), j’avoue partager son scepticisme quant à l’article d’Edgard M dans Le Monde de ce week-end.
Car le catalogue de ce qu’il faut faire est assez connu et partagé en Occident. Mais la difficulté c’est de savoir comment on va y arriver, et surtout comment on va convaincre le tiers monde de ne pas faire ce que nous avons fait.
Le jour de la parution de cet article, on annonçait que le marché automobile chinois était devenu le 1er du monde. Donc ça va être très dur de convaincre les chinois qu’ils doivent renoncer aux 4×4 et aux écrans plats, et revenir aux joies du “maraîchage péri-urbain” et de “l’artisanat de proximité” qu’ils viennent juste de quitter…
Quant aux 5 principes énoncés en conclusion (avec même Heidegger en soutien logistique), j’avoue que là ça décolle tellement que mon esprit (terrien, trop terrien) n’arrive pas à suivre.
PS Pour le titre envié de “plus grand penseur francophone vivant”, je propose Michel Serres.
Tu m’écris un post sur “Et si Michel Serres était le plus grand penseur francophone vivant ? ” , ce serait top de lancer le débat …
[...] contemporain (philosophe, sociologue, économiste…) au coeur de l’actualité. Après Edgar Morin (” Et si notre désintégration devenait métamorphose ?”) et François Ewald [...]