Connaissez-vous les “Objectifs du Millénaire pour le Développement” (en anglais : Millenium Development Goals), fixés sous l’égide des Nations Unies, qui visent à une réduction drastique de la pauvreté mondiale (voir ci-dessus) d’ici 2015 ? Signés lors du “Sommet du Millénaire”, en septembre 2000 par 147 chefs d’Etat et de Gouvernement, ils tiennent en 8 chapitres, assortis d’objectifs chiffrés et de 48 indicateurs de suivi. Le premier est de “réduire l’extrême pauvreté et la faim”, avec une cible pour 2015 qui est de réduire de moitié la proportion de la population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour (devenu 1,25 dollars en parité de pouvoir d’achat 2005). La France est l’un des pays au monde où ces objectifs sont les moins bien connus et médiatisés : une étude de 2009 montre que seulement 13% des Français en ont entendu parler, contre 60% des Hollandais ou 44% des Suédois… Un article paru hier dans le New York Times sous la plume de Jeffrey Sachs, à la veille de l’ouverture ce lundi à New York de l’Assemblée à l’ONU, fait le point sur les progrès (réels) enregistrés depuis 10 ans (chiffres ici), mais fait remarquer que l’obstacle le plus important pour l’atteinte de ces objectifs, particulièrement en Afrique, est lié à l’investissement des nations les plus riches, qui trainent à honorer leurs promesses (45 milliards de dollars versés contre 60 promis). Certains, à l’exemple de Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International, se montrent plus inquiets, pour ne pas dire plus critiques : « Si on regarde les statistiques globalement, c’est vrai qu’il y a eu des avancées. Mais si on applique les statistiques seulement aux femmes ou à certaines minorités, on se rend compte que les progrès ne sont pas pareils pour tous», explique t-il. «Les plus démunis sont encore plus pauvres aujourd’hui qu’ils ne l’étaient en 1990 alors que c’est pour eux que les objectifs ont été élaborés».
Celà pose en fait la question de la fixation des objectifs en matière de pauvreté, ce qui est exactement le sujet du livre très documenté (donc un peu austère) de Julien Damon : “Eliminer la pauvreté – Zéro pauvre, c’est possible”, qui vient de paraitre chez PUF, préfacé par Martin Hirsch. Julien Damon est professeur associé à Sciences Po, et ancien président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES). Il propose dans son livre un panorama très complet et très pédagogue des politiques de lutte contre la pauvreté au plan mondial, mais aussi au plan européen et au plan Français.
C’est en 2000 que l’ONU a établi les Objectifs du millénaire pour le développement, mais c’est aussi en 2000 que l’Union européenne a lancé sa stratégie de Lisbonne visant à “donner un élan décisif à l’élimination de la pauvreté”. Depuis 2007, la France, quant à elle, s’est fixé un objectif de réduction d’un tiers de la pauvreté sur 5 ans, qui s’est traduit par un décret en 2009 précisant les 11 objectifs retenus, allant de la lutte contre la pauvreté des enfants ou des personnes âgées, à l’accès à l’emploi, aux soins ou au logement, en passant par la lutte contre l’exclusion bancaire. Pour Julien Damon, une des difficultés rencontrée pour faire réellement progresser les choses, est la multiplicité (et la pertinence) des indicateurs d’un concept nécessairement multidimentionnel : “Eliminer la pauvreté est, en fait, arithmétiquement possible avec une définition absolue, si celle-ci ne comprend pas trop de dimensions”. D’où l’intérêt d’harmoniser au plan national et mondial les critères pour à la fois sélectionner les plus pertinents, et permettre les comparaisons de pays à pays. L’auteur fait 5 recommandations techniques parmi lesquelles : établir un seuil de “grande pauvreté” en France pour mieux agir à l’égard des personnes concernées, diffuser des statistiques au plan européen, et plus généralement, homogénéiser les indicateurs. Au plan de l’Europe, les ministres européens des Affaire Sociales réunis le 7 juin dernier au Luxembourg, ont réussi à se mettre d’accord sur un objectif chiffré consistant à sortir 20 millions de personnes de la pauvreté d’ici à 2020. Mais cette focalisation des nations les plus riches pour éradiquer la pauvreté en leur sein, ne peut être une raison pour ne pas tenir les promesses faites dans le cadre des objectifs du Millénaire aux Nations Unis. De fait, il y a une corrélation directe entre l’information des citoyens d’un pays en la matière, et la propension des gouvernants à tenir leur promesse. La France peut-elle se permettre de ne pas être exemplaire tout particulièrement vis à vis de l’Afrique ?
Mobilisons nous pour faire mieux connaitre la démarche (et les progrès) des Objectifs du Millénaire. C’est à cette fin qu’a été conçu, sous l’impulsion du Marc Obéron (LDM Production), qui sait à quel point il peut compter sur tout mon soutien, le film 8, réalisé par 8 grands réalisateurs (dont Jane Campion, Vim Wenders, Jan Kounen, Abderrhmane Sissako, Gus Van Sant et Gaspard Noé…) sur les 8 objectifs du Millénaire, film qui a connu plus de 2 millions de téléchargements, associé au site internet “8 Le temps presse.org“, avec des ONG partenaires. Aujourd’hui Huit propose à tout un chacun de se muer en réalisateur en produisant une vidéo de 3 à 15 minutes sur un des Objectifs du Millénaire, avant le 30 octobre 2010, les vainqueurs se voyant inclus en bonus dans le DVD du film. Alors faites comme moi, si vous n’êtes pas assez doué pour produire un film de qualité, faites circuler l’info autour de vous ! (Toutes les infos et le règlement du concours sont sur www.youtube.com/letempsresse).