Et si on faisait nettement plus attention à ce que l’on dit ?

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Pour cette nouvelle édition de #JourDuPenseur, je suis heureux de vous faire partager un livre qui mérite une très large diffusion, surtout auprès de tous ceux, et j’en connais, qui ne maitrisent pas ce qu’ils disent ;-) . Un livre particulièrement bien écrit, d’un raisonnement limpide, et facile à lire, par le philosophe Michel Lacroix, intitulé “Paroles toxiques, paroles bienfaisantes” et sous-titré “pour une éthique du langage” (cliquez ici, ou dans l’image ci-dessous pour en écouter la critique sur France Culture).

AVT_Michel-Lacroix_7271Michel Lacroix, normalien, agrégé de philosophie (il a écrit une thèse de doctorat sur le thème de “la politesse”), est maitre de conférences des Universités. Il est l’auteur d’une douzaine de livres dont Le Culte de l’émotion (Flammarion, 2001), Avoir un idéal, est-ce bien raisonnable (Marabout, 2008), et Se réaliser (Robert Laffont, 2009) qui a obtenu le prix Psychologies-Fnac 2009 de l’essai pour mieux vivre. Son dernier livre Paroles toxiques, paroles bienfaisantes, est publié chez Robert Laffont dans la collection Réponses.

9782221113523-1Dans Paroles toxiques, paroles bienfaisantes, Michel Lacroix nous rappelle que les mots comptent autant que les actes. Il élabore un véritable plaidoyer pour une Ethique du langage, dans le domaine privé, en famille, entre amis, ou au travail. Une éthique qui n’aurait pas pour critère de jugement la sagesse ou la vérité, mais l’impact émotionnel que le langage produit chez la personne à qui l’on parle. Dans son introduction en exergue de laquelle figure la citation d’Alain ” Qui n’a point réfléchi sur le langage, n’a point réfléchi du tout”, Michel Lacroix nous propose d’imaginer un “détecteur de secousses psychologiques” qui mesurerait l’impact émotionnel des paroles ressenties par le destinataire, un détecteur qui mesurerait l’impact positif ou négatif, fort ou faible, de nos paroles. Ce détecteur identifierait donc quatre quadrants : la communication phatique (de politesse), les paroles qui déplaisent, les paroles qui font du bien, et enfin les paroles toxiques. Une manière de nous rappeler que “la langue est une arme”, et de nous interpeller sur le retentissement de toute interaction verbale : “toute parole a une résonance affective”, jusqu’à la malédiction (le mal issu de la diction). Nous sommes donc tous des “êtres de langage” responsables de l’impact psychologiques de nos paroles, et, face à la morale de l’action, il est fondamental de définir une éthique de la parole : il faut ajouter au “Que dois-je faire” kantien, le “Que dois-je dire ?”, pour faire triompher la parole qui construit, et reculer la parole qui détruit volontairement ou involontairement, à l’exemple de l’injonction paradoxale (du type “soyez spontanés”) qui peut conduire à la shizophrénie, comme mis en évidence l’école de Palo Alto. L’école de Francfort démontrera, elle, par ailleurs, comment, par la parole, des parents façonnent à leurs enfants des personnalités “autoritaires” (langage de la répression et de l’injonction), ou au contraire “démocratiques” (langage du questionnement, de la tolérance et du dialogue). Au fond, pour comprendre l’identité de quelqu’un, il suffit de se plonger dans son “bain verbal” ou dans son “nid langagier” ! Pour Michel Lacroix, le langage est au coeur des valeurs contemporaines : la non-violence (”Ou bien les hommes règlent leurs différends par la force, ou bien ils se mettent à discuter”), la dignité (”la dignité des individus est étroitement liée à la manière dont on leur parle et dont on parle d’eux”), et la solidarité (”l’accompagnement linguistique de l’action”). Il propose 8 règles de la parole éthique, qui constituent chacune un chapitre du livre : 1. “ma parole doit être polie”, 2. “ma parole doit être attentionnée” 3. “ma parole doit être positive”, 4. “ma parole doit être respectueuse des absents” 5. “ma parole doit être tolérante” 6. “ma parole doit se considérer comme la gardienne du monde”, 7.”ma parole est responsable… du langage” et 8.”ma parole doit être vraie”. Car, nous rappelle Michel Lacroix, le langage n’a pas seulement un rôle référentiel (représentation), mais aussi un rôle relationnel : ” le langage maintient l’harmonie et la paix, il désamorce les conflits, il nourrit la sociabilité, l’amitié, l’amour”. En ce sens, la conversation n’est pas un “art mineur” puisqu’elle assure rien moins que le maintien de la civilisation : “les mots sont le ciment qui fait tenir la société : la qualité du “vivre ensemble” est conditionnée par la qualité du “parler ensemble”". L’auteur rejoint ici les convictions d’Habermas : “c’est l’éthique de la parole qui permettra aux hommes de s’élever à un niveau de plus grande civilisation”. L’éthique de la parole peut changer les relations dans le couple, dans la famille, dans l’entreprise, faciliter l’intégration. Comme le disait Simone Weil : “on peut ramener tout l’art de vivre à un bon usage du langage”. Face à ceux qui parlent de manière non éthique, il faut imposer une parole résistante, en apprenant à “nous écouter parler”, source d’une véritable “écologie humaine” et d’une forme d’”amitié sociale”, la “philia” qu’Aristote “considérait comme le fondement même de la Cité, et qui manque cruellement de nos jours”. Et si le progrès était tout simplement au bout de nos lèvres ?

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One Response to “Et si on faisait nettement plus attention à ce que l’on dit ?”

  1. @lovelybard says:

    Merci Nicolas pour cet éclairage sur un livre qui traite d’un sujet essentiel. En Angleterre, il y a une comptine:
    ‘Sticks and stones may break my bones,
    But words will never hurt me.’
    (Les batons et pierres peuvent casser mes os,
    Mais les paroles ne peuvent jamais me blesser.)
    Je me suis longtemps interrogée sur ce comptine, qui me paraissait faux, mais que je respectais pour son ancienneté.
    Ce n’est seulement adulte que j’ai réalisée que si cet idiome existe, c’est justement parce que les mots peuvent blesser, voire détruire, qu’un enfant a besoin de ce genre de ‘munition’ afin de pouvoir rétorquer de façon automatique, et empêcher l’assaillant de continuer en lui soustrayant son plaisir sadique.
    Cependant, les paroles n’ont nullement besoin d’être intentionnel pour nuire. En n’adaptant pas notre langage aux circonstances, aux interlocuteurs, nous avons la même capacité de destruction qu’une voiture qui n’adapte pas sa vitesse a sa route…
    Une version vulgarisée pour collégiens serait bienvenue, non?
    *
    Accents manquants cause qwerty ;-)

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