Et si on ne confondait pas information et communication ?

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Je reviens  d’une réunion tardive à l’AACC (Association des Agences Conseil en Communication), où nous avons parlé de l’application de la nouvelle directive européenne en matière de placement de produits dans les films et émissions TV. Notre position est clairement de permettre au (télé)spectateur d’être informé de la dimension “commerciale” liée à la présence des produits. La publicité n’a rien à gagner à avancer masquée. Même chose pour les publi-rédactionnels diffusés dans la presse : il est impératif que le lecteur puisse continuer à faire la différence entre le rédactionnel et la publicité. Il en va de l’éthique et de la protection de l’information, mais aussi de la protection de l’intégrité du support publicitaire : la publicité n’aura plus d’efficacité si les journaux et magazines se transforment en magalogues !  Il en va de même sur Internet. La FTC (Federal Trade Commission), l’agence américaine de contrôle des pratiques commerciales veut s’attaquer aux blogs qui sont payés sans le dire clairement. Elle a annoncée aujourd’hui qu’elle allait édicter une règle demandant aux bloggers d’indiquer explicitement les posts ayant fait l’objet d’une rémunération lorsqu’ils vantent les mérites de tel ou tel produit. La FTC affirme « Sur l’Internet, si on pense que quelqu’un donne un avis indépendant alors qu’en réalité il a une motivation économique à le faire, c’est une chose que le public devrait savoir ». Des sanctions et même des poursuites pourraient survenir contre les auteurs mais aussi les marques « sponsorisant » des blogs pour obtenir une promotion partisane “clandestine”. L’idée n’étant pas d’empêcher les bloggers d’être payés, mais de les obliger à dire clairement qu’ils le sont lorsque c’est le cas.

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11 Responses to “Et si on ne confondait pas information et communication ?”

  1. Cyril Attias says:

    La France a clairement une longueur d’avance sur la transparence des blogueurs vis à vis de leur lecteurs.Toutes les campagnes de billets sponsorisés mentionnent “billet sponsorisé par ….”.

  2. NV says:

    La FTC va un peu plus loin que ça, en ne définissant pas clairement une rémunération perçue, mais un lien créé (tel qu’un simple don de produit, par exemple).

    Jeff Jarvis dit mieux les choses que quiconque, d’ailleurs.

    http://www.buzzmachine.com/2009/10/05/ftc-regulates-our-speech/

    Mind you, I hate one of its apparent targets: Pay Per Post and its ilk, which attempt to co-opt the voice of bloggers. But I hate government regulation of speech more.

    And mind you, I am all in favor of transparency; I disclose to a comic fault here. I think that openness is the best fix for questions of trust and advise companies and politicians and certainly governments to become transparent by default as enlightened self-interest. But mandating this for anyone who dares speak online? Foolish.

    Les blogs, les commentaires ici et là, ce ne sont pas des films ou des produits à grande échelle. Ce sont des conversations, en clair obscur, entre individus.

    Et la pratique ultra minoritaire de quelques blogueurs qui font du post sponsorisé ne devrait pas troubler l’esprit du législateur : ils ne sont pas vraiment lus, et les billets qu’ils publient ne trompent personne, si ce n’est google (c’est en général le principal bénéfice des opérations de type post sponsorisé).

  3. Bonjour Nicolas, chez BuzzParadise (http://www.buzzparadise.com) nous ne pouvons qu’applaudir les nouvelles règles de la FTC pour la seule et bonne raison que nous demandons aux 8000 bloggers influents de notre plateforme de mentionner de manière transparente le fait qu’ils ont été invité à participer à une campagne; et ce depuis notre lancement il y a 3 ans.

    Ni les marques, ni les blogs ou même BuzzParadise n’ont intérêt à donner l’impression aux internautes qu’ils ont été manipulés… ceux-ci doivent pouvoir comprendre le contexte d’une recommandation ou d’un avis en ligne. Et ce n’est pas parce qu’un blog a reçu un produit gratuit qu’il exprimera soudainement le contraire de son opinion véritable… Il n’y a pas d’influence durable sans un maximum d’intégrité.

    Cependant je pense qu’il est quand même hallucinant de viser de manière spécifique (encore une fois) le web et les media sociaux! Pourquoi ne pas avoir la même exigence avec les media traditionnels qui sont en plus bien plus matures. Combien de fois j’ai vu des journalistes de presse ou TV recevoir des produits gratuits ou être invités pour des destinations exotiques… Or je n’ai jamais vu de mémoire une seule mention de ces “cadeaux” dans ces mêmes media…

    Pourquoi donc faire 2 poids, 2 mesures? Menacer de 11.000$ d’amende des bloggers dont les blogs sont avant tout souvent juste une passion et un hobby me semblent un poil exagéré!

  4. Nicolas Bordas says:

    Merci NV pour ce complément d’info très intéressant. L’article “engagé” de Jeff Jarvis
    vaut le détour ;-)

  5. Nicolas Bordas says:

    Cher Emmanuel,
    Je pense comme toi qu’il ne faut pas spécialement fustiger les medias sociaux. C’était d’ailleurs le sens de mon post qui mettait sur le même plan le “product placement”, les “publi-rédactionnels” et les posts sponsorisés.
    Il me semble par ailleurs que l’amende de 11000 dollars ne s’applique qu’après une alerte préalable (à vérifier) ;-)

  6. Je ne suis pas sûr qu’étant cité dans un article sponsorisé sur un blog, un produit ou une marque s’attire autant de sympathie et d’affinité que dans un message publicitaire. A la limite, il y a un fort risque de rejet par l’internaute. Le web social doit être pris pour ce qu’il est : un lieu de conversations et d’échanges, pas un espace pub.

  7. François Momboisse says:

    Puis-je avouer que le titre de ce post me rend perplexe, car lire sous la plume du patron de TBWA qu’il ne faut pas confondre information et communication, je trouve que c’est sacrément disruptif.

    Bien sûr je suis d’accord avec l’exemple cité dans l’article, et la volonté de la FTC d’obliger les bloggers payés par un annonceur à le signaler. Mais de là à poser comme un principe que le lecteur doive toujours faire la différence entre le rédactionnel et la publicité, je ne suis juste pas sûr que ce soit bien réaliste.

    Car dans la vraie vie, les choses ne sont pas binaires. Quid du product placement dans les films? Aujourd’hui la liste des marques défile dans le générique de fin. Est-ce que ça suffit, ou est-ce qu’il faut un pop-up chaque fois que James Bond monte dans son Aston Martin ? Ou alors est-ce qu’il faut faire comme France 2 qui floute les T Shirts des gens interviewés pour qu’on n’en lise pas la marque ? Quid des stars du foot qui portent un jeans de marque, et se font photographier par Gala ? Est-ce qu’on oblige Gala à informer les lecteurs que la marque de jeans a payé le footballeur? Quid, comme le dit Emmanuel Vivier, des voyages aux Caraïbes de journalistes de presse mag pour découvrir tel ou tel produit de beauté ? On met un bandeau pour le rappeler au-dessus des « conseils beauté » ? etc, etc etc..

    Donc (c’est une des rares fois où) je ne suis pas d’accord avec le post, et je transformerais au contraire l’accroche en : et si on disait à tout le monde qu’il n’y a pas d’information mais seulement de la communication ?

    PS Par coïncidence, le même sujet est traité (de manière différente) sur agoravox : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-titre-d-un-livre-de-d-wolton-62787
    PS  Le pavé en haut à droite de ce blog qui mentionne « Auteur de “L’idée qui tue” (parution 29 octobre 2009) » c’est de l’information ou de la communication ?

  8. Nicolas Bordas says:

    Cher François,
    Je reconnais bien là une fois de plus, ta finesse d’analyse et ton humour. Je suis prêt à publier et mettre au vote le post que tu ne vas pas manquer d’écrire sur le thème “et si on disait à tout le monde qu’il n’y a pas d’information, mais seulement de la communication ?”. On verra également si les journalistes votent pour lui ;-) Tu verras en chapitre 2 de mon livre, et encore plus dans sa conclusion (ici=pub pour mon livre ;-) , que j’assume le fait que tout est communication
    Mon point de vue est qu’il ne faut pas empêcher la communication d’exister efficacement en voulant la surligner en permanence (il n’est pas utile d’écrire publicité sur chaque spot de pub à la télé ;-) , mais de faire en sorte que le public ne soit pas trompé par la nature de la préconisation en particulier journalistique, ou éditoriale. Pour résumer, peu de gens doutent que le maillot de foot ait pu ne pas être payé par le sponsor, de même que le panneau du stade, ou la voile du bateau. Mais on peut ne pas avoir cette conscience sur un certain nombre de nouveaux espaces qui s’ouvrent sur internet ou en télévision, d’où l’intérêt d’être clair et responsable. En matière de placement produit, la recommandation de l’AACC est une mention claire et lisible au générique (mais pas de pop up pendant le film ;-)
    Et bien qu’Eyrolles ne m’ait pas encore payé pour l’espace dans mon blog, j’ai décidé néanmoins d’être transparent en les inscrivant au générique dans la rubrique “About”, ainsi qu’au tout début du blog.
    Transparence, transparence…
    Sur la question des cadeaux (voyage de presse et autres essais produits…), la question de la limite est complexe et renvoie clairement au code de déontologie journalistique… et à son application !

  9. [...] du problème soulevé à juste titre par Nicolas Bordas sur la distinction entre information et communication, et partisan de la pensée de Dominique [...]

  10. François Momboisse says:

    Suite inattendue (pour moi) de cette affaire, lue dans le JdNet ce matin: “l’IAB vient d’écrire à la FTC pour demander que l’agence américaine de protection des consommateurs fasse machine arrière en ce qui concerne l’obligation des blogueurs d’indiquer clairement les liens qui les unissent aux marques. Le patron de l’IAB s’indigne surtout du fait que le marketing d’influence soit pointé du doigt par la FTC et que celle-ci ne vise pas les autres médias qu’Internet via ses nouvelles règles”.

    Syndrome bien connu du “ok, on veut bien être soumis à la règle, mais les autres aussi alors!”.

    Va t-on vers un conflit IAB / AACC? Le monde publicitaire retient son souffle..

  11. [...] C’était le sujet d’un post  émis sur ce blog le 06 octobre dernier (retrouvez le ici).  A l’occasion du buzzomètre #3 animé par Mry (Emery Doligé, blog “Choses [...]

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