Anne Sophie Robert (@Anneso_R sur Twitter) est une remarquable pourvoyeuse d’”idées qui tuent”, dont ce blog a eu l’occasion de rendre compte. Après deux bons stages au planning stratégique (ses maitres de stage peuvent en témoigner), elle est actuellement en recherche (très) active de premier emploi au planning stratégique d’une (très) bonne agence à fort tropisme digital. Si son profil vous intéresse, ne tardez pas à la rencontrer, car je crois avoir compris que la probabilité était forte qu’elle ait une, ou peut-être même deux propositions, d’ici la fin du mois…
Le score vertigineux de @MathieuFlex #EnHautDuCocotier de mercredi dernier, a stimulé un débat, que je trouve personnellement tout à fait intéressant, sur le bien fondé des règles du jeu, et le mode opératoire des candidats dans la définition de leur sujet (une vraie idée ou une idée pour gagner ?) et l’activation de leur réseau (une idée médiocre peut-elle gagner par « copinage » ou si l’auteur est influent ?). C’est le thème de la contribution d’Anne Sophie, qui a souhaité être publiée en dehors du concours lui-même. Un thème qui renvoie directement au chapitre 5 de « L’idée qui tue » sur l’influence du porte –parole dans l’émergence de l’idée. Un sujet d’autant plus d’actualité que Gilles Reeb et son post d’hier « Et si les médias sociaux n’étaient pas des médias « ? » a obtenu le score particulièrement honorable de 1395 visiteurs uniques, mais loin derrière le Publigeekaire et ses 3 567 visiteurs uniques. Le débat est donc ouvert …
Et si l’idée qui tue ne se suffisait pas à elle-même pour grimper en haut du cocotier ?
Cela fait près de deux mois et demi que je suis avec grand intérêt les diverses ascensions et dégringolades du désormais célèbre cocotier. Lorsque Nicolas Bordas m’a généreusement suggéré de participer à l’aventure, ma première pensée a été très claire : « Jamais tu ne profiteras de la vue panoramique qu’offre ce prestigieux sommet. » Non pas que je sois de nature défaitiste ou négative – bien au contraire – mais pour la simple raison que ma place sur la Twittosphère, et sur le net en général, est encore trop timide pour pouvoir générer une visibilité suffisamment importante. Certes, un peu plus de 500 personnes me suivent aujourd’hui. Certes, je passe un certain nombre d’heures par semaine à emmagasiner et à partager une information que je juge pertinente. Certes, j’ai rencontré des personnes formidables qui me le rendent bien. Certes, je tiens très modestement un blog. Mais il en faut bien plus pour devenir influent et avoir la voix qui porte.
Où je veux en venir ? Me demanderez-vous… Et bien, au-delà du fait que mon idée puisse être bonne ou mauvaise, je pense également que la notoriété de l’auteur influe considérablement sur la notoriété même de l’idée, et de sa diffusion. Prenons pour exemple la récente victoire (écrasante) de Mathieu Flex. Je ne remettrai bien évidemment pas en question la qualité de son article, de son blog et de son contenu, étant moi-même une fidèle adepte du “Publigeekaire”. Ceci étant, il serait hypocrite de dire que Mathieu ne partait pas sans une certaine longueur d’avance de par sa notoriété largement acquise aujourd’hui dans la blogosphère. (Aucune trace d’envie ou de jalousie dans mes propos bien sûr. Je dirai même au contraire, puisque Mathieu a gagné sa notoriété de la manière la plus honorable qui soit : en partageant ce qu’il aime, avec conviction, sans provocation, ni prétention). Cette parenthèse fermée, revenons en à nos moutons.
La notoriété, ou plus précisément la réputation, a ceci de magique qu’elle conditionne, qu’elle rassure et va même parfois jusqu’à nous munir d’un pouvoir de prédiction incroyable. Laissez-moi vous donner un exemple : Lorsque vous apprenez que votre auteur, chanteur fétiche – ou autre – vient d’accoucher de son dernier bébé, le plus souvent vous n’attendez pas de savoir via une critique plus ou moins extérieure si celui-ci est réussi ou non avant de l’acquérir, mais vous courez plutôt à la Fnac la plus proche pour l’acheter! Pour quelle raison ? Mais parce que si vous avez toujours apprécié le travail de l’auteur jusqu’à aujourd’hui, il n’y a aucune raison pour que l’oeuvre suivante ne suive pas cette logique! Enfin… C’est évident ! ;-) Et c’est seulement après avoir pris le temps de l’écouter ou de le lire que vous vous faites (enfin) votre propre opinion de son contenu.
La notoriété sur le web fonctionne exactement de la même manière. Et j’en suis la première « victime ». En tant qu’adepte du blog de Nicolas Bordas, du Publigeekaire, de Core 77 ou autre TAXI et Brand New, je m’empresse systématiquement de lire leurs articles respectifs dont les sujets m’intéressent, étant quasi sûre de ne pas être déçue. Et ça ne m’empêche pas pour autant de l’être parfois. Ce qui est, somme toute, tout à fait normal. Depuis quand la perfection existe-t-elle ?! Voilà qui nous plongerait dans un ennui mortel…
Tout ceci pour dire que finalement l’issue de ce cher cocotier me semble quelque peu faussée, ou du moins dénaturée. La bataille n’est certes pas terminée ! J’aurais donc tort de trop anticiper sur le résultat. Ceci étant, en choisissant de prendre en compte le nombre de visiteurs pour déterminer qui atteindra le haut du cocotier, on tend à privilégier la notoriété de l’auteur – voire la notoriété du sujet – par rapport au contenu en lui-même, à savoir l’idée. Cela n’engage bien évidemment que moi mais si l’on avait souhaité départager les candidats Twittos de façon plus juste (?!), peut être aurait-il mieux fallu davantage se fier aux réactions suscitées via les commentaires, et ainsi aux enchainements d’idées qui en auraient découlé – et qui en découlent d’ailleurs brillamment dans un certain nombre de posts présentés ici. Après tout, l’idée initiale n’est qu’un bout de pâte à modeler que l’on façonne petit à petit via des greffons extérieurs. Une fois ce tout ajusté, on obtient une forme finale qui constitue l’idée dans toute sa splendeur.
Par ailleurs, un tel exercice axé sur la visibilité peut se retrouver d’autant plus faussé lorsque l’on élargit nos horizons, quitte à frôler parfois l’extrême j’en conviens. En effet, dans un tout autre genre, une belle performance de visibilité peut être liée à un voyeurisme malsain, à un excès de curiosité, à un jugement hâtif (car conquis dès le départ), à un sujet d’actualité dont la notoriété est déjà largement établi et j’en passe…
Même si l’on est ici très loin de cet extrême, cela n’en reste pas moins révélateur de la complexité du net, et de la difficulté à mesurer et interpréter justement l’efficacité des idées. Conséquence directe de ce phénomène : de très bonnes idées n’ayant pu être entendues doivent aujourd’hui être confinées dans un tas de tiroirs. Pire encore, certaines idées qui tuent ont dû voir le jour des années avant que celles-ci ne soient finalement révélées au grand jour par un individu qui a eu les moyens, la chance, l’opportunité, et bien sûr le talent de pouvoir leur donner vie. Qui sait, Facebook a peut être été inventé dans les années 80 par un individu qui n’a pu, pour diverses raisons, la mener jusqu’à son terme…
Mais la nature humaine est ainsi faite. Quoi qu’on en dise, pour qu’une idée prenne vie, elle doit exister à nos yeux et passer par notre jugement. Et pour ce faire, elle a le plus souvent besoin d’un porteur suffisamment influent et charismatique pour pouvoir être diffusée et surtout entendue.
Alors l’Idée Qui Tue peut elle se suffire à elle même pour être appréciée à sa juste valeur ? Même si nous sommes bien plus autonomes qu’auparavant, il semblerait que non. Il suffit d’observer qui se cachent derrière les deux meilleurs scores du cocotier pour s’en rendre compte. (A moins – et je ne l’exclue bien évidemment pas - que les deux articles en question contiennent les meilleures idées. ;-))
Mais je dis bien il « semblerait ». Car nous ne sommes pas à l’abri d’une surprise. D’autant qu’il reste de jolies places à pourvoir #enhautducocotier ! ;-)
Wait & see then !
Anne Sophie Robert
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Joli ! Aucun doute là-dessus, la réputation du porte-parole (dans un contexte aussi immédiat que celui dont nous parlons) est indéniablement l’élément clé de la propagation de l’idée.
Cela me fait penser aux marques dans l’univers de la mode, qui, grâce au plébiscite des célébrités, se hissent dans les “Must Have” en quelques semaines, alors que d’autres ont pris des années à atteindre cette place ! (Ce qui ne remet pas forcément en question leur qualité)
Mais je pense que la notion de contexte, également abordée dans le livre de Nicolas, a également sa part de responsabilité dans le succès ou non-succès d’une idée… Certaines idées, prennent davantage de temps à s’imposer, car elles ont besoin d’être digérées, argumentées, détournées avant d’atteindre une audience plus large, voire différente !
@ Nicolas : Sans vouloir te rajouter du travail (je sais ce que c’est de tenir un blog), il serait intéressant de revenir un jour sur les audiences totales de chaque billet – d’#enhautducocotier ou non d’ailleurs – pour voir quelles idées ont été les plus “tonitruantes” !
Sur mon humble blog, le billet le plus vu à date est loin d’être celui qui a connu le meilleur départ
En tout cas merci pour l’accueil, l’exercice était très instructif, et m’a permis, au bas mot, de quintupler mon audience habituelle !!
Bonjour Anne-Sophie ! Ravi de te voir sur ce blog
Je salue le fond de ta pensée. C’est en effet la conjugaison de plusieurs paramètres qui font que l’on va monter plus ou moins au dans le cocotier. Parmi ceux-là, le fond, et “l’influence” de la personne qui tente son ascension.
Pourtant, je pense que cette expérience n’a pas encore révélé toutes ses surprises. Pour l’instant c’est indéniable : la bataille s’est jouée sur l’aura de ses protagonistes. Je te rejoins donc pour dire que Emery et Mathieu disposaient d’une longueur d’avance acquise sur le web bien avant d’entrer dans la compétition chez Nicolas Bordas.
Si l’on écarte ces exemples, il apparaît qu’aucun autre grimpeur n’a échafaudé de plan pour contourner l’avance par la notoriété dont certains bénéficient. Ce qui m’amène à la réflexion suivante :
“Et si pour grimper tout en haut il fallait définir une stratégie en amont ?”
J’imagine, Anne-So, que tu vois où je veux en venir étant toi-même une adepte du planning : une idée stratégique doublée d’une stratégie de moyens efficace, pour servir au final des objectifs (ascensionnels) définis en amont.
Pour moi, la démonstration n’est pas encore faite que l’influence ne suffit pas. W
Hey, comme je suis cité (sympathiquement) à plusieurs reprises, je me permets d’intervenir
Tout ce que tu dis est très vrai mais je pense que c’est un peu défaitiste.
Je me souviens il y a un an et demi, ouvrant mon blog aux yeux du monde et frémissant de ce que les gens en penseraient. Les blogueurs “connus” me semblaient être des gens inatteignables qui me regarderaient d’en haut de leur cocotier.
Puis je me suis dit : fonce la tête baissée, fais ton truc, sois toi même et peut-être que les gens trouveront ça sympa. Et peut-être même que tu auras quelques lecteurs.
Au final, ça a marché au delà de mes espérances et j’en ai gardé quelques enseignements :
- Parfois, il faut juste oser,
- Il peut être facile de paraître influent. Personnellement, je refuse l’appellation. Et l’attitude qui va avec.
- Rien ne se fait sans la communauté qu’on développe autour de soi et sans un respect mutuel.
Pour en revenir à notre histoire de cocotier, je ne suis pas parti dans une posture de potentiel gagnant mais dans celle du challenger supra motivé. Mry est un vieux de la vieille et il a des ficelles que je n’ai pas.
J’ai donc voulu mixer le fond, la forme, l’actualité, et le réseau en balançant toute l’énergie que j’avais.
Le résultat fut bon mais je suis sûr qu’un article excellent pourra monter très haut.
Avoir une pseudo notoriété peut faire illusion. Mais depuis toujours, ce qui fait la différence, c’est la BIG IDEA parfaitement enveloppée.
Alors non, l’idée ne suffit pas. C’est un ensemble. Comme en Agence où les meilleures campagnes sont celles qui sont portées par tous (du créa au commercial en passant par le planning) parce qu’ils sont parfaitement convaincus et qu’ils génèrent ainsi de la qualité à tous les niveaux du processus.
En l’occurrence, ici, cette équipe fut les lecteurs et followers qui ont eu envie de porter le post. C’est cet ensemble qui est influent, pas moi.
[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Adngold et Nicolas_Ziegler, Herve Le Duc. Herve Le Duc a dit: Et si une bonne idée n’était pas suffisante ? http://bit.ly/b10bim [...]
Bonjour à tous !
Avant tout, merci pour vos pertinents commentaires.
Je ne pourrai malheureusement y répondre avant 17h, mais promis je le ferai!
PS @Mathieu : Je te répondrai plus en détail mais je tiens quand même à te dire que je partage ton point de vue au sujet de la notoriété de ton blog. Comme je le disais, elle est totalement justifiée! Et surtout loin de moi l’idée que ta motivation première était de gagner à tout prix en exploitant ton réseau. Pas de malentendu.
Très bon article de Anne Sophie avec qui je suis complètement d’accord sur le fait que les dès soient un peu pipés dès le départ concernant l’ascension en haut du cocotier.
Mathieu a raison dans le fond quand il dit qu’un très bon article pourrait gagner et le dépasser.
Ce serait vrai si le concours ne durait pas 15h (de 9h du matin à Minuit).
Cet espace de temps très court favorise forcément les gens capables de mobiliser une communauté derrière eux.
C’est une course de vitesse alors qu’un marathon aurait peut être été plus approprié pour ce concours.
Sur un concours à plus long terme, un article remarquable écrit par quelqu’un de peu “connu” pourrait être repris sur de multiples supports et éventuellement l’emporter.
@Martin : Je ne suis pas trop d’accord sur la fin.
On se retrouve ici dans le cas où l’on a une problématique (comment faire un max de trafic sur un temps donné sur base d’un post commençant pas “Et si”) avec différentes réponses possibles.
Changer le brief parce qu’il ne nous plaît pas, c’est contre-productif.
Tout comme l’est le fait de penser qu’une petite agence ne peut pas faire la nique à une qu’on considère comme plus “établie”
Et puis tout ça est un jeu non ? Les vrais combats du digital sont ailleurs.
@Mathieu
je n’ai peut être pas été assez explicite dans mes propos
ce que je voulais dire c’est que la force du réseau et de la communauté d’un auteur aura plus d’impact sur un concours courte durée que sur une longue durée
enfin je pense
après comme tu le dis bien, on est pas là pour changer les règles, et tout cela reste un jeu
David contre Goliatth.. L’éternel débat
Je crois que chacun à un peu raison. Il est toujours plus facile d’obtenir du soutien lorsque l’on a un réseau. Ceci se vérifie dans plusieurs domaines (le monde du travail, la politique, etc…). Cependant, je préfère être optimiste (ou utopiste ? ) et croire qu’il est possible de parvenir à quelque chose à force de travail et surtout de détermination. Je vais prendre l’exemple du foot (désolé mais pour moi, c’est le plus parlant). Dans les compétitions, il y a souvent l’équipe surprise… Le fameux outsider ! Au début des années 90, le Danemark a bien remporté une compétition à laquelle il n’était pas censé participer ! La victoire du favori n’est pas systématique.
@giluzful et à tous : j’ai prévu de vous proposer un bilan complet des enseignements du cocotier comme cadeau de Noël
Encore merci à toutes et à tous pour vos contributions et commentaires…
Me revoilà comme convenu ! (Avec un peu de retard je l’avoue…)
@Mathieu, voici ma réponse à ton commentaire :
Avant toute chose, je suis entièrement d’accord avec ton inébranlable volonté d’être optimiste. En étant passionné et ambitieux, on a tout intérêt à l’être un minimum, a fortiori lorsqu’on évolue dans un secteur aussi « vaste » que celui de la communication… Et pour jouer la narcissique, ce n’est pas un hasard si j’ai pu rencontrer un certain nombre de personnes extraordinaires, et faire ce qui me plait vraiment. Non. Tout ceci je le dois en grande partie à ma fidèle devise : « Qui ne tente rien n’a rien. » Donc oui, je suis complètement d’accord avec toi sur ce point.
Maintenant, cet apparent discours négatif était plus une manière pour moi de mettre l’accent sur une certaine constatation qui nous dépasse un peu tous. Après tout, même si l’on fait notre possible pour que ce soit le cas, ce sont finalement les internautes qui ont le dernier mot et qui décident de qui est influent et qui ne l’est pas. La joie et la surprise que tu as pu ressentir à la vue de la mobilisation générale qui a suivi la diffusion de ton billet est d’ailleurs plus que révélateur.
(Tout ceci pour dire que je ne pointe pas du doigt les auteurs.)
Et puis comme toi, Nicolas et moi le soulignons, on ne sait jamais ce qui peut se passer et nous ne sommes pas à l’abri d’une surprise ! Le concours n’est pas encore fini. Qui sait, mon billet ne vaudra peut être plus grand-chose dans quelques temps.
Pour finir, je dirai simplement que mon intention était nullement de jeter un pavé dans la marre ou autre. (Bien au contraire) Je voulais simplement me servir du cocotier pour mettre en avant une certaine « faille » du système, dans le sens où il est parfois difficile de distinguer la qualité de la quantité. Le tout est d’être suffisamment vigilant pour ne pas faire d’amalgame. (Plus facile à dire qu’à faire… surtout quand l’issue ne dépend pas que de nous.)
Sur ce, je vous remercie à tous pour votre participation, et j’espère qu’on aura l’occasion de poursuivre le débat autour d’un verre au prochain #apéritweet par exemple !
Bonne soirée à tous !
PS : Merci encore à Nicolas Bordas pour sa disponibilité et son sens du partage.
[...] Robert (@Anneso_R), planneuse stratégique digitale, qui avait déjà contribué à ce blog en octobre 2010. Au lendemain de la #JournéeDeLaGentillesse, qui a animé twitter ce week-end, Anne-Sophie [...]