Comme tous les dimanches sur ce blog, c’est #JourDuPenseur avec le retour de Stephane Hessel, dont j’avais eu l’occasion de vous parler dans mon post de décembre 2009 ” Et si on accélérait la mise en place d’une vraie gouvernance mondiale? “, avant la publication de son livre “Indignez-vous”, dont je vous ai également parlé en novembre 2010 ( “Et si créer, c’était résister ?“). Après le succès médiatique et les nombreuses interviews de Stephane Hessel dans la presse, les Editions de l’Aube viennent de publier un complément naturel au best-seller inattendu dont le succès devient international, sous la formes d’entretiens (également disponibles en vidéo) avec Gilles Vanderpooten (fondateur de Vivelaterre.com), publiés sous le titre “Engagez-vous !”. L’occasion pour moi de vous proposer, à la fin de ce post, de vous engager aux côtés de Stephane Hessel et du Collegium International, en rejoignant le groupe Facebook “Friends of The Collegium” (cliquer ici), que j’ai décidé de créer ce week-end.
Depuis le succès de “Indignez-vous” qui a révélé la vie extraordinaire de Stephane Hessel, 93 ans, il n’est plus la peine de rappeler son parcours. Son petit livre, vendu en France à plus de 1,5 million d’exemplaires), bientôt traduit en 20 langues est en tête des ventes dans trois pays d’Europe (France, Allemagne et Italie). Un succès dû à la personnalité de son auteur, ancien résistant et co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, mais aussi, pour reprendre les termes d’un article de Télérama.fr ce week-end, “a l’effet euphorisant qui donne de l’espoir et réveille les consciences, notemment des jeunes”. Mis en Libraire en Allemagne le 21 février, les 75 000 exemplaires d’”Empört euch!” ont été très vite épuisés, tout comme les 55 000 premiers exemplaires vendus en Espagne (où le livre a été traduit en castillan, catalan, en basque et en galicien). En Italie, il est en tête des classements, et il vient de sortir en langue anglaise sous le titre “Time for outrage” (le temps de la colère), accompagné d’un portrait élogieux de Stephane Hessel dans le New York Times.
Dans “Engagez-vous”, Stephane Hessel complète la vision qu’il défend dans “Indignez-vous”. Une vision et des valeurs qu’il a défendu tout au long de sa vie, et qui lui semblent toujours d’actualité, même si les temps ont changé. Ses priorités vont à la lutte contre l’extrême pauvreté et le trop grand différentiel entre extrême richesse et extrême pauvreté sur une planète interconnectée, l’indépendance de la presse, la sécurité sociale sous toutes ses formes, et bien sûr la préservation de la planète. Pour lui, la résistance ne doit plus s’incarner par la démarche violente , mais par la participation démocratique, par la coopération avec les forces en présence . Il en appelle à l’engagement : “Résister, ça n’est pas simplement réfléchir ou décrire, c’est entreprendre une action”. Un engagement qui se veut désormais universel : “mon civisme était essentiellement national, il est probable qu’on se rapproche d’un civisme global”. Il est convaincu que “l’engagement pour l’écologie est aussi fort que l’était pour sa génération l’engagement dans la Résistance”, et croit au “développement soutenable”, pour être durable, à la manière “d’un bon jardinier”. Il appelle à un enrichissement “essentiellement spirituel, éthique, plutôt qu’à un enrichissement purement quantitatif” afin de rompre avec le “toujours plus”. Il recommande la création d’une Organisation mondiale pour l’environnement (OME), complément nécessaire à l’organisation mondiale du commerce (OMC). Il propose à la nouvelle génération de se donner comme objectif de “protéger la diversité heureuse des cultures” : “Le droit de chacun à sa culture et le droit qu’elle soit considérée par les autres comme une réalité à respecter, c’est ce qui permet à la coexistence des cultures de créer autre chose que la confrontation”. Coexistence des cultures, mais aussi coexistence des diversités, des religions avec la laïcité, et des formes d’économie (économie capitaliste et économie solidaire). En un mot, il faut CREER, “car résister ne suffit plus”, dans un monde complexe d’interdépendances dans lequel les changements ne peuvent intervenir que de manière multiples. Stephane Hessel se veut confiant dans la capacité de l’homme à résoudre les problèmes auxquels il est confronté : “Notre cerveau n’a pas fait tout ce qu’il pourrait faire”, mais d’un optimisme raisonné face à un avenir à double face : “Gare à l’avenir et vive l’avenir!”.
C O L L E G I U M
I N T E R N A T I O N A L
On peut ne pas être d’accord avec toutes les prises de parole et tous les engagements de Stephane Hessel, mais on peut difficilement ne pas lui reconnaitre un humanisme profond et un engagement courageux et sincère. J’ai appris à le connaitre dans le cadre du “Collegium International Ethique, Scientifique et politique”, un think tank que j’accompagne depuis une dizaine d’années, créé par Michel Rocard et Milan Kucan (ancien Président de la Slovénie), qui réunit des personnalités du monde entier – hommes d’Etat, économistes comme René Passet ou le prix Nobel Amartya Sen, philosophes comme Jürgen Habermas et Edgar Morin (cliquer ici pour en savoir plus). Le Collegium s’est formé autour de la déclaration d’interdépendance (cliquer ici), et travaille actuellement à des recommandations pour améliorer la gouvernance mondiale. Il mérite de mon point de vue, d’être connu et soutenu plus largement, et c’est pourquoi j’ai décidé de créer le groupe Facebook “Friends of The Collegium” que vous pouvez rejoindre en cliquant ici, ainsi que le fil Twitter du Collegium que vous pouvez suivre en cliquant ici. Je pourrai ainsi, avec l’aide de Sacha Goldman, secrétaire général du Collegium, tenir informé celles et ceux d’entre vous qui le souhaitent, des projets en cours et à venir du Collegium International, dont Stephane Hessel est d’un des plus actifs contributeurs.
L’illustration ci-dessus, signée Stéphane Trapier, est extraite d’ un article paru dans Citizen K International, paru en septembre 2009, intitulé “Etat d’urgence”, dialogue entre Edgar Morin et Peter Sloterdijk que vous pouvez retrouver en cliquant ici. La liste des membre du Collegium est accessible en cliquant ici.
Hello
Excellent, j’en fais immédiatement la promo de ton billet sur l’un des mes blogs Interim-emplois
Merci
Dans l’article du 7 nov 2010 “et si créer c’était résister ?”, Marc D a rédigé un commentaire intéressant sur ses réticences à avoir une attitude de groupie, désignant un bouc émissaire (en l’occurence Israel) pour louer aveuglément des systèmes (ou des pays) aux moeurs pas toujours angéliques (place des femmes dans les sociétés non laïques ?)
), donc apprenons à nous méfier des idées reçues et des raisonnements à trop court terme.
Petit rappel historique : on a pris position pour l’Irak contre l’Iran, et puis changement de bouc-émissaire on a voulu destituer S. Hussein ; on vantait les mérites du système communiste dans les années 50 (oui, du siècle dernier : 1950), et puis finalement les goulags ne représentaient peut-être pas un progrès pour l’humanité, etc.
C’est toute la difficulté de l’engagement, en politique notamment : on partage 60% des idées de tel parti, mais on n’est pas d’accord sur les 40% des autres idées –> que faire ? Sartre (JP) s’était aussi posé la question en son temps…
Il est naturel (et facile) de s’engager sur des valeurs telles que la bienveillance, la fraternité, l’égalité des chances, etc. mais c’est la mise en oeuvre sous forme de projets de société qui peut générer des problèmes. Un exemple les plus frappants concerne l’écologie : vaut-il mieux (d’un point de vue écologique) un sac en papier, ou un sac en plastique ?
La réponse n’est peut-être pas le sac en papier (la réponse se trouve sur Internet
Cependant, comme il me paraît déraisonnable de ne pas s’intéresser aux autres, comme l’ermitisme ne représente pas une solution mais un renoncement, alors sans doute faut-il s’engager, sous une forme ou une autre (dans l’action avec les Restos du coeur, dans la réflexion avec le Collège mentionné ci-dessus), quitte à s’en émanciper lorsque les divergences seront trop flagrantes…
Merci Agnès pour ce commentaire. J’en profite pour réaffirmer ce que j’ai écrit sur mon wall facebook au sujet des prises de positions de Stephane sur le sujet Israël/Palestine : ces prises de position sont autonomes du Collegium International, qui se concentre sur les enjeux de la gouvernance mondiale, et qui, à ce titre et de mon point de vue, mérite d’être suivi et soutenu, chacun gardant par ailleurs son libre arbitre et sa liberté d’expression, d’indignation et d’engagement…
Amicalement
Nicolas
En lisant ce post, je repense au documentaire diffusé vendredi tard sur la naissance des restos du coeur et le travail mené par Coluche… Si vous n’avez pas eu l’occasion de le voir ou de connaître l’histoire, je vous le conseille vivement. La vidéo est disponible sur tf1.fr dans la rubrique vidéo. On y voit Coluche au lancement du projet mais surtout on observe sa culture stratégique en matière politique et médiatique. Coluche n’était pas un humoriste, c’était un politique très drôle
Bonjour.
les prises de positions humanistes et notamment sur la nécessaire réduction des inégalités me font penser à un ouvrage de 2 anglais, The spirit level (non traduit en français).
Ils vantent dans cet essai les effets positifs de l’égalité dans une société. Effets qui, selon eux, profitent à l’ensemble de la société et non uniquement pour les plus pauvres (ils s’appuient pour cela sur des statistiques concernant l’obésité, le niveau d’instruction etc.)
Mais, au même titre que Hessel, et pour rejoindre le post d’Agnes, on ne peut que se poser la question sur l’utopisme d’un tel projet. Concrètement, comment une société peut-elle mettre en place (ou favoriser fortement) l’égalité ? Pour cela, il faudrait que ce sentiment soit partagé et porté par toute la population (et non une minorité engagée). Or dans nos sociétés, nous réfléchissons (d’abord) en fonction de notre position sur l’échelle. Ensuite nous dédaignons à prendre conscience que les autres individus s’y trouvent également.
L’humanisme ne profite pas à tout le monde, il profite à la “MOYENNE”, et c’est pour cela que les “élites” ne souhaitent pas nécessairement sa promotion…
Bonjour,
N’y a-t-il pas une contradiction flagrante entre toutes ces propositions et ces idées et l’obligation, pour vous rejoindre, d’adhérer à un système aussi opaque et dictatorial que FaceBook ?
Je n’en serai pas.
Cordialement,
Patrick
Pleinement d’accord avec le point de vue d’Agnès sur la nécessité d’un engagement clairvoyant, indignation contre l’indifférence-renoncement-ermitisme et sursaut de révolte anti-faux-alibis (ah Lybie?)..
Louable me semble la démarche de Stéphane Hessel, sceptique m’avait laissée l’épaisseur de son premier manifeste, d’argumentation légère. Quant au nouvel opuscule, au titre à nouveau martial qui me hérisse, a priori plus “vert” et plus développé que le premier, je ne demande qu’à être convaincue !
Concernant “l’indignation à bon escient”, l’émission de Finkielkraut (qui recevait le 12 février dernier deux invités dont Stéphane Hessel à son micro) apporte un éclairage dont la pertinence du propos peut ainsi être résumée :
“Détail éclairant sur le décalage entre titre et auteur: le premier n’est pas du cru du second, mais de celui d’un éditeur (Indigène) sachant, comme celui de Mélenchon (Flammarion), le parti à tirer d’un slogan simpliste, tenant du tract et plus annonciateur d’un appel à l’agit-prop’ que d’une étude approfondie. ‘Point de vue sur l’universalité des droits’ n’eût pas dépassé les 500 ventes. En une vingtaine de pages, un rapport exhaustif des injustices mondiales étant illusoire, Stéphane Hessel s’est basé sur un récent séjour à Gaza pour évoquer les victimes de l’actuelle politique d’Israël.
Le malentendu qui a suivi, assimilant cette critique soit à la remise en cause de l’Etat juif, bouc émissaire des maux du monde, soit à un antisémitisme contre-nature, navre autant l’incorrigible optimiste que la tentation, induite par le titre, de réduire l’origine des problèmes à la méchanceté des hommes au pouvoir, leur solution à l’éjection desdits hommes au profit d’un peuple pur par essence.
Evocation du danger et mise au point cordiale à écouter et à faire partager sur France-culture (http://www.franceculture.com/emission-repliques-les-vertus-de-l-indignation-2011-02-12.html), en podcast.”
Erratum : pardon à la Libye pour l’erreur de frappe que je lui ai fait subir plus bas…
Cher Patrick,
Je respecte tout à fait votre choix de ne pas rentrer dans le “système facebook”. Je me permettrai, si vous le souhaitez, de vous faire passer par mail les informations sur l’agenda futur du Collegium.
Cordialement
Nicolas
[...] les penseurs du Collegium dont je vous ai parlé dimanche dernier (”Et si vous vous engagiez aux côtés de Stephane Hessel ?“), il en est un dont la lecture s’impose aujourd’hui plus que jamais : [...]
[...] de Peter Sloterdijk, un autre philosophe proche du Collegium International (Cf mon post ” Et si vous vous engagiez avec moi aux côtés de Stéphane Hessel ?” - cliquer ici pour rejoindre le groupe Facebook “Friends of the Collegium”). [...]
[...] sociologues et philosophes, dont je vous ai parlé à plusieurs reprises dans ce blog (”Et si vous vous engagiez avec moi aux côtés de Stéphane Hessel ?“), et pour lequel j’ai créé il y a quelques semaines le groupe Facebook [...]