Et s’il fallait assumer que le monde est communautés ?

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Après Michel SerresEdgar Morin, et Régis Debray dimanche dernier (”Et si l’homme avait besoin de croire?”), cette rubrique dominicale “Le jour du penseur”, accueille aujourd’hui Michel Maffesoli, penseur inclassable et parfois décrié pour la liberté de ses choix, et une pensée pour le moins non conventionnelle, fondée sur l’observation de phénomènes de la culture populaire.  Analyste des tribus, chantre de la postmodernité, et avocat du nécessaire réenchantement du monde. Michel Maffesoli vient de publier un petit livre aux éditions CNRS “Matrimonium- Petit traité d’écosophie”, sur ce qu’il appelle “l’invagination du sens”, c’est à dire “le retour à l’essentielle nature des choses”, qui nous fait passer du progressisme à une progressivité réinvestissant les “archaïsmes” : peuples, territoire, nature, sentiments, humeurs… que nous avions cru dépasser, et dont l’écologisme fait partie. Ou l’on retrouve sa thèse récurrente du nécessaire recours à Dionysos, Dieu de la jouissance, ici et maintenant, qui donne l’intensité à un présent rendu précaire par l’existence même de la mort. Mais pour mieux comprendre et tirer le meilleur de la pensée de Maffesoli,  je vous recommande plutôt le livre d’entretiens avec Christophe Bourseiller, également publié en 2010, intitulé “Qui êtes vous, Michel Maffesoli ?” délivrant une vision assez complète d’une pensée beaucoup moins éclatée qu’il n’y parait parfois, et dont la conclusion pourrait se résumer à une idée simple et fondatrice : “La société est plusieurs”.

dc8f24abce089474969ece84faa273a0-mediumMichel Maffesoli, sociologue et professeur à l’université Paris Descartes, né en 1944 dans l’Hérault a, selon Wikipédia, ” développé un travail autour de la question du lien social communautaire, de la prévalence de l’imaginaire et de la vie quotidienne dans les sociétés contemporaines, contribuant ainsi à l’approche du paradigme postmoderne.  Vice-président de l’Institut international de Sociologie, il est aussi membre de l’Institut universitaire universitaire de France, depuis septembre 2008, au terme d’une procédure de nomination controversée, en particulier du fait de la thèse qu’il dirigea et fit soutenir à l’astrologue Elizabeth Teissier. Les livres et séminaires de Michel Maffesoli abordent l’imaginaire, la postmodernité, l’analyse du quotidien, et l’analyse critique de l’individualisme en regard des résurgences tribales, nomades, communautaires.

9782710309949FSMichel Maffesoli publie en 1988 Le temps des tribus: le déclin de l’individualisme dans les sociétés postmodernes , il introduira alors cette notion de « tribu »  pour désigner  la réunion d’un groupe donné (d’initiés) autour d’images qui agissent comme des vecteurs d’une communauté en ce qu’elles permettent « d’éprouver des émotions en commun ». Ces images, qu’il assimile à des « totems de rassemblement » peuvent être un imaginaire d’une musique en particulier (comme la musique metal ou techno), ou l’imaginaire propre à une communauté sur Internet qui partage une passion par exemple. La « tribu » suppose une « initiation » préalable au partage des émotions, ainsi, même si le fondement du lien social communautaire est le partage d’émotions, cela n’en relève pas moins d’une normalisation des actions . Ce processus de normalisation, Maffesoli l’appelle une « éthique de l’esthétique », éthique désignant la loi qui n’est pas encore institutionnalisée (à la différence de la Morale qui elle prend forme dans les Institutions modernes que sont l’Etat, la Religion, la Famille etc). L’Esthétique devant se comprendre au sens éthymologique grec (provenant d’aisthesis, la capacité d’éprouver des émotions communes) : un moment où l’on va vibrer ensemble.

reenchantement-du-moLe livre d’entretien entre Michel Maffesoli et Christophe Bourseiller, permet de mieux comprendre ce que Maffesoli appelle la postmodernité. Ce terme fait référence au postmodernisme architectural , élaboré en 1950 autour de Robert Venturi, qui s’opposait aux excès du modernisme architectural qui avait réduit l’esthétique à sa simple fonctionnalité : une construction à angles droits, un minimalisme dans les formes, une épuration dans la construction typique de Le Corbusier ou Nimeyer, dont les HLM sont l’héritage aujourd’hui. Robert Venturi, lui, prônait une architeture mosaïque, empruntant à tous les styles pour mieux les relier. C’est Jean-François Lyotard dans “La condition postmoderne” en 1979, qui a formalisé au plan philosophique la postmodernité comme fragmentation des grandes représentations idéologiques, la fin des grands récits de référence (Marxisme, Freudisme, positivisme…) au profit d’une pluralité de “petites idéologies”, que Maffesoli qualifie de tribales. Selon lui, “Nous ne sommes plus dans une société réduite à l’unité comme l’indiquait Auguste Comte. Au contraire, nous allons être de plus en plus souvent confrontés à la richesse de la mosaïque”.

Pour Maffesoli, le mythe progressiste de la technique a contribué à désenchanter le monde moderne. C’est ce qui explique la montée en puissance de  l’aspiration à une “progressivité” où la technique est réinvestie par l’imaginaire, recréant une relation affectivement chargée à la tehchnologie, comme en témoigne la relation affective qui nous lie à notre ordinateur ou à notre Iphone. Il nous rappelle que plus de la moitié du trafic Internet est “communautaire” : “Il faudrait à cet égard”, nous dit-il,” reprendre les analyses du père Teilhard de Chardin ou celles, plus récentes, d’Edgar Morin, pour voir comment les objets techniques favorisent une noosphère, symbole d’une nouvelle socialité où l’individu indivisible n’est plus enfermé dans la forteresse de son esprit, mais participe en son sens premier, à un esprit collectif, à une sphère généralisée, l’unissant aux autres et au cosmos en son entier. On peut parler d’un “ordre symbolique” : une manière plus soutenue et plus rigoureuse de dire la prévalence de la communication”. La société est plusieurs et se fait à plusieurs. Comme l’explique Christophe Bourseiller : “la postmodernité se trouve dominée par l’instauration du pluriel : place aux microcultures, aux contre-sociétés, aux groupuscules, aux initiatives individuelles, aux tribus, aux avant-gardes… “. Un propos que j’illustrerai volontiers par l’oeuvre de l’architecte postmoderne Franck Gehry (musée Guggenheim de Bilbao), dont la démarche n’est pas moins iconoclaste que celle de Michel Maffesoli ! ;-)

gug

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3 Responses to “Et s’il fallait assumer que le monde est communautés ?”

  1. [...] Michel Serres,  Edgar Morin, Régis Debray, et Michel Maffesoli dimanche dernier (”Et s’il fallait assumer que le monde est communautés ?”), [...]

  2. [...] Et s’il fallait assumer que le monde est communautés de Nicolas Bordas [...]

  3. [...] consacré, il y a tout juste un an, la rubrique #JourDuPenseur à Michel Maffesoli (”Et s’il fallait assumer que le monde est communautés ?” à l’occasion de la sortie de son précédent livre d’entretiens, et de son [...]

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