Chaque dimanche sur ce blog, un post consacré à un penseur contemporain (philosophe, sociologue, économiste…) au coeur de l’actualité. Après Edgar Morin (” Et si notre désintégration devenait métamorphose ?”), François Ewald (”Et si on refusait la dictature du principe de précaution ?”), Amartya Sen (” Et si la quête du bonheur n’était justement pas suffisante”), place à Michel Serres, dont beaucoup (comme François Momboisse dans un commentaire de ce blog) pensent qu’il est le plus grand penseur francophone vivant . En complément du 3ème volume des ses “Chroniques du dimanche soir”, que vous suivez peut-être à la radio, Michel Serres vient de publier un petit livre passionnant intitulé “le temps des crises” qui nous invite à devenir plus intelligent et surtout plus inventif . Une inventivité qui est, selon lui, tout ce qui reste à l’homme moderne qui a “perdu la tête”, à l’image de St Denis décapité, un homme sans faculté autre que son cerveau, mais qui dispose de capacités nouvelles extraordinaires grâce à l’informatique (voir vidéo ci-dessus).
Ancien élève de l’Ecole navale et officier de marine, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé de philosophie, Michel Serres, académicien depuis 1990, enseigné aux universités de Clermont-Ferrand, de Vincennes et, à partir de 1969, à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Parallèlement, à l’invitation de René Girard, il enseigne à l’université de Stanford (Etats-Unis) depuis 1984.
Depuis sa thèse sur Leibniz, qui a fait date (Le système de Leibniz et ses modèles mathématiques, PUF, 1968), Michel Serres a publié une cinquante d’essais qui interrogent les sciences, l’épistémologie, l’histoire, la littérature, les arts visuels, ou le monde contemporain. On retiendra tout particulièrement Le Contrat naturel et Le Tiers-Instruit (François Bourin, 1990 et 1991), la série regroupée sous le titre général « Le Grand Récit » : Hominescence, L’Incandescent,Rameaux et Récits d’humanisme (Le Pommier, 2001, 2003 et 2006), Le Mal propre : polluer pour s’approprier ? et La Guerre mondiale(Le Pommier, 2008).
Michel Serres est l’un des rares philosophes contemporains à proposer une vision du monde qui associe les sciences et la culture. Depuis le déclenchement de la crise, beaucoup de médias, d’entreprises, d’institutions ont souhaité interroger Michel Serres sur ce phénomène mondial. Il a réuni ses réflexions dans Le temps des crises, qui vient de paraître aux Editions du Pommier.
Dans Le temps des crises, Michel Serres nous rappelle que la crise actuelle n’est qu’une toute petite ride à la surface de l’histoire et qu’il convient d’analyser les mouvements profonds de notre société : démographie (le passage d’un monde rural à un monde urbain), santé (durée de vie), transports, informatique (voir vidéo ci-dessus), tout a bougé sauf les institutions. Des institutions qu’il juge “internationales”, mais pas mondiales, car personne n’y représente vraiment l’intérêt général. Il imagine une institution nouvelle qu’il appelle WAFEL (Water, Air, Fire, Earth, Life) qui interviendrait comme tierce personne représentant ce qu’il appelle la “Biogée”, pour instaurer un nouvel équilibre homme-planète. Michel Serres est convaincu qu’il nous faut changer notre posture pour inventer du nouveau, afin que le temps des crises devienne véritablement le temps du renouveau, le temps des cerises…
Si vous avez la chance d’être à Toulouse demain lundi 1er février, ne ratez surtout pas la conférence (gratuite) de Michel Serres à l’amphithéâtre Couzinet. Si vous n’avez pas la chance d’être à Toulouse demain, regardez et écoutez l’interview ci-dessous que Michel Serres a accordé à France Culture, où il vous livre l’essentiel du contenu de son livre, avec l’accent qui fait son charme.
Ce type me fait du bien.
en plus son charme est à tomber !
Nous avons la grande chance de le compter parmi les membres du CA de la Fondation Pierre Fabre
Merci Nicolas,
cet article / video tout comme la lecture du temps des crises devrait être obligatoire. J’aime son concept de “biogée”
Ca paraît élémentaire, c’est juste génial. A moins que ce ne soit le contraire
Merci Nicolas car ce Monsieur est pour moi un pur génie..
D’abord c’est un matheux + philosophe. Comme Platon et Aristote. Comme Descartes ou Leibniz. Comme Bergson (1er prix concours général de maths, avant de faire de la philo). Donc respect!
Mais contrairement à la plupart de ceux précités, il est clair, limpide, agréable et simple à lire. On ne se dit pas “quel génie, je suis nul” mais “c’est évident” en l’écoutant. C’est l’anti-Attali.
Et en plus, il est joyeux, lumineux, enthousiaste. Comme Platon, il alterne les discours rationnels et argumentés et les mythes: son histoire de la tête de St Denis est jubilatoire.
Donc à écouter et voir vite, car il a 80 ans!..
[...] chronique dominicale désormais connus sous le nom de “jour du penseur”, à la suite de Michel Serres, d’ Edgar Morin , de François Ewald , et d’Amartya Sen [...]
Je ne saurais que trop vous recommander en complément de cette note, cette conférence brillante : http://www.regards-citoyens.com/article-les-nouvelles-technologies-que-nous-apportent-elles-par-michel-serres-39671039.html
Que tous les contempteurs de Google rangent leurs critiques..
Grosse claque.