Et si on instituait le Permis de Voter ?

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Après @eowenn (”Et si vous offriez le compte Twitter idéal à vos meilleurs amis?“), @naro (”Et si l’agence de com du futur restait à inventer ?“), David @AdTimes (”Et si Paul Le Poulpe prédisait aussi l’avenir de la pub ?“), @cyceron (”Et si le marketing n’était pas l’ennemi du journalisme ?“), et @maximegarrigues (”Et si René la taupe partait à la conquête du monde ?”), notre sixième candidat  (sur 20), à tenter l’ascension #EnHautDuCocotier est Boris Laffargue, Toulousain, en charge des medias du Toulouse Football Club. Une fois n’est pas coutume, nous quittons la sphère du digital et de la communication, pour aborder un sujet d’ordre politique qui renvoie au débat démocratie directe / démocratie représentative, et à l’importance de revaloriser la politique pour garantir le bon fonctionnement de la démocratie. Une incitation à relire Benjamin Constant et Alexis de Tocqueville. Ou plus récemment, le livre d’ Olivier Drochon “La faillite de la démocratie. De la nécessité d’un permis de voter” que Boris a découvert après avoir écrit son post, et à qui il rend hommage dans sa conclusion. Cette idée iconoclaste est-elle une solution pertinente pour redonner l’envie et le gout de la politique et du vote responsable ? Permettra t-elle à Boris de dépasser @Maximegarrigues qui a pris la place de @naro #EnHautDuCocotier la semaine dernière avec 1 841 visiteurs uniques entre 9h et Minuit ? A vous d’en décider. Les résultats seront publiés juste après minuit via Twitter, et demain matin sur ce blog. Bonne lecture !

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J’aime Coluche. Beaucoup plus que n’importe quel sportif, acteur, politique ou humoriste. J’aime cet homme qui n’a cessé tout au long de sa courte carrière d’émouvoir, surprendre, amuser et déranger. Un trublion, provocateur jusqu’au bout de ses gants de boxe. Coluche c’est mon Général de Gaulle… mon personnage politique des 30 miséreuses et c’est peut-être de lui, que l’idée m’est venue…

Traçabilité de l’idée.

En 1958, la France est entrée dans la Ve république. Ses fondements sont rédigés dans la constitution (58) dont on retient surtout : le pouvoir exécutif pour le Président et le suffrage universel direct. Désormais, le peuple va décider seul, de l’identité de son Président. Que vive la démocratie !

S’en suit une période faste de notre société, où la politique tient une place centrale dans le quotidien d’une majorité de Français (par peur de revivre l’horreur de la guerre peut-être ou plus certainement par envie de rebâtir et développer notre pays en plein chaos). Entre 1950 et 1980, la conscience politique se traduit notamment par la montée en puissance des maisons de presse “politisés”, par mai 68, par le fort taux de syndicalisme, par également la création de rendez-vous médiatiques réguliers où le Président s’adresse aux Français.

Et puis, les années 80 sont arrivées : le chômage, la pleine société de consommation, le SIDA, … la crise modifie le rapport de force entre les politiques (les M.N.S) et la population (les noyés). Les habitudes politiques françaises commencent à s’estomper : petit à petit on s’informe moins,  s’encarte moins, milite moins. Une distance se crée entre la population et la chose politique. Ce phénomène semble s’être confirmé voire accentué jusqu’à aujourd’hui.

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Quand on sait que les syndicats français ont par exemple : obtenu la loi sur les conventions collectives (1950), obtenu la 3e, 4e et 5e semaine de congés (depuis 1956), obtenu la retraite à 60 ans (1970) ou encore la semaine de 39h (1981) alors, à la vue de ce graphique, on peut légitimement penser que les salariés ont depuis longtemps freiné leurs ardeurs politiques…

(J’ouvre une parenthèse…

Depuis 2007, 4 propositions de lois ont été “jugées” anticonstitutionnelles par le conseil constitutionnel : Hadopi (Liberté), Burqua (Liberté), Taxe Carbonne (Egalité), Identité nationale (Egalité). D’après vous quelle part de la population a eu cette info ? Combien savent quel est le rôle du conseil ? Combien voient le lien avec les fondements républicains de notre société ? Assez peu finalement, non ? Me tromperai-je ?

Edwy Plenel et quelques autres plumes dénoncent ce qu’ils appellent “le viol de la Constitution” dans la matinale du 17/08 sur France Inter… (C’est la première intervention de Plenel).

http://www.dailymotion.com/videoxegzht

En 1995 certains reprochent aux Guignols d’avoir fait élire Jacques Chirac. D’autres à TF1 d’avoir emmené Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002, ou plus légèrement à RMC d’avoir contribué pleinement à la réduction de tête de Domenech. N’en déplaise à Lazarsfeld, je crois que dans une société “inculte” (disons qui n’est pas assez experte), individualiste et sédentarisée, les médias de masse quasi-fusionnent avec les relais d’opinion. Et le lobby médiatique peut avoir un effet bien plus fort finalement celui que lui attribue Lazarsfeld. Dans le sens positif, comme négatif! Et je ne souhaite même pas parler de la légitimité desdits relais d’opinion… (comme dans l’affaire Domenech, qui est devenu une affaire politique, c’était surréaliste!).

Faisons un test rapide ;) Demandez dans votre entourage à quel personnage politique l’on attribue : “Je veux lutter contre la fracture sociale” puis demandez ensuite aux mêmes personnes le nom du politique qui a proposé de “manger des pommes”. Là encore je ne brillerai pas par mon empirisme mais peut-être qu’une majorité de réponse ira dans le sens de ce que je tente de démontrer.

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… je referme la parenthèse).

En 2007, de façon tout à fait surprenante, selon moi, les français n’avaient jamais autant voté pour une élection présidentielle (en volume). Plus de 36.000.000 de votants au second tour (source wikipedia ci-dessous).

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Sur les 36 millions de votants en 2007, on peut se demander quelle est la part de ceux qui sont légitimes pour voter. Je n’entends pas par légitimes : l’origine, la nationalité, le niveau de diplôme, la CSP, … Non j’entends par légitimes, les personnes armées pour réaliser le choix qui va réellement défendre leurs convictions – enjeu central de la démocratie.

Ces armes, quelles sont-elles ? Une instruction politique (comment la politique est-elle organisée dans notre pays?), Une culture politique (quels sont les courants historiques, les nouveaux courants, quels modèles de pensée)? Une implication dans des causes politiques (syndicalisme, élus, gréviste) ou en minima une activité politique (participation à débats, vie associative) pour ne citer que celles-ci. Raisonnablement j’estime le taux des “légitimes” à 15-20% des votants. Je ne m’intègre d’ailleurs pas vraiment dedans : je ne milite pas, je ne suis plus trop actif dans le monde associatif, j’ai une instruction-culture politique toute relative. Assez! Vive la démocratie ;)

Drôle d’Idée : “Voter tue”.

Comment alors une population qui au quotidien “s’intéresse” de moins en moins à la politique, peut-elle être de plus en plus nombreuse à voter (du moins aussi constante sur les élections majeures) ? N’est-ce pas là un danger ? Ne risque-t-on pas d’être particulièrement influençable, manipulable dans ces conditions ? En somme n’est-ce pas là le meilleur moyen d’entrer dans une « dictature » qu’elle soit politique, financière ou médiatique ?

Pour conduire, chasser, construire, … l’on a systématiquement besoin d’obtenir un permis. Une sorte de sécurité que prend l’état avant de laisser entre nos mains une pratique à risque. Pourquoi alors voter n’appartiendrait-il pas aux conduites à risques :“Voter tue” ! On aurait pu l’inscrire en 1933 sur les bulletins allemands… (Il y a pleins de slogans anti-tabac que l’on pourrait d’ailleurs adapter sur des bulletins, avec un gros brin de cynisme).

Si l’on considère qu’en allant voter sans y être réellement préparé, on prend le risque de défendre des hommes et des femmes dont “finalement” les convictions vont à l’encontre des intérêts du peuple; alors l’acte le plus symbolique de toute démocratie devient l’arme qui se retourne contre elle. On croit sur parole … et adieu la démocratie !

On a souvent demandé aux politiques le prix d’un ticket de métro ou de la baguette de pain. C’est dommage qu’aucun d’entre eux n’ait encore répondu :”et vous, pouvez-vous me donner les principes fondamentaux de notre république?”… j’aurais pu m’y attacher.

L’idée qui tue.

Parce que le vote est essentiel à la démocratie, il vaut peut-être mieux confier cette grande responsabilité à des personnes qui auront fait la démarche de développer leur culture politique, qui se seront impliquées, qui auront démontré leur engagement citoyen. Je ne parle pas là des élus (coincés trop souvent dans les murs de leur parti). Je parle du peuple, de toute personne qui aura fait la démarche de s’inscrire au permis de voter.

Le permis de voter, ce n’est pas un examen que l’on doit obtenir, c’est un ensemble de droits que nous offrirait l’état et qui nous imposerait certains devoirs : L’idée est de donner un accès à une « in/formation » politique gratuite, globale et surtout interactive. Le tout, à la simple demande du citoyen.

Avoir son permis de voter c’est :

> Devenir électeur pour toutes les élections durant un quinquennat présidentiel et représenter la part de la population non “permise”.

> Obtenir un accès gratuit et illimité au portail web des électeurs : et si l’on inventait un portail web social destiné uniquement aux votants ? Un www.france.fr en mode utile :

> Le réseau donnerait un accès gratuit à l’actualité politique au quotidien : presse écrite, tv…

> Un accès gratuit et illimité à une in/formation politique : la république, ses fondements, les courants de pensée, l’histoire, le journal officiel, …

> Un accès aux experts : donner son avis, poser une question, échanger, débattre…

> Profiter de certains avantages : d’un traitement accéléré pour tous les documents administratifs à la défiscalisation d’une partie des revenus…

> être obligé de participer à chaque vote. La non participation entraîne sanction (perte des avantages du votant notamment, perte du permis, sanction financière?).

> être “encouragé” à participer (même ponctuellement) à la vie politique locale : conseil municipaux, départementaux, régionaux…

> être invité à des colloques thématiques tenus par des experts en région.

> Etc.

Vote for me !

Depuis 30 ans on tente de faire culpabiliser les personnes qui ne votent pas, leur collant l’étiquette de mauvais citoyens (”quand on pense que nos aînés sont morts pour ça!”). C’est vrai, ce n’est pas très consciencieux, pour certains. Pourtant, doit-on forcément penser que les français dont la seule activité politique consiste à placer un bulletin dans l’urne sont de meilleurs citoyens ? Combien de français soulagent-ils leur conscience politico-morale les jours d’élection ? Pour moi, c’est uniquement en élevant la culture politique des français que l’on peut espérer élever le niveau de nos hommes et nos femmes politiques. Et donc jouer parfaitement notre rôle dans cette sacrosainte démocratie.

Vous allez me demander : “que vient faire Coluche dans tout cela?”.  Peut-être avec un poil d’ironie vient-il ici gratter la situation de notre société…

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Et sur la vidéo ci-dessous nous prouver qu’avec un positionnement de marque très simple (je suis le candidat de ceux qui n’ont pas envie de voter pour les autres candidats), on peut quasiment transformer un humoriste en présidentiable. Ça c’est joué à un Mi-tterrand… c’est dire!

http://www.dailymotion.com/videox5kxzo

Enfin cher lecteur, si l’organisation d’un tel dispositif national vous paraît irréalisable (”c’est quoi cette usine à gaz?!”), alors je vous répondrais que cela ne peut pas être plus complexe et coûteux que d’organiser le service militaire depuis 1798 ;) Nom d’une démocratie !

cette-idée-n'est-pas-a-moi

Boris Laffargue.

Photo Boris

NDLR : Boris Laffargue pensait à l’âge de 6 ans faire du football son métier. Après y avoir renoncé à l’âge de 13 ans, il a retrouvé à 20 ans le filon pour espérer un jour, intégrer un club de foot pro ! A bientôt 30 ans, il est le responsable médias du Toulouse Football Club, qu’il a intégré en 2003 pour créer le concept “Jeunes Citoyens Supporters” et déployer une politique de mécénat qui lu a valu un Oscar du Mécénat en 2006. En dehors du Club et de Twitter, vous pouvez le retrouver sur son blognote (cliquer ici) où, en dehors de sa vision décalée sur la démocratie, il incarne le précepte de Brassens : “Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente” ! .-)

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33 Responses to “Et si on instituait le Permis de Voter ?”

  1. Genaro says:

    mon post préféré #EnHautDuCocotier jusqu’à présent. Merci beaucoup je suis ravi de découvrir Boris avec qui nous partageons une passion ronde.

    J’ai longtemps eu la conviction qu’on ne pouvait faire un choix éclairé sur un vote qu’en étant impliqué en politique.

    Mais l’idée d’un permis ne masquerait-elle pas une incitation au j’menfoutisme ?

    Ce qui est beau en démocratie c’est l’égalité de l’opinion et la modération collective que cela entraîne.

    En tout cas si ça existe, je m’inscris !

  2. Merci Genaro pour le commentaire !

    Il y a donc déjà 2 inscrits potentiels, avec Coluche ça fait 3 :) Qui d’autre ?

  3. Concernant la légitimité, j’avais fait un post au moment du référendum sur la Constitution Européenne. j’en été arrivé à la conclusion que je n’avais aucune légitimité à dire oui ou non, pour une raison simple : j’avais fait l’effort de télécharger le texte et au bout de 3 pages je ne comprenais strictement rien à ce qui était écrit. J’avouais mon incompétence totale en droit constitutionnel qui est un discipline assez pointue. Partant, l’honnêteté intellectuelle me conduisait ne pas me rendre aux urnes. Pourquoi donner donner mon jugement (oui ou non) sur un texte incompréhensible et probablement pour plus de 95 % des Français ?

    Cela dit j’aurais pu mettre un bulletin blanc. Ce qui m’amène sur un second problème du scrutin universel, présidentiel en particulier : la non prise en compte des bulletins blancs dans le décompte. Autrement dit mettre un bulletin blanc ou préférer aller à la pêche (l’abstentionnisme tant décrié), ne change mathématiquement rien. Alors pourquoi stigmatiser régulièrement ce comportement ? Lors de la dernière présidentielle – je m’égare politiquement 2 secondes, mais c’est important – je n’avais ni envie de Ségolène Royal, ni de Nicolas Sarkozy. Quand je vois la vacuité du PS et les dérives du président (et vous rappelez à juste titre la mise en touche de ses lois par le Conseil Constitutionnel – record de la Ve république semblerait-il), mes non-désirs (aucunement d’avenir) lors du scrutin se confirment malheureusement tous les jours depuis plus de 2 ans…

    En fait le fond du problème est de réconcilier les Français avec la politique. Or, ni les politiques, ni les médias ne font le job, c’est à dire élever la culture politique, comme le vous le réclamez – à très juste titre.

  4. L’idée n’est pas nouvelle en soit. On peut la trouver géniale ou extrémiste, mais elle ne laisse pas indifférent, et les exemples décris dans ce post permettent de se rafraichir la mémoire, et inviter au débat et à la réflexion.

    On est en droit de se demander si le discours politique, tel qu’il est proposé aujourd’hui, ne vise pas à obscurcir les idées des citoyens, plus qu’à les éclairer…
    Alors un “permis de voter” pour les électeurs, pourquoi pas. Mais alors, un “permis d’éligibilité” aussi, dans lequel on demanderait aux (futurs)élus d’employer un discours compris de tous, et un comportement plus “éthique” que ce que l’actualité nous offre quotidiennement.
    Une charte du candidat, en quelque sorte, où l’on pourrait imaginer, par exemple, que tout élu soit un acteur d’une vie associative, sur le terrain.

    Alors, à quand la “voto-ècole”?

  5. @imposturealaretraite votre commentaire est très juste selon moi! L’exemple de la constitution UE était dans mes cartons. Je voulais en parler mais ne pas entrer non plus trop dans les détails; Et l’inutilité du vote blanc fera également sourire mes proches, que je bassine avec ça depuis des années… :) C’est finalement ça l’intérêt de grimper #enhautducocotier : confronter ses convictions et s’apercevoir avec joie que des gens ont les mêmes…
    A bientôt donc…

  6. Telescope says:

    Elever la culture, la conscience et l’envie politique de chacun, moi je dis un grand OUI !
    Car j’ai un grand regret : les miens déclinent malheureusement de jour en jour.. et ce depuis que mes consciences (émotionnelle et réfléchie) m’ont conduite à une furieuse envie d’éteindre ou de fermer tout type de support médiatique dès lors qu’un sujet politique y survenait.

    Alors comment j’en suis arrivée là pour une personne qui tenait il y a de cela 4 ou 5 ans à peine des discours si passionné sur le vote, et sur les choix politiques d’une nation qui nous permettent de vivre nos quotidiens avec un peu de conscience “collective” ? Et bien j’ai une partie de la réponse : si nos politiques arrêtaient d’essayer à tout prix de répondre devant micros et caméras à la question de nos journalistes à “cerf-volants” ‘et connaissez-vous le gagnant du dernier jeu “on a échangé nos chiens” sur la nouvelle chaîne pipoland ?’, je pense que je recommencerais effectivement à essayer de récupérer mon “permis de voter” que je me suis oté de moi-même par manque d’intérêt pour la grande mascarade politico-médiatique des années 2000.

    Finallement ce concept de permis existe déjà dans la tête des citoyens qui sont encore capables de s’auto-évaluer, isn’t it ?
    J’ai revu il y a qques semaines une rétrospective des interviews politiques des années 70, c’était un pur bonheur. Où sont passés tous ces gens qui nous donnaient envie d’y croire ?

    Alors permis de voter oui, mais avec à l’avenant un permis de candidater, un permis d’interviewer, un permis de diffuser, et j’en passe.. étant donné les dérives prévisibles d’un tel système, mieux vaut la liberté de voter pour des idées sensées, la liberté de candidater pour les hommes intelligents, la liberté de diffuser certaines perles entre 23h32 et 23h46, et on évitera peut-être le grand mur qui nous attend les briques ouvertes !

  7. Bart says:

    Sujet inépuisable soulevé par Boris… qui pourrait faire l’objet de nombreuses mantiales sur France Inter… je salue les valeurs “rébuplicaines” qu’il y a derrière cette idée mais je me pose pas mal de questions (bien que ne m’y connaissant pas énormément en politique…) :
    - est-ce qu’à la limite cela ne reviendrait pas à créer un système de grands-electeurs à l’americaine puisque surtout les plus initiés / instruits / éduqués accèderons au permis ?…

    - comment convaincre les dirigeants politiques de mettre en oeuvre un tel permis ? En effet, solliciter la raison et la culture des électeurs, ne serait-t-il pas perçu comme une entrave aux méthodes de campagne actuelles si efficaces : les partis politiques n’ont-ils pas depuis longtemps laissé tombé le vecteur de l’argumentation “rationnelle” au profit du vecteur de l’hypnose “corde de l’affect”, dont jouent si harmonieusement les relais média ?
    - Je vais même plus loin : la société que tu dénonces dans tous ces travers contemporains (consumériste, court-termiste, individualiste, superficielle, etc…) est-elle la victime ou l’acteur principal du système sociétal actuel ? En d’autres termes devons-nous nous ingérer dans ce qui relève de la responsabilité individuelle et dans ton idée comme dans tant d’autres exemples, devons inculquer les valeurs civiques qui relèvent du bon sens par un biais “contrôlé” en imposant un permis, ou par un biais plus “libertaire” en continuant à informer les citoyens de leurs droits et devoirs… un moyen qui montre peut-être ses limites si l’on considère que les sources d’informations sont les mêmes qui relaient – sans le vouloir ? ça reste à prouver vu l’independance des medias actuelle – les dernières actualité savamment choisies / formulées pour alimenter la campagne de tel ou tel parti…

  8. Coluche a dit “quand on pense qu’il suffirait qu’on ne l’achete plus pour que cela ne se vende pas”. C’est un peu la morale de cette idee…

  9. Julien says:

    Bonjour,

    Je n’ai malheureusement pas beaucoup de temps pour répondre à ce post riche.

    Néanmoins, je trouve étrange de se permettre, dans le même article, de condamner des lois justement censurées par le conseil constitutionnel à cause du “viol de la constitution”, tout en prônant un concept qui bafouerait le principe fondateur d’égalité entre les citoyens, et un retour des privilèges pour les bénéficiaires de ce fameux permis de voter.

    Cela ne ferait qu’accentuer des inégalités déjà présentes.

    Je suis cependant d’accord avec votre diagnostic sur le manque d’éducation politique des citoyens.

    La “sophocratie” que vous proposez est la plus facile à mettre en place, mais elle est dangereuse.

    Une solution plus juste serait d’augmenter le temps consacré à l’éducation civique, plus tôt dans la scolarité des enfants.

    Votre idée du portail réservé au votant ne peut elle pas être disponible pour tous ? De même que l’accès au experts ? A l’actualité ?

    Pourquoi réserver un traitement de faveur à une poignée de privilégiés au lieu de travailler à élever l’ensemble d’une population ?

    Avec un permis de voter, on abandonne la république et on favorise la reproduction des classes sociales.

  10. Bart, Je ne prétends pas avoir les réponses à toutes ces questions… Simplement je crois qu’il n’y a pas de lien significatif entre l’élite “intellectuelle” de notre pays et la “conscience politique au quotidien”. Donc instaurer un permis de voter comme je l’entends (c’est à dire sur le mode du volontariat et non une copie du cens), c’est offrir à ceux qui vivent la politique de près la possibilité de représenter ceux qui s’en foutent et qui devront leur faire confiance. Puis à terme quand les gens en auront marre d’être représentés par d’autres électeurs, alors ils feront la démarche de s’inscrire au permis de voter. C’est dans ce sens là que je crois que le permis de voter pourrait ré-approcher la population de la chose politique.

  11. ODORICO Thomas says:

    Un sujet sur lequel je n’aurais jamais imaginé me pencher si je n’en connaissais pas l’auteur (merci le bouche à oreille ^^ ).

    Je m’y reconnais comme bon nombre de personnes je pense à se dire “voter ou non”. C’est un droit durement acquis qui aujourd’hui a perdu toutes ses lettres de noblesses. On plonge dans le vote médiatique “parce que M. A passe mieux que M. B” sans pour autant comprendre exactement le fondement des ses idées!

    Et voilà qu’aujourd’hui, une grande partie des votant “Sarkozy” se disent “je me suis peut-être trompé”! Certainement mais sans le vouloir !

    Super article du coup qui m’inscite à réfléchir sur certaines choses …
    Bravo coach ;)

  12. Pour répondre à Julien, comme à @Maître_Eolas d’ailleurs. Les personnes qui sont méfiantes par rapport à cette idée ont la même vision erronée de mon propos (ce qui doit être ma faute forcément). Je ne suis pas en train de proposer un concept pervers selon lequel les classes “dominantes” se réserveraient indirectement le droit de voter. Au contraire, je fais partie de ceux qui pensent que le niveau de conscience politique n’est pas lié au niveau de la classe sociale (instruction,csp,revenus… tout ceci n’a rien à voir avec la conscience politique aujourd’hui en france selon moi).

    L’objectif d’instituer un permis de voter, c’est imposer une démarche de recherche d’information à la population qui souhaite prendre la responsabilité du vote.

    Vous connaissez sûrement l’expression quand quelqu’un vous reproche d’être trop crédule : “il te demanderait de te jeter dans la Seine, tu le ferais ?!”. Ma vision c’est qu’aujourd’hui la grande majorité des électeurs se jettent allègrement, de peur d’être stigmatisée (mot compte triple aujourd’hui).

    J’espère qu’à force d’insister, ce soir les lecteurs auront compris le sens de mes propos…

  13. Sieg says:

    Article très interessant et très bien construit. J’ai même failli adhérer! J’ai déjà discuté de ce sujet plusieurs fois et j’en arrive toujours à la même conclusion. Si voter nécessite un permis, cela implique nécessairement que certains n’en aient pas le droit. Hors, retirer le droit de vote est par définition le début de la fin de la démocratie… Les moyens d’in/formation existent déjà et sont déjà partiaux. Malheureusement un in/formation est toujours rédigée et/ou dispensée par des hommes et ne peut donc pas être neutre (en toute bonne fois : un verre reste à moitié plein ou à moitié vide).
    Même si je ne suis pas d’accord avec l’idée, l’article est remarquablement écrit (Bravo et surtout Merci).

  14. Francois Momboisse says:

    Sauf erreur, l’ami Kant était sur cette ligne quand il écrivait que la démocratie exige des citoyens instruits qui osent réfléchir par eux-mêmes (sapere aude).

  15. WillyBraun says:

    L’article est bien construit, documenté et intéressant.

    Je crois également que la démocratie doit se nourrir de ce genre de questionnement et de débat public, pour avancer sur ses représentations et aussi pour tester la validité de ses idées et propositions (à défauts de disposer un spectateur impartial).

    Néanmoins si les problématiques soulevées méritent d’être considérées, les pistes suggérées ne me paraissent pas (toutes) opportunes, quelques remarques qui symbolisent mes réactions :

    - créer un schisme entre les électeurs (sans aborder le paradoxe soulevé par Julien) iraient à l’encontre des valeurs de la République car si tous disposent des même droits (d’avoir leur carte), tous n’ont pas la même propension à concrétiser ce “bien primaires” -problème de justice sociale- et serait même contraire à des principes politiques fondateurs (pour Locke par exemple la légitimité des institutions politiques dépend de leur bon fonctionnement).
    On peut également imaginer assez aisément la disparition nette du sentiment d’appartenance dans une nation régit par ce système, avec les conséquences escomptables. De même, je crois que nous tomberons dans un nouveau paradoxe que je schématiserais maladroitement par “je veux des citoyens plus impliqués, je met en place des mesures désincitatrices pour une large partie de la population,

    - la question de la manipulation potentielle des électeurs (qui souffrent de manque de transparence et d’information -et qui, peut-être, en parallèle, ne la recherchent pas suffisamment -mais c’est un point à développer grandement) suggérée par le passage sur les masse-média, m’apparait cardinal dans ce débat. Or dépasser le dictat de la classe dirigeante, créatrice de symbole, qui “influence” notamment les médias de masse (cf Halimi, Chomsky..) en réinstaurant des experts me semblent être une manœuvre bien délicate. Qui seraient ces experts ? N’auraient-ils pas eux aussi des agendas personnels ? Qui les choisiraient ? (ce que tu dis sur l’élite intellectuelle en commentaire est vraiment à peser. Seraient-ils plus efficace pour l’ensemble de la société (améliorer le sort du plus pauvre) ? Serait-ce suffisant pour leur octroyer plus de droit ? (cf principe de différence de Rawls (partie b), en s’interrogeant sur l’égalité des chances réelles concernant un sujet dont notre connaissance et intérêt dépend grandement de notre milieu d’origine -et de bien d’autres points qui mériteraient d’être analysés et développés),

    - de nombreux avantages de la carte de vote cités ne soulèvent que des aspects techniques de communications avec les électeurs, qui peuvent être mis en place (et le sont déjà, de manière plus ou moins efficace) avec l’ensemble des personnes (et là encore il est paradoxal de reprocher la méconnaissance des citoyens pour imaginer ensuite un système dans lequel leur accès à l’information se trouve réduit -relativement aux citoyens “gold”).

    Sans allez plus loin, je crois que les constats sont très justes mais qu’il ne faut pas pencher vers une approche punitive (car accorder des privilèges aux “proactifs” équivaut à en retirer relativement aux moins actifs), cela serait à la fois inefficace et injuste. En outre, cela irait à l’encontre des principes démocratiques et des droits de l’Homme.

    Mais je vote pour, aussi parce que je prête au texte une portée volontairement (très) polémique -j’ai appris récemment qu’on pouvait voter contre.

  16. JF Martins says:

    /// D’avance désolé pour la taille du comment //

    Pourquoi je ne partage pas cette idée

    Je comprends le sens de la démarche qui a conduit l’auteur à vouloir garantir que nos concitoyens puissent voter de manière éclairée et en conscience lors des élections. Cependant ce permis de voter n’est pas une réponse
    D’une part car l’instruction civique et l’apprentissage de la démocratie est déjà obligatoire à l’école (cette dernière étant elle-même obligatoire jusqu’à 16 ans). Discipline peu soutenue et souvent mal enseignée elle mériterait d’être mieux traitée, mais elle existe et c’est sur cette base qu’il faut donc s’appuyer (avec l’éducation populaire que je ne développerais pas ici)
    D’autre part une fois cet enseignement de base pratiqué par l’école, les médias sont là pour informer sur le quotidien et sur l’actualité politique avec précision finesse, justesse et autant que possible avec indépendance. C’est un rôle qu’ils n’assument pas toujours aujourd’hui. De cette défaillance est née deux tendances lourdes qui seront certainement une chance pour la démocratie : le journaliste citoyen (Blogs / Agoravox…) et l’émergence de nouveaux acteurs médiatiques attirants les citoyens déçus d’un traitement partiel ou partial de l’actu (Mediapart étant le bon exemple en la matière mais certainement pas le dernier)
    Au delà de ces modifications « naturelles et spontanées » de l’environnement média, c’est évidemment la question de la structure capitalistique des groupes de médias et leurs liens avec la commande publique qui devra un jour être évoqué et traité pour garantir leur impartialité à l’égard du pouvoir et donc leur rôle sain pour la démocratie.
    Ce que je crois surtout c’est qu’on ne peut décerner un permis de voter car tout simplement il n’existe pas de bonne ou de mauvaise manière de voter, ni d’absolue vérité politique dans un camp où dans un autre.
    Vous souhaitez former les citoyens aux conséquences des choix politiques ? Mais elles sont souvent peu prévisibles et systématiquement partiales. Le bouclier fiscal ? Quelles sont ses conséquences ? Maintien des investisseurs en France vous diront certains, Augmentation des inégalités vous diront d’autres et augmentation du déficit de la France vous conclueront les troisièmes… Aucun d’entre eux n’a raison mais chacun est persuadé (et c’est là qu’on touche à la part irrationnelle du vote) que la décision est bonne ou mauvaise en fonction d’une hiérarchie de valeurs qui lui est propre et qui ne s’enseigne pas.
    Le vote n’est pas rationnel, il est le fruit d’une composition complexe de convictions profondes, de valeurs familiales et personnelles, de vécu personnel et d’intérêt particulier. Il n’y a donc pas de bonne manière de voter qui mériterait qu’on lui décerne un permis.
    Le vice de ce système serait profondément d’admettre que certains citoyens auraient le droit de vote (les détenteurs du permis) et pas les autres pas assez éduqués / formés / éclairés pour le faire. C’est la nature du discours qui a éloigné les noirs ou les femmes des urnes pendant plusieurs siècles et nous ne pouvons l’accepter
    Obtenir le permis de voter « sur simple demande » comme vous le dites, c’est une nouvelle fois écarter les plus éloignés de la démocratie encore un peu plus loin qu’ils ne le sont. C’est éloigner les plus fragiles et les plus faibles, les moins lettrés et ceux ayant le moins d’accès aux droits et à la vie civique.
    Et oui une élection c’est aussi une passion populaire, ce qui pousse au vote n’est pas toujours une réflexion structurée et argumentée, mais quand il s’agit de choisir un homme ou une femme pour nous représenter ce qu’il est compte parfois autant que ce qu’il pense tant la confiance qu’il doit incarner est primordiale.
    Alors oui au civisme, ou à une meilleure information par les médias, oui à une instruction civique dans le système scolaire mieux fait mais non à un procédé discriminatoire et qui créeraient des super citoyens. Oui au vote des séniles, des fous, des réacs, des idiots, des mal-informés, des indigents….Si la France est ainsi composée que ses représentants l’incarne alors ainsi.
    Je comprends, je le répète, le fondement de votre réflexion mais pour augmenter la qualité du débat public ce n’est pas aux citoyens de changer c’est aux responsables politiques d’être meilleurs et de savoir à nouveau passionner, intéresser et poser les bonnes questions aux Français autant que d’y apporter de bonnes réponses.

  17. Merci Sieg pour le “remarquablement inscrit” :)

    Je constate à mon grand regret que les commentateurs méfiants d’aujourd’hui ont perçu le terme “permis” de façon très négative… Je limoge de ce pas le Concepteur/rédacteur ;)

    Si j’en suis votre raisonnement “permis de voter = retirer le droit de voter à certains = fin de la démocratie”. alors permettez-moi de penser que nous ne sommes déjà pas en démocratie : qui représente les mineurs par exemple ? (leurs parents sur le plan légal OK. Mais leurs idéaux?).

    (attention passage polémique :) )/
    Peut-être ne donnons-nous pas le droit de vote aux mineurs parce que tout simplement des têtes bienveillantes ont jugé “risqué” de le leur donner : pas assez de recul, trop influençables, trop dépendants… Idem pour les “prisonniers” : lorsqu’on est allé en prison, on nous retire le droit de vote… qui mieux qu’eux pourtant pourraient élire le candidat susceptible d’améliorer les conditions de vie en milieu carcéral?

    Alors Sieg si le mot “permis” vous pose problème pensez à la pêche. Demain si vous le souhaitez, vous pouvez pêcher (pour 80€ certes mais enlevons l’élément financier qui n’existe pas dans le concept du permis de voter). Il suffit pour cela de vous rendre dans un lieu spécialisé, de vous présenter et de signer votre permis. Une fois cette démarche faite, vous êtes libre, mais en obtenant votre permis vous devez avoir pris connaissance des droits et des devoirs que cela induit…

    A bientôt;)

  18. @François Momboisse,
    Pour être franc je n’ai pas lu;) Mais l’instruction en 1789 par exemple ça s’arrêtait à savoir lire, écrire et compter… si mes références historiques sont bonnes:) Aujourd’hui l’instruction est omniprésente en France. Par contre, selon moi, c’est la conscience politique qui disparait à petit feu… alors que les “responsabilités” restent les mêmes… c’est ce que dénonce l’idée…
    Merci pour votre commentaire.

  19. Odorico Thomas says:

    @JF Martins :

    Je cite : “Le vote n’est pas rationnel, il est le fruit d’une composition complexe de convictions profondes, de valeurs familiales et personnelles, de vécu personnel et d’intérêt particulier.”
    C’est bien ce qu’il se perd aujourd’hui. A discuter autour de soi, on remarque vite que nos votes reflètent plus un simple sentiment superficiel qu’autre chose. “Il a l’air bien celui-ci” sans savoir pourquoi. Peut-être pour l’image qu’il transite ? Pour les 3 propos imprécis que l’on a entendu ? Peu de gens comprennent le sens véritable de ce qui peut être proposé ou non. Le principe ne serait pas de faire comprendre à tous ou à certains les fruits de idées avancées mais la recette. En gros, il appartient à chacun de penser que telle ou telle idée provoquera tel ou tel résultat mais tous doivent savoir sur quel(s) fondement(s) se baser. La constitution française, le droit commun et la législation est bien souvent quasi totalement inconnu d’une grande majorité !!!
    Ce qui revient à dire que la plus part des votants expriment une idée floue de ce qu’ils pensent. Il faudrait demander à chacun “pourquoi ?”.

    Les réponses devraient prêter à sourire …

  20. @jfmartins – Tout d’abord merci pour votre feedback très très riche ;)
    Je retire 1 phrase seulement de votre argumentaire:
    “Le vote n’est pas rationnel, il est le fruit d’une composition complexe de convictions profondes, de valeurs familiales et personnelles, de vécu personnel et d’intérêt particulier. Il n’y a donc pas de bonne manière de voter qui mériterait qu’on lui décerne un permis”

    Selon moi la bonne manière de voter c’est celle qui va défendre vos valeurs familiales, personnelles, de vécu et d’intérêt. Et les personnes qui déversent leur haine sur l’élu pour lequel ils ont voté, sont des gens qui étaient persuadés de répondre à leurs idéaux, au moment du vote. Le seul hic, c’est qu’il n’avaient pas assez d’éléments pour juger (Et ceci est valable dans toutes les classes de la population). L’état si providence de notre pays ne pourrait-il donc pas prendre en main cette “sécurité” en instaurant un plan massif d’instruction et de sensibilisation politique (par exemple euh… en instituant le permis de voter ;) )

    Pour le reste de votre analyse je ne peux qu’abonder dans votre sens.

  21. WillyBraun says:

    @boris “je limoge de ce pas le Concepteur/rédacteur” : joli brin d’humour.

    Sinon je crois que l’analogie que tu emploies est porteuse de sens. Ce que je reproche à cette idée de “permis” c’est précisément sa portée infantilisante de “la masse” qui ne saurait prendre de décision juste sur son propre sort.

    Concernant les prisonniers, la condamnation pénale n’est pas automatiquement accompagnée de privation des droits civiques, loin de là. Lorsqu’elle est prononcée, elle disparait à l’issue de l’incarcération. C’est donc une mesure punitive temporaire, ce diffère du cas considéré. De plus, méthodologiquement, son existence ne garantit pas son bienfondé.

    Concernant l’analogie permis de pêche, j’illustrerai simplement ce que j’essaie d’expliquer sur l’efficacité d’une telle démarche. Si mon entourage n’est pas familier avec la pratique de la pêche, la nécessite de se procurer un permis constitue un obstacle de plus pour “accéder à la pratique”, ce qui pour la pêche n’est pas grand problème (enfin peut-être est-ce “le sens de la vie”, mais je l’ignore), pour le droit de vote, c’est une autre histoire.

    Mais ce qui me chagrine le plus c’est lorsque tu dis que “le niveau de conscience politique n’est pas lié au niveau de la classe sociale (instruction,csp,revenus… tout ceci n’a rien à voir avec la conscience politique aujourd’hui en france selon moi).”
    Je me permets, puisque tu invites les citoyens à se pencher sur la politique pour leur assurer un choix éclairé, de t’inviter à considérer les travaux de sociologie ou idéalement (très subjectif) les ouvrages d’Amartya Sen, qui pourront te faire changer d’avis, si tu ne les as pas déjà lus.

  22. WillyBraun says:

    Sur l’insuffisance d’informations, cf phénomènes d’aléa moral et de sélection adverse :
    L’information n’est pas facile à détenir et à comprendre et les politiques n’ont pas forcément intérêt à dire ce qu’ils comptent vraiment mettre en place (s’ils peuvent le savoir à l’avance, puisqu’ils changent au cours du mandat, le contexte évolue fortement et certains enjeux apparaissent sans une fois confronté aux problèmes.
    Si alors il n’importe plus de connaître précisément des promesses qui perdent leurs portées, mais de connaître les valeurs que candidats défendent, alors une connaissance minimale de la cartographie des partis politiques et l’écoute de quelques discours semblent pourrait suffire (et cela enlève bienfondé à un permis de vote)

  23. @Willybraun, je vous déclare 1er Ministre des commentaires du jour ;) Mais à nous deux donc, nous avons des idées à confronter :

    En guise d’introduction : Je m’attaque au précepte de Lazarsfeld dans ce post alors ceux d’Amartya Sen vous comprendrez que bon…- c’est pour rire ;)

    Sur la question de l’appartenance je joue mon joker football : quand Domenech constitue une liste de 23 représentants de la France pour jouer un mondial de foot. Cela éloigne-t-il les 60 millions qui ne sont pas dans la liste du combat que va mener l’équipe ? Les 60M ne s’intéressent-ils plus ? Ne s’expriment-ils plus ? Boudent-ils l’événement ? Je ne crois pas;) Ils sont derrière : toujours leur mot à dire, prêt à rugir si cela ne convient pas ou sortir si ça gagne. Et si comme votre sourcillement me le laisse comprendre vous vous dites :”le foot c’est pas sérieux, ça ne va pas changer la france” alors je vous renvoie à “Football – La bagatelle la plus sérieuse du monde” de Bromberger.

    Sur la question du montage de ce dispositif (ex : la question des experts) : j’ai dans les cartons une idée complémentaire à celle du permis de vote : ça s’appelle “le temps de travail civique”. Mais là il faudra caler un quart d’heure lors d’un prochain #Blogsurgaronne si vous en êtes. ça sera l’occasion ;)

    Sur le thème du citoyen gold : c’est vrai c’est restrictif dans l’absolu. mais je crois par conséquent que l’idée de devenir PREMIUM pourrait inciter les citoyens à s’inscrire : ne serait-ce que pour avoir accès à la presse gratuitement, à des Q/R avec experts, à des invits à des colloques, à des réductions d’impôts… C’est la Carotte, mais une carotte Bio bien sûr;)

    merci Willy pour les commentaires et en DM twitter n’hésite pas à me donner les coordonnées d’Amartya Sen, j’ai deux mots à lui dire ;) #jememarre disait Coluche ;)

  24. L’information dès lors qu’elle est médiatisée n’existe plus, elle mute en communication… Car la personne qui l’a mise dans le tuyau médiatique l’a choisie au dépend d’une autre info moins subjectivement intéressante…

  25. Edwy Plenel says:

    Cher Boris Laffargue (et cher Nicolas Bordas qui vous accueille),

    Etant mentionné au détour de votre démonstration, je ne résiste pas à l’envie d’y mettre mon grain de sel. Votre billet, aussi bien construit qu’écrit avec maîtrise, m’a laissé désemparé, car si j’en partage le constat (cette inquiétude devant une sorte de langueur, d’abaissement et de lassitude démocratiques), je suis en radical désaccord avec la proposition: cette piste du permis de voter, comme l’on dirait un permis de chasse.

    La démocratie est un risque et un inachèvement permanents. Un système complexe, à la façon morinienne (je veux dire selon l’idée de la complexité défendue par Edgar Morin), autrement dit un écosystème qui allie vitalité et équilibre naturels. Vouloir la garantir préventivement, par exclusion, sélection ou tri des participants, n’en est pas seulement la négation: c’est ne pas en accepter le défi originel. Car la démocratie, comme le rappelait dans un essai fort pertinent le philosophe Jacques Rancière (”La haine de la démocratie”, La Fabrique, 2005), c’est le régime de “n’importe qui”: sans privilège de diplôme, de fortune ou de naissance, je peux participer, débattre, voter, être élu, voire gouverner. Evidemment, cette espérance sera toujours un scandale en puissance pour toutes les oligarchies, anciennes ou nouvelles, sans cesse reconstituées: ainsi donc, alors que j’ai la compétence, le savoir, l’expérience, les moyens, etc., il faudrait que je laisse la place à tous ceux qui, venus d’en bas, prétendent s’en mêler alors qu’ils n’ont aucun de mes talents, diplômes, réseaux, légitimités, etc.?

    Que cette promesse démocratique soit pleine d’écueils, de risques et de dangers, c’est l’évidence. Mais qu’il faille renoncer à les affronter pour, au bout du compte, rester entre soi, entre “sachants”, “compétents” et “expérimentés”, c’est organiser malheureusement, la défaite de l’idéal démocratique, voire de la démocratie concrète et tangible. Dans cet idéal, il y a, par exemple, la question toujours aussi actuelle (cf. ce qui nous arrive cet été avec l’offensive présidentielle contre les Roms et contre les “personnes d’origine étrangère”) des “droits naturels”: cette affirmation que l’homme naît avec des droits, parce qu’il est homme; avec le droit d’avoir des droits, ainsi qu’insistait Hannah Arendt; et que faire le tri entre les hommes, et donc en priver certains de ces droits naturels, revient à détruire l’idée même d’une cité humaine à laquelle tous les hommes appartiennent.

    La question de l’information est, de ce point de vue, un bon exemple pratique. Il est évident qu’aujourd’hui, le peuple souverain est mal informé, souvent privé de ces informations précises, honnêtes, concrètes qui permettent de faire son choix, d’analyser et de soupeser, etc. Faudrait-il en conclure que seuls ceux qui savent peuvent voter, choisir, décider? Non, mille fois non. En revanche, occupons nous d’imposer dans ce pays ci une véritable refondation démocratique autour du droit à l’information, avec un FOIA à l’américaine ou à l’islandaise (Freedom of Information Act depuis 1967 aux Etats-Unis et nouvelle législation extrêmement avancée sur le droit à l’information depuis 2010 en Islande). Donnons-nous les moyens d’une démocratie élevée, vivante, exigeante. Annulons la régression organisée par le pouvoir actuel dans l’audiovisuel public.

    Peut-être suis-je idéaliste (version aimable) ou naïf (version moqueuse). Mais je préfère ce chemin-là à celui que vous suggérez qui me semble un renoncement. Ce qui nous arrive, en France, depuis 2007, réactive paradoxalement la radicalité de l’espérance démocratique, la force des idéaux originels qui ont remplacé le Grand Un du pouvoir (Dieu, l’Etat, la Nation, le Parti, la Classe, etc.) par la multiplicité inventive et le bouillonnement créateur du peuple souverain.

    Ce n’est qu’une ébauche de discussion tant votre réflexion, par son tranchant, appellerait d’autres parades, précisions et réfutations. Merci en tout cas de nous obliger à affronter ce défi: refonder une République authentiquement démocratique.

    Edwy Plenel
    Directeur de Mediapart

  26. WillyBraun says:

    Tiens très joli commentaire d’Edwy Plenel, je saluerais bien l’ensemble de son billet, s’il n’avait pas limiter son salut à deux des nombreux lecteurs ;)

    @boris D’appartenance ? J’ai peur de ne pas saisir l’exemple du football (ce qu’il révèle plutôt)

    Pour le premium gratuit et son incitation (l’inscription, future révolution des business models web ?), un amateur de Lazarsfeld dirait très certainement que l’adhésion à ce canal citoyen privilégié dépend en grande partie de la représentation et de la volonté d’utilisation (ou de l’utilisation effective si déjà en place) de l’entourage de l’individu. Ainsi, l’information (ou la communication si tu le souhaites, il faudrait définir le terme) des experts (ces propagandistes manipulateurs de symboles ?), l’accès à la presse (cette machine propagandiste ?), voire la réduction d’impôt (on n’achètera pas mon intégrité -bon ce type de réaction serait surement moins courant) dépendront au sein de cette théorie énormément de la grille de lecture de l’individu, elle-même issue de son réseau.
    On peut conclure à une inefficacité de la mesure (au moins selon certains points) même dans un paradigme “Lazarsfeldien” je crois.

    Je crois qu’une des limites de cette approche par la connaissance (ou de conscience politique) peut être révélée par un court extrait d’Aristote dans Politique III, ch 12.

    “Peut-être en effet, pourrait-il sembler qu’il faudrait partager inégalement les
    magistratures selon la supériorité des citoyens concernant un bien quelconque ; dans tous les autres domaines ils ne se différenciaient en rien et se trouvaient être égaux. Car à des gens différents il est juste et mérité qu’il revienne quelque chose de différent. Mais, d’autre part, si
    cela est vrai, il arrivera que la carnation, la taille ou quelque autre bien de ce genre donnera à
    ceux qui les possèdent à un plus haut degré davantage de droits politiques. L’erreur ne saute-telle pas aux yeux? Elle est manifeste concernant les autres sciences et facultés, car parmi les flûtistes égaux dans leur art il ne faut pas donner l’avantage en matière de flûtes aux gens de
    meilleure naissance, car ils ne jouent pas mieux de la flûte, mais c’est à celui qui est supérieur dans l’accomplissement de sa tâche qu’il faut donner la supériorité touchant les instruments.”
    Ce n’est pas le texte en lui même qui nous livre ce qui importe, c’est la façon dont il nous invite à réfléchir à notre conception du juste, à nos valeurs et leur hiérarchisation.
    Confronter des visions et des principes autour de problèmes concrets pour vivre dans une société juste, voilà un point cardinal pour la démocratie. Et cela peut être fait par tous, par l’émotion et la raison. Voilà pourquoi je pense qu’on ne peut écarter un pan de la société.

    Je ne suis pas sûr que connaître précisément la vision policée d’un candidat soit toujours ce qui importe le plus pour orienter son choix.
    Je ne suis pas sur que la politique puisse se résumer à suivre rigoureusement des débats économiques et des situations conjoncturelles.
    La citoyenneté c’est ça mais c’est aussi autre chose, et parce que c’est autre chose qu’il me semble indu de vouloir réprimer celui qui ne se focalise pas sur une problématique de l’Elysée.. mais aussi sur des questions apparemment plus triviales.. du foot ? ;)

  27. Edwy Plenel says:

    @ WillyBraun

    Pardon pour le malentendu sur les destinataires de mon commentaire. Réponse à l’auteur du billet et salut à celui qui l’accueille, il s’adresse évidemment à tous. Sinon, ce serait contredire son propos et instituer un “permis de débattre” sélectif avant même le “permis de voter” dont il est ici question. Bonne journée ;-) .

  28. WillyBraun says:

    @EdwyPlenel je suis sensible à la précision, même si je n’en doutais aucunement.
    Bonne journée (à tous ;) )

  29. [...] (”Et si René la taupe partait à la conquête du monde ?”), et @borislaffargue (“Et si on instituait le permis de voter ?“), notre septième candidat (sur 20), à tenter l’ascension #EnHautDuCocotier est Emery [...]

  30. Juste merci d’avoir osé poser ce débat.

    Ca fait du bien de voir un débat argumenté autour de cette question, sans que quiconque ne traite son interlocuteur de nazi.
    D’habitude, le point Godwin a tôt fait de mettre un terme à ce débat.

  31. Je me permets de publier un nouveau commentaire afin d’apporter quelques précisions sur le permis de voter.

    Même si en arrivant un mois après votre débat j’ai peu de chances de me faire entendre, je ne voudrais pas que certains malentendus s’installent au sujet du permis de voter (en tous cas, tel que je le conçois).

    Ne souhaitant pas poster un commentaire de 500 lignes, je ne pourrai répondre à chaque contre-argument ici et je vous prie de m’en excuser.
    Je vais donc me contenter de répondre aux arguments d’Edwy Plenel, qui me semble poser des questions qui ont trait aux fondements philosophiques du permis de voter.

    Le permis de voter n’est pas nécessairement antinomique avec le concept de droits naturels. Le permis de voter s’accommode au contraire très bien du concept rousseauiste de perfectibilité qui permet de reconnaître des droits égaux à tous les hommes tout en assumant leur inachèvement (quand la démocratie, elle, doit considérer que tous les hommes sont d’emblée parfaits pour en faire des être égaux, bénéficiant de droits naturels).
    Le permis de voter ne fait qu’affirmer des droits naturels différents, des droits qui ne vont pas sans devoirs.

    Le permis de voter ne signifie pas qu’on devrait laisser dans un « entre soi » les votants. Ce permis ne fait sens que s’il est ouvert à toutes les femmes et à tous les hommes.

    Par ailleurs, je remarque que vous prenez des exemples très « occidentalocentrés ».
    Vous vous plaignez du manque d’informations dans les sociétés occidentales. Quand bien même je partage votre constat, nos démocraties me semblent encore trop privilégiées pour être un bon socle de départ pour débattre du meilleur régime politique possible. A mon sens, le meilleur régime possible doit pouvoir aussi bien aider les sociétés les plus privilégiées à s’améliorer qu’aider les sociétés les plus défavorisés à se reconstruire.

    Prenons l’exemple de l’Irak (on pourrait également parler de l’Algérie, de l’Afghanistan et de bien des pays du Sud). Quand une population a été totalement sevrée de culture pendant plusieurs décennies, la démocratie est-elle encore le meilleur régime politique possible ? Ne risque-t-elle pas, comme on a pu si souvent le constater dans l’histoire, de porter au pouvoir les pires extrémistes ? Ne risque-t-on pas, comme on le constate aujourd’hui, de voir des pays occidentaux « bienfaisants » truquer les élections « démocratiques » de ces pays afin de porter au pouvoir un parti plus tempéré ?
    Au final, la démocratie est-elle vraiment, dans toutes les circonstances, le meilleur régime politique possible ?
    Et si on peut accepter l’idée du permis de voter pour l’Irak, pourquoi ne l’accepterait-on pas pour la France ?

  32. [...] 9ème : Boris Laffargue (@borislaffargue) : Et si on instituait le permis de voter ? 1 450 VU, 83 votes, 31 commentaires, 20 [...]

  33. [...] de @borislaffargue, que vous aviez croisé en bonne place #EnHautDuCocotier en 2010 ( “Et si on instituait le permis de voter ?“). Passionné de foot au point d’en avoir fait son métier (il anime la communauté [...]

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