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ET S’IL NOUS FALLAIT REAPPRENDRE A PENSER A CONTRE-COURANT ?

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Comme tous les dimanches, je vous propose la rubrique #JourDuPenseur consacrée aujourd’hui au livre d’Enzo Traverso « Où sont passés les intellectuels ? », publié chez Textuel dans la collection conversations pour demain, un véritable plaidoyer pour réinventer l’intellectuel au XXIème siècle. Cette question du rôle de l’intellectuel dans la société d’aujourd’hui résonne particulièrement cette semaine marquée par la disparition de Stéphane Hessel, que j’avais la chance de bien connaitre (cliquer ici), et qui incarnait la figure devenue trop rare de l’intellectuel engagé et critique. Comme le disait Sartre : « L’intellectuel est quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas ». A l’heure du présentisme (ce présent permanent dont je vous parlais la semaine dernière : cliquer ici), qui seront les Stéphane Hessel de demain ?

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Enzo Traverso, né dans le Piémont en 1957, est un universitaire de l’engagement et de l’exil. Formé en Italie puis en France, professeur de Sciences Politiques à l’Université de Picardie (Amiens) en 2009, Enzo Traverso est un spécialiste de la question du totalitarisme et des coercitions politiques ou sociales au XXe siècle. Il a publié, entre autres : Les Juifs et l’Allemagne (1992), La Violence nazie (2002), Le Passé : modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique (2005), L’Histoire comme champ de bataille. Interpréter les violences du XXe siècle (2011). Il enseigne aujourd’hui l’histoire contemporaine à l’université américaine de Cornell. Dans « Où sont passés les intellectuels ? », il répond aux questions de l’anthropologue Régis Meyran.

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Pendant plus d’un siècle, l’intellectuel a été un trouble-fête, un esprit critique qui affirmait la vérité contre le pouvoir. Dans l’histoire du XXème siècle, la notion d’intellectuel est indissociable de l’engagement politique : l’intellectuel questionne le pouvoir, conteste le discours dominant, provoque la discorde, introduit un point de vue critique. L’intellectuel se bat pour des principes abstraits : la justice, l’égalité, la liberté, les droits de l’Homme. Zola, Orwell, Sartre parmi tant d’autres, l’ont incarné. Aujourd’hui, selon Enzo Traverso, ce mot a perdu de son aura, car il désigne surtout des personnages qui occupent nos écrans de télévision. Cette éclipse a des causes multiples : la fin des utopies du XXème siècle, le tournant conservateur des années 1980, la marchandisation de la culture, les désillusions d’une génération. Avec la massification des études supérieures, l’intellectuel est aujourd’hui, dans la plupart des cas un universitaire, et non plus un écrivain ou un journaliste. Le passage de la graphosphère à la vidéosphère, pour employer les termes de Régis Debray, en remettant en cause le statut de l’écrit, modifie la fonction des intellectuels. Dans un monde « post-idéologique » où la politique se nourrit de moins en moins d’idées, l’intellectuel a été remplacé par l’expert au service des pouvoirs et déconnecté des mouvements sociaux. Des experts dont le rôle se limite à nous commenter le présent en regardant le passé : « la mémoire est devenue une obsession culturelle ». La pensée dissonante, si elle n’a pas disparue, est devenue souterraine. Dans nos sociétés fragmentées ou “liquides”, où les vies sont atomisées et précarisées, « ceux qui dénoncent les oppressions et l’ordre du monde donnent l’impression de prêcher dans le désert ». De plus, l’arrivée d’internet a eu des conséquences considérables, notamment en ce qui concerne le mode de circulation des idées : »l’accélération affecte la pensée, qui ne surgit pas de l’instant, mais de la réflexion ». Enzo Traverso préconise une articulation nouvelle entre la production des savoirs, la critique du pouvoir et l’engagement politique : « le monde ne serait pas vivable si personne ne le dénonçait ». Car le monde ne peut pas vivre sans utopies, et Enzo Traverso est convaincu qu’il en inventera de nouvelles. Pour lui, « la libération collective et l’épanouissement individuel ne sont pas contradictoires, mais devraient être pensés ensemble, dans une perspective coopérative et non pas concurrentielle ». Mais pour penser le monde autrement, il nous faut urgemment réapprendre « à nager à contre-courant ».

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Effets du Kamagra est varié pour tout le paix. Il suffit de ne pas dire quelle option est la meilleure alternative. Et il est intéressant pas pour tout le règne. Pas agréable de penser.