ET SI LA GENERATION Y ETAIT DEJA CELLE DE VOS PARENTS?

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J’ai décidé de consacrer le #JourDuPenseur de cette semaine au livre signé Stéphane Richard, le patron de France Telecom devenu Orange, intitulé « NumériqueS », publié le 02 avril dernier chez Grasset. Si vous êtes un lecteur assidu de ce blog, vous n’apprendrez peut-être pas énormément de choses dans ce livre destiné à diffuser la compréhension de la révolution numérique auprès d’un large public. Un livre qui recoupe beaucoup, à la fois dans son plan et dans les idées développées, celui publié récemment par Gilles Babinet,  » L’Ere Numérique, un nouvel âge de l’humanité » (dont je vous avais parlé le mois dernier : cliquez ici). Mais je veux ici saluer l’initiative louable d’un patron qui permet ainsi à ses clients et à l’ensemble de son personnel de partager sa vision de la révolution numérique dans ses dimensions les plus concrètes, tout en se référant aux travaux des meilleurs sociologues, et produit ici un ouvrage clair, très accessible, qui devrait permettre à vos parents de se rendre compte qu’ils sont devenus eux-mêmes la génération numérique. Car, comme le souligne Stéphane Richard pour qui les années 2010 sont celles d’une « véritable massification du fait numérique » : « Toutes les générations sont devenues digitales ».

« Tous numériques. Est-ce un constat, un souhait, ou un danger ? » Ainsi commence le livre de Stéphane Richard, qui se veut à la fois optimiste et vigilant sur la révolution numérique en cours. Qu’il s’agisse de la famille, des marchés, de l’entreprise ou du gouvernement, l’auteur montre comment le pouvoir change de mains et comment notre façon de communiquer modifie en profondeur nos comportements et notre conception de la liberté, de l’identité ou de la hiérarchie. La vision de Nicholas Negroponte (« L’homme numérique » publié en 1995) est aujourd’hui devenue pleinement réalité, et l’homme symbiotique prédit par Joël de Rosnay est en marche. L’accélération fulgurante du progrès technologique (à »l’ère du zettaoctet »), et l’accès généralisé au digital, en particulier via le mobile et des interfaces toujours plus « users friendly », nous a rendu « tous numériques » : « chacun a maintenant une place sur Internet, et chacun a son propre Internet ». Avec l’avènement de l’Internet des objets, nous sommes entrée dans l’ère du Big Data, « une mine d’or qu’il ne tient qu’à nous d’exploiter, tant ses applications sont innombrables et créatrices de valeur » dans tous les domaines. Le centre du monde numérique se déplace du logiciel, de l’algorithme, vers les données. Avec pour contrepartie un nécessaire renforcement de la protection de la vie privée qui ne peut se faire qu’au plan européen, sinon mondial. Toutes les natures d’organisation humaines sont impactées : la famille, le commerce, l’entreprise et l’administration. Au plan familial, les enfants prennent le pouvoir, les chefs de bande disparaissent au profit d’influenceurs thématiques, et le cercle de relation s’étend en ajoutant aux « liens forts » traditionnels, un grand nombre de « liens faibles »:  » la diversification de nos cercles d’appartenance et la plasticité des rôles qu’on y occupe introduisent de la fluidités sociale : les statuts des uns et des autres ne sont pas figés ». Ainsi émerge une nouvelle hiérarchie, « celle des leaders et des followers », « chacun pouvant être leader dans un domaine et follower dans un autre, modifiant les codes du leadership  » A chacun de défendre sa place, sa part de voix et finalement d’entretenir sa popularité dans sa communauté » (à la manière des fans de Playstation célébrés dans la pub ci-dessous).

Si le numérique permet aux jeunes de prendre le pouvoir au sein de la famille, il donne également un plus grand pouvoir aux consommateurs sur les marchés, qui « prend sa source dans la capacité à comparer en temps réel les produits et les services ». Ainsi a émergé une notion plus puissante que la simple comparaison: la recommandation : « une véritable expertise collaborative s’est constituée entre consommateurs », un consommateur qui « tire sa force des foules » et qui a désormais la capacité de peser sur la définition même des offres. On assiste à l’émergence d’un « consumérisme de fait ». La transformation digitale impacte également fondamentalement les entreprises qui entrent, selon Stéphane Richard, dans l’ère de « The Company is flat », avec un aplatissement des hiérarchies classiques et une redéfinition profonde du management. A côté de la digitalisation de la fonction de production, émerge l’idée d’une digitalisation de la vie du salarié (bien au delà de l’e-mail qui montre ses limites), dans des entreprises pour qui « la co-construction des grandes orientations stratégiques doit devenir la règle ». Une co-construction qui ne doit rien enlever au rôle de décisionnaire ultime du dirigeant. Dirigeant qui doit désormais se préoccuper du « narrative » de l’entreprise, c’est à dire « parvenir à raconter ce que doit être la place de l’entreprise au sein du monde qui l’entoure ». Au coeur de la transformation digitale des entreprises se trouve l’ »Open Innovation ». Pour Stéphane Richard, « la déconstruction et le remodelage des processus d’innovation constituent le changement de paradigme apporté par la révolution digitale le plus fulgurant, et surtout, le plus fondateur ». Une innovation beaucoup plus « combinatrice », faisant appel à la co-conception, à l’exemple de Starbucks, Netflix ou Lego avec Lego Cuuso qui permet aux inventions des fans de devenir des produits (vidéo ci-dessous).

Mais au delà de la vie familiale et professionnelle, le numérique transforme profondément notre vie sociale en particulier en matière de culture, d’éducation et de santé en produisant « une culture de la participation et du partage », en démocratisant le mécénat par le financement participatif, en donnant accès à une éducation décentralisée (avec le développement des MOOC), et à une santé désacralisée et démocratisée. Une démocratisation qui touche aussi la sphère politique : « le rôle du numérique dans l’expression citoyenne ne se limite pas aux pays s’ouvrant à la démocratie » à l’heure ou le « fact checking » triomphe et où « tout leader politique, tout décideur économique, ou simplement tout personnage public sait qu’il est sous les feux des projecteurs non pas de médias amnésiques, mais d’un Internet doté de mémoire et doué d’intelligence collective ». Avec pour conséquences la perte d’influence des appareils des partis politiques traditionnels et l’émergence d’une nouvelle opinion mondiale, plaçant les Etats devant de nouveaux défis, en particulier celui de passer de « L’Etat régulateur, à l’Etat facilitateur ». Le numérique, « dans sa forme présente d’hyperconnectivité et d’accès immédiat à une information quasiment infinie, remodèle les rapports de force entre les citoyens et leur dirigeants, entre les contribuables et leur administration, entre les entreprises et l’Etat : le numérique est un accélérateur de démocratie ». A condition d’éviter les dérives possibles de « la tyrannie de la majorité, de la dictature des foules et du dogme du nivellement ». D’où la conclusion de Stéphane Richard que je partage : « Sachons rester optimistes », mais « sachons rester vigilants ».

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