ET SI NOUS SORTIONS ENFIN DU DÉNI CLIMATIQUE ?

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Retour de notre rubrique dominicale #JourDuPenseur à l’occasion de la sortie de l’excellent livre de Thomas Porcher et Henri Landes aux éditions Max Milo, intitulé « Le déni climatique ». Dans une semaine se tient la COP21 à Paris. Depuis presque 25 ans, les dirigeants de la planète tentent de négocier un accord ambitieux et efficace sur le climat, mais sans succès. A chaque fois, ils ont échoué, qu’il s’agisse des négociations à Kyoto en 1997 où ils ont signé un Protocole très lacunaire (celui-ci n’engage pas les deux plus gros pollueurs de la planète, la Chine et les Etats-Unis), ou des négociations de Copenhague en 2009 où ils n’ont pas réussi à trouver un accord qui le remplacerait. L’enjeu de la COP21 est toujours le même et nous pouvons être légèrement plus optimistes qu’auparavant. Les responsables politiques qui joueront un rôle clé, dont Barack Obama et Xi Jinping, sont plus que jamais déterminés à parvenir à cet accord historique et à ne pas répéter les mêmes erreurs. Cependant, le résultat de cette négociation sera vraisemblablement un accord que beaucoup jugeront à minima. Comme l’a dit John Kerry, Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, il y a une semaine, l’accord de la COP21 n’engagera pas les pays sur des objectifs chiffrés en tant que tels, mais seulement à participer à un mécanisme de révision périodique de ces objectifs. Autrement dit, un accord contraignant dans la forme et non dans le fond. C’est la condition permettant à tous les pays d’y souscrire. C’est un progrès nécessaire, mais c’est loin d’être suffisant ! Pourquoi les négociations internationales ont-elles tant de mal à aboutir ?

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Selon Henri Landes et Thomas Porcher, c’est parce que les dirigeants de la planète, et nous tous collectivement, sommes dans un déni climatique. Dans leur récent ouvrage, Le déni climatique, Henri Landes et Thomas Porcher ne dénoncent pas le climato-scepticisme (celui-ci existera toujours mais influera de moins en moins sur la décision politique). Ils pointent plutôt du doigt comment les responsables politiques tiennent des discours ambitieux aux Nations unies, mais à l’inverse prennent des décisions contre le climat dans d’autre instances de négociation. Ils donnent plusieurs exemples de ce déni climatique qui n’échappe à aucun leader politique aujourd’hui. Premier exemple : des centaines de traités de libre échange sont signés entre Etats sans jamais mentionner le changement climatique, et encore moins fixer des objectifs en la matière. Or, le commerce mondial contribue fortement à l’empreinte carbone des différents pays. C’est le cas de l’accord en cours de signature entre les Etats-Unis et l’Asie, le Trans-atlantic Trade and Investment Partnership (TIPP) : aucune mention du climat.Deuxième exemple : le confiance aveugle dans les marchés. Soit ils ne prennent pas réellement en compte la lutte contre le changement climatique comme un objectif (notamment les bourses financières), soit ils sont terriblement inefficaces à cette fin. Il suffit de regarder l’échec du marché carbone européen : le prix du carbone européen à chuté de 25 euros depuis 2008 et fluctue aujourd’hui autour de 8 euros, ne donnant aucun signal prix pour les entreprises et les Etats européens pour sortir de l’énergie fossile. Quels sont les facteurs majeurs de cet échec ? Trop d’exonérations pour les grandes entreprises polluantes et trop de quotas alloués sur le marché. Bien que les marchés soient des instruments économiques, leur fonctionnement et leur encadrement dépendent directement de choix politiques.

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Dernier exemple: les dirigeants sont toujours obsédés par des indicateurs de richesse inadaptés. Le principal utilisé est le PIB, servant à mesurer la croissance, qui ne prend en compte ni la dégradation de l’environnement, ni la redistribution de la richesse, ni le bien-être des citoyens. “A quoi bon faire de la croissance, si elle repose sur l’exploitation d’énergies polluantes, sur la compression des salaires et des droits sociaux des salariés ?”, demandent les auteurs. Les dernières déclarations du G20 réaffirment que l’objectif principal des plus grandes économies de la planète est d’augmenter la croissance à l’échelle mondiale, notamment par une hausse du PIB de 2% d’ici 2018. Elles incluent des clauses floues sur le climat, sans fixer d’objectifs encore une fois. Ainsi, il ne devrait pas surprendre que les négociations climatiques ne puissent aboutir à des résultats réellement à la hauteur de l’enjeu. Les objectifs sur le climat sont exprimés et sont globalement consensuels, mais les moyens pour y parvenir sont absents. C’est sûrement pour cela que malgré 25 ans de politique climatique à l’échelle internationale, les énergies fossiles émettrices de gaz à effet de serre font toujours aujourd’hui 80% du bouquet énergétique mondial aujourd’hui, comme le souligne Henri Landes et Thomas Porcher. Et cela alors que les technologies de l’énergie renouvelable sont de plus en plus rentables et accessibles. Afin de sortir du déni climatique, il faut être cohérent dans nos décisions sur l’économie et la société avant et après les négociations climatiques. Cet essai propose dix solutions parmi lesquelles : soumettre l’Organisation mondiale du commerce aux objectifs préconisés par les scientifiques du climat, créer une taxe carbone mondiale qui est progressive en fonction du niveau d’IDH des pays, créer un G7 de l’environnement pour servir de contre pouvoir au G7 et faire une révision écologique de tous les programmes scolaires et surtout dans l’enseignement supérieur. Toutes ces solutions servant à faire basculer l’activité humaine dans un modèle plus soutenable et plus juste. La préservation du climat ne peut être une niche réservée aux seuls techniciens de la négociation ni aux chefs d’Etats une fois par an. La transition écologique est un projet transversal qui nécessite non pas de créer des nouvelles instances de décision mais de corriger celles qui existent déjà. Henri Landes et Thomas Porcher insistent sur la cohérence des politiques et sur l’aspect transversal de l’écologie qui n’existent encore pas sufisamment aujourd’hui. Même si la COP21 n’apporte pas de solution micracle, sa suite doit donner l’occasion de sortir du déni et de relever le défi climatique. Comme le dit à juste titre le petit film ci-dessous réalisé par BDDP&Fils pour Coalition21 : “Si on ne fait rien, personne ne le fera à notre place !”

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