C’est le 26 juin 1963 que John F.Kennedy prononça l’un de ses plus grands discours, en pleine guerre froide, à Berlin (pour le revoir, cliquer ici ) : “Two thousand years ago the proudest boast was civis Romanus sum : I am a Romancitizen. Today, in the world of freedom, the proudest boast is ‘Ich bin ein Berliner!’… All free men, wherever they may live, are citizens of Berlin, and, therefore, as a free man, I take pride in the words ‘Ich bin ein Berliner !”. Tous les hommes libres sont citoyens de Berlin (vidéo ci-dessous), l’une des 5 villes au monde que je préfère (avec New York, Hong Kong, Venise et bien entendu Paris), et j’ai la chance d’y passer quelques jours en famille pour Paques (Je suis preneur de vos conseils et de vos meilleures adresses Berlinoises). Mon blog se met donc en mode “veille” (attentive), et j’aurai le plaisir de vous retrouver mardi prochain pour votre “Et si ?” quotidien. D’ici là, excellentes fêtes de Paques à toutes et à tous !
Share“Pendant combien de temps pourront-ils encore chanter l’ignoble “sang impur” de quelque étranger ?” écrit Michel Serres dans un excellent article, paru le 05 mars dans Le Monde, titré “Eduquer au XXème siècle.” Et si, ce faisant, l’un des plus éminents penseurs Français (voir le post #JourDuPenseur qui lui est consacré), était lui-même victime d’une idée reçue sur l’interprétation du refrain bien connu de la Marseillaise (interprétée par Jessie Norman dans la vidéo ci-dessous) ? Dans le courrier des lecteurs du journal Le Monde daté du 9 mars, Bernard Menasse nous rappelle que La Marseillaise est sans aucun doute une chanson guerrière, mais pas du tout “xénophobe” ! Contrairement à ce que la plupart de ceux qui la chante pensent : le sang impur, ne serait pas ce lui de l’étranger, mais celui des révolutionnaires ! Selon l’interprétation relatée par Frédéric Dufourg, auteur du livre “La Marseillaise” (2008), ce vers est “une référence au sang impur des révolutionnaires par opposition au sang pur des aristocrates, selon un préjugé en vogue chez les aristocrates du XVIIIème siècle”. C’est ainsi que Gavroche, dans “Les Misérables” de Victor Hugo, l’interprète : ” En avant les hommes ! Qu’un sang impur inonde les sillons ! (…) Battons-nous, crébleu ! J’en ai assez du despotisme”. J’entends à l’avance Michel Serres nous répondre que ce qui compte, c’est la perception et non la réalité…Raison de plus pour rétablir cette dernière ! Ce contresens, s’il est avéré, mérite selon moi d’être relevé, particulièrement par les temps qui courent…
Merci à Pascal Cübb d’avoir relayé via Facebook cette vidéo spectaculaire, qui prouve, s’il en était besoin, que la chance, pour certains, n’est pas un vain mot ! Celà me permet d’ajouter un deuxième chapitre à mon post de novembre dernier (”Et si vous tiriez une carte chance ?“), dont est extraite la vidéo ci-dessous :
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Ce dimanche est pour moi l’occasion d’un #JourDuPenseur très particulier, car j’ai décidé de le consacrer à l’un des hommes qui a eu le plus d’influence dans ma vie : Philippe Michel, fondateur de CLM/BBDO, avec qui j’ai eu le plaisir de travailler de 1988 jusqu’à la date de son décès prématuré en Corse, en 1993. Il y a très peu de choses lorsque l’on tape “Philippe Michel” sur Google, autre que les grandes campagnes publicitaires qu’il a marquées de son empreinte (Eram, Kookaï, Apple, Leclerc, Vittel, Total, Monoprix, Volvic, Avenir (Myriam)… pour n’en citer que quelques unes. Et pourtant Philippe a formé, inspiré et influencé de manière indélébile toute une génération de publicitaires et de créatifs français, de Jean-Marie Dru à Marie Catherine Dupuy, en passant par Jean-Claude Lacoste, Gérard Jean, Pierre Berville, Benoit Devarrieux, Eric Holden, Rémi Noël, Grégoire Delacourt, Capucine Chotard, Pascal Grégoire, Pascal Manry, le regretté Bruno Le Moult, Hervé Chadenat, Lucie Pardo, Serge Fichard, Anne de Maupéou, Eric Galmard, Philippe Chanet, Dominique Quessada, Frédéric Beigbeder (auteur de la préface du livre de Philippe), ou, bien sur, Etienne Chatillez (pardon à toutes celles et ceux que je n’ai pas cité ici). L’esprit de Philippe Michel est encore aujourd’hui très présent chez de nombreuses personnalités de la communication qui l’ont cotoyé, comme Alain Poirée, Fanny Vielajus, Rémi Guigou, Nadia Marik, Marie-Pierre Benitah (avec qui j’avais créé le groupe Facebook “C’est quoi l’idée?”), ou mes amis de BDDP&Fils : François Blachère et Marco de La Fuente. Sans oublier les trois enfants de Philippe, Ariane, Anne et Cédric qui ont toutes les raisons d’être toujours aussi fiers de leur père.
Pourquoi vous parler de Philippe Michel aujourd’hui ? Tout simplement parce que le livre devenu “testament” de Philippe “C’est quoi l’idée?”, vient d’être réédité et se trouve de nouveau disponible. Un grand merci à François Roque (@imposture) qui m’a soufflé l’idée d’ouvrir un groupe Facebook “Pour la réédition de “C’est quoi l’idée ?“, qui a permis à Anne Thévenet-Abitbol, auteur du livre fruit de ses dialogues avec Philippe, de convaincre l’éditeur Yves Michalon, ami proche de Philippe, de l’intérêt d’une réédition. Achetez-le et vous ne serez pas déçu ! Vous pouvez le commander en cliquant ici, et rejoindre le groupe Facebook “C’est quoi l’idée ?” en cliquant ici.
Philippe Michel aurait 70 ans aujourd’hui. Après avoir commencé des études de médecine, il fut compagnon de route des situationnistes et fondateur de l’agence CLM/BBDO en 1976 . Jean-Marie Dru lui avait consacré un très beau chapitre dans son livre “La Publicité Autrement” (Gallimard.2007), intitulé “Pourquoi Philippe Michel a marqué ce métier comme personne” dont voici quelques extraits : ” Philippe a eu longtemps raison avant tout le monde. Il était la provocation même. Un agitateur d’idées, un esprit corrosif et subversif, qui n’aimait rien tant que renverser l’ordre des choses. Ce côté iconoclaste, son art du contre-pied était le trait le plus apparent de son caractère. Mais le plus important était ailleurs : Philippe était curieux de tout et de tous, il s’intéressait sincèrement aux autres. “C’était la boite sur laquelle se frottaient les allumettes”, pour reprendre une formule du créatif Jean Feldman”. Pour en savoir plus sur Philippe, je vous renvoie à l’excellent article publié par le magazine Stratégies, 10 ans après sa disparition (cliquer ici).
“C’est quoi l’idée” est un livre paru en 2005, soit 12 ans après la mort de Philippe. Il est le fruit d’un travail initié par Anne Thévenet-Abitbol, qui était alors planneuse stratégique chez CLM/BBDO (elle a depuis rejoint le groupe Danone), et qui n’a pu être achevé du vivant de Philippe. Dans ce livre de réflexions corrosives et d’aphorismes, Philippe partage avec jubilation ses idées sur l’énergie créative, les facéties de la mémoire, le désir qui flâne et le message qui s’imprime. Car pour Philippe, une idée était une “bombe énergétique”, une quantité d’instabilité et d’énergie : “une idée est le point de fusion d’univers qui, auparavant, n’avaient rien à se dire. Et plus la confluence sera multiple, plus elle sera fertile”, en réorganisant le réel. Pour trouver les idées, il faut penser, et non raisonner : “On n’aboutit à aucune solution en réfléchissant. On trouve en pensant. L’enseignement, malheureusement, apprend à raisonner, pas à penser”…”Il faut s’entrainer à trouver pendant que les autres se dépensent à chercher”. L’enjeu pour une idée qui veut devenir vérité, c’est de s’ancrer dans la mémoire du public : ” Le meilleur matériau est la mémoire que les gens ont des choses, car ils ne retiennent que ce qui leur est utile”. Or, on mémorise surtout ce que l’on a conçu soi-même, d’où l’intérêt de parler à l’intelligence des gens en leur faisant faire une partie du chemin, qui les conduira à reformuler l’idée, donc à mieux l’ancrer dans leur cerveau. Pour celà, il faut détruire l’idée préexistante dans le cerveau du public : “Nous sommes des iconoclastes : nous devons devenir des tueurs de paradigme”. Le “Ah oui, mais c’est bien sûr…” ne peut venir que de la destruction de l’image d’une perception antérieure. En ce sens, la vérité peut être vue comme “une organisation transitoire de la réalité”. Le travail du publicitaire est donc de “connecter des cultures”, et le propos de la communication est de “fabriquer du commun”, et du désir partagé.. La consommation, c’est la capacité de vivre transitoirement des aventures idéelles avec d’autres. De fait, chaque marque est civilisatrice : ” le projet d’une marque est de civiliser le monde à sa manière”, en donnant un point de vue qui fait autorité. En conséquence, “Une agence est d’abord une communauté” dont l’enjeu est “d’agir ensemble” pour créer du bien commun. Pionnier des campagnes de responsabilité citoyenne avec le concept “public-cité”, Philippe rêvait que ” l’opinion publique cesse d’être une moyenne arithmétique pour devenir un concert d’opinions personnelles”. Et si la pensée de Philippe Michel n’avait rien perdu de son actualité ? Merci Philippe, d’être encore avec nous pour nous inspirer.
Me voici donc revenu du Mont Sinaï, où Moïse, auteur des 5 premiers récits bibliques, reçut les tables de la loi. L’occasion de prendre un nouveau départ en 2011, pour écrire avec vous la petite histoire de ce blog dédié aux idées disruptives, c’est à dire au récit des petites ou grandes idées nouvelles qui font avancer le monde. Ce dimanche sonne donc la reprise de mon blog, et de sa rubrique dominicale #JourDuPenseur, consacrée aujourd’hui au Storytelling et à ses nouveaux moyens d’expression.
“Innombrables sont les récits du monde…”, nous rappelait Roland Barthes (dont je vous recommande la magnifique réédition de “Mythologies” au Seuil),”…Le récit est présent dans tous les temps, dans tous les lieux, dans toutes les sociétés ; le récit commence avec l’histoire même de l’humanité ; il n’y a jamais eu nulle part aucun peuple sans récit… Le récit se moque de la bonne et de la mauvaise littérature…le récit est là comme la vie”.
Et si le moteur des réseaux sociaux n’étaient pas simplement la relation, mais plus précisément le récit ?
Le récit, c’est la mise en forme subjective des faits et des opinions, qui appelle un point de vue, une histoire, et surtout un angle. Au travers de son blog, de son mur Facebook, ou de son fil Twitter, chacun a pu faire l’expérience du storytelling, que Christian Salmon a remarquablement bien décrit sans son livre éponyme sous-titré ” la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits”. A partir du moment où l’écrit devient public, il appelle une mise en forme, et l’introduction d’une forme de subjectivité, de construction de l’opinion, pour ne pas dire de jugement. Nous sommes entrés dans un nouvel âge : l’âge narratif, où l’opinion domine définitivement le fait.
L’enjeu du storytelling a aujourd’hui été pleinement intégré par les pouvoirs politiques et économique au point de poser la question de la violence symbolique, qui, selon Christian Salmon “pèse sur l’action des hommes, influence leurs opinions, transforme et instrumentalise leurs émotions, les privant ainsi des moyens intellectuels et symboliques de penser leur vie”. D’où l’importance démocratique de donner à chacun les armes de contre-narration : ” la lutte des hommes pour leur émancipation passe par la reconquête de leurs moyens d’expression et de narration. Cette lutte a déjà commencé, elle se fraye un chemin dans le tumulte d’Internet et le désordre des “stories”, elle s’éveille à des pratiques nouvelles et minoritaires, échappant largement au regard des médias dominants…”.
Chaque jour se développent des moyens nouveaux de “contre-narration” (ou narration non conventionnelle), dont le potentiel de diffusion est démultiplié par les réseaux sociaux, qui savent relayer les “histoires neuves”, celles qui ne sont pas encore traitées ailleurs. Assembler et transformer de l’information brute d’origine multiple en histoire, c’est la fonction du “content curator” (que l’on pourrait traduire par “metteur en scène de contenus”), qui dispose de nouveaux outils de traitement “subjectivement ordonnés” de l’information. Je vous avais parlé, il y a très précisément un an, de Pearltrees (cliquer ici) qui permet d’organiser et de partager potentiellement tous les contenus disponibles sur Internet. Un article des inrocks publié mercredi dernier (cliquer ici), nous présente Storify, créé par deux web-entrepreneurs (Burt Herman et Xavier Damman) : un service pour trier, sélectionner, organiser et publier sous forme d’articles, des informations collectées sur les réseaux sociaux. Storify associe un moteur de recherche à une interface de mise en page qui vous propose d’ intégrer dans le corps d’un article des tweets, des liens et des images ou vidéos, d’un simple “drag and drop” (voir vidéo ci-dessous), et vous permet en quelques secondes d’écrire une histoire à l’exemple de celle-ci (qui vous fait le récit de la mort supposée de Chuck Norris) .
Les petits récits font les grandes histoires. C’est l’assemblage des données, des infos et des opinions qui permet à chacun d’apporter sa pierre subjective, son idée originale, à l’édifice. Car les idées ne viennent pas de nulle part, elles ne naissent pas de rien : elles se façonnent à partir d’une matière première, que les anglo-saxons appellent “Food for thought”. On est toujours plus créatif en construisant sur l’idée des autres. Cela a toujours été vrai. Mais cela n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui, à l’heure où Internet permet à la fois de rendre accessible toutes les données, de permettre le travail collaboratif (cf Wikipédia), et de partager l’assemblage de chacun, pour permettre à d’autres de rebondir.
Comme le disait l’auteur de La Guerre des Mondes, Herbert George Wells, considéré comme l’un des fondateurs de la science-fiction moderne, “l’histoire du monde est par essence l’histoire des idées”. Il ne tient qu’à nous de changer l’histoire du monde à condition de produire des idées qui le transforment pour le meilleur et non pour le pire. Plus que jamais, il faut libérer les idées, produire chaque jour plus d’idées qui tuent des idées reçues, conventionnelles, établies, qui empêchent de progresser. C’était la raison d’exister de ce blog, comme le rappelle le titre du premier post publié en 2009 (”Et si on libérait les idées ?“), et c’est la raison pour moi de le continuer.
Je vous souhaite pour 2011 beaucoup d’idées fraiches, anticonformistes et réjouissantes à partager.
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