Ron Rael, qui enseigne l’architecture à Berkeley, l’Université de Californie, n’est pas vraiment fan du mur long de 700 miles (plus de 1100 kilomètres) qui sépare, depuis 2006, les Etats-Unis du Mexique. Il juge ce mur hors de prix, néfaste à l’environnement, inefficace, et mortel, depuis que des centaines de personnes meurent de déshydratation chaque année en essayant de le contourner par le désert. Mais force est de constater qu’il faut pour le moment faire avec. C’est pourquoi, il a décidé de proposer, en tant que designer, de multiples aménagements (voir vidéo ci-dessus) pour en modifier le sens et l’usage, et transformer un mur insensé en une “infrastructure sociale” porteuse de sens, susceptible de connecter et d’améliorer la vie des deux côtés de la frontière (Pour plus de détails, cliquez ici). Une démarche utopique, certes, mais qui contribue à nous interpeller sur l’utilité des murs érigés en frontières …
ShareA l’occasion de la clôture du salon du Bourget, qui a mis en exergue les succès d’EADS et particulièrement d’Airbus, le #JourDuPenseur est consacré ce dimanche non pas à une personnalité mais à un ouvrage collectif du Conseil Economique de la Défense (CED) présidé par Philippe Esper, ingénieur Général de l’armement. L’universitaire et économiste Christian de Boissieu, le juriste Pierre Delvolvé et le politologue Christophe Jaffrelot, tous trois membres du CED, l’ont épaulé pour rendre compte de leurs derniers travaux dans l’ouvrage Un monde sans Europe ? S’interrogeant sur les risques et dangers que la France et le monde allaient devoir affronter, ces experts en sont venus à considérer que l’une des menaces qui pèse sur nos destins est bien celle d’un monde sans Europe.
Jacques Delors déjà dans les années 80 parlait du « coût de la non-Europe ». Un raisonnement par défaut qui permet de mettre le doigt sur les risques majeurs guettant les membres de l’Union européenne. Un monde sans Europe ? est certes un titre provocateur mais à la lecture du constat que les membres du CED font de l’Europe actuelle, on comprend vite qu’elle pourrait très bien être amenée à disparaître en tant que puissance. La question du « coût de la non-Europe » se pose donc encore aujourd’hui. Le constat de ces acteurs économiques, politiques et de la défense est le suivant : L’Europe est trop divisée sur les questions fondamentales d’avenir : l’énergie, illustrée par exemple récemment par la décision unilatérale de l’Allemagne de quitter le nucléaire ; la protection des ressources naturelles ; les migrations, comme on peut le voir à Lampedusa en Italie. De plus, l’Europe est prisonnière de son esprit administratif. L’Europe est trop divisée pour offrir une défense commune. La gestion de la crise libyenne ne vient pas contredire ce constat. Et l’esprit coopératif ne se développe plus au sein de l’Union. Un relatif problème sanitaire comme l’épisode du “concombre d’Espagne” mis au ban par les autorités allemandes et qui a entraîné une véritable catastrophe économique pour des milliers de producteurs espagnols nous montre que le dialogue est loin d’être simple à l’intérieur de l’Europe. Si l’Europe existe par l’euro, par la politique commerciale extérieure et par la politique de concurrence intérieure, les signes d’efficacité dans le domaine de la défense, de politique énergétique ou de protection des ressources naturelles sont bien trop faibles pour assurer une influence internationale de l’Europe et sa sécurité. Or la maitrise des moyens industriels et organisationnels est une condition capitale pour que l’Europe devienne un acteur au niveau de ce que devraient être ses ambitions politiques.
Pour ces auteurs spécialistes en économie, sciences politiques ou stratégie de défense, la puissance d’une nation mais aussi de l’Europe se mesure à sa capacité d’alliances et de coopération. Depuis les années 60, l’Europe a connu de beaux succès de coopération industrielle comme Gie Airbus, Arianespace ou Gie Euromissile. Ce mode de coopération industrielle reposant sur l’association d’industriels nationaux autour d’un programme commun (avion, bateau, missile, satellite…) et se faisant sous forme de joint venture ad hoc reste un mode d’organisation envisageable. Accepter dans certains domaines un partage réel de souveraineté, afin de mettre en commun les compétences et les acquis, en organisant la meilleure fluidité possible des échanges entre les bases nationales des sociétés. Sur le plan politique, avant de quitter la BCE, Jean-Claude Trichet a lui lancé un appel solennel pour que l’Union se dote d’un ministre des Finances, qui soit une instance de coordination permanente. Et le rôle de la France est prépondérant dans cette démarche vers plus de coopération puisque notre pays est au cœur des deux axes de progression indispensables à l’Union : économique et politique avec l’Allemagne, de défense avec la Grande-Bretagne. Pour remédier aux lacunes constatées et pour que l’Europe ne reste pas passive face à la montée en puissance des pays émergents, les membres du CED formulent une vingtaine de propositions, parmi lesquelles : La constitution de « groupes de progrès » avec les pays « qui le peuvent et qui le veulent » , une lutte commune contre la prolifération nucléaire, une lutte davantage commune contre le terrorisme, une lutte commune contre la cybercriminalité, une gestion commune des grandes migrations à venir, une gestion commune des risques technologiques.Les membres du Conseil Economique de la Défense exhortent les pays européens mais aussi l’Union européenne à relever les défis de l’innovation, de la R&D et des nouvelles technologies, du développement des PME, de l’éducation et de l’enseignement supérieur. A l’échelle de l’Europe, la solution aux risques posés par l’avenir est donc selon eux dans la coopération-mutualisation. « L’ambition est de structurer la recherche en Europe par une mise en commun des ressources et une coordination des actions. (…) Face à un monde en constante évolution, l’Europe de l’intelligence, de la sécurité et de l’immatériel est à construire. » Pour que ces partenariats se réalisent, il faut, selon les experts du CED, accepter l’idée d’une Europe qui puisse être à géométrie variable dans certains domaines d’action et accepter de remettre en cause pour ces domaines la règle de l’unanimité qui empêche certaines coopérations utiles de voire le jour, et ce encore en plus en temps de crise budgétaire. L’Europe ne sera écoutée que si elle parle d’une voix concertée sur les questions engageant notre avenir : la réforme du système monétaire international, la volatilité des prix des matières premières, la régulation financière… Et en montrant l’effectivité de la gouvernance européenne sous l’impulsion des pays membres qui « le peuvent et le veulent ». Les auteurs racontent qu’en réponse à Henry Kissinger qui déclarait ironiquement, il y a trente-cinq ans, ne pas savoir à quel numéro appeler l’Europe, Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, aurait récemment communiqué la référence d’un standard téléphonique branché en boucle sur le message suivant : « For Germany, press 1 ; for France, press 2 ; for England, press 3, for Italy, press 4 ; for Poland, press 5…, for Malta, press 27 ». Anecdote révélatrice d’un temps où l’Europe ne se présente pas encore en un ensemble ordonné…
Alors que l’Allemagne a annoncé la semaine dernière sa volonté de renoncer à l’énergie nucléaire d’ici à 2022, le #JourDuPenseur est consacré à Jean-Marc Jancovici, un écologiste à la fois co-rédacteur du Pacte écologique, adopté par tous les candidats à la présidentielle de 2007, et défenseur du nucléaire ! Cet ingénieur de formation explique dans un livre-programme publié récemment, Changer le monde, Tout un programme !, pourquoi l’énergie nucléaire est notre seule marge de manœuvre pour pouvoir assurer une transition vers l’« économie décarbonée » qu’il appelle de ses vœux. D’après Jancovici, pour répondre à la fois à la question du changement climatique et de la crise énergétique que nous allons devoir affronter, compte tenu de la limitation de nos ressources en énergies fossiles, nous devons imaginer un système économique reposant sur un mouvement de décarbonisation.
Dans Changer le monde, Tout un programme !, Jancovici veut nous convaincre de la nécessité de se défaire « de la contrainte carbone ». Démontrant la forte dépendance de nos économies à l’énergie et les conséquences que toute crise énergétique peut faire peser sur noter économie, l’écologiste appelle à un nouveau projet de société qui s’appuie tout entier sur cette nécessité de réduire nos contraintes carbones, de rendre possible une économie qui s’appuie sur moins d’énergies consommées. Les quantités d’énergies produites et échangées tendent d’ailleurs à se stabiliser et non plus à croitre. Faire avec moins d’énergie n’est pas seulement une nécessité mais serait aussi bientôt une obligation. Notre dépendance à l’énergie jointe au fait que celle-ci sera de plus en plus chère car de plus en plus rare doit nous forcer à trouver des solutions alternatives pour faire vivre notre économie et assurer sa croissance. Ce mouvement vers une énergie plus rare et donc plus chère est un mouvement inéluctable selon Jancovici. Il faut donc dès aujourd’hui, selon lui, repenser notre mode de croissance. Pour parvenir à vivre en consommant moins d’énergie, il faut d’abord être capable de mesurer l’énergie consommée. Pour Jancovici qui s’autoproclame le « comptable du carbone », il était donc important de réfléchir à mesurer les émissions de CO2 des Etats mais aussi des individus.
Collaborateur de l’Ademe depuis 2000, il a participé à la mise au point du « Bilan carbone » au début des années 2000. Celui-ci consiste à décompter aussi bien l’énergie primaire que l’énergie finale utilisée par un produit ou un service. Depuis la loi Grenelle IIl, il est mesuré au sein des entreprises de plus de 500 personnes et des collectivités territoriales. Jancovici est également l’initiateur début 2007 du « Bilan carbone personnel », un calcul en ligne permettant à tout particulier français de calculer les émissions de gaz à effets de serre induits par ses faits et gestes. Plusieurs organismes internationaux sont également chargés de recueillir des moyennes nationales d’émissions de CO2. L’Agence Internationale de l’Energie a récemment annoncé que les émissions de CO2 avaient atteint un niveau record dans le monde en 2010, avec une hausse de 5% par rapport au précédent record de 2008. Jancovici poursuit aujourd’hui ce travail pédagogique et de sensibilisation avec son dernier ouvrage Changer le monde, Tout un programme ! appelant même à un nouveau projet de société : « décarboner l’économie ». Il rappelle que si l’électricité n’émet pas de CO2, la production de l’électricité est elle très consommatrice de carbone, et ce notamment parce qu’une grande partie de l’électricité de la planète est produites par des usines à charbon particulièrement polluantes. L’éolien et le solaire, ou le photovoltaïque, ne sont pas non plus considérés par Jancovici comme des solutions suffisamment efficaces face à la crise de pénurie future en énergies fossiles compte tenu de leurs coûts à la fois économiques et énergétiques, mais aussi de leur faible rendement et de la difficulté à stocker et le courant du vent et la production. Jancovici explique par ailleurs que la construction de panneaux photovoltaïques demande énormément d’énergie et que le bilan en termes d’émission de CO2 est négatif. Il n’y a donc pour lui que le nucléaire qui nous permette de s’assurer d’avoir les moyens de tendre vers moins de carbone. Au nucléaire, on peut associer le développement des énergies renouvelables mais celles-ci ne peuvent suffire à remplacer les énergies fossiles. Jancovici propose un véritable projet de société car il propose un projet qui tourne la société entière vers l’objectif commun de « décarboner notre économie ». Ce projet veut influencer évidemment notamment nos habitations qui à elles seules consomment 45% de notre consommation totale finale d’énergie mais aussi influencer nos métiers, notre système de soins, notre agriculture, nos relations géostratégiques et géopolitiques avec les pays étrangers. L’idée est que le projet de société proposé par Jancovici libère de leur dépendance énergétique chacun des paramètres de notre mode de vie. Il suggère aussi de renforcer la recherche et le développement dans certains procédés nous aidant à éliminer le carbone produit et notamment dans le procédé de séquestration du carbone dans les usines à charbon et à gaz. Refusant l’utopie, Jancovici sait que malgré leur impact néfaste sur la question climatique, on ne peut se permettre d’éliminer les usines à charbon ou à gaz. Elles sont bien trop importantes pour la production d’électricité. A défaut d’éliminer ces usines, Jancovici plaide pour développer un processus de séquestration du CO2. Voilà selon lui, une innovation d’avenir. Enfin, tout en réalisant que ce ne sont pas des mesures populaires, Jancovici veut convaincre de la nécessité d’instaurer une Taxe Carbone pour engager la France sur cette voie d’une « économie décarbonée ». Pour lui, la Taxe carbone est le seul moyen de développer dans les temps une réponse aux crises énergétiques à venir.
Pour ceux qui voudraient aller plus loin, Jean-Marc Jancovici a créé un site Internet, manicore.com, faisant le point sur toutes les questions liées à ces énergies qui font tourner notre planète. Définitions, mode de calcul des émissions de CO2, prises de position, scénarios d’anticipation, un site à fouiller pour tous ceux qui voudraient en savoir plus.
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“There is no greater act of hospitality than to embrace a stranger as one’s own ” (”Il n’y a pas de plus bel acte d’hospitalité que d’ouvrir ses bras à un étranger comme à l’un des siens”). Le film de 3 minutes ci-dessus, réalisé par Bruno Aveillan pour Shangri-la, est de mon point de vue l’une des plus belles productions publicitaires de l’année 2010. Le hasard a voulu que je le revois au moment précis où j’écrivais hier cette chronique hebdomadaire #JourDuPenseur, que je voulais consacrer à l’interdépendance, concept fondateur du Collegium International, à la suite du colloque organisé le 24 mai dernier à l’Unesco, où intervenaient 5 membres éminents du Collegium : Michel Rocard, René Passet, Edgar Morin, Bernard Miyet, et Peter Sloterdijk. A la veille du G8, le Collegium International publiait 3 tribunes libres dans le journal Libération : Pour un monde solidaire (sous la plume de Stéphane Hessel et Sacha Godman), L’avenir est la bio-économie (sous la plume de René Passet), et L’interdépendance : la survie commune, sous la plume de Peter Sloterdijk, complétés par une contribution d’Edgar Morin, et une contribution de Michel Rocard, que vous pourrez retrouver sur le site du Collegium International (Vous pouvez aussi rejoindre le groupe “Friends of the Collegium” sur Facebook en cliquant ici).
Je vous avais déjà parlé de Peter Sloterdijk, ce remarquable philosophe allemand, professeur de philosophie et d’esthétique à Karlsruhe qui enseigne aussi aux Beaux-Arts de Vienne, à l’occasion de la publication en Français de son dernier livre “Tu cois changer ta vie” (”Et si chacun devait changer sa vie ?“). Son premier essai philosophique Critique de la raison cynique, publié en 1983, avait battu le record de vente pour un livre de philosophie écrit en allemand et fut traduit en trente-deux langues . L’ouvrage avait été salué par Jürgen Habermas comme l’« événement le plus important depuis 1945 ». Puis la publication de sa trilogie Sphères fit de lui un personnage reconnu dans le monde des lettres germaniques avec sa célèbre métaphore de l”écume, qui consacre l’éclatement de la sphère métaphysique et des grands systèmes religieux. Le texte publié dans Libération le 23 mai dernier sous le titre ” L’interdépendance : la survie commune”, que je reproduis in extenso ci-dessous, s’inscrit dans la droite ligne de sa pensée, autour du concept de “co-immunauté”.
” On peut considérer que l’être humain se compose de trois systèmes immunitaires superposés. Le premier est celui de l’immunologie “biologique”, l’immunologie du corps, qui a bouleversé nos idées sur la santé du corps. Le deuxième est celui de “l’immunologie juridique et solidaire”. Et le troisième, celui de “l’immunologie symbolique”: ce sont les mythologies, les religions et les grandes interprétations de notre être au monde. Jusqu’à présent, il est évident que chaque communauté réelle, chaque peuple, chaque culture, a développé son propre système immunitaire symbolique. Ce qui menait à cette situation paradoxale que pour assurer sa propre protection immunitaire, il fallait nuire au système immunitaire des autres. Même le phénomène de la domination de l’homme par l’homme peut être réinterprété dans une terminologie politico-immunitaire. L’avantage immunitaire des uns incluait automatiquement le désavantage des autres. Ce qui nous conduit tout droit à l’idée de la co-immunauté, de l’interdépendance. Le concept de co-immunauté implique l’impératif de la survie commune. Nous ne pouvons pas construire la survie des uns sur la disparition des autres, ce qui a été depuis le XVIIIè siècle l’inspiration de tous les discours racistes en Europe. Les penseurs des contre-Lumières ont bien vu que l’éthique universaliste entrait dans une situation critique, et ont forgé la doctrine de l’égoïsme sacré des collectivités préférées. L’antiracisme officiel de nos discours politiques après la Seconde Guerre mondiale semble montrer que le message a été reçu. Mais il faut se méfier, il existe toujours un racisme muet, l’idée que l’on peut mieux survivre en abandonnant les autres : pour la conscience quotidienne, les concepts ethniques et familialistes sont encore très présents. Nous n’avons pas encore compris qu’il faut survivre avec l’étranger. L’unité de survie est aujourd’hui la survie commune. De là le nouvel impératif catégorique:”Comporte-toi toujours de telle façon que la maxime de ton comportement reste compatible avec la croissance de l’improbabilité des formes de vie futures”.
Fubiz fait partie de mes blogs préférés. Intelligent, élégant, il nous délivre chaque semaine une “daily dose of inspiration”, comme cette série d’affiches réalisées par le designer londonien Toby Ng (Toby Ng Design), sur le thème “Village of 100 people”, qui regarde le monde comme s’il était un village de cent personnes, au travers d’une vingtaine de d’affiches très graphiques que vous trouverez intégralement en cliquant ici. Un modèle de “data visualisation” tout en finesse et en évidente simplicité !