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Et si l’altruisme était la contrepartie nécessaire de la liberté ?

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Comme tous les dimanches, c’est #JourDuPenseur. Pour rester dans la ligne de réflexion de la semaine dernière où l’art rencontrait la science, le #JourDuPenseur est consacré cette semaine à Philippe Kourilsky, une autre personnalité qui croise les disciplines et dépasse les frontières de son cœur de métier. Biologiste-immunologiste de renom, il a décidé de réfléchir à l’amélioration de nos systèmes socio-économiques en y introduisant une sorte de principe régulateur : l’altruisme. Philippe Kourilsky est professeur au Collège de France où il est titulaire de la Chaire d’immunologie moléculaire, ancien directeur général de l’Institut Pasteur… et appelle donc dans son dernier essai, Le Manifeste de l’altruisme, à réhabiliter l’altruisme ! Il réitère son appel deux ans après son précédent ouvrage sur le même thème intitulé : Le Temps de l’altruisme.

portrait P.kourilskyEn tant qu’immunologiste impliqué dans la recherche de nouveaux vaccins, l’auteur de ce Manifeste a été stupéfait d’apprendre que 800 000 enfants par an mourraient de la rougeole et de ses complications alors qu’un vaccin efficace et très bon marché existait. Il a alors décidé de s’impliquer davantage dans les questions de pauvreté. Persuadé qu’il faut une réponse globale aux problèmes de pauvreté ou de maladies infectieuses et à la montée du problème climatique, Philippe Kourilsky dépasse les frontières de sa discipline et propose une piste de réflexion globale pour corriger à la fois le système qui guide l’individu et le système qui guide la collectivité. Le biologiste part du constat que notre système politique et économique général ne profite pas équitablement à tous et que les individus n’arrivent pas à corriger toutes les injustices, certains aspects humains comme la générosité ou certains principes fondamentaux comme la fraternité ne suffisant pas à les combler. De plus, il semblerait que dans les sociétés occidentales, l’espace occupé par les devoirs individuels se soit progressivement rétréci avec le développement de l’Etat démocratique et laïc, vers lequel s’est déporté une partie des responsabilités de l’individu. Des devoirs individuels, et en particulier l’altruisme, qui ont aussi diminué avec l’involution du domaine religieux qui détermine une grande partie des devoirs individuels. Au regard des dettes publiques de nombreux pays, on voit bien aussi que les moyens collectifs mis en place relevant de l’altruisme, comme notamment les impôts et autres mécanismes de redistribution, ne suffisent pas non plus à équilibrer la situation globale. Or dans ce transfert, dont l’ampleur et les modalités varient selon les époques et les pays, réside, dilué, l’essentiel du devoir individuel d’altruisme réalisé par les individus au niveau de la collectivité. Il y a donc une faille quelque part dans notre système.

arton4673-1Pour le scientifique, la faille repose sur l’une de nos valeurs fondamentales : la liberté. Et ce parce qu’elle est trop souvent comprise comme un droit auquel aucun devoir n’est associé. Cette forme de liberté fait que le bien-être et la richesse des uns peuvent occulter la misère et la pauvreté des autres. Comme si le principe de liberté universelle entrainait un biais optique. Pour résoudre ce biais, il propose de lier la liberté à laquelle chacun à droit à un devoir, celui de l’altruisme. Mais point de moralisme dans ce propos. Philippe Kourilsky s’appuie sur la logique pour expliquer pourquoi associer devoir d’altruisme au droit à la liberté. Si notre liberté s’arrête là où commence celle des autres, il est en effet assez logique d’avoir à penser l’autre pour exercer notre liberté. Et l’auteur de nous démontrer que l’altruisme est une conséquence logique de nos droits, que liberté et altruisme sont interdépendants. Et que cette logique est renforcée par l’ère actuelle de la mondialisation. Puisque le libéralisme ne permet pas de résorber les inégalités, il faut créer des principes d’action supplémentaires. Le mot d’altruisme pouvant être source de confusion, Philippe Kourilsky, en scientifique qu’il est, balaie toutes les significations de ce terme. Il écarte d’emblée le fait que la générosité pourrait se substituer à l’altruisme en rappelant que la générosité est au bon vouloir de l’individu, qu’elle repose sur de possibles émotions. La générosité n’est en effet pas forcément rationnelle. L’auteur cite souvent dans son essai la générosité de Bill Gates à travers sa fondation Bill&Melinda Gates qui a, entre autre, financé la vaccination contre la rougeole de centaines de milliers d’enfants permettant, selon l’OMS, de sauver plusieurs millions de vies en 10 ans. Bill Gates est totalement libre de ce choix. Que ce serait-il passé si ce grand mécène s’était intéressé à l’art ? Nous rappelant aussi que les Objectifs du Millénaire ne sont toujours pas atteints, on voit que la générosité, aussi grande soit elle – à l’image de celle de Bill Gates-, ne suffit pas à empêcher la pauvreté et l’injustice socio-économique.

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La générosité ne permet donc pas de participer à un système ou à un monde plus stables. Elle peut être complémentaire à l’altruisme mais ne peut s’y substituer. Pour éviter la confusion due aux multiples définitions du mot « altruisme », Philippe Kurilsky créé le terme d’« altruité » en tant que forme particulière d’altruisme, rationnelle, conçue en dehors de tout sentiment ou de toute émotion et non motivée par l’attente d’une réciprocité. Il définit l’altruité comme étant « l’obligation pour chacun de s’attacher à préserver et à renforcer les libertés individuelles des autres ». Avec l’altruité, nous ne sommes pas dans le don contre don. En revanche, la proportionnalité existerait entre degré d’altruité et degré de liberté. L’altruité devient ainsi le véritable pendant de la liberté : « Mes libertés individuelles ne sont pas seulement limitées par celles des autres. Elles sont aussi construites grâce à celles des autres(…) L’altruité est leur contrepartie indissociable ». Avec l’ambition pour le chercheur d’introduire et de systématiser l’idée d’altruité et ainsi d’influencer les questions de responsabilité individuelle et de justice sociale. Face aux dérèglements de notre système, et souhaitant passer de la phase d’indignation à la phase de l’action, le biologiste fournit avec cet essai un fondement théorique de l’altruité mais aussi une méthode de réflexion pour parvenir à réfléchir à comment créer les conditions, au plan individuel comme à l’échelon collectif, pour que l’altruisme soit davantage pris en compte. Au plan individuel, à chacun de réfléchir et de prendre la mesure de ses libertés individuelles et de son devoir d’altruité vis-à-vis de toute situation qu’il juge importante. Avec la possibilité pour chacun de penser par exemple à son « capital individuel reçu » versus son « capital individuel produit ». Et puis, pour penser à l’autre, il faut le connaitre. Le premier moyen de parvenir à l’altruité est donc la connaissance parce qu’avec la raison, elles ouvrent à des réalités auxquelles l’intuition ne donne pas forcément accès. Le droit à l’information prend toute sa force. Et la connaissance nous permet de prendre conscience de nos interdépendances. L’altruité devient alors un conditionnement de nos libertés individuelles mais aussi collectives. Selon l’auteur, une prise en compte de l’altruité permettrait même de créer, à défaut d’un utopique gouvernement planétaire, des consensus mondiaux sur les questions capitales comme la préservation des biens publics mondiaux. Philippe Kourilsky veut profondément faire de l’idée d’altruité un nouvel élément structurel. Un élément qui ne change rien à la nature du phénomène auquel il est associé mais qui élargit le cadre explicatif et imagine de nouvelles possibilités d’intervention. Le chercheur considère que la prise en compte de l’altruité et du devoir d’altruité peuvent véritablement améliorer le fonctionnement de la démocratie. Il ne propose pas moins que de se donner les moyens d’une « remédiation systémique » du libéralisme et de la démocratie. Très inspiré par la pensée d’Amartya Sen, il considère que l’homo economicus n’est pas cet être égoïste que postule la théorie néoclassique. Il souhaite ainsi initier un mouvement allant vers un « libéralisme altruiste ». Le chercheur cite par exemple la taxe Chirac sur les billets d’avion pour lutter contre les pandémies comme illustration possible d’une pratique libérale altruiste. Un libéralisme qui dans le domaine économique réviserait la notion de liberté pour que ce soit les hommes qui font les échanges qui soient libres et non pas les échanges. Parce que l’altruité tel que l’auteur nous le présente est rationnel et stable, il peut aider et l’individu et la collectivité à participer à un monde plus juste sans tomber dans l’utopie.

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Et si ce que l’on veut devenir était plus important que ce que l’on est devenu ?

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Ce dimanche post mariage princier, la rubrique #JourDuPenseur de ce blog ne vous parlera pas d’un livre, mais d’un document anglais fort intéressant mis en ligne gratuitement par la RSA (Royal Society or Encouragement or Arts, Manufactures and Commerce) intitulé “21st century enlightenment” (qu’on pourrait traduire par “Le 21ème siècle des Lumières”), écrit par Matthew Taylor, qui dirige aujourd’hui la RSA, après avoir été un des plus proches conseillers de Tony Blair. La synthèse de ce document est illustrée par une vidéo d’animation très créativement pédagogique (ci-dessus), animée dans le style typique des vidéos publiées régulièrement par la RSA. Une vidéo que j’ai découvert grâce à Hélène Finidori Giraud qui a eu la bonne idée de la poster sur le mur Facebook du groupe “Friends of the Collegium” (que vous pouvez rejoindre en cliquant ici).

5062102221_af29f4d1e8La RSA (en abrégé Royal Society of Arts) est une des plus vieilles institutions anglaise, puisqu’elle a été créée à Londres en 1 754, et a connu, parmi ses membres, rien moins que Benjamin Franklin, Karl Marx, Adam Smith, Charles Dickens ou Stephen Hawking, pour n’en citer que quelques uns. Sa charte fondatrice exprime sa raison d’exister : “embolden enterprise, enlarge science, refine art, improve our manufactures and extend our commerce”, mais aussi lutter contre la pauvreté et le chômage. Aujourd’hui, la RSA est enregistrée en tant que “Charity” soutenue par 27 000 membres actifs, vivant dans plus de 70 pays. La Reine d’Angleterre en est la Présidente d’honneur, et le directeur général actuel est Matthex Taylor, sociologue, ancien directeur d’un think tank progressiste (Institute for Public Policy Research), et ancien conseiller politique de Tony Blair. Il est également l’auteur d’un blog très intéressant (cliquer ici). La RSA organise un certain nombre d’évènements et de colloques, et publie régulièrement sur YouTube, dans le cadre d’un programme intitulé “RSAnimate“, des vidéos illustrant les meilleurs discours sur des sujets divers. La vidéo en bas de ce post “Changing Education Paradigm”, qui illustre un speech de Sir Ken Robinson (récipendaire de la Benjamin Franklin Award) a été vue plus de 4 millions de fois sur YouTube !

video-rsa-21-century-enlightenment-1Le document “21st century Enlightenment” est le discours tenu par Matthew Taylor, le 17 juin dernier, dans le cadre de l’assemblée générale annuelle de la RSA. Dans ce discours, Matthew Taylor s’interroge sur le nouveau sens du progrès au 21ème siècle, en repartant des fondamentaux de la philosophie des Lumières. Pour lui, la période originale des Lumières n’était pas simplement l’émergence d’idées nouvelles, mais a correspondu à un changement fondamental de la conscience collective. Matthew Taylor est convaincu qu’il nous faut de nouveau changer de paradigme face aux nouveaux challenges qui sont les nôtres (changement climatique, sécurité humaine, mieux vivre…). Le philosophe Tzvetan Todorov, dans son livre “In defence of the Enlightenment”, suggère que trois concepts fondamentaux sont au coeur de la Philosophie des Lumières : l’autonomie (”Chacun doit pouvoir faire ses propres choix”), l’universalisme (”Nous avons tous droit au respect et partageons des droits fondamentaux”), et le sens humain de nos actes (”Nous devrions organiser le monde au nom de ce qui est le mieux pour l’être humain”). Matthew Taylor propose une autonomie plus consciente de la nature humaine, un universalisme plus empathique, et une meilleure prise en compte de l’éthique de nos actes, dans une attitude plus engagée, où chacun viserait davantage à s’élever pour devenir meilleur, plutôt que de se contenter de ce qu’il est (ou de ce qu’il a). Il nous faut nous appuyer davantage sur ce que David Halpern appelle le “hidden wealth of nations” (la valeur cachée des nations) : la confiance (trust), le souci des autres (care) et la coopération. Et Matthew Taylor de conclure sur la raison même d’exister de la Royal Society of Arts : “Never doubt that a small group of thoughtful, committed citizens can change the world. Indeed, it’s the only thing that ever has.”

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Et si c’était les 8 photos qui tuent du mariage de Kate et William ?

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Quoi de plus conventionnel qu’un mariage princier, surtout s’il intervient au sein de la famille Royale anglaise. Une cérémonie parfaitement mise en scène jusque dans ses moindres détails, celà ne vous aura pas échappé… Mais comme, on le dit dans la langue de Shakespeare, “The Devil is in the details” (”Le diable se loge dans les détails”), probablement pour faire mieux ressortir l’humanité qui est en nous. La preuve en 8 photos qui introduisent un peu de disruption dans ce monde d’absolue convention. Tout princesse et prince qu’ils sont, Kate et William n’en sont pas moins humains, et c’est tant mieux.

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Et si on passait de la société du travail à la société de création ?

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Comme tous les dimanches, c’est #JourDuPenseur avec aujourd’hui le tout nouveau livre de Michel Maffesoli, titré ” La crise est dans nos têtes!”, aux éditions Jacob-Duvernet : un livre qui reprend, en les mettant en perspective, 19 articles publiés ces trois dernières années dans les rubriques idées/opinions des quotidiens français, sur des thèmes aussi divers que la politique, le travail du dimanche, le phénomène Avatar ou la cyberculture et les réseaux sociaux. J’avais consacré, il y a tout juste un an, la rubrique #JourDuPenseur à Michel Maffesoli (”Et s’il fallait assumer que le monde est communautés ?” à l’occasion de la sortie de son précédent livre d’entretiens, et de son interview accordée à Darketing (ci-dessus) au sujet d’ Iconologies.

vignette_403Michel Maffesoli, sociologue et professeur à l’université Paris Descartes, né en 1944 dans l’Hérault a développé un travail autour de la question du lien social communautaire, de la prévalence de l’imaginaire et de la vie quotidienne dans les sociétés contemporaines, contribuant ainsi à l’approche du paradigme postmoderne. Vice-président de l’Institut international de Sociologie, il est aussi membre de l’Institut universitaire de France, depuis septembre 2008. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages dont L’ombre de Dionysos, Le temps des tribus, Le réenchantement du Monde, et La République des bons sentiments, pour n’en citer que quelques uns. Les livres et séminaires de Michel Maffesoli abordent l’imaginaire, la postmodernité, l’analyse du quotidien, et l’analyse critique de l’individualisme en regard des résurgences tribales, nomades, communautaires.

9782847243185FSDans “La crise est dans nos têtes!”, Michel Maffesoli défend la thèse que la crise économique est le symptôme d’une mutation sociétale profonde et positive, pour ne pas dire, comme lui : “jouissive”. Pour Maffesoli, ‘”il y a un indéniable vitalisme populaire” : la crise n’est pas dans les faits, mais dans nos têtes : ” la crise vient de l’intérieur : un autre imaginaire est en train de se mettre en place”. Ce que nous appelons “crise” n’est rien d’autre que le retour du tragique dans notre vie quotidienne, à un moment où “nous ne voulons plus perdre nos vies à la gagner”. Un moment où le règne du qualitatif et la prise de pouvoir de l’émotionnel collectif, détrône le progrès, le rationalisme et sa tyrannie du quantitatif, et où l’écologie destitue l’économique : ” la consumation remplace la consommation”. Pour Maffesoli, “l’émotionnel est à l’oeuvre dans tous les domaines : vouloir réduire le vivre-ensemble au simple rationalisme est inopérant”. Fidèle à Durkheim qui nous apprend que “la loi suit les moeurs”, Michel Maffesoli veut nous convaincre que” l’économie est seconde et le sociétal est premier”. Pour lui, il est clair qu’un “nouveau vivre-ensemble est en train de s’esquisser” et que “la fin d’un monde n’est pas la fin du monde”. Malgré, ou à cause de, la dévastation du monde, il est un avènement sociétal dont on ne peut nier la vitalité. “L’horizontalité remplace la verticalité” : la loi des frères, qui s’amorce dans la cyberculture, se substitue à la loi des Pères. C’est l’ambiance créatrice qui caractérise la postmodernité (”la création est le moteur principal de la culture”), et la crise est l’indice d’un passage de la société du travail à la société de création : “Le contrat social, purement rationnel, celui de la modernité et du progrès, est en train de laisser la place à un pacte émotionnel, celui de la civilisation post-moderne”. L’air du temps présent est au “nous”, avec les nouvelles formes de solidarité que celà induit : “Le temps n’est plus à la conviction rationnelle, il est à la séduction émotionnelle”, dans un monde où le risque et l’aventure doivent retrouver leur part, car ” c’est en surprotégeant que l’on rend faible”. Le qualitatif est à l’ordre du jour ainsi que la mobilisation de paramètres humains tels que “le ludique, l’onirique et l’imaginaire collectif”: “ce sont ces forces immatérielles qui reprennent force et vigueur dans la vie politique, sociale et économique”. Face au désenchantement du monde, Maffesoli propose de substituer au progrès ce qu’il appelle “l’ingrès”: l’énergie qui se focalise ici et maintenant, intégrant la sensibilité écologique, l’aspiration au “localisme” et passant par une “esthétisation” de la vie de tous les jours, pour modifier le rapport que les hommes entretiennent avec leur environnement.

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Et si la planète avait urgemment besoin d’être gouvernée ?

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Comme tous les dimanches, c’est #JourDuPenseur, avec aujourd’hui un livre idéal pour comprendre les enjeux de la gouvernance mondiale : “Demain, qui gouvernera le monde ?” signé Jacques Attali (interviewé dans la vidéo ci-dessus). Le hasard a voulu que j’achète hier ce livre à l’aéroport d’Orly juste avant de monter dans l’avion avec Michel Rocard, Président du Collegium International, et Sacha Goldman, Secrétaire Général du Collegium, que j’accompagnais à Monaco pour rencontrer SAS le prince Albert II de Monaco (photo ci-dessous), afin de préparer l’agenda 2011, et la prochaine réunion plénière du Collegium International prévue à Monaco au deuxième semestre de cette année. Le tout dernier livre de Jacques Attali, économiste et écrivain qui dirige actuellement Planet Finance, est un très bon ouvrage de vulgarisation d’un grand nombre de thèses défendues depuis près de 10 ans par le Collegium International (ce think tank composé d’anciens Présidents de la République ou Premier Ministre de différents pays, et de scientifiques, sociologues et philosophes, dont je vous ai parlé à plusieurs reprises dans ce blog (”Et si vous vous engagiez avec moi aux côtés de Stéphane Hessel ?“), et pour lequel j’ai créé il y a quelques semaines le groupe Facebook “Friends of the Collegium” (que vous pouvez rejoindre en cliquant ici) . Celà n’a rien d’étonnant quand on se souvient que Jacques Attali fut, avec Michel Rocard, membre d’un groupe de réflexion connu sous le nom du “groupe des dix “, dont sont issus un bon nombre de membres actuels du Collegium : le biologiste Henri Atlan, le sociologue Edgar Morin, l’économiste René Passet, le scientifique Joël de Rosnay, le philosophe Jean-Pierre Dupuy, sans oublier le regretté Jacques Robin. L’objectif du Groupe des Dix, créé en 1966, était de mieux comprendre et cerner les rapports entre les sciences et les techniques d’un côté, la culture et le “politique” de l’autre. Après 1976, le Groupe des Dix cessa d’exister en tant que groupe organisé mais l’importance des liens resta permanente entre de nombreux membres du groupe. Il donna naissance à la revue Transversales Science/Culture, puis en 2002, à la création du Collegium International éthique, politique et scientifique, animé par Sacha Goldman. Cette initiative faisait suite à une première réunion qui s’était tenue en mars 2001, en Slovénie, sur invitation de son Président de la République, Milan Kucan, qui réunissait notamment Stéphane Hessel, Patrick Viveret, René Passet, et Michel Rocard qui prendra la co-présidence du Collegium avec Milan Kucan. (http://www.collegium-international.org).

20110405185652_16_159x240Dans “Demain, qui gouverna le monde ?”, Jacques Attali nous livre une analyse très claire des enjeux actuels et de l’urgence d’une amélioration de la gouvernance mondiale car “ni un empire, ni le marché ne pourront maîtriser les immenses problèmes sytémiques du monde à venir”. Il nous explique les limites des institutions internationales actuelles (ONU, G8, G20) qui ne suffisent pas à contenir l’économie criminelle, la prolifération des armes, les désordres écologiques, technologiques et financiers. Les catastrophes d’ordre financier, écologique, démographique, sanitaire font de plus en plus comprendre aux hommes que leurs destins sont liés, et qu’une part de supranational est impératif. La difficulté de la tâche est immense car il ne s’agit pas de remplacer quelque chose d’existant, mais d’inventer une gouvernance nouvelle (en attendant un gouvernement nouveau) : “il n’y a pas de Bastille à prendre ou de monarque à remplacer : non seulement il n’y a pas de pilote, mais il n’y a pas de cabine de pilotage” ! C’est pourquoi, après avoir passé en revue l’histoire collective de l’humanité depuis l’antiquité, et fait le point des limites des organismes existants, Jacques Attali imagine les conditions d’émergence d’un véritable gouvernement démocratique planétaire (doté d’un parlement, d’une administration, de juges, de force de police, d’une banque centrale et d’une monnaie…) et qui serait en charge des intérêts généraux de la planète, laissant aux gouvernements de chaque peuple, le soin d’assurer le respect des droits spécifiques de chaque peuple. Parce que l’humanité n’est pas mure pour l’établissement aujourd’hui d’un tel gouvernement utopique, Jacques Attali propose de lancer 10 chantiers : 1. Tirer parti pragmatiquement du processus fédéral d’intégration 2. Prendre conscience de la raison d’être de l’humanité 3. Etre plus vigilant vis à vis des menaces 4. Faire respecter le droit international existant (le codex mondial), 5. Avancer projet par projet : le minilatéralisme 6. Créer un Conseil de Gouvernement qui succède au G20 sous l’égide de l’ONU 7. Créer une chambre du développement durable (300 personnalités légitimes), 8. Créer l’Alliance des démocraties face aux dictatures 9. Dégager des ressources pour le Gouvernement du monde 10. Commencer par organiser des Etats Généraux du monde. Jacques Attali conclut sur le fait que “Rien de tout celà n’est impossible” : “Si nul ne s’y hasarde aujourd’hui, c’est parce que nous sommes pour la plupart résignés, défaitistes, incapables d’utopies, convaincus que les révoltes mondiales ne sont pas possibles. Or c’est la seule raison pour laquelle elles ne le sont pas ; et il suffit de penser que des états généraux du monde sont réalisables pour qu’ils le deviennent”. Comme aime à le dire Jacques Attali : “il y aura un jour un gouvernement mondial. La question est de savoir s’il viendra après une catastrophe, ou à la place d’une catastrophe”.

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